Dans ce roman dont le titre italien est Caro Michele (Cher Michel), une mère découvre que son fils (Michel) mystérieusement disparu en Angleterre est homosexuel. C'est par un réseau d'amitiés que se fait la révélation.

 

Le livre s'ouvre symboliquement sur un paysage de neige. Dans une grande maison isolée aux environs de Rome, Adriana écrit à son fils Michel.

 

Ce roman – largement constitué de lettres des différents protagonistes décrit un climat familial éclaté et dispersé ; avec un ton humoristique, humble et caustique, rieur et tendre, naïf et généreux.

 

Aucune vraie catastrophe n'est pourtant intervenue. Simplement, les personnages ont perdu la clef d'un langage commun. Il s'agit d'un malentendu général.

 

« Quelquefois j'ai la nostalgie de vous, c'est-à-dire de ceux que j'ai coutume d'appeler "les miens" même si vous n'êtes en rien "miens", pas plus que je ne suis "vôtre". Mais si je venais, vous m'observeriez, j'aurais vos regards fixés sur moi. En ce moment, je n'ai pas envie d'avoir vos regards fixés sur moi. Inutile d'ajouter que, comme je viendrais avec ma femme, vous observeriez aussi ma femme avec attention et vous vous efforceriez de pénétrer la nature et la qualité de nos rapports. Cela non plus je ne pourrais le supporter. J'ai également une grande nostalgie de mes amis, de Gianni, d'Anselmo, d'Oliviero et d'autres. Ici je n'ai pas d'amis. Et j'ai aussi la nostalgie de certains quartiers de Rome. Pour d'autres quartiers, d'autres amis, la répulsion se mêle à la nostalgie. » (Lettre de Michel à sa sœur Angelica – p. 139)

 

Maris et femmes, mères et enfants, jeunes gens ou amis monologuent sans espoir de toucher l'interlocuteur puisque dans leur solitude, ils ne réussissent même pas à justifier leur existence à leurs propres yeux.

 

La romancière fait apparaître sans heurt, avec la bonhomie railleuse qui étouffe les drames en famille, le personnage homosexuel. Les rapports psychologiques ne sont pas analysés. Natalia Ginzburg préfère la description ironique de situations quotidiennes à peine caricaturées.

 

À mesure que les êtres se figent et se pétrifient (qu'ils ressassent le passé ou qu'ils foncent, sans se retourner, vers un avenir d'insécurité et de mort), ce qu'il y a en eux de chaleureux et de vivant, qui n'a pas trouvé le chemin du discours, passe dans les objets. Survivants de quelque naufrage, les objets sont seuls capables de signifier les sentiments et les relations humaines dans leur vérité : un poêle allemand, un tapis sarde, des couvertures aux teintes pastel, une veste brodée de dragons d'argent et, flottant au-dessus des autres épaves, un vieux chandail en loques accroché à un balai, étrange, glaciale et désespérante consolation (p. 191), mot de passe pour l'avenir ? – la dépouille ou l'âme de Michel.

 

L'homosexualité participe à la définition d'un nouvel ordre quasi-familial et l'amitié est le moteur de l'écriture romanesque.

 

« J'entends encore sa voix. Comme on s'aimait quand on était petit. On jouait avec mes poupées à la maman et à l'enfant. J'étais la maman et lui ma petite fille. Il aurait aimé être une fille. Il voulait être en tout semblable à moi. Mais après, il ne me trouvait plus à son goût. Il me méprisait. Il me reprochait d'être une bourgeoise. Qu'est-ce que j'aurais pu être d'autre ? Après, il n'en avait plus que pour toi. J'étais affreusement jalouse. Tu dois certainement avoir tant de souvenirs de lui. Vous vous voyiez tout le temps. Tu étais l'amie de ses amis. Moi je ne les connaissais que de nom. Gianni, Anselmo, Oliviero, Osvaldo. J'ai toujours désapprouvé cette amitié avec Osvaldo. C'était une amitié de pédérastes. Inutile de se le dissimuler. On le comprenait rien qu'à les voir. […] Moi je n'arrive pas encore à digérer le fait que Michel soit devenu pédéraste. Michel dirait que je suis conformiste. (Parole de Viola à sa sœur Angelica au sujet de son frère Michel – p. 186)

 

Les familles oublient parfois qu'elles accueillent les déviances et les déviances qu'elles recherchent les familles.

