Dimanche 16 mars 2008

De quels discours nous parlent ce corps de Sébastien ? : religieux, érotique, médical... ? Chacun, selon sa visée, peut en construire sa fiction.


Le saint est nu, sa représentation limitée à la partie supérieure de son corps. Il est atteint de quelques flèches. On devine dans la transparence de l’auréole, le poteau aux outrages où Sébastien est attaché.


Son corps semble presque hors de toutes références à l'histoire supposée réelle de son martyre : le peintre n’a retenu que le degré minimum et suffisant de particularisation de ce corps pour en permettre l'identification, semblant ainsi accentuer une approche dévote.


Pourtant, cette représentation n’est pas sans ambiguïté… L’échec patent des flèches, mettant en scène le paradoxe d'une visée qui atteint sa cible sans atteindre son but, confère, à ce corps, très justement représenté aux seules parties vitales, un état privilégié qui invite celui qui le regarde [le spectateur-archer] à « s’écrire » des fictions.


Son regard absorbé évoque une solitude, un silence, une expérience intérieure. Et, en même temps, ses yeux exceptionnels, tout à la fois présents et absents, visent, comme l’archer l’a fait pour tirer ses flèches, à son tour le spectateur en le mettant sous la dépendance d'une injonction visuelle très efficace. Rendre, par le regard, tourné vers un « hôte » invisible, le spectateur captif.



Francesco di Gentile da Fabriano – Saint Sébastien – seconde moitié du XVe

Huile sur bois, Palais des Beaux-Arts de Lille


Les fictions peuvent alors s’élaborer.


Le viseur est visé



Merci à Jean-Christophe. Article écrit le 14 mars 2008.


Vendredi 14 mars 2008

Bent est l’adaptation de la pièce éponyme de Martin Sherman. Le nazisme, le destin des triangles roses, les rapports entre les détenus et leurs bourreaux, les relations entre les condamnés eux-mêmes ne m'ont pas semblé les premiers sujets de Bent.



Cet arrière-plan obsédant et décisif s'impose bien sûr par le décor, les effets d'éclairage, la musique et surtout l'apparition "tragique" des personnages secondaires qui incarnent la présence nazie.


Mais le dialogue se concentre autour d'un homme, qui acceptera progressivement l'amour d'un autre homo, puis l'aimera à son tour jusqu'à admettre la portée mythique d'une telle passion.


Dans Bent, le discours retient l'essentiel, le plus universel, mais aussi le plus intime. La pureté initiale du texte s'inscrit dans le cri de l'holocauste. La communication verbale de deux hommes perdus y prend toute sa fragile intensité ; un chant d'amour avant là mort, les mots de la dernière liberté.


Le dialogue est d'une extrême importance, presque toujours entre deux personnages. Le dialogue sera également le seul moyen de faire l'amour. Dans ce lieu concentrationnaire où les gestes sont interdits, les mots prennent force de corps. La chair brimée, anéantie, méprisée, la chair qui était "avant" la seule certitude de Max, la chair devient verbe, dans une inversion de la parole du Christ. Rien d'étonnant dans ce chemin de croix particulier où la mort est choisie comme acte d'amour charnel !


Quatre scènes sont les temps forts du drame : elles marquent les étapes qui conduisent Max vers une autre perception de la relation homosexuelle et, plus largement, à la découverte de la nécessité fondamentale d'autrui. Max qui, du temps de sa liberté, ne concevait pas ses amours sans cruauté, ira vers toujours plus de générosité et de tendresse. Et cette évolution se fera dans le camp, là justement où il lui eût été bénéfique d'utiliser ses tendances égocentriques.


Ces quatre scènes marquent les degrés d'une initiation jusqu'à la "transfiguration" de Max, quand il se donne la mort :

 Au début, Max se laisser aimer par Rudy. Quand le drame survient (Rudy assassiné et Max déporté), il continue de croire que sauver sa peau reste l'essentiel.

 Il vacille déjà quand il veut entraîner dans ce salut Horst, un triangle rose.

 Quand il se révèle pédé aux yeux de Horst, il peut encore se leurrer et s'imaginer que ce compagnon l'aide à rester "vivant". A ce moment de leurs rapports, ils font l'amour par l'échange des mots, sans le moindre frôlement, et leur jouissance éclate alors qu'ils continuent leur monotone corvée, surveillés par le garde.

 A la fin, Max ne peut plus se dissimuler qu'il se compromet pour Horst. La tendresse, l'oubli de soi le pénètrent. Sa carapace s'effrite et l'homme secret apparaît.

