Lundi 28 novembre 2005

Par quelles procédures assurer le gouvernement des hommes ?

De la souveraineté à l'art de gouverner, les cours du Collège de France.


C'est avec une relative facilité, tout compte fait, qu'on accorde à d'autres le droit de diriger nos vies, ou qu'on reconnaît le fait qu'ils les dirigent, pour un temps ou pour longtemps. La seule condition est qu'ils nous «aiment», qu'ils veuillent, en d'autres termes, notre bien.


Ainsi l'enfant suit le sillon que tracent pour lui ses parents, l'élève se fait guider par le maître, le patient s'en remet à son médecin et le sportif à son entraîneur. La facilité est moindre lorsqu'il s'agit d'une institution : le fidèle obéit à son Eglise et le militant à son parti, mais ne défèrent ni à l'une ni à l'autre toute leur vie ­ sauf si la première est intégriste et le second totalitaire, appliqués autrement dit à tout régenter, les goûts et les idéaux, les actes et les pensées.


Quand l'institution est l'Etat lui-même, le bât commence à blesser, car le citoyen voit mal le «bien» que l'Etat peut lui vouloir, non pour lui garantir des droits, mais pour s'autoriser à lui dicter sa conduite, à lui conseiller fermement, sous menace de sanction, de ne pas boire, de ne pas rouler vite ou de trier ses ordures.

Ces types de relations de pouvoir pourraient être dites «pastorales», par référence aux brebis et au berger, dont «le rôle est de fournir au troupeau sa subsistance, de veiller quotidiennement sur lui et d'assurer son salut».

En Occident, c'est par le christianisme [que ces types de relations] ont «pris une forme institutionnelle dans le pastorat ecclésiastique», au sens où «le gouvernement des âmes se constitue dans l'église chrétienne comme une activité centrale et savante, indispensable au salut de tous et de chacun».

Mais, d'une manière générale, ils sont inséparables de la figure même du souverain, qui peut «tenir» ses sujets par la force et la discipline, mais ne justifie vraiment son statut de «guide» que s'il se prévaut d'une garantie «divine» ou se fait reconnaître comme «père» naturel. On voit ce que cela implique, et quelles extensions biopolitiques doivent connaître l'«art de gouverner» :

pour donner au peuple bien-être, sécurité et bonheur, il faut veiller à la santé du corps, politique, physique, matérielle et morale, soigner les enfants, les éduquer, diminuer la mortalité, protéger les familles, répartir plus ou moins équitablement charges et créances, «surveiller et punir» les éléments perturbateurs, fous, criminels, asociaux, vagabonds ou «pervers» sexuels, prévenir les disettes, traiter les épidémies, favoriser le commerce et maintenir aussi la continuité de l'Etat lui-même.

Par quelles procédures peut-on assurer le «gouvernement des hommes» ? Voilà une question difficile. C'est à cette question que répondent les deux cours du Collège de France que Michel Foucault tint en 1978 et 1979 : "Sécurité, territoire, population" et "Naissance de la biopolitique" [...] (1).


Dans le chapitre final de la Volonté de savoir, premier volume de l'Histoire de la sexualité (1976), Foucault esquissait une histoire des pouvoirs en Occident à partir du Moyen Age, et indiquait comment le «droit de vie et de mort» exercé par le seigneur féodal héritage de «la patria potestas qui donnait au père de famille romain le droit de "disposer" de la vie de ses enfants comme de celle de ses esclaves» va peu à peu se transformer, lorsqu'il passe aux mains de la monarchie (qui définit en termes juridiques les formes et les mécanismes de son pouvoir) et de la bourgeoisie (qui utilise ce système juridique pour favoriser les échanges économiques assurant son développement), en «pouvoir sur la vie».

Celui-ci aura deux formes :

- Le premier, caractérisé par les techniques disciplinaires, Foucault le nomme «anatomo-politique du corps humain» : il façonne le corps-machine, surveille et dresse l'individu, contrôle sa conduite, mesure ses aptitudes, rentabilise ses prestations, l'installe à la place où il sera le plus utile.