 

■ Éditions Flammarion, 1992, ISBN : 2080607596

 


Du même auteur : La ville et la maison

 

Publié dans : LIVRES

Ce roman se déroule dans les années 70, dans le Béarn – région que l'auteur semble très bien connaître – avec des retours sur l'année 1943.

 

Les habitants de la vallée sont des gens qui sous des « airs parfois bravaches et fiers » cachent une « émotion vive » et un « cœur gros » (p. 20)

 

Le thème de la jeunesse est celui retenu pour cet article. Il se décline sous les traits de Francis Arbitous, un jeune berger, mort trente ans auparavant, pendant la guerre, et sous ceux des deux frères Pierre et Henri Itahoa qui ne sont pas sans rappeler ceux du « Bonhomme d'Ampère » de Roger Vrigny à qui Gérard Glatt dédicace son roman.

 

Le Docteur Cambo est le seul habitant du village qui a fait des études en ville. Est-ce pour cela qu'il a en lui, cette volonté de toute puissance, d'être tout pour les autres ? Il personnifie une sorte de subversion, un démiurge qui, à l'instar du romancier, ayant tout saisi des rouages de la société, à la fois s'en soustrait et s'en sert, y vivant par procuration à l'aide de créatures, qu'il y manipule – pour le meilleur ou pour le pire, dans une relation d'amour/haine :

 

« Et parce qu'il avait tout pouvoir sur les hommes et leurs montagnes, aujourd'hui il leur procure une seconde vie, d'un seul geste il leur accorde la pensée, la faculté d'être, il irrigue les veines de chacun, il est le Créateur... C'est bon d'être Dieu au moins une fois dans sa vie. » (p. 234)

 

Cambo a toujours eu un rapport privilégié avec Francis, pourtant pas plus beau garçon qu'un autre du village. Lors de ses tournées médicales, Cambo n'hésitait pas à le surveiller. Comme lorsque Francis, enfant, découvre les premières jouissances que son corps lui procure :

 

« Je suis entré dans l'eau glacée. Comment ai-je pu faire ? J'ai posé les pieds sur des galets ronds et doux, à la recherche d'une roche assez plane qui pût me recevoir tout du long. J'en ai avisé une près du grand trou. Je n'avais que quelques mètres à franchir. Trois ou quatre pas, tout au plus. Tout à coup, l'eau est montée jusqu'à mon ventre. Alors, je me suis arrêté net, tremblant de froid, mais j'étais tellement heureux que rien n'aurait pu me faire rebrousser chemin, puis j'ai avancé à nouveau jusqu'à cette roche plane, légèrement surélevée, sur laquelle je me suis enfin allongé. Je ne saurais vous décrire, docteur, quelles furent alors mes sensations, mais je me souviens de choses si étranges que la mort seule peut aujourd'hui me permettre d'avouer : jamais l'amour ne me procura tant de plaisir que cette eau vibrante et glacée. Ma tête, ballottée par le flot, allait de droite et de gauche. Le courant glissait tout au long de mes bras écartés ; il flagellait mon torse et mes jambes, tandis que ce bout de rien du tout, attaché à mon ventre et malmené par l'onde – j'en rirais avec vous si je le pouvais encore –, ajoutait aux morsures faites à ma peau comme une caresse insidieuse qui, sans discontinuer, me pénétrait les entrailles et m'assaillait l'esprit. » (pp. 32/33 ; événement rappelé dans les pages 223/224)

 

Comme Cambo, les habitants du village ont été marqués par la mort mystérieuse de Francis, même si personne n'a jamais osé en parler. Le médecin, depuis trente ans, ne s'en est jamais remis.

 

Deux crimes successifs (le père de Pierre et Henri et Raoul Bertram, anciens résistants) vont amener dans la vallée, un commissaire de police particulièrement humaniste dans son enquête et dans sa façon de conclure.