Bent est une superbe tragédie. A son insu peut-être, Bent est la tragédie de l'homosexualité. Ce film met au jour cette peur qui se travestit en relations cruelles et désespérées. Il dit aussi que cette peur intime, appelle, souvent inconsciemment, la cruauté des autres.


Max laisse un message. En prouvant qu'aimer Horst devient plus grave que ménager son futur, donc plus important, il incite chacun à dire sa vie. Dire que la prochaine victime du sadisme humain ne sera pas nous, parce que nous aurons extirpé de l'homosexualité ses ferments suicidaires.



Lire la chronique de Bernard Alapetite sur Les Toiles Roses.


par Jean-Yves publié dans : FILMS
Mercredi 12 mars 2008

Vivre mieux est le vœu de tous. Ce qui n'implique pas des chemins identiques pour y arriver. Parmi ces derniers, les seuls que je réprouve sont ceux qui misent sur le mal fait aux autres. D'où l'importance que j'accorde à la gentillesse. Mais pas celle que l'on donne par faiblesse. La gentillesse m'émeut toujours au plus haut point.


Lire aussi : Gentil


par Jean-Yves publié dans : MON CARNET
Mardi 11 mars 2008

Marcela Iacub, juriste et chercheuse au CNRS, s’intéresse au «nouvel ordre sexuel», sous toutes ses coutures. Elle publiera en avril chez Fayard Par le trou de la serrure, une histoire de la pudeur publique.


-- La Révolution sexuelle a -t-elle eu lieu en 68 ?

On s’est contenté de changer le contenu des contraintes. Il est faux de croire qu’on n’est passé d’un monde dans lequel on était accablé par des contraintes injustes, vers un régime de liberté sexuelle et procréative. Ce vieux maître rigide qu’était le mariage a été remplacé par un autre, tout aussi arbitraire, et, sans doute, plus redoutable encore qui est le sexe. Par ceci, j’entends un ensemble de normes juridiques qui a fait de la sexualité, non seulement le fondement des liens de filiation au détriment de la volonté, mais aussi la chose la plus importante en ce qui concerne notre bien-être psychique. La sexualité n’est pas une activité libre gouvernée par le seul consentement, mais quelque chose d’extrêmement délicat et dangereux qui peut, à tout moment, mettre en miettes notre santé mentale et notre avenir.


-- Quels ont les effets des réformes de cette époque comme la contraception ou l’avortement ?

La famille n’est plus organisée autour du mariage mais du ventre fertile des femmes. On met souvent en avant le fait que ces nouvelles lois ont permis aux femmes ne pas être enceintes lorsqu’elles ne le souhaitent pas. Ce faisant, on oublie le principal, c’est-à-dire que ce sont elles seules qui ont le pouvoir de faire naître. Ainsi, l’homme n’a pas le droit de demander à une femme d’avorter. C’est quand même un peu gonflé que l’on puisse encore imposer à un homme une paternité non désirée. Cela signifie que la liberté procréative n’est pas complète, car elle ne concerne que la moitié de la population. Les féministes traditionnelles voient cela comme une vengeance contre les hommes et le patriarcat.

Dans la situation présente, les femmes continuent à être le pivot de la reproduction de l’espèce. C’est pourtant un pouvoir qu’elles auraient intérêt à partager à égalité avec les hommes, si elles souhaitent s’investir davantage dans la vie professionnelle, sociale et politique. Et cela engagerait aussi les hommes d’une toute autre manière.


-- Vit-on aujourd’hui une pleine liberté sexuelle ?

La sexualité peut être consentie, mais pour autant pas autorisée dans le droit actuel. Il en va ainsi de la sexualité commerciale (prostitution) et tout ce qui l’entoure. Il en va de même de certaines pratiques sexuelles : les jeunes entre 15 et 18 ans ont, en principe, le droit d’avoir des rapports sexuels à deux de tout type, y compris avec les majeurs. Mais les pratiques qui supposent la présence de plusieurs partenaires, d’une manière concrète (partouzes) ou indirecte (prises de photos), ne sont autorisées qu’aux majeurs de 18 ans.

Plus généralement, je crois que le sexe a été un formidable alibi pour que l’Etat casse les instances intermédiaires qui s’occupaient de gouverner la vie privée : la famille, l’école, les églises. C’est dorénavant le droit, et surtout le droit pénal, qui est devenu l’arbitre des conflits interpersonnels, au détriment d’autres normes morales, disciplinaires ou de politesse.


