Mardi 12 avril 2005

À quatorze ans, Georges de Sarre, brillant élève au lycée, entre en troisième à l’internat religieux de Saint-Claude, poussé par ses parents qui souhaitent perfectionner son éducation morale.


Il s’accoutume à la vie du collège, où les offices religieux alternent avec les heures d’étude, et découvre très vite que certains de ses camarades entretiennent des «amitiés particulières», ainsi Lucien et André. Par jalousie, Georges provoque le renvoi d’André, mais renonce à la conquête de Lucien, car il est brusquement fasciné par un enfant de cinquième beau comme un ange, Alexandre... Responsable des enfants, le Père de Trennes s'aperçoit de cette histoire d'amour et pour mettre fin à cette relation, il sépare les deux jeunes gens. Mais Alexandre ne supporte pas cette séparation et en meurt.


Adapté du roman de Roger Peyrefitte, ce film révèle la culpabilité et le chantage à la religion. Deux jeunes collégiens se prennent de passion l'un pour l'autre tout en aiguisant la curiosité malsaine du père de Trennes, leur directeur de conscience. L'atmosphère du livre de Roger Peyrefitte est parfaitement recréée par Jean Delannoy dans ce film sur l'amitié amoureuse, entre deux jeunes et beaux collégiens dans un pensionnat de Jésuites.



Dans cet univers d'intolérance, ils doivent se cacher, mais ils sont dénoncés par un des Pères qui les oblige à rompre. Michel Bouquet et Louis Seigner complètent la distribution de ce film qui fut à sa sortie en 1964 honteusement interdit aux moins de 18 ans.

Si Georges, à la fin du film, décide de ne pas mourir après tant de dénonciations et de feintes, ce n’est pas par une ultime lâcheté, mais avec la certitude que son ami vivra désormais en lui, qu’ils auront ensemble « quinze ans ».


Ce film est aussi une célébration lyrique de cet âge à la fois chaste et trouble, aussi éloigné d’une vaine innocence que de la perversité des hommes, de ce printemps éphémère qu’Alexandre, en mourant à treize ans, choisit de ne jamais trahir.


La construction dramatique du film de Delannoy est sans doute une pierre blanche sur le chemin de la construction d'un cinéma gay même si ce n’est pas le premier film du cinéma à aborder l’homosexualité comme on l’a souvent écrit.



Le roman de Roger Peyrefitte (1944)


par Jean-Yves publié dans : FILMS
Mardi 12 avril 2005

On pourrait justifier le mariage gay pour une raison différente et presque opposée à celle de la non-discrimination : celle des effets bénéfiques qu'il aurait sur la représentation symbolique du couple en général.


Alors qu'on pense bien souvent que les couples du même sexe devraient avoir le droit de sortir de leur ghetto et de leur stigmate pour bénéficier de la même vie confortable qu'on réserve injustement aux couples hétérosexuels, on pourrait penser que cette ouverture du mariage permettrait aux hétérosexuels de se libérer du poids de leur existence pour se rapprocher un peu de ce que Foucault appelait le «bonheur gay».


Car les hétérosexuels souffrent beaucoup de l'ordre actuel qui leur permet de se marier et de se procurer des enfants, même s'ils apparaissent, dans les discours de tout le monde, comme de véritables nantis. Ils sont victimes d'un ordre dans lequel deux sujets censés être foncièrement différents (et complémentaires) se battent pour des intérêts contraires grâce à l'appui de l'appareil étatique, dans une sorte de guerre où il est très difficile d'identifier les gagnants et les perdants.


D'un côté il y a la femme, présentée comme abusée, frappée, violée et abandonnée par la suite, dont le but n'est jamais le sexe gratuit mais, par ce biais obligé, l'amour et la fabrication des enfants. De l'autre, il y a l'homme, violent, violeur, irresponsable, dont le but est de jouir et de partir sans assumer et sans payer.

Les lois et les juges regorgent de ces idées et font payer aux hommes les torts que toujours et dans chaque circonstance ils sont censés faire subir aux femmes. Il en résulte un monde extrêmement triste pour les uns et pour les autres, les premiers ayant à payer les frais du destin que les secondes n'ont pas voulu assumer comme leur.

Dans ce paysage gris, où le sexe et l'amour ne sont jamais gratuits mais toujours risqués, où tout se traduit tôt ou tard en argent, où le visage des coupables et des victimes sont connus d'avance, le mariage gay introduirait dans le même espace symbolique une alternative qui éloignerait peut-être la conjugalité de l'étrange rituel sacrificiel qu'elle est aujourd'hui.


Une fois admis comme des couples légitimes jouissant de ce fait de tous les droits que confère cette vieille institution, on pourra affirmer que les gays deviendront le groupe social le plus favorisé du point de vue sexuel et amoureux. Ils pourront faire le choix d'entrer dans des couples stables et reconnus, mais aussi ou en même temps de profiter des saunas et des back-rooms. Ils pourront non seulement regarder la télé le dimanche avec leur chien, mais aussi coucher avec des inconnus dans les toilettes d'une gare mal aménagée.

En cas de divorce, l'absence de la victime féminine fera que personne ne sera accablé par des prestations compensatoires et des pensions, car d'un homme l'on demande qu'il soit autonome et qu'il ne se fasse soutenir par personne.