- Le second, qui se forme vers le milieu du XVIIIe siècle, est constitué par toute une série de «contrôles régulateurs» qui investissent non plus les individus en tant qu'individus, mais le «corps-espèce», le «corps traversé par la mécanique du vivant et servant de support aux processus biologiques» : c'est une «biopolitique de la population», devant maintenant gérer ce qui permet à une population de s'éteindre ou de se développer : l'habitat, les conditions de vie urbaine, les déplacements, l'hygiène publique, les naissances et la mortalité, les taux de croissance...


[...] Foucault [...] resitue le rôle du «berger des âmes» et le rapport de «dépendance intégrale entre la brebis et celui qui la dirige», pour faire émerger, de la crise de la pastorale chrétienne, la question de la raison d'Etat.



C'est le Prince qui sert alors de support à la réflexion foucaldienne, non seulement parce que Machiavel y revendique l'autonomie de la raison politique par rapport à la morale et à la religion, mais parce que, selon Foucault, y est affirmée l'extériorité, la «transcendance» du prince vis-à-vis de la principauté. Le prince n'a pas le pouvoir parce qu'il est «naturellement» lié à la principauté ni parce que sa souveraineté est l'expression d'une volonté divine : il ne détient le pouvoir que dans la seule mesure où il parvient à protéger le «lien à ses sujets et à son territoire» qu'est la principauté, acquise, conquise ou obtenue de l'accord avec d'autres Etats. [...]


Dans "Naissance de la biopolitique" (1), Foucault va étudier la manière dont le libéralisme transformera cet art de gouverner en science et en économie de la politique. Mais on peut s'arrêter parce qu'elle résume la métamorphose que Foucault fait subir à la notion de «pouvoir» sur cette idée que les pratiques de gouvernement sont multiples et impliquent le prince comme le père de famille, le supérieur du couvent et le pédagogue, le juge et le médecin, le démographe, l'assureur, le géographe, le notaire... que gouverner, donc, n'est pas seulement gouverner des sujets ou un territoire, mais gouverner des choses des hommes, certes, mais «dans leurs rapports, dans leurs liens, dans leurs intrications avec ces choses que sont les richesses, les ressources, les subsistances, le territoire bien sûr, dans ses frontières, avec ses qualités, son climat, sa sécheresse, sa fécondité, (...) dans leurs rapports avec ces autres choses que sont les coutumes, les habitudes, les manières de faire ou penser, (...) et avec ces autres choses encore que peuvent être les accidents ou les malheurs, comme la famine, les épidémies, la mort».


Extraits de Libération, Robert MAGGIORI, jeudi 16 décembre 2004


(1) Michel Foucault

- Sécurité, territoire, population. Cours du Collège de France. 1977-1978

- Naissance de la biopolitique. Cours du Collège de France. 1978-1979

Editions établies sous la direction de François Ewald et Alessandro Fontana par Michel Senellart. Hautes Etudes/Gallimard/Seuil, respectivement 436 et 356 pp.

par Jean-Yves publié dans : PHILOSOPHIE
Dimanche 27 novembre 2005

Particulièrement lorsqu'ils se vautrent dans les jeux de culture générale. A l'image du "Maillon faible" sur TF1 où l'animatrice Laurence Boccolini les "torture" à coups de questions apparemment simples.


Il en faut pour affirmer que «Le plat pays» chanté par Jacques Brel, c'était «l'Auvergne», que François Mitterrand était surnommé «le Roi-Soleil», que Nietzsche faisait parler «Zavatta» (au lieu Zarathoustra) et que la végétation qu'on associe à la Résistance est «la broussaille» et non le maquis...


Ce florilège de perles improbables et pourtant bien réelles, Laurence Boccolini l'a compilé dans un livre (1). Contrairement à son titre, l'animatrice se montre indulgente avec ses cancres en ne se moquant pas d'eux et en saluant leur sens de l'humour. Mais pouvait-il en être autrement ?