 

Quant à Pierre et Henri, « jumeaux » de cœur et d'esprit, ils montrent des humeurs, des engouements proches. Il existe entre eux quelque chose de plus obscur, inscrit dans leur destin comme la membrane unissant des siamois, même si Pierre en a beaucoup moins conscience :

 

« Car ce que Pierre ignore, ou ne veut pas admettre, c'est le lien qui les soude l'un à l'autre, plus qu'un amour fraternel, comme une profonde amitié, mêlée d'exaltation, née du sang qui coule dans leurs veines. Pour lui éviter tout tracas, Henri ne parle jamais à son jeune frère que des joies que lui apporte la vie : c'est l'unique partage qu'il conçoive. Les basses besognes sont pour lui, et pour lui la coupe du bois. […] Il prend soin de son cadet, lui épargne la peine il le soigne comme une brebis soigne son petit, i le protège et tue lui-même les vautours. » (p. 62)

 

Amours d'exception ou amours excessives ? En tout cas, amours chaotiques (Pierre en vient, dans un premier temps, à se cacher pour fréquenter Julia), rebelles à la nature, à l'enchaînement normal des causes et des effets, subversifs par essence :

 

« — Qu'est-ce que tu caches, l'Henri ? Arrête le mulet. Regarde-moi un peu. Couche-toi, Zampa ! Dans les yeux, Henri, dis-moi ce que tu caches.

— Je t'aimais bien, petit frère.

— Ta gorge fait des nœuds, Henri. Tu veux dire quoi ?

— C'était mon plaisir. Je t'aimais à ma façon. Je pensais même des fois qu'on serait comme ça, tous les deux, pour la vie, la main dans la main ; et que plus tard, dans la vallée, on parlerait de nous avec respect, en disant : ce sont les frères Itahoa, comme on disait naguère, de ses fromages, les meilleurs, surtout les tommes, grâce à ses brebis, maintenant les nôtres : c'est le Sébastien Itahoa. » (p. 199)

 

Gérard Glatt a compris que la plupart des gens ne sont pas attirés par l’ambiguïté, se méfient de ceux qui arrivent à maintenir un équilibre entre les éléments contradictoires de leur personnalité, n’ont aucune envie d'être perturbés par une autre vision de la vie. Son roman en est une magnifique évocation.

 

Qu'elles soient tendres ou dures, inoffensives ou vénéneuses, vulnérables ou insensibles, les figures de Gérard Glatt, et, plus particulièrement celle de Francis que l'auteur fait « parler » tout au long de son roman, sont une belle recréation de son imagination d'adulte.

 

Francis ne choisit rien ; ce que le commissaire comprend admirablement bien car il sait qu'on ne refait pas sa vie. Roger Vrigny l'écrivait aussi dans « Le garçon d'orage » : « Ce n'est pas la jeunesse qui compte, c'est l'innocence du premier regard, ce que nous voyons, ce que nous sentons pour la première fois et qui ne se reproduira plus [...]. Rien ne change dans la vie, seulement en apparence, parce que les choses cheminent en secret au-dedans de soi et n'attendent qu'une occasion de se manifester. » (Gallimard, 1994, ISBN : 2070732193, p. 20 et p. 55)

 

■ Editions De Borée, janvier 2012, ISBN : 978-2812905742

 


Du même auteur : L'Impasse Héloïse

 

Publié dans : LIVRES

Lorsque votre grand-père est surnommé « l'arroseur municipal » et que l'on retrouve votre cadavre dans la voiture d'un privé gay, auquel vous vouliez adresser une bonne action de deux millions et demi de dollars, eh bien vous posez de sérieux problèmes à Don Strachey et à son ami Timmy.

 


Vous êtes décédé de mort violente et l'argent s'est perdu en route. Votre fric devait pourtant servir à des honnêtes gens désireux d'assainir la moralité des politiciens.

 

Ajoutez à cela le froid d'Albany : il neige à cœur fendre. Associez encore la corruption, le célèbre et néanmoins borné inspecteur Nel Bowman, sans oublier les mots d'humour et les vicissitudes de la vie gay de tous les jours, et alors vous aurez tous les éléments d'un polar caustique qui mérite largement le détour.

 

Sachez enfin que Line Renaud n'est pas la seule à remettre des chèques pour la recherche sur le sida.




 

■ Éditions Gallimard, Série Noire, 1986, ISBN : 2070490653

 


Du même auteur : La maison des périls - Les damnés du bitume

 

Publié dans : LIVRES

«On peut à bon droit qualifier l'homosexualité d'esthétique érotique. [...] C'est l'amour "libre", en ce qu'il implique la stérilité, une perspective bouchée, une absence de conséquence et de responsabilité. Rien n'en résulte, il ne pose les assises de rien, il est l'art pour l'art, ce qui sur le plan esthétique peut être une attitude très fière et libre, mais sans aucun doute immorale.»