Si jamais l'on arrivait à faire admettre la filiation homoparentale, le domicile alterné des enfants s'imposerait de lui-même, car l'un comme l'autre seraient considérés également inaptes et donc également aptes pour les élever. Qui plus est, le fait d'avoir des enfants ne les écraserait point comme c'est le cas pour les femmes, car, pour les hommes, les enfants, lorsqu'ils les veulent, sont une responsabilité et un plaisir, mais non point un destin. Il serait par ailleurs difficile qu'un juge veuille entendre quoi que ce soit concernant les violences conjugales, car on dira au présumé victime qu'il est assez grand et autonome pour partir s'il le souhaite. On ne comprendra pas pourquoi un homme reste avec un autre qui le frappe et qui le viole trois fois par jour. Ainsi, les couples gays imposeront progressivement aux pratiques sociales et judiciaires de nouvelles normes, plus égalitaires.


Noël Mamère, lorsqu'il a décidé de marier le premier couple d'hommes à Bègles, avait-il en tête un projet pour tous les couples, une sorte d'utopie sexuelle et familiale opposée à celle de Ségolène Royal, à ses saintes femmes enceintes et ses clients de prostituées en prison ?


Est-ce pour avoir pressenti cette utopie implicite que cette dernière s'est si vaillamment opposée au mariage gay en dépit des positions de son parti ? Qui sait ? Les ressorts des prises de position des uns et des autres sont si secrets.


En revanche, on peut être sûr qu'il sera très difficile de faire comprendre aux uns et aux autres que la vie amoureuse et sexuelle peut être plus vertigineuse si on est contraint de la vivre sans filets et sans coupables.


Mais, peut-être, le modèle gay pourra servir pour développer aussi une «fierté» hétérosexuelle, qui fera enfin préférer aux hommes et aux femmes les risques de l'égalité.


En tout état de cause, les hétérosexuels pourraient faire ce pari sans peur de se tromper : la seule issue qui leur est ouverte pour finir avec le projet étatique de domestication massive de leur vie sexuelle et familiale n'est pas d'accorder d'une main généreuse et attendrie aux couples de même sexe le partage de leurs «privilèges», mais au contraire d'en profiter pour rendre la société française décidément et absolument gay.


Libération, Marcela IACUB, mardi 29 juin 2004


La photographie de Marcela Iacub, en logo dans les articles, est de Crocus [copyright “crocus / www.crocusss.net"]


Lundi 11 avril 2005

Gilles Chaillet est un grand connaisseur de Rome, un véritable chercheur animé d'une ferveur épatante. Il a réuni le travail d'une vie « Dans la Rome des Césars », un magnifique album agrémenté de plans minutieusement dessinés de la cité au début du IVe siècle. Le livre représente l'aboutissement d'un patient et minutieux travail de reconstitution du plan de la capitale de l'Empire romain. Sa publication est accompagnée par un magnifique portfolio « Un voyage dans la Rome des Césars », où l'on peut découvrir l’ensemble des planches représentant le plan de la ville.

Cinq mille heures de dessins, auxquelles il faut ajouter les trois mille heures de mise en couleur par sa femme, pour réaliser le grand plan de Rome (3,25 x 2 m). Pour les besoins de lisibilité de son ouvrage, Gilles Chaillet a découpé ce plan en plusieurs planches. L'artiste a choisi de représenter Rome à une date aussi précise que symbolique : 314 après Jésus-Christ. Soit un an après la signature, par Constantin, premier empereur chrétien, de l'édit de Milan accordant la liberté religieuse dans l'Empire (notamment aux chrétiens). Si la ville perd son statut de capitale de l'empire au profit de Byzance, rebaptisée Constantinople, elle reste un symbole que les empereurs ont pris soin de continuer à embellir. Et en 314, la cité antique a presque atteint son apogée. Dès l'année suivante, sa physionomie commence à changer, avec la destruction du cirque de Caligula, dans lequel périrent des milliers de chrétiens, qui laisse la place à la première basilique Saint-Pierre.

Pour nous faire vivre la cité de l'intérieur, Gilles Chaillet a inventé le personnage de Flavien. Arrivant d'Orient par le port de Brindisium (l'actuelle Brindisi), le jeune homme est chargé d'une mission dans Rome. L'occasion de remonter avec lui la via Appia, puis de parcourir la ville en tout sens. Du forum, lieu de naissance de la République, jamais en panne de débats publics, aux bas-fonds de Subure, un quartier surpeuplé où bat le cœur de Rome. En passant par les gigantesques entrepôts de l'Emperium, le ventre de la célèbre ville, au bord du Tibre.

« Dans la Rome des Césars » fourmille d'histoires et d'anecdotes. Impressions visuelles, bruits, odeurs... rien n'a échappé à Gilles Chaillet. Son récit et ses dessins nous donnent à sentir une métropole effervescente, bigarrée, bruyante et dure, mais somptueuse et unique, qu'on venait déjà admirer de tout l'Empire.

Et les historiens, qu'en pensent-ils ? L'accueil a été favorable. L'un d'eux, Bertrand Lançon, Maître de conférences en histoire romaine à l'université de Brest, auteur d'une « Vie quotidienne à Rome », a même signé les préfaces des deux ouvrages.


■ Dans la Rome des Césars, Gilles Chaillet, Editions Glénat, 200 pages, 2004, ISBN : 2723440508

■ Un voyage dans la Rome des Césars (Portfolio), Gilles Chaillet, Editions Glénat, 210 pages, 2004, ISBN : 2723442535



Rome en quelques chiffres :

En l'an 314, Rome comptait entre 800.000 et un million d'habitants alors que Lyon, à la même époque, en compte 40.000 au grand maximum. La ville s'enorgueillissait de 11 forums, 967 bains publics, 11 grands thermes, 1350 fontaines (alimentées par 19 aqueducs), 9 ponts, 12 basiliques, 43 arcs de triomphe en marbre, 28 bibliothèques, 2 amphithéâtres, 5 cirques, 2 naumachies (cirques où l'on reconstituait les combats navals), 3 théâtres, 1 odéon et 1 stade. Sans oublier 200 temples, 11 colonnes commémoratives, 22 statues équestres dorées et plus de 3.000 en pied. Désertée par le pouvoir, envahie par les Goths en 410 et soumise aux aléas de l'Histoire, elle va péricliter. Au XIVe siècle, Rome ne comptera plus que 15.000 habitants.