D'autres exemples ? Quelle partie du corps la Vénus de Milo a-t-elle perdu ? «La tête». Dans quel domaine artistique Eugène Delacroix est-il passé à la postérité ? «La couture». Complétez ce proverbe : Noël au balcon... «panique à la maison»...


(1) ■ Méchante n° 2 de Laurence Boccolini, Editions Le Cherche Midi, novembre 2005, ISBN : 2749104629

par Jean-Yves publié dans : LIVRES
Dimanche 27 novembre 2005

Dans les années 60, le New-Yorkais Melvin Sokolsky a révolutionné la photo de mode.


Lors des séances de pose, le "plateau" ressemblait à une "superproduction américaine". Chaque fille était attachée dans le dos par un gros harnais, ce qui nécessitait de "fendre" le dos de la robe, puis elle était emprisonnée dans une bulle. Elle était ensuite suspendue dans les airs... Pas de trucages.


Ensuite, Melvin Sokolsky effaçait les câbles en grattant son négatif.




Une autre époque... Et pourtant ces photos gardent une magnifique ouverture sur le rêve. Eternellement modernes...


Samedi 26 novembre 2005

ou l'amour du père

d'après l'œuvre de Tennessee Williams.


Liz Taylor et Paul Newman y forment un couple terrible. Ça grince d'un bout à l'autre de méchancetés, de coups bas, de mensonges, de spéculations sordides, vraiment c'est un régal auquel je ne résiste pas. Non, la "Chatte sur un toit brûlant" n'a rien perdu de sa cruauté ravageuse, de son brillant, du charme pervers que lui insufflent ses héros. A commencer par une éblouissante Elizabeth Taylor, qui sort ses griffes tous azimuts, pour sauver son ménage et défendre l'image de son mari.


C'est l'anniversaire de Big Daddy (Burl Ives), et toute la famille est réunie pour fêter ça. Big Mama est, bien sûr, présente, ainsi que le fils aîné, Cooper, avec sa femme Mae (une "pondeuse" qui a déjà cinq "lardons"), le frère cadet, Brick (Paul Newmann) et son épouse Maggie (Liz Taylor).


Parti de rien, Big Daddy est devenu propriétaire d'une riche plantation : c'est un self-made-man, un gagnant, un lutteur, qui a gommé de sa vie toute trace de sentiment (du moins en apparence) pour mettre toute son énergie au service de sa réussite sociale.

Se sachant atteint d'un cancer et condamné à brève échéance, Cooper et Mae spéculent déjà sur l'héritage afin de déposséder Brick de la part qui devrait lui revenir. Brick, quant à lui, semble se désintéresser de tout et se noie dans le whisky. C'est dans ce huis clos familial, chargé d'électricité et de haine, que les tensions vont éclater, pour que de la tempête (les éléments déchaînés font d'ailleurs partie de la mise en scène) naisse finalement une impression de sérénité et d'amour.


Mais si les personnages du drame sont servis par un dialogue d'une extrême richesse, qui les place tous, d'une certaine façon, sur le devant de la scène, c'est le comportement de Brick (Paul Newmann) qui est particulièrement intéressant. Ancien champion de football américain, Brick a été traumatisé par le suicide de Skipper, son meilleur ami : il culpabilise de ne pas lui être venu en aide, et en rend Maggie responsable. Conséquences : il refuse de toucher Maggie, fait lit à part, et s'imbibe d'alcool.


On parle beaucoup, dans le film, de Skipper : il en est un peu l'Arlésienne. Sans aucun doute, il était amoureux de Brick et Big Daddy lui-même évoque sans aller jusqu'au bout de sa phase l'infamante éventualité : « On dit même qu'il était... ».


Mais Brick, lui, ce n'est pas vraiment le désir homosexuel qui l'a attaché à Skipper, c'est plutôt la recherche de l'amour du père, amour qu'il n'a jamais su déceler dans l'attitude de Big Daddy, et que, au contraire, l'amitié exclusive et possessive d'un garçon plus âgé est venue lui donner. Il faudra une conversation orageuse entre Big Daddy et son plus jeune fils pour que ce dernier se rende compte que son père l'aimait à sa façon, qu'il le préférait à son avocat de frère qui, pourtant, avait toujours obéi au doigt et à l'œil : devenir homme de loi et épouser une "pondeuse".