 

Thomas Mann (1925)

 

in Sur le mariage / Über die Ehe, éditions Flammarion, 1970, pp. 55-57

 

Publié dans : CITATIONS

Antoine Leroy et Stella Corfou se rencontrent aux Puces Matabois. Il cherche une lampe de caractère, elle est brocanteuse.

 

De ce hasard naît un amour fulgurant. Le trop sage chef du rayon bagagerie aux Galeries 2000 épouse peu après Gilberte Sanpart dite Stella Corfou, étoile filante, corps fou.

 

Au coup de foudre succède une passion démesurée, véritable culte d'Antoine pour sa prodigieuse divinité. Comme on entre en religion, il entre de plain-pied dans l'univers extravagant de l'ex-brocanteuse.

 

D'une beauté extraordinaire, Stella Corfou reste une enfant que la vie en société n'aurait pas disciplinée. Elle n'est pas immorale mais amorale, amie des chats errants et des âmes des morts, écrivain reconnu le temps de la publication de deux livres dont la verdeur est le reflet de sa propre existence : Merde à celui qui le lira et Classée X.

 

Lassés de la ville, les époux Leroy achètent une caravane et vont vivre leurs tumultueuses amours à l'abri des regards inopportuns. Au fil des jours, leur tendre idylle, pimentée de folie quotidienne, ne s'affadit pas.

 

Poussant jusqu'au bout sa résolution d'éviter de la vie tout désagrément, Stella Corfou, sentant la vieillesse approcher, convainc son mari d'en finir ensemble avec l'existence et la pesanteur terrestre.

 

Le suicide rate, mais peu après Antoine meurt d'un cancer. Dès lors, notre héroïne se réfugie dans la démence, s'identifie au défunt et n'a plus qu'une peur : être immortelle.

 

Ce récit d'une passion absolue est d'autant plus remarquable que Beatrix Beck le livre comme n'étant qu'une aventure plaisante, une farce burlesque.

 

Les éléments les plus tragiques, la mort, la folie, ne sont que des incidents absurdes dans un monde d'illusions. La dérision sauve du désespoir, l'extravagance permet d'éviter le pathétique. La fuite éperdue dans l'irréalité soustrait Stella Corfou au pressentiment de sa propre vacuité. C'est là le privilège des enfants et des fous, des innocents.

 

■ Éditions Grasset, 1988, ISBN : 2246393817

 


Du même auteur : La prunelle des yeux - Recensement - Grâce - Un(e)

 

Publié dans : LIVRES

Le Jugement dernier occupe tout l'intérieur du retable, formant une seule scène qui s'étend sur neuf panneaux.

 

L'éclairage vient de gauche dans tous les tableaux, comme la lumière réelle dans la chapelle qui devait les recevoir.

 

L'unité du polyptyque est renforcée par la guirlande de nuées qui s'étend aux neuf panneaux et par le prolongement des draperies de certains personnages d'un panneau à l'autre. (1)

 

Au centre, dominant tout, le Christ trône sur l'arc-en-ciel. Ses pieds reposent sur un globe d'or ou de bronze orné d'un double galon de perles et de pierreries. Sa tête est nimbée d'une auréole crucifère d'or et de pierres précieuses.

 

Il est vêtu d'un grand manteau rouge couleur de sang. Son attitude exprime la double adresse aux ressuscités : bénédiction à sa droite, malédiction à sa gauche, encore explicitée par le lys de la miséricorde et le glaive de la justice. Son visage, impassible et strictement frontal, est à la fois celui du Juge inexorable et celui du Rédempteur infiniment bon.

 

Autour du Christ, mais à une certaine distance, quatre anges volant présentent les instruments de la Passion.

 

 

Rogier Van der Weyden – Le polyptyque du Jugement Dernier – 1446/1452

Huile sur le bois, 215cm x 560cm, Musée de l'Hôtel Dieu, Beaune

 

En dessous du Christ, dans un axe vertical très strict, saint Michel pèse les vertus et les vices de l'humanité. Le mal, plus lourd, pèse sur les consciences entraînant les damnés dans la chute en enfer. Le bien qui élève l'âme, conduit les élus vers la porte du paradis, où un personnage ailé les fait monter vers la béatitude de l'amour de Dieu. L'archange, en vêtements liturgiques, reproduit, dans les grandes lignes, l'attitude du Christ. Il est entouré lui aussi de quatre anges, ceux qui sont chargés de sonner la trompette pour l'appel des morts.