Cet article est également publié sur le site de Castalie

par Jean-Yves publié dans : HISTOIRE
Lundi 11 avril 2005

Dans les sociétés laïcisées et rationalisées, la mort fait toujours appel à des précautions et des rites particuliers, dont la bonne observance vise à solenniser cet événement. Ce qui n’empêche pas les professionnels d’entretenir avec les défunts des rapports à la fois très techniques et très directs, tout emprunts de rigueur et aussi, penserait-on, d'indifférence émotionnelle.


L'enquête menée par deux ethnologues, Pascale Trompette et Sandrine Caroly, montre cependant que la peur des morts n'est jamais très loin.

- Il y a d'abord celle que les infirmiers, porteurs et embaumeurs ne manquent pas d'éprouver en début de carrière face au cadavre à relever ou à traiter, par exemple après un accident ou un suicide.

- Mais il y a surtout un autre stigmate qui ne les quitte jamais complètement et dépend en fait du regard des autres :

«Pour oser côtoyer quotidiennement le cadavre, les pompes funèbres appartiennent à ces métiers privés d'une forme quelconque de grandeur sociale.»


Ainsi, la profession est mal nommée : le croque-mort est littéralement celui qui se nourrit du commerce des morts et vit du malheur d'autrui. Aussi la plupart des travailleurs du funèbre maintiennent une barrière aussi étanche que possible entre leur profession et leur vie de famille.

Certains rites de passage sont destinés à traiter la pollution de la mort : souvent, la compagne ou l'épouse de l'employé funéraire impose à son conjoint un traitement contre la souillure, par exemple se doucher avant tout contact avec la famille, ou encore de prendre seul son repas chaque fois qu'il a procédé à une mise en bière.


Enfin, il y a les amis, auxquels on parle le moins possible de son métier, «parce que cela les fait rire» (ce qui est une autre manière de dire sa gêne). Au bout du compte, il est fréquent que les travailleurs de la mort se regroupent, à la ville comme au jardin, pour partager leurs loisirs.


Dernière remarque, et non des moindres : les professions funèbres restent masculines à 99%, comme si, effectivement, un puissant effet d'allergie symbolique existait entre les soins donnés aux morts et le fait de donner la vie.




Référence bibliographique : Pascale Trompette et Sandrine Caroly, En aparté avec les morts... Peur, larmes et rire au travail : les métiers du funéraire, in Revue Terrain, n° 43, dossier « Peurs et menaces », Éditeur : Maison des Sciences de l'Homme, septembre 2004, ISBN : 2735110443

Garçons d'amphithéâtre, croque-morts en tout genre, embaumeurs modernes (thanatopracteurs), ils forment la trame professionnelle de la longue chaîne de production des services au défunt. Pour ces multiples métiers qui peuplent l'espace séparant les vivants et les morts, la vie de travail ne saurait composer avec la fragilité. Leur place dans l'arène des émotions autour du défunt s'énonce comme celle de professionnels accoutumés à la mort et aux débordements affectifs qu'elle suscite. Derrière cette rigueur professionnelle qui semble affranchie de tout engagement de soi dans l'activité, on découvre pourtant au fil de l'observation les manifestations à peine visibles de l'embarras, du choc, de la peur, et des jeux rituels composant avec l'assaut des émotions. Face à la peur, les compagnons des morts ont ainsi inventé leur propre genre professionnel, dans une partition où se conjugue le déni et la ruse, l'honneur viril et la maîtrise professionnelle, la réponse communautaire et l'échappée dans le rire.

MOTS CLES : peur, mort, funéraire, émotion, travail, corps, métier.


LIRE AUSSI sur ce blog :

LA MORT A DISPARU DE NOS YEUX

PENSER LA MORT

Lundi 11 avril 2005

Neuf nouvelles originales mettant en scène des adolescentes, aux surnoms étranges, qui vivent des situations difficiles: mère folle qui se suicide, père transsexuel, ex-enfants-vedettes, punks, rockers, homosexuels, drogués, etc. Elles trouvent toutes des moyens de s'en sortir et finissent par émerger de leur passé, souvent dur et violent.

Lire la nouvelle : «Des dragons à Manhattan» : Un jeune garçon se moque de Tuck parce que cette dernière a “ deux mamans, pas de papa ”, ce qui provoque le départ de la jeune fille sur les lieux de sa naissance en quête de son père :


« Je savais que j’avais un père. Je voulais le trouver,(…) Il porterait un costume et irait à un vrai travail dans un bureau comme les autres pères (…), il se raserait le matin et son menton serait déjà piquant l’après-midi. » (p.52)


Tuck finalement va découvrir la véritable identité de son père, Irving Rose, il n’est autre qu’Izzy, son autre mère. C’est un transsexuel, un homme qui est devenu une femme. Il y a là une véritable volonté de se démarquer d’une société normalisante : l’identité masculine ou féminine n’est pas acquise mais apparaît plutôt comme une construction sociale. Tuck est forcément surprise, mais elle accepte tout de suite ce choix tant elle aime ses parents. « Je vous aime toutes les deux, dis-je. Même si j’aurais préféré que vous ressembliez plus à des parents normaux. (…) Je vous aime tous. Anastasia, Izzy, et Irving aussi. Je vous aime tous. » (p.94).


in « LES PETITES DEESSES » (Nouvelles), Ecole des Loisirs (coll. Médium), 1999, ISBN : 2211044816



Lire aussi la chronique de Lionel Labosse sur son site altersexualité.com


Lundi 11 avril 2005

Un tableau provocant d'adolescents américains de classe moyenne qui trompent leur ennui avec du sexe, de la violence et de la perversion à Visalia, une petite ville de Californie. Leurs parents sont pour la plupart médiocres, aveugles, méprisants et alcooliques.