Libération, Marcela Iacub, juriste et chercheuse au CNRS, propos recueilli par C.R., vendredi 29 février 2008



La photographie de Marcela Iacub, en logo dans les articles, est de Crocus [copyright “crocus / www.crocusss.net"]


Lundi 10 mars 2008

Etre attentif à l’Autre m’est essentiel. Et s’il m’a fait du mal, il me suffit de le regarder sans rien dire (ou en son absence de me le représenter) ; ma compassion est alors immédiate et il m’est impossible de le haïr.



Je pense que la haine ne résulte que d'un déficit d'attention.


par Jean-Yves publié dans : MON CARNET
Lundi 10 mars 2008

et on ne veut jamais ce qu'on fait. […] Et pourtant, on fait ce que l'on juge devoir faire parce qu'on se sent et donc se rend capable de le faire. Ainsi s'étend, si peu que ce soit, notre sphère d'autonomie. Il faut donc accepter d'être fini, d'être ici et pas ailleurs, de faire ça et pas autre chose, d'avoir cette vie seulement.


Le Socrate de Valéry le disait justement : "Je suis né plusieurs, et je suis mort, un seul. L'enfant qui vient est une foule innombrable, que la vie réduit assez tôt à un seul individu, celui qui se manifeste et meurt." »


André Gorz



■ in Lettre à D., Histoire d'un amour, Editions Galilée, 76 p., octobre 2006, ISBN: 2718607270


par Jean-Yves publié dans : CITATIONS
Dimanche 9 mars 2008

A Cat, à Christian, à Franck et José, à Henri-Pierre, à Jean-Christophe, à Patrick et Jacky et à tous les autres


Il y a, quelque part, chez moi, ainsi que je crois dans chaque homme, une détresse fondamentale accompagnée de cette quête infinie de consolation, comme celle que chacun, enfant, a pu éprouver.


Heureusement, il y a aussi cette attention à l’Autre qui va de pair avec le fait de lui laisser place en moi. Cette attention m’envahit totalement au tout début de chaque nouvelle relation. J’aime alors éprouver ce temps de générosité pendant lequel tout est orienté vers cet Autre.


Cet élan, parfois, ne dure pas. Le risque, alors, est grand de maintenir une relation qui ne se nourrit que de besoins superficiels.


Pour échapper à cette anesthésie dans l’habitude, il me faut accepter qu’« aimer » – dans toutes les acceptions de ce terme – devienne une lutte. Lutter pour sortir de moi-même et accepter de dépendre de l’Autre. Consentir à être vulnérable. Abandonner mon autosuffisance et concéder qu’avouer ma dépendance n’est pas me condamner. Sortir de la fausse équation «Un gagnant, un perdant».


Je ne veux pas croire que dire ma joie, d’être avec celles et ceux qui me sont chers, me les fera perdre.


par Jean-Yves publié dans : MON CARNET
Dimanche 9 mars 2008

L'incontestable mérite de saint Sébastien est de ne jamais me laisser indifférent.



Son hagiographie pieuse et chromo saint-sulpicienne, particulièrement présente dans ce canivet (1) focalise – ici encore – pour moi, deux extrêmes de la pensée : d'une part, la vénération et d'autre part, ce credo du corps et de ses équivoques avatars.


Car même dans cette image innocente, Sébastien est toujours support [ou prétexte seulement ?] à mon imaginaire. Il m'habite comme la folle du logis.


Sébastien est ici un doux adolescent / une douce adolescente : son corps est indistinct. Corps de l'androgyne qu'on retrouve dans celui de Gustave Moreau ou dans les pastels hermaphrodites d'Odilon Redon.


Figure impassible et tout à la fois d'une très grande douceur, ce Sébastien, toujours debout alors même que les flèches ont constellé son torse, ne semble pas avoir besoin de l'arbre pour se tenir debout.



Anonyme – Saint Sebastianus – Canivet du XVIIe siècle

20,5 cm x 15,5 cm, montage de l'époque sur carton épais recouvert de papier bleu, collection particulière

[Pour voir le canivet entier, cliquer sur l'image]


Le linge qui ceint ses hanches invite à peu de désir (même si, au niveau du sexe, il fait saillie) ; tissu fantasmagorique dans mon seul esprit. La dentelle de papier [voir le canivet entier] qui enserre Sébastien, toute terrestre soit-elle, est un signe précurseur du jardin céleste vers lequel son regard est tourné. Sébastien fait déjà partie d'un autre monde qui dépasse sa sobre enveloppe charnelle.