 

 

Dans la même nuée lumineuse que le Christ, mais placés beaucoup plus bas, les deux intercesseurs (Marie et saint Jean-Baptiste) s'agenouillent, mains jointes et visages levés vers le Juge. Derrière eux, en deux groupes qui tendent à former un vaste demi-cercle, les douze apôtres siègent comme assesseurs. Ils n'ont pas d'attributs.

 

 

Toujours sur le fond d'or délimité par la guirlande de nuages qui entoure les personnages célestes intercèdent aussi, mains jointes, à genoux ou s'agenouillant, quatre saints, du côté du ciel : un pape, un évêque, un roi, un vieillard ; trois saintes, du côté de l'enfer, dont l'une est couronnée.

 

 

En bas, de la croûte terrestre, les morts se lèvent. La division verticale au centre de la composition commande toutes leurs attitudes. Dans les plateaux de la balance, les petites figures masculines contrastent violemment, l'une s'agenouillant le visage radieux, l'autre détournant la tête, les cheveux hérissés d'horreur, la bouche ouverte en un cri de désespoir. Aux pieds de l'archange, côté « vertus » se trouve un homme, côté « vices » se trouve une femme.

 

 

Sur terre, à la droite du Christ, les élus sortent du sol, joignent les mains, s'agenouillent, se relèvent lentement et s'avancent vers la porte d'or du paradis. Les fleurs, sous leurs pas, sont de plus en plus nombreuses. L'ange qui symbolise l'Amour les invite à gravir les marches vers le monde céleste.

 

 

À la gauche du Christ, les damnés, accablés sous le poids de leurs fautes, tentent de se lever, sans parvenir à se redresser, et dans une fuite accélérée s'agglomèrent pour la chute finale dans les flammes de l'enfer : sous leurs pas, un sol de plus en plus aride et crevassé. Un arc-en-ciel, sinistre contrepartie du premier, éclaire de lueurs blafardes les approches de l'enfer.

 

 

Les circonstances de temps sont à peine suggérées. Le ciel, très sombre sur le haut du panneau central comme sur les deux panneaux extrêmes, semble suggérer la nuit tandis qu'une aurore paraît monter de l'horizon derrière saint Michel.

 


(1) De plus, par deux fois, des ressuscités figurent à cheval sur deux panneaux différents.


D'après Nicole Veronée-Verhaegen in « Le Polyptyque du Jugement dernier, Rogier Van der Weyden », un dossier établi par Hortense Lyon, éditions CNDP, 2007, ISBN : 224001752X, page 21

 

Publié dans : EXPOSITIONS-ARTS

Dans la préface qu'il a écrite pour l'ouvrage de Giese, « L'homosexualité de l'homme, » le Dr Angelo Hesnard, président de la Société française de Psychanalyse et qui, en 1929 publia La psychologie homosexuelle, reconnaît que la pédérastie est demeurée « un problème humain sans solution, tant dans la recherche compréhensive que dans l'attitude du milieu social à son égard ». Et il loue le Dr Giese « d'affranchir le problème de ses stigmates cliniques » en le faisant déboucher sur le plan humaniste d'une philosophie concrète de l'être-au-monde.

 

Hans Giese tout en soulignant que le phénomène homosexuel constitue « le talon d'Achille de la science sexologique », commence par constater le « véritable cul-de-sac » dans lesquelles se sont engagées les diverses disciplines en voulant découvrir les causes de l'homosexualité. Cul-de-sac pour la psychanalyse, mais aussi pour la génétique et l'endocrinologie. De sorte qu'il serait temps d'élaborer une « sociologie du phénomène, de découvrir, sa structure anthropologique et de reconnaître l'importance de la décision personnelle et du développement du style, en cette matière comme en toutes les autres ». Giese situe ainsi ses recherches dans les perspectives de la phénoménologie et de la philosophie existentielle qui caractérisent son époque.