MON COMMENTAIRE : La solitude ne se mesure pas à l'étalon des kilomètres de l'éloignement. La communion se nourrit parfois d'une distance vivante, alors qu'une immense solitude est sécrétée par une proximité étouffante... « Ken Park », le film de Larry Clark, évoque en des termes très crus la trajectoire perdue d'adolescents cherchant leur chemin en emmêlant leurs corps. Leurs parents eux-mêmes sont dans la confusion, et n'ont de plus pressé que d'abolir la distance avec les jeunes en se mélangeant à eux en sexualité, car ils sont dans l'impossibilité d'accepter le décalage temporel entre les générations. L'un de ces adolescents - Ken Park - en arrive à se suicider, mettant ainsi en acte le vœu de mort dirigé inconsciemment envers lui par ses géniteurs qui ne l'ont pas vraiment voulu vivant. Autant alors terminer le « travail » qui n'a pas été jusqu'au bout effectué. Extrêmement seuls, désolés, oubliés, ces adolescents prisonniers du corps des adultes nous donnent l'image du désert de l'abandon. La distance n'a rien à voir avec la géographie, et le désert s'impose parfois dans la bousculade de l'indifférenciation, comme une prison intérieure sans remise de peine.



LARRY CLARK : Avant de se tourner vers le cinéma, Larry Clark se lance dans la photographie dès 1963. En 1971, paraît Tulsa, son premier album dans lequel il expose les pratiques déviantes des marginaux de sa ville natale. Ce livre fait grand bruit par son sujet sulfureux et son ton délibérément provocateur. Larry Clark publie en 1983 un deuxième recueil de photos autobiographiques, intitulé Teenage lust, pour lequel il obtient une bourse de la National Endowment for the Arts (Fondation nationale pour les arts). Suit en 1993 The Perfect childhood, un ouvrage dans lequel il présente des jeunes gens à moitié nus en pleines étreintes ou s'amusant avec des armes. Encouragé par Gus Van Sant et Martin Scorsese, deux de ses plus grands admirateurs, Larry Clark passe à la réalisation de longs métrages et met en scène Kids qui sera présenté aux Festivals de Sundance et de Cannes en 1995. Là encore, il explore les dérives du monde adolescent à travers un groupe de jeunes gens de Manhattan qui sombrent dans la drogue. Se situant dans le même registre et inspiré de faits réels, Another day in paradise, son second long métrage, est un road movie sanglant dans lequel James Woods et Melanie Griffith initient un jeune couple aux pratiques criminelles. Cette oeuvre obtient le Grand Prix du Festival du film policier de Cognac en 1999. En 2001, Larry Clark met en scène Bully, l'histoire du meurtre sauvage d'un adolescent tyrannique par quelques-uns de ses amis. Toujours dans la même veine, il coréalise avec son chef-opérateur Edward Lachman Ken Park (2003), un tableau provocant de jeunes Américains trompant leur ennui avec du sexe, de la violence et de la perversion. Ce film est l'occasion pour Larry Clark de collaborer à nouveau avec Harmony Korine, le scénariste de Kids.

par Jean-Yves publié dans : FILMS
Dimanche 10 avril 2005

Que fais-je en allant voir un psy ? Dans les psychothérapies verbales, on vient d'abord parler. Et ce n'est pas facile de parler. Il m'a fallu des années avant de mettre en acte mon désir de voir un psy. J'étais honteux de dire certaines choses, j'avais le sentiment d'être anormal ; je craignais d'entendre un diagnostic irrémédiable de la part du professionnel. Pouvoir parler est parfois thérapeutique en soi. Le fait même d'annoncer à un tiers pour la première fois une souffrance m'a permis de ressentir des effets étonnants de soulagement, voire de transformation intérieure...


Il existe pourtant une DRAMATIQUE de l'aveu.


Sortir de l'obscurité les douleurs enfouies depuis toujours peut-il m'apporter une libération ? La dramatique de l'aveu n’est pas nouvelle pour moi : elle était déjà présente dans la religion catholique, notamment à travers la confession… et enfant, elle m’a toujours paru lourde à porter. Il existe, bien sûr, de grandes différences entre les perspectives spirituelles et laïques de l'aveu : d'un côté, il s'agissait d'alléger le poids de mes fautes qui était séparation d'avec le Créateur, et d'amorcer un retour vers Dieu ; d'un autre côté, il s’agit, aujourd’hui, surtout d'explorer mes souffrances de mon histoire pour m’aider à sortir de mes répétitions.

Dans les deux cas, on me demande de sortir d'une conscience qui serait fausse, où je m’arrangeais jusqu'ici avec moi-même d'une manière solitaire. On me dit que le but est de m'ouvrir à une altérité qui m'aidera à devenir libre… J’aimerais y croire…

par Jean-Yves publié dans : MON CARNET
Dimanche 10 avril 2005

Pérusson, novembre 2002

Mon Très Cher Inconnu

Il faut choisir : ou bien croire en l'homme, ou bien croire en Toi.