C'est la mise au point avec Big Daddy, qui débloque Brick et le tire de son traumatisme. Fort de l'amour de son père qui envahit soudain tout le passé, il peut confirmer le bluff de Maggie lorsqu'elle lance avec un air de défi, à la famille médusée, qu'elle attend un enfant. Le venin de Mae ne les atteindra pas, et Brick, redevenu amoureux, entraîne Maggie, folle d'amour, vers le lit conjugal.


Ça finit plutôt bien, certes, mais on ne peut oublier la satire acide pendant tout le film. Femme frustrée et obstinée, Liz Taylor exhale les parfums du désir insatisfait dans le moindre geste. Burl Ives est monumental, et Paul Newman, sensuel et insondable.


par Jean-Yves publié dans : FILMS
Samedi 26 novembre 2005

Je ne crois pas personnellement que la naissance d'un enfant soit sans conteste le signe du bonheur. Elle est, elle aussi, un fragment important, mystérieux, qui dit la rencontre et, parfois, la tendresse de deux chairs.


Mais au-delà de cette forme de création, n'est-il pas concevable d'en inventer d'autres, qui soient œuvre commune ?


Qui soient projection de deux individus unis vers un à-venir.


par Jean-Yves publié dans : MON CARNET
Vendredi 25 novembre 2005

L'Enfant de sable est l'histoire d'un garçon fabriqué, d'une fille manquée : l'échec exemplaire d'une vie, le récit d'une solitude, une méditation vertigineuse sur l'identité.



Il était une fois au Maroc un honorable père de famille qui avait eu sept filles d'affilée et se désespérait de ne pas obtenir de garçon. Rien - ni consultations auprès des marabouts, ni prières à Allah, ni sorcellerie, ni médecine - n'avait été négligé pour rendre la nature favorable. Malgré tant de soins, l'épouse bien « aimée » - à en juger par les châtiments dont elle était l'objet -, demeurait une véritable usine à fabriquer des filles. La perspective d'une huitième naissance, probablement féminine, détermina notre homme, furieux contre le destin, à user d'un subterfuge dont l'énormité donne à rêver.


C'est ainsi qu'Ahmed, qui n'avait de masculin que le nom, vint au monde avec la complicité d'une sage-femme. Le bienheureux père pouvait enfin se reposer sur son auguste rejeton du soin de perpétuer l'honneur du nom. Il était désormais rassuré sur le sort de l'héritage familial, à la grande déception de son frère et de sa maisonnée. D'héritage, il est en effet singulièrement question dans "L'Enfant de sable", mais il s'agit de bien autre chose qu'une simple manœuvre financière.


Ahmed se retrouve promu fils du mensonge et de l'imposture. Enfant providentiel, il est l'erreur incarnée, la faute faite chair dont l'existence apparaît la seule caution de cette famille. Partant, la seule garantie d'une société mensongère où les individus sont réduits à des rôles dans laquelle la violence du désir est bâillonnée.


L'auteur n'a pas cédé, même si le sujet s'y prêtait, à une simple satire de la condition féminine au Maroc. Son analyse va beaucoup plus loin dans la peinture de l'aliénation sociale. L'accent est mis sur cette distribution obligée masculin/féminin, sur cette mascarade moins biologique qu'on ne voudrait le faire croire et dont il n'est pas sûr que le garçon soit le gagnant :

« Etre femme est une infirmité naturelle dont tout le monde s'accommode. Etre homme est une illusion et une violence que tout justifie et privilégie. Etre est simplement un défi. »


L'Enfant de sable, c'est l'histoire d'un individu confisqué dans son sexe, dans son être, dans son cri. Son défi : la solitude quasi absolue. Sa grandeur : être le martyr lucide du mensonge collectif qu'il subit mais dont il est conscient. Sa condition impossible, Ahmed finira par la revendiquer : à vingt ans, il poussera l'obéissance et le zèle jusqu'à se marier.