Moi qui le chéris tant, il me reste à collectionner jalousement ses flèches…



(1) Les canivets sont des images pieuses en dentelle de papier, réalisées, avec un minuscule couteau et rehaussées de gouache, le plus souvent par des religieuses. Ils disparaissent au XIXe siècle pour laisser place aux images en dentelle mécanique.


Samedi 8 mars 2008

L'enfant est-il le dernier tabou de notre époque ? Après une fragile explosion avec Tony Duvert, René Schérer, Gabriel Matzneff, l'adolescent a rejoint les terres silencieuses des interdits.


« L'amour qui ose écrire son nom », tel pourrait être un autre titre de ce roman de Youri Yaref dont j’analyse ici un seul versant (malgré l’imbrication de tous) en négligeant la part de fantastique (autour du site d’Angkor et de ses prétendus maléfices), de quête chez chaque protagoniste ou la part d’une éventuelle autobiographie.


Depuis le début des années 80, l’écriture, qui osait exposer le corps de l'enfant, a presque disparu. Le besoin de forger une nouvelle morale, une morale qui asexualise le corps de l'enfant, est apparu et a renforcé les puissances du tabou jusqu'à la terreur.


L'amoureux des enfants n'a jamais eu vraiment, pour sa défense, droit à la parole, au discours sur la place publique. Cet handicap lui est fatal dans une ère où tout est médiatisé, étalé aux yeux de tous à travers presse et télévision.


Pour être représentée, la pédérastie a toujours eu comme principal support la littérature. Les auteurs déjà cités ci-avant ont eu pour prédécesseurs Montherlant, Gide (même si l'aveu de leurs penchants prenait des formes détournées – fiction, transpositions littéraires) ou encore Peyrefitte, un des seuls à jouer franc jeu. Bien avant eux il y eut les poètes de l'Antiquité, dont Ovide et ses Métamorphoses, qui, à travers des récits épiques et mythologiques, racontaient l'amour des dieux et leur irrésistible attirance pour les petits garçons.


Angkor, une dernière fois, publié par les Editions Quintes-Feuilles, en 2005, est conjointement, à travers une fiction assez complexe, le témoignage de deux jeunes khmers, Kossal et Sothéa, et d’un amateur privilégié de ces gosses, Vincent Grazzimoni. A aucun moment, on ne devine que l’auteur a voulu exposer une théorie de l'enfant mâle. Pourtant, il est impossible de ne pas lire, dans cette histoire, que la position de Miss Vemton-Eall, gardienne des Droits de l’Enfant, est une conséquence d'une sexualité proscrite et bannie, qui ne retient que la sexualité d'un adulte SUR un enfant et jamais d'une sexualité ENTRE un adulte et un enfant.


« [Vincent] rendit néanmoins à Sothéa son sourire, caressa son visage et, en lui montrant son carnet, lui fit comprendre qu'il était en train d'écrire et de dessiner. Sothéa, l'air contrit, s'assit alors sagement à côté de Vincent, si près de lui que leurs épaules se touchaient. […] Après quelques minutes, la course du crayon, au bout de sa main droite, fut gênée par la tête de Sothéa, qui était venue reposer sur son bras. Vincent la repoussa d'un coup leste, comme on chasse une mouche, afin de restaurer la mobilité de ses gestes et continua son dessin. Il s'appliquait à donner aux yeux du chat une forme accomplie, lorsqu'il entendit Sothéa pleurer. Vincent ne sut comment interpréter ce chagrin soudain, car il n'imaginait pas que son geste réflexe pût en être la cause. Il fit la seule chose qu'il avait à faire, compte tenu de l'impossibilité d'obtenir une explication : il se tourna vers Sothéa et, afin de le consoler, le prit dans ses bras. Sothéa se mit à sangloter de plus belle, le visage caché au creux de l'épaule de son ami français.