Et comment croire en Toi lorsque Tu imposes à l'homme souffrances, pauvreté, massacres et atrocités de toutes sortes ? L'homme Te fait souffrir ? Non, il T'adore, il T'adule, il se soumet à Tes lois, à Tes dogmes. Là est l'injustice. Tu es une invention de l'homme. Et l'homme ne se souvient plus qu'il T'a créé. Laisse-moi Te le dire en toute simplicité : je ne crois pas en Toi. Mon Dieu à moi, c'est l'Univers, la Terre, les planètes, les trous noirs, les forêts, les océans, les déserts, les tempêtes, les neuves, les signes, l'angoisse, le désespoir, l'espérance, le doute, la grâce, la magnificence. C'est aussi l'horizon, l'infini, les peuples rares, le courage, la générosité.

Un jour, si Tu le veux bien, je T'expliquerai les vertus de l'athéisme. Laisse-moi donc écrire cette Bible de l'incroyance à l'usage des croyants. C'est un gros travail. Bien sûr, je ne T'oublierai pas. Tu seras présent dans tous les chapitres, dans tous les versets. Certes, ma démarche peut Te paraître primaire, mon jugement imbécile et irrespectueux.

Oserai-je Te dire que j'ai dépassé la religion ? Oui, peut-être. Et pour ce faire. Tu m'as bien aidé en infligeant aux hommes, un peu partout dans le monde, des fléaux, des horreurs commises en Ton Nom. Il reste tout de même un mystère sur lequel réfléchir : parfois, quand Tu ordonnes un génocide, une guerre sainte, quand Tu sèmes la mort, la terreur et les dévastations, je me dis que Tu es peut-être. Toi aussi, de chair et d'os, de misère et de désolation, parmi ceux qu'on assassine?

Une réponse de Ta part me ferait du bien...

Jacques Lanzmann

écrivain

 

 


Présentation de l'éditeur : Cent lettres à Dieu, de femmes et d'hommes, se trouvent rassemblées dans ce recueil. Les auteurs sont religieux ou laïques : archevêques, cheikhs, imams, moines, prêtres, rabbins ou bouddhistes, écrivains, intellectuels, journalistes, philosophes ou scientifiques originaires d'Europe, d'Afrique ou d'Orient, tous témoins d'un dialogue plus que jamais nécessaire. Ils expriment, dans ce livre, leur foi, leur doute, leur révolte, leurs interrogations les plus intimes, leurs espoirs et leur désespoir.

Qu'ils soient pathétiques, violents, poétiques, lumineux, ces messages forment une mosaïque singulière de la quête des hommes.

Jacques LANZMANN : Né en 1927 à Bois-Colombes (Hauts-de-Seine), Jacques Lanzmann commence une carrière de peintre (groupe de l'Ecole de Paris) qu'il abandonne pour voyager autour du monde. Il gagnera sa vie comme ouvrier dans une mine de cuivre au Chili, joueur professionnel, contrebandier, homme de ménage, camionneur, peintre en bâtiment et rapportera de ses expéditions des romans-reportages pleins de verve et de couleur. Principaux livres : La Glace est rompue (1954), Le Rat d'Amérique (1956), Cuir de Russie (1957), Les Passagers du Sidi-Brahim (1958), Un Tyran sur le sable (1959), Viva Castro (1959), Qui vive! (1965), Le Têtard (1976), Les Transsibériennes (1978), ... Critique dramatique aux Lettres françaises de 1955 à 1958, fondateur avec Daniel Filipacchi du magazine Lui (1963-1969) et d'Edition spéciale avec Jean-Claude Lattès (1968-1973), il a écrit divers scénarios pour le cinéma et la plupart des chansons de Jacques Dutronc.


Lettres à Dieu, Collectif, René Guitton (préface), 2004, Calmann-Lévy, ISBN :2702134467

par Jean-Yves publié dans : LIVRES
Dimanche 10 avril 2005


Théoricienne roublarde et brillante d'un posthumanisme très libéré, l'Argentine Marcela Iacub a réussi en quelques années à mettre un grand boxon dans la galaxie féministe française. Intellectuelle d'un nouveau type, l'auteur de «l'Empire du ventre» ne représente peut-être qu'elle-même. Mais elle le fait super bien.



Qui est Marcela Iacub ? Une libérale sauvage, favorable à la prostitution et à la location d'utérus ? Une fille « fébrile » tentée par la « lesbophobie », comme semble le penser le magazine gay Têtu avec qui les ponts sont aujourd'hui rompus après deux années d'idylle ? Une antiféministe, dont la hargne à dénoncer « la synthèse que le mouvement féministe français a réussi à opérer entre ses propres revendications et les convictions du Vatican » ferait d'elle une « kapo de l'ordre patriarcal », selon les termes de la sociologue Christine Delphy ? A la voir sortir de chez Da Mimmo, la trattoria chicos du boulevard Magenta, « confuse » d'être en retard au rendez-vous, on n'a pourtant pas l'impression de voire débarquer le diable. Mais à l'entendre, une fois installée sous les lambris de son bel appartement haussmannien, on réalise qu'elle n'a pas usurpé la sulfureuse légende qu'elle construit à coups de bouquins décoiffants, de chroniques tranchantes dans Libé et d'interventions scandaleuses, telle sa défense aux côtés de Catherine Millet de la liberté de prostitution. Car si les thèses corrosives de Marcela restent corsetées dans ses textes par une langue classique, semée de pointes d'ironie, l'oral l'autorise à un style beaucoup plus... lâché. Ce qui lui permet de tirer avec jubilation sur tout ce qui bouge. Les féministes « officielles » - ces « intellectuelles organiques quasi bolcheviques » - en prendront ainsi plein la poire pendant cet entretien chaperonné par son perroquet Dragonella, qui vole sous les moulures en posant parfois ses griffes sur nos épaules, illustration des dangers du journalisme d'investigation.