Dans le second versant du livre, il accède à sa féminité. Ahmed/Zahra va se produire devant des spectateurs affolés de désir. « Elle » est engagée dans un cirque. De fait, l'accès au statut féminin n'est pas davantage facteur d'émancipation.


Que nous soyons tous prisonniers d'une image, ce n'est pas un des moindres mérites de ce roman de nous le donner à sentir... affreusement. Ce cas, marginal en ses prémisses, atteint peu à peu à une dimension universelle.


Tahar Ben Jelloun se livre là à une méditation bouleversante sur l'identité truquée, tronquée et troquée - contre quel abîme - de chacun de nous.


Etre soi-même, c'est être conscient de son masque mais aussi de l'obligation de le revêtir sous peine de ne plus exister du tout. Demeure la douleur, seule garantie de notre présence dans le monde.


■ Editions du Seuil, Collection Cadre Rouge, 1985, ISBN : 2020088932


par Jean-Yves publié dans : LIVRES
Vendredi 25 novembre 2005

Nous avons droit au bonheur. Telle est le créneau récurrent du magazine "Psychologies". Voilà une affirmation, de prime abord sympathique, qui mérite un plus ample examen.


Que l'aspiration au bonheur soit l'un des ressorts les plus puissants, dans une société majoritairement sortie de la précarité et de l'économie de subsistance, est une évidence. Sauf que personne n'a jamais défini le bonheur et que l'idée même de «droit» suggère qu'on puisse le garantir.


Mais comment assurer à chacun ce qui reste indéfinissable ?


Vendredi 25 novembre 2005

Nous voilà tous pris dans la Toile. Internet est partout, nous repère, nous piste, nous traque. Certes, pour le moment, seuls quelques-uns d'entre nous ont « la chance » d'être identifiés par les moteurs de recherche.


Mais ceux-là, quand ils les consultent et frappent leur propre nom, ont la surprise de voir répertoriés une multitude de faits et de propos qui, bien au-delà de leur simple curriculum vitae, livrent en pâture aux curieux des pans entiers de leur existence : responsabilités associatives, citation de leur nom dans un journal quelconque, insultes d'un ennemi, d'un voisin ou d'un parent, etc.


Les machines, en effet, maîtrisent toutes les informations sur nous. Et nous ne ce sommes plus, au bout du compte, que la somme de ces informations. Le réseau informatique constitue une toile d'araignée qui s'étend partout et archive scrupuleusement nos moindres faits et gestes. Tout ce que nous avons fait est écrit quelque part : on peut nous suivre à la trace, lire notre courrier électronique, nos journaux publiés en ligne... Évidemment, le « on » en question n'existe pas. Ou, plutôt, il est encore virtuel. C'est «le réseau».


Un réseau qui, non seulement, connaît tout ce qui se passe dans le monde, mais devient le monde lui-même.


Corollaire : le réseau décide de ce qui existe et de ce qui n'existe pas. Imaginons, par exemple, que Google - le moteur de recherche le plus utilisé et le plus puissant au monde, qui est en situation de monopole - décide de supprimer toutes les occurrences concernant le général de Gaulle, Jean Paul Sartre ou l’homosexualité... Pour tous les internautes du monde et, bientôt, pour le monde entier qui ne vit et ne pense que par Internet, voilà deux personnages et un fait qui disparaissent de notre histoire !


Un tour de passe-passe technique d'une simplicité absolue, et voilà que, pour le coup, «du passé, nous faisons table rase».

Plus simplement encore, imaginez que quelqu'un fasse disparaître votre nom de tous les fichiers où vous êtes répertorié... et vous voilà disparu ! Vivant, mais plus mort que mort ! Internet est un formidable outil de communication. Il nous permet d'accéder au monde. Mais soyons vigilants pour qu'il ne se substitue pas au monde !