Vincent dut le caresser et presque le bercer pour mettre un terme à ces pleurs incompréhensibles. "Décidément, pensa-t-il, Sothéa est comme le chat de Banteay Samré : mystérieux et insaisissable." Lorsque le garçon se fut apaisé, Vincent se dégagea et, d'une main, lui redressa la tête, afin de lui donner un baiser sur la joue. Ce baiser de paix et d'amitié devait mettre un terme à la tristesse puérile de Sothéa et clore le drame. Comme le gamin avait de lui-même levé le visage pour embrasser Vincent, le baiser de celui-ci vint s'appliquer sur les lèvres tendues, légèrement entrouvertes du petit. Ils en restèrent tous deux une seconde surpris et troublés. Sothéa s'immobilisa comme en attente d'une réitération, avec une expression grave dans les yeux. » (pp.62-63)


L'enfant est aujourd’hui comme enfermé dans un non-dit, un non-écrit, comme dans une geôle. Aucune loi, aucun décret n'a stipulé l'interdiction d'écrire sur le corps enfantin. En fait, c'est une interdiction qui coule de source, un holà implicite, par affaire de mœurs interposée. Même si les auteurs inculpés ressortent blanchis des affaires (cf. par exemple «Rose Bonbon», de Nicolas Jones-Gorlin, Gallimard, 2002) l'écriture de l'enfance n'est plus qu'un corps exsangue et pantelant.


L'écriture de Youri Yaref, littéraire, ne consiste pas en un voyeurisme de bas étage, un débitage de fantasmes qui finiraient par lasser. Sans être une théorie, elle pose la question de savoir si l’enfant désire l’adulte. Et par ricochet, le lecteur en vient à se demander – là est sans doute l'énigme – comment arrive-t-on à modeler l'enfant de telle façon qu'il ne le désire plus, ou que son désir prenne la forme, soit d'une sublimation, soit d'une exception perverse ?


Un tel amour a toujours été voué à l'écriture, a gardé son caractère confidentiel. L'écriture est alors un dialogue intime entre un lecteur et un auteur. L'amour des mineurs est un amour chuchoté, un amour de huis clos, un amour de l'ombre. Il prend le lecteur à part, lui susurre des petites choses entre les lignes, l'initie par le silence des mots, comme si ce dernier ne devait répéter à personne ce qu'il a lu. « Le véritable amant, comme le vrai collectionneur, est le contraire d'un prosélyte » disait Gabriel Matzneff (1).


Corrosif, iconoclaste, le roman de Youri Yaref ? Certes, mais c’est d'abord une remarquable fiction, superbement construite. Pas de commentaires, une histoire grave et magnifique pour le plus intense plaisir. La lucidité en prime.


Editions Quintes-Feuilles, 2005, ISBN : 2951602359



(1) Les moins de seize ans, Gabriel Matzneff, Editions Julliard, 1974



Merci à Christian Vidal qui m'a offert ce livre


par Jean-Yves publié dans : LIVRES
Jeudi 6 mars 2008

Enfant, en regardant les photos de famille, je me demandais toujours qu'est-ce que tous ces gens (parfois toutes ces choses) faisaient là ensemble. Que me voulaient toutes ces personnes présentes sur ces images ?


par Jean-Yves publié dans : MON CARNET
 

Texte Libre



Texte Libre 1

 

[...] les mots possèdent ce prodigieux pouvoir de rapprocher et de confronter ce qui, sans eux, resterait épars dans le temps des horloges et l'espace mesurable.
Claude Simon, Album d’un amateur,  Editions Remagen-Rolandseck, 1988, p. 31

 

Photographie de Cédric Genty – 2004


Lire c'est aller à la rencontre de quelque chose qui va exister.
Italo Calvino, Si par une nuit d'hiver un voyageur



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"Qui sommes-nous, qu’est chacun de nous sinon une combinaison d’expériences, d’informations, de lectures, de rêveries ? Chaque vie est une encyclopédie, une bibliothèque, un inventaire d’objets, un échantillonnage de styles, où tout peut se mêler et se réorganiser de toutes les manières possibles."
(Italo Calvino, Leçons américaines)

 

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« Tu ne sauras jamais les efforts qu'il nous a fallu faire pour nous intéresser à là vie ; mais maintenant qu'elle nous intéresse, ce sera comme toute chose - passionnément. »
André Gide, Les Nourritures terrestres (1897)

 

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« Tout est vrai, le temps d’un texte. »
Kirsty Gunn

 

 

 

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« Je crois aussi qu'on ne meurt pas avant d'en avoir secrètement, tenacement le désir. »
Tony Duvert

 

Le site de Lionel Labosse. Un regard altersexuel sur le monde.

 

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C’est ainsi par exemple que l’on envoie les enfants à l’école, non pas dans l’intention qu’ils y apprennent quelque chose, mais afin qu’ils s’habituent à demeurer tranquillement assis et à observer ce qu’on leur ordonne, en sorte que par la suite ils pensent ne pas mettre réellement et sur le champ leurs idées à exécution.
KANT, Réflexions sur l’éducation

 

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