MÈRE PORTEUSE, UN MÉTIER D'AVENIR ?

Avec son nouveau livre, l'Empire du ventre, Marcela Iacub ajoute une pierre à la brillante entreprise de déconstruction inaugurée par Le crime était presque sexuel (2002). Constatant la montée du « tout biologique » dans la filiation (aujourd'hui, il n'y a de vraie mère que celle qui a effectivement accouché), elle vient, comme à son habitude, enrayer la belle mécanique du droit en affirmant que la filiation n'a pas toujours résulté de l'engendrement par le ventre maternel. Car le code Napoléon, dit-elle, autorisait largement les filiations fictives et permettait ainsi à des couples inféconds d'avoir des enfants. Dans son argumentation, Marcela réserve une place particulière aux procès en « substitution » d'enfants intentés au XIXe siècle. Ce remplacement d'un enfant, par exemple mort-né, par un autre à la naissance est un délit pénal. Constatant qu'il était, dans les faits, rarement poursuivi, Marcela en conclue que la circulation des enfants entre procréateurs « biologiques » et couples stériles était finalement tolérée par le droit. Comme toute déconstruction du passé visant à en dévoiler le caractère plus sophistiqué que ce qu'en dit le présent, la thèse est séduisante. Pour la juriste, l'objectif est clair : s'élever contre la marginalisation des filiations adoptives et contre l'interdiction des mères porteuses, qu'elle impute au triomphe d'un féminisme maternaliste glorifiant la fonction procréatrice des femmes. « Sur cette question des locations d'utérus, écrit-elle, se jouent non seulement la définition de la maternité mais aussi la construction d'un nouveau féminisme en France. » Mais qui trop embrasse mal étreint. Stimulante, la démonstration pèche parfois par excès de généralisation, quand ça n'est pas par des contrevérités. D'abord, les affaires racontées sont-elles suffisamment nombreuses pour refléter une politique juridique générale ? En 2003, un fumeur de joints a été relaxé parce qu'il en faisait un usage thérapeutique : n'importe quel fumeur de bédo moyen qui tomberait sur une prose publiée en 2150 pour expliquer, décision à l'appui, que la France de Raffarin tolérait largement le haschich l'aurait sans doute un peu mauvaise.


BASES ERRONÉES

II y a plus gênant : Iacub répète qu'avant la loi de 1972, l'enfant dont la paternité était contestée par son père légitime se voyait, par ricochet, également privé de sa filiation maternelle. Point capital qui lui permet d'affirmer que cet « interdit barbare » était compensé par des « libertés aujourd'hui inouïes », comme « la possibilité qu'avait une femme mariée d'établir un lien de filiation avec un enfant dont elle n'avait pas accouché ». L'ennui, c'est que cette proposition est... fausse : contrairement à ce qu'elle affirme, l'enfant désavoué par son père conservait une filiation à l'égard de sa mère). Apparemment anodins, ces détails fragilisent les constructions intellectuelles de Marcela Iacub. Et déroutent de la part d'une intellectuelle revendiquant sa qualité de juriste, espèce bizarre que le pékin moyen crédite tout de même d'une certaine rigueur. Dura lex, sed lex. Ces échafaudages conceptuels ont pourtant la beauté des séductions étranges. Ils donnent envie de suivre cette quadra à la beauté volcanique — élevée en Argentine dans un milieu bourgeois avant d'atterrir en France en 1989 — dans la trame de sa réflexion pour « une autre histoire de la maternité » et la condamnation de cette « mort sociale qu'est la maternité sans emploi, sans autre projet que la précarité future ». Condition désespérément féminine contre laquelle elle s’insurge en rêvant d'un monde qui déconnecterait la maternité de la procréation et verrait « la disparition juridique des hommes et des femmes » car « le genre doit rester une question privée » ; un monde où l'engendrement serait assuré par des professionnelles — « un métier comme un autre » — dont les « exclus de l'ordre procréatif » loueraient les services : stériles, ménopausées, couples de garçons, femmes préférant s'éviter le désagrément d'une grossesse. Certaines y voient un « ultralibéralisme individualiste, comme si il n'y avait pas de rapports de pouvoirs dans notre société » (Christine Delphy), un anarchisme chic, qui ne serait pas à la portée de toutes les bourses.


«UN FÉMINISME MINORITAIRE»

Pourtant, cette position perpétuellement « off shore » vaut à Marcela Iacub une certaine admiration : François Cusset, l'auteur de French Theory, — un essai sur l'influence de la pensée 68 sur les campus américains — salue « son courage à déconstruire les discours pseudo transgressifs » et y voit un « geste foucaldien apte à dénoncer le conformisme des non-conformistes ». Autrement dit, l'Argentine importe un produit rare sur le marché français des idées, mais familier de la scène intello US : le penseur éructant contre un Grand Capital dont il tire par ailleurs de substantiels revenus, tel Noam Chomsky, linguiste plus ou moins marxisant, professeur au prestigieux MIT de Boston.


«JE VOULAIS INTRODUIRE LE RIRE DANS LA SEXUALITE. MAIS ON NE ME L'A PAS PARDONNE.»