Jeudi 24 novembre 2005

C'est l'histoire d'un mariage arrangé entre Elisabeth-Charlotte de Bavière, princesse Palatine et "Monsieur", frère de Louis XIV.


La princesse, narratrice de sa propre histoire, découvre, petit à petit, les exigences que lui confère ce mariage : les goûts de son mari pour les hommes, la polygamie du roi et toutes les intrigues qui peuvent tourner autour d'amours déçus.


Elle entretiendra pourtant avec "Monsieur" d'excellentes relations, ne se mêlant pas de ses habitudes. Ce dernier en ressentira une véritable gratitude, si bien que tous ses amis la respectèrent. L'auteur, Anne-Sophie Silvestre arrête là son récit sur ces années de relatif bonheur.


Un dernier chapitre, en appendice, informe sur la suite de la vie de la princesse Palatine : il s'agit alors d'années beaucoup moins gaies.


Des extraits de la correspondance échangée entre la Princesse Palatine et sa tante en Bavière, au fil du roman, permettent d'approcher au mieux ce pan véridique de l'Histoire.


Ce récit n'a certes pas de grandes qualités d'écriture : le texte semblant hésiter en permanence entre le roman et le documentaire. Néanmoins, je salue le courage de l'auteur pour avoir enfin abordé - sans aucune pudibonderie - les désirs de ces grands personnages de l'Histoire. Une lecture à proposer aux jeunes lecteurs, dès 12 ans.


EXTRAIT :

— Ma tante, vous avez parlé deux fois de ces compagnons..., de ces amis de Monsieur. Ont-ils tant d'importance ?

Ma tante Sophie regarda ses mains posées sur sa robe, puis elle leva les yeux sur moi :

— Vous venez de mettre le doigt sur la question la plus importante. Et c'est bien de cela dont je veux vous parler depuis tout à l'heure.

Elle se recueillit un instant :

— Liselotte, il faut que vous le sachiez. Monsieur a, si l'on peut dire ainsi les choses, des mœurs italiennes...

Toute mon inquiétude s'éveilla. «Les mœurs italiennes...» J'en avais déjà entendu parler, mais sans jamais parvenir à savoir exactement de quoi il s'agissait. Je savais que cela concernait les hommes, que c'était mystérieux et scandaleux, et que c'était un sujet qu'on n'abordait pas devant les jeunes filles.

Cela signifie, poursuivit ma tante, que Monsieur préfère la compagnie des hommes à celle des femmes. Et aussi qu'il a un goût exagéré chez un homme pour les parures et les bijoux. Rien de bien méchant dans tout cela, et Monsieur n'est pas un débauché. Au moins, il ne vous fera pas souffrir en s'entourant de maîtresses et de favorites... Mais il faut que vous sachiez qu'il aime réellement ses amis et qu'il a besoin d'eux. La seule chose que vous ne devrez jamais faire, ma Liselotte, c'est d'essayer de changer Monsieur ! Accommodez-vous de lui comme il est. Et ne vous opposez pas à ses amis. S'ils voient en vous un danger, ils vous rendront la vie très difficile.


J'y aurais bien songé toute seule. Je suis d'un naturel conciliant et je n'allais pas épouser le deuxième seigneur français pour lui faire la guerre. Je sais de quoi je parle. J'ai eu des parents terribles. Tout enfant, avant de venir vivre à Hanovre auprès de ma tante, je les ai vus, littéralement, s'étriper. J'entends encore les cris, les injures et les bruits de soufflets passer à travers les portes fermées de leurs appartements. Je déteste par-dessus tout les disputes entre époux et je suis bien décidée à n'en avoir jamais. Mais je voulais en savoir plus sur cette question des mœurs italiennes :

Ma tante, qu'est-ce qui donne ces habitudes à un homme ?

Chez certains, c'est dans leur nature. Ils naissent ainsi, comme ils naissent blonds ou bruns, ou grands, ou petits. C'est le cas de Monsieur. D'autres pratiquent ces mœurs par provocation ou par intérêt. Par exemple, le chevalier de Lorraine qui a été longtemps le meilleur ami de Monsieur. Mais de celui-là, vous n'avez rien à craindre. Le roi, fatigué de ses méchants tours et de sa langue de vipère, l'a envoyé bien loin de la cour. Il se trouve en ce moment à Rome, je crois...