 

Le matériel ayant servi de base à ses études est moins étendu que celui de Kinsey, de sorte qu'il demeure sans valeur au point de vue statistique. Mais tel n'était pas le but, l'investigation se proposant bien plus la profondeur que l'étendue. Néanmoins, ce matériel n'est pas négligeable, et fut constitué de deux façons : d'une part, par les entretiens de l'auteur avec des homosexuels venus le consulter pour des raisons médicales (131 cas en six ans), d'autre part, par 401 réponses obtenues à un questionnaire adressé à 5000 homosexuels de Francfort.

 

Plus de la moitié des sujets analysés par Giese avaient pratiqué la cohabitation hétérosexuelle. Un tiers environ était disposé à un traitement, soit qu'ils souhaitassent des enfants et un foyer (15 %), soit qu'ils désirassent retrouver la paix intérieure (13 %), ou encore pour des raisons religieuses et morales. Les deux autres tiers ne désiraient aucun traitement. La plupart de ceux-ci considéraient que l'homosexualité répondait à leur nature profonde, quelques-uns faisaient état de leur aversion pour la femme (8 d'autres de leur âge trop avancé, de la supériorité de la beauté masculine, ou d'une cure déjà tentée et demeurée sans résultats.

 

Après avoir observé que les condamnations judiciaires demeurent sans effet sur le désir de traitement, Giese considéra que, parmi les variantes de l'homosexualité, il fallait distinguer les manières dont un partenaire est choisi. Il nota trois comportements principaux : la continence, l'homosexualité libre, les liaisons homosexuelles fixes.

 

D'après lui, la continence peut être absolue ou partielle. Dans le premier cas, il s'agit souvent de prêtres ou de pasteurs dont le ministère constitue une sorte d'acceptation de leur particularité par la société. Celle-ci reconnaît ainsi la valeur de leur sacrifice. Ce n'est pas que ces prêtres soient exempts de problèmes sexuels, et Giese cite le cas de l'un d'eux qui avouait voir le Christ sous l'aspect d'un beau jeune homme et éprouver envers lui des sensations voluptueuses. Mais cette continence est de nature à conférer une certaine supériorité morale et l'autorité sociale. Elle appartient à l'Eros pédagogique et au domaine du sacré.

 

« Le désespoir qui résulte de la stérilité biologique, crée un monde particulier où viennent prendre racine l'amour porté à la communauté, l'autorité sacerdotale, etc., comme médiation entre l'individu et la société. Dans l'amour porté à d'autres êtres se révèle le phénomène fondamental, que l'on peut supposer une sublimation ou une socialisation. L'utilité sociale ou culturelle de cette intention de l'homosexuel de passer par « une nouvelle naissance » lui permet de se fixer une place, un refuge qui lui appartient en propre. »

 

Quant à la continence partielle qui est souvent le cas d'homosexuels se comportant de manière exclusivement hétérosexuelle sans pouvoir renoncer à leur homosexualité, ou encore d'homosexuels se contentant de la masturbation, Giese la juge d'une manière moins optimiste. Il cite l'aveu d'un de ses sujets qui ne se décida au mariage que pour échapper à une sorte d'angoisse devant le corps masculin. Et de constater le drame que constituent ces sortes de mariages, « l'atmosphère de la vie conjugale ne pouvant modifier ou supprimer une déviation sexuelle fondamentale, autant que la responsabilité des psychanalystes médiocres qui poussent l'homosexuel vers la femme ». En ce domaine, seule la continence absolue peut être satisfaisante en ce qu'elle est seule à offrir, par l'extase, l'équivalent de l'impulsion orgastique.

 

Pareille sublimation demeure exceptionnelle. Aussi bien, Giese passe-t-il à l'étude de l'homosexualité sans liaison régulière et qui, sans doute, est la plus fréquente. C'est dans ce type d'homosexualité qu'il faut ranger tant les liaisons entre adolescents de même âge que celles se nouant entre prisonniers, marins ou prostitués, etc. Ces liaisons ont la particularité de ne pas entraîner de modification de la conscience ni de besoin de répétition. Mais lorsqu'il s'agit de rapports auxquels les circonstances n'obligent pas, la situation est plus grave. Ces rapports n'offrent plus alors aucun caractère personnel. Ils sombrent dans la promiscuité et l'anonymat. Ils se nouent dans les vespasiennes ou les endroits publics. N'importe qui pouvant être remplacé par n'importe qui, pourvu qu'il possède un phallus de choix, l'obsession devient dominante et, finalement, la solitude. Cas pathologiques analogues à ceux des coureurs de jupons et des don Juan insatiables.