A se demander ce que cherche, au fond, Marcela Iacub, on se surprend à l'imaginer comme une petite fille défonçant de ses talons rageurs un beau château de sable : à cause de cette jouissance enfantine à démolir les savantes constructions du droit des adultes, de ce rire accompagnant les mea culpa rétrospectifs qu'elle concède sur certaines « plaisanteries un peu lourdes » passées ou de l'explication qu'elle donne à l'indiscipline de son perroquet - « H est bête, il a une tête trop petite. C'est une bête bête. » Elle se défend pourtant de ce qui pourrait alors passer pour de l'irresponsabilité, comme à propos de son précédent livre, Qu'avez-vous fait de la révolution sexuelle ?, dont elle prétend ne pas comprendre qu'il ait foutu le boxon dans la galaxie féministe : « Je voulais seulement introduire le rire dans la sexualité, à cette époque du gouvernement Jospin qui était tellement pathétique. Mais on ne m'a pas pardonné ce bouquin, parce que les gens aiment bien que l'on prenne un ton doctoral pour parler. » Rattrapée de justesse par la publication du Fausse Route d'Elisabeth Badinter, qui entonne le même chant de dénonciation de la posture victimaire, elle reste aujourd'hui dans une position dangereuse, sur la défensive, mais toujours prête à dégainer. « Le problème, dit-elle, est que je représente un féminisme minoritaire en France. » « Elle ne représente qu'elle-même », rétorquent plus crûment certaines.


DÉCLARATION DES DROITS DES ANIMAUX

Le meilleur des mondes selon Marcela ? Débarrassé de la notion de sexe - « II faut supprimer cette référence de la loi qui a remplacé la distinction entre le normal et l'anormal » -, débarrassé aussi de cette vieillerie que serait la notion de « personne » en droit (seuls les êtres humains sont des sujets de droit), qu'elle dézingue comme « une catégorie normative qui ne recouvre aucun phénomène empirique ». Affirmation théorique discutée mais qu'elle présente comme une évidence, et qui pourrait aboutir à ce que son perroquet soit aussi reconnu comme une personne titulaire de droit : ce qui nous promet d'autre livres à scandales, dans la lignée des théories anti-spécistes favorables à une déclaration des droits des animaux. Et qui donnera encore du fil à retordre aux gardiens déboussolés d'une pensée humaniste aujourd'hui mal en point. Posthumain, quand tu nous tiens...


«L'EMPIRE DU VENTRE: POUR UNE AUTRE HISTOIRE DE LA MATERNITÉ», FAYARD, 365 PAGES


TECNIKART n°87, CYRILLE OUVERT, novembre 2004


La photographie de Marcela Iacub, en logo dans les articles, est de Crocus [copyright “crocus / www.crocusss.net"]


Dimanche 10 avril 2005

Film événement, Paragraphe 175 lève le voile sur les histoires occultées de milliers d'homosexuels allemands internés dans les camps de concentration de l'Allemagne nazie. Des documents originaux uniques alternent avec les témoignages de survivants, évoquant avec amertume et ironie les traques, les persécutions et les crimes subis.

Avec à l’appui des photos, des vieux films et surtout huit témoignages poignants, Rob Epstein et Jeffery Friedman nous racontent, depuis les persécutions nazies contre les homosexuels jusqu’à leur déportation dans les camps de concentration, un chapitre caché de l’Histoire du troisième Reich. Et c’est au nom du paragraphe 175 du code pénal allemand datant de 1871 que le régime hitlérien arrêta entre 1833 et 1945, 100.000 hommes pour homosexualité et en envoya plus de 10.000 vers des camps. Seulement 4.000 d’entre eux survécurent.


LE PARAGRAPHE 175 : «Un acte sexuel contre nature entre des personnes de sexe masculin ou entre des êtres humains et des animaux est punissable d'emprisonnement ; la perte des droits civils peut aussi être imposée». Code pénal allemand 1871

Entre 1933 et 1945, selon les archives des Nazis 100.000 hommes furent arrêtés pour homosexualité. Plus de 10.000 d'entre eux furent envoyés dans des camps de concentration. Le taux de mortalité des homosexuels prisonniers dans les camps est estimé à soixante pour cent. À peine 4000 d'entre eux survécurent. "Peu" ont été envoyés dans les chambres de la mort. Esclaves des camps, victimes de tortures physiques, castrés ou cobayes pour des expérimentations médicales, ils devaient tous arborer le triangle rose. Le fait que les homosexuels furent emprisonnés dans les camps de concentration est relativement connu aujourd'hui. En revanche on ignore généralement que beaucoup d'entre eux ont continué à subir des persécutions dans l'Allemagne de l'après-guerre. Le Paragraphe 175 n'a été aboli en Allemagne de l'Ouest qu'en 1969, et nombre d'homosexuels emprisonnés pendant la guerre sont restés en détention après la libération.

Ils n'eurent pas droit à des réparations de la part du gouvernement allemand et tout le temps qu'ils passèrent dans des camps fut déduit de leur retraite. Dans les années 50 et 60, le nombre de condamnations pour homosexualité en RFA ont été aussi importantes qu'à l'époque des Nazis.

Aucune mention de ces crimes ne fut faite au procès de Nuremberg en 1946. Le travail de recherche, les monuments aux morts et les musées passent sous silence le sort des déportés homosexuels dans les camps de concentration Nazis. Dans les années 90, des chercheurs ont commencé à se documenter sur les histoires personnelles de ces hommes qui portaient le triangle rose. Le premier organisme à prendre en compte la persécution des homosexuels par les Nazis fut le Musée pour la Commémoration de l'Holocauste à Washington ; il encouragea des survivants à sortir de leur silence. En 1995, huit survivants ont publié une déclaration collective pour réclamer la reconnaissance de leur persécution.