Ma tante se leva pour redresser une bougie qui s'était coudée et qui coulait sur la cheminée.

— On aurait pu, dit-elle en se rasseyant dans un grand bruit de frou-frou, à l'âge de l'adolescence, décourager Monsieur de ces habitudes. D'autant plus facilement que c'était un garçon vaillant, plein de goût et de talent pour les choses militaires. Mais on ne l'a pas fait. Je dirais même qu'on a encouragé autant qu'on a pu cette inclination vers les mœurs italiennes.

J'ouvris de grands yeux :

— Qui, « on » ?

— Sa mère, la reine Anne d'Autriche, et son premier ministre, le cardinal de Mazarin. On lui a choisi pour compagnons les garçons les plus à même de le pousser sur cette pente.

— Mais pourquoi ?

Pour qu'il ne fasse jamais d'ombre à son frère aîné. Les frères cadets des rois, trop beaux, trop vaillants, trop populaires, trop révoltés d'être nés si près du trône et de ne pas s'asseoir dessus, ont souvent été les boutefeux de guerres entre Français. Pour éviter que cela n'arrive un jour avec Monsieur, la reine mère et Mazarin ont employé les grands moyens. Ils estimaient sans doute que la grandeur du royaume était plus importante que le bonheur d'un jeune garçon.

Je demeurai silencieuse. Cette raison d'État qui broyait les gens comme du grain dans un moulin me paraissait une chose effrayante. (page 28 à 31)


■ Castor-Poche Flammarion n° 950, 2003, ISBN : 2081624281



Lire aussi la chronique de Lionel Labosse sur son site altersexualité.com


Jeudi 24 novembre 2005

« Les enfants solitaires engendrent des dictatures absolues et secrètes, confrontées à des destins de rêve, sourdement menacés. »


Frédéric Mitterrand, Tous désirs confondus, Editions Actes-Sud, 1993, ISBN : 2868692532



par Jean-Yves publié dans : CITATIONS
 

Texte Libre



Texte Libre 1

 

[...] les mots possèdent ce prodigieux pouvoir de rapprocher et de confronter ce qui, sans eux, resterait épars dans le temps des horloges et l'espace mesurable.
Claude Simon, Album d’un amateur,  Editions Remagen-Rolandseck, 1988, p. 31

 

Photographie de Cédric Genty – 2004


Lire c'est aller à la rencontre de quelque chose qui va exister.
Italo Calvino, Si par une nuit d'hiver un voyageur



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"Qui sommes-nous, qu’est chacun de nous sinon une combinaison d’expériences, d’informations, de lectures, de rêveries ? Chaque vie est une encyclopédie, une bibliothèque, un inventaire d’objets, un échantillonnage de styles, où tout peut se mêler et se réorganiser de toutes les manières possibles."
(Italo Calvino, Leçons américaines)

 

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« Tu ne sauras jamais les efforts qu'il nous a fallu faire pour nous intéresser à là vie ; mais maintenant qu'elle nous intéresse, ce sera comme toute chose - passionnément. »
André Gide, Les Nourritures terrestres (1897)

 

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« Tout est vrai, le temps d’un texte. »
Kirsty Gunn

 

 

 

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« Je crois aussi qu'on ne meurt pas avant d'en avoir secrètement, tenacement le désir. »
Tony Duvert

 

Le site de Lionel Labosse. Un regard altersexuel sur le monde.

 

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C’est ainsi par exemple que l’on envoie les enfants à l’école, non pas dans l’intention qu’ils y apprennent quelque chose, mais afin qu’ils s’habituent à demeurer tranquillement assis et à observer ce qu’on leur ordonne, en sorte que par la suite ils pensent ne pas mettre réellement et sur le champ leurs idées à exécution.
KANT, Réflexions sur l’éducation

 

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