 

Giese reconnaît qu'il existe cependant des liaisons formelles, dont la fidélité, la vie commune, le sens de la durée, sont les traits. Sur 393 cas, Giese en a noté 171 à liaison fixe. Le plus grand nombre y sont engagés depuis un, deux, trois ou quatre ans (118) ; il en mentionne 12 engagés depuis dix-huit ou vingt-cinq ans, un même depuis quarante ans. Quelques-uns ont adopté un enfant, la plupart ont trouvé un intérêt commun en des activités artistiques, les huit-dixièmes trouvent leur union harmonieuse, le plus grand nombre a des rapports sexuels de une et deux fois par mois, et de deux à quatre fois par semaine. Giese constate que les sujets ayant adopté ce mode de liaison fixe présentent moins de tendance aux comportements extrêmes que les autres. Leur désir d'un traitement médical diminue parallèlement à leur réussite. En structurant leurs relations, « ils partagent le monde avec nous, ils font un effort pour s'adapter à nous . Leur système de valeur correspond au nôtre : fidélité, maturité en sont les constituantes ou, tout au moins, les idéaux. Aux pulsions des reproductions non réfléchies de l'hétérosexuel correspondent des expériences spécifiques réfléchies sur le désir de paternité. Celui-ci met en mouvement des activités d'ordre esthétique. Activité charitable, jardins d'enfants, organisations de jeunesse, éducation de sujets choisis par le couple, tels sont quelques-uns des soucis de ces liaisons, auxquels se joignent souvent des intérêts pour le théâtre, le cinéma, la littérature, le goût du collectionneur, voire le Beau en soi. »

 

Dans cette perspective le prostitué lui-même n'est pas à mépriser, car il peut être celui qui libère des tabous, éveille à la relation.

 

« Si j'avais pu, dit un des sujets de Giese, j'aurais érigé un monument au garçon qui se vend, comme au plus grand sauveur. »

 

Giese se pose cependant la question de « l'authenticité des comportements homosexuels ». Leur esthétisme pourrait indiquer que l'individu n'a pas trouvé son propre style et se borne à copier autrui. Le propre de l'esthétique est, en effet, de fournir des « images de la réalité plutôt que la réalité elle-même ». Mais c'est là la « chance culturelle » que l'homosexuel tente de saisir en compensation de sa stérilité physiologique. Son attitude paternelle représente elle-même un comportement esthétique de nature spéciale. Il s'agit d'un véritable substitut de la famille, de la création d'un monde propre, d'un acte culturel créant une paternité « par adoption » dont les modes sont identiques à ceux de la paternité dite « normale ».

 

On imagine qu'après de telles observations, Giese se soit trouvé dans l'obligation de renoncer aux concepts de perversion ou de maladie. Il leur substitue celui de « déficience » :

 

« La perversion ne se justifie que là où le déficit est dirigé contre la norme, là où il a, à sa base, des pulsions destructives sous forme de fétichisme, de pratiques coprophiliques, de promiscuité, etc. En manquant sa relation avec la femme, l'homosexuel fait preuve d'une déficience, non d'une perversion. La déficience est un échec demeurant dans l'ordre établi, la perversion une révolte contre l'ordre. »

 

En fin de compte, Giese considère que l'essentiel est de prendre en mains son destin :

 

« Celui qui s'en rend responsable n'a plus besoin de médecin. »

 

Pour Giese, l'homosexuel ne tombe dans la perversion que s'il ne prend pas la responsabilité d'une liaison. Dans ce cas, sa déficience est destructive, dans l'autre, constructive.

 

Aussi Giese conseille-t-il aux médecins de mettre tout leur art au service de l'alternative continence-liaison et d'orienter ainsi l'anomalie dans le sens des possibilités humaines normatives.

 

■ Dr Hans Giese, L'Homosexualité de l'Homme, [Der Homosexuelle Mann in der Vell, Stuttgart, 1957], préface du Dr A. Hesnard, éditions Payot, 1959

 

Publié dans : HISTOIRE

« La nuit est sale » est un sympathique roman du genre policier. Le style anglais de Dan Kavanagh (pseudo de Julian Barnes) est ici particulièrement dynamique.