LES TEMOIGNAGES

PIERRE SEEL : Quand l'Alsace-Lorraine fut annexée en 1940 les Nazis ont systématiquement commencé à éliminer les éléments antisociaux. Ils ont donné l'ordre à la police française d'établir les tristement célèbres "Listes roses" pour suivre la trace des homosexuels. Pierre Seel qui avait alors 17 ans fut une de leurs victimes. Il fut interrogé sur sa sexualité et sur son engagement supposé dans la résistance avant d'être incarcéré dans les camps de Schirmeck et de Struthof. À la fin de l'année 1941 il fut forcé comme des milliers d’Alsaciens de rejoindre l'armée allemande. Libéré par les soviétiques il fut autorisé à rentrer dans sa famille en acceptant la condition de ne jamais divulguer les circonstances de son arrestation.

GAD BECK : Il est né en 1923 dans une famille juive et chrétienne. Il fut étiqueté comme "demi-juif "en 1933. Pour éviter l'intolérable acharnement dont il était la cible, il réussit à convaincre ses parents de l'envoyer dans une école juive de garçons à partir de 1935. En 1941 il rejoint un groupe de résistants juifs dont la tâche était de trouver des cachettes et de la nourriture pour les juifs. Arrêté peu avant la libération, il émigre en Palestine en 1947. De retour en Allemagne en 1979, il devient l'un des responsables de la communauté juive de Berlin.

HEINZ DSRMER : Heinz Dšrmer est né en 1912. Après avoir été scout il fut contraint d'adhérer au mouvement de la jeunesse hitlérienne. Il s'en fit exclure en 1935 à cause de son homosexualité. Incarcéré à plusieurs reprises, il a passé presque dix années de son existence en prison ou dans des camps de concentration. Après la guerre il fut de nouveau arrêté en 1949, 1951 et 1959 pour violation du paragraphe 175 et passa 8 années supplémentaires en prison. Après sa dernière libération en 1963 il retourna vivre à Berlin avec son père. En 1982, il demanda des réparations au gouvernement allemand. Sa demande fut rejetée.

HEINZ F. : Heinz F. (né en 1905) a vécu dans le milieu de la bohème homosexuelle des années 20 et 30 à Berlin et à Munich. A partir de 1935, il fut interné pendant près de neuf ans dans des camps nazis. Au départ, Heinz F. voulait apparaître masqué puis la force de son témoignage l'a emporté, il a parlé à visage découvert.

ALBRECHT BECKER : Le photographe allemand Albrecht Becker est mort le 22 avril 2002. Né en 1906, il fut l'un des rescapés de la répression engagée par le régime nazi contre les homosexuels à partir de 1933, au nom du sinistre paragraphe 175. Arrêté en 1935 pour homosexualité, Becker fut emprisonné pendant trois ans à Nuremberg. Il raconte, dans le film (Paragraph 175, par Epstein et Friedmann, sorti en 2000), que, en rentrant chez lui, l'absence des hommes partis à la guerre ou en prison l'incita à s'engager dans l'armée allemande pour partir vers le front russe. C'est là qu'il se mit à faire des photographies. «Pendant la guerre, j'ai été blessé au bras, ce qui m'a sauvé, mais ma ville, Hambourg, a été entièrement détruite». Entre 1957 et 1988, Albrecht Becker gagne sa vie en tant que chef décorateur, notamment pour des comédies musicales filmées. Mais depuis 1943, pratiquant sur lui-même le tatouage et le piercing, c'est la totalité de son propre corps que Becker a décorée, en modifiant peu à peu son apparence et en photographiant ses transformations. En 1999, le photographe français Hervé Joseph Lebrun présentait en France les images d'Albrecht Becker.


LIRE aussi sur ce blog :

- TÉLÉVISION/HISTOIRE : Un amour à taire un téléfilm de Christian Faure

- LIRE : Moi, Pierre Seel, déporté homosexuel

- Histoire de l'homosexualité en Europe : Berlin, Londres, Paris, 1919 – 1939

- LIRE : Les oubliés de la mémoire de Jean Le Bitoux


LIRE aussi sur le web :

LE CAMP DU STRUTHOF

STRUTHOF-NATZWILLER

par Jean-Yves publié dans : FILMS
 

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[...] les mots possèdent ce prodigieux pouvoir de rapprocher et de confronter ce qui, sans eux, resterait épars dans le temps des horloges et l'espace mesurable.
Claude Simon, Album d’un amateur,  Editions Remagen-Rolandseck, 1988, p. 31

 

Photographie de Cédric Genty – 2004

 

Lire c'est aller à la rencontre de quelque chose qui va exister.
Italo Calvino, Si par une nuit d'hiver un voyageur


 

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"Qui sommes-nous, qu’est chacun de nous sinon une combinaison d’expériences, d’informations, de lectures, de rêveries ? Chaque vie est une encyclopédie, une bibliothèque, un inventaire d’objets, un échantillonnage de styles, où tout peut se mêler et se réorganiser de toutes les manières possibles."
(Italo Calvino, Leçons américaines)

 

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« Tu ne sauras jamais les efforts qu'il nous a fallu faire pour nous intéresser à là vie ; mais maintenant qu'elle nous intéresse, ce sera comme toute chose - passionnément. »
André Gide, Les Nourritures terrestres (1897)

 

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« Tout est vrai, le temps d’un texte. »
Kirsty Gunn

 

 

 

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« Je crois aussi qu'on ne meurt pas avant d'en avoir secrètement, tenacement le désir. »
Tony Duvert

 

Le site de Lionel Labosse. Un regard altersexuel sur le monde.

 

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C’est ainsi par exemple que l’on envoie les enfants à l’école, non pas dans l’intention qu’ils y apprennent quelque chose, mais afin qu’ils s’habituent à demeurer tranquillement assis et à observer ce qu’on leur ordonne, en sorte que par la suite ils pensent ne pas mettre réellement et sur le champ leurs idées à exécution.
KANT, Réflexions sur l’éducation

 


 

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