 

Nick Duffy mène une enquête passionnante dans le quartier londonien de Soho, livré au racket, à la prostitution et au porno.

 

Il doit traîter une curieuse histoire de chantage, dont son client Monsieur McKechnie l'a chargé. Duffy traîne aussi derrière lui une réputation de pédé. Pas facile quand il s'agit de s'attaquer au monde qui a tout pouvoir sur la lâcheté, la bêtise et la convoitise humaines.

 

McKechnie se leva pour serrer la main de Duffy. Il était un peu surpris par la petite taille de l'agent de sécurité mais lui trouva l'air assez costaud. Il avait aussi un peu l'allure d'un pédé, de l'avis de McKechnie. Il se posa des questions sur l'anneau d'or. Etait-ce simplement la mode, ou une espèce de signal sexuel ? McKechnie ne savait plus. Autrefois, on savait précisément où on en était ; tous les codes étaient bien établis, on pouvait dire qui faisait ceci et qui ne le faisait pas, qui en était et qui n'en était pas. Il y avait quelques années, on pouvait encore être à peu près sûr de ne pas se tromper absolument ; mais à présent, le seul moyen d'être tout à fait certain, c'était quand on demandait à sa secrétaire de vous nettoyer vos lunettes et qu'elle ôtait son slip pour ça. (p. 55)

 

« La nuit est sale » évoque l'Angleterre d'avant la clause 28 (loi voulue par Margaret Thatcher interdisant la promotion de l'homosexualité) et son homophobie virulente.

 

Bisexuel J'aime le poisson autant que la viande » p. 107), plutôt bien dans sa peau, Nick Duffy – fort peu thatchérien – a été écarté de la police par un coup monté qui l'a fait surprendre en flagrant délit de détournement d'un jeune garçon charmant mais malheureusement mineur.

 

La première fois qu'il alla draguer au Caramel Club il ramena un journaliste poupin à son appartement d'alors, près de Westbourne Grove. Deux soirs pus tard, il alla à l'Alligator et se trouva un étudiant poli tout juste descendu du train d'Oxford. La troisième fois, il retourna au Caramel, but un peu plus que d'habitude et fut soutenu jusque chez lui par un gentil môme noir à peu près de son âge. Dix minutes plus tard, sa porte fut enfoncée par deux flics costauds, le jeune Noir se mit à glapir : « Il m'a payé à boire, il m'a payé à boire » et le plus grand des deux flics empoigna Duffy par son épaule nue, le fit pivoter sur le lit et demanda avec une lourde ironie :

— Excusez-moi monsieur, mais quel âge a votre ami ?

Les vapeurs du whisky se dissipèrent comme si on avait mis en marche un ventilateur et il comprit qu'on l'avait possédé. Le môme était un mouton ; il assura qu'il avait dix-neuf ans. Les policiers prirent son adresse et lui dirent de se tirer. Puis ils emmenèrent Duffy au poste et l'inculpèrent. Quand il leur apprit sa profession, un des agents tourna le dos pendant que l'autre le matraquait dans les reins.

— Sale putain de flic pédé, dit-il. Fumier de pédé, il frappa encore.

Duffy savait qu'il était fini. Il fut suspendu… (p. 67)

 

Dan Kavanagh dresse un portrait fouillé et contrasté de ce privé pas comme les autres qui trouvera, happy end, le moyen de se venger des flics et autres truands qui lui ont fait bien des misères.

 

■ Éditions Gallimard, Série Noire, 1981, ISBN : 2070488152

 

Publié dans : LIVRES

Les spectateurs qui ont aimé « Les Adieux à la Reine », dernier film de Benoît Jacquot, devrait pouvoir apprécier de découvrir ou redécouvrir « La désenchantée », film qu'il a réalisé en 1990.

 

En l'espace de trois jours, la vie de Beth, lycéenne de dix-sept ans, androgyne et superbe, est traversée par trois personnages.

 

Ce film est tout entier fixé sur l'adolescente. La caméra pivote à portée de main de l'héroïne, balayant, sur ses pas, le spectre du désir : « l'Autre » (il n'est jamais nommé autrement), ce garçon jeune, viril, vorace et volage à la fois, celui qu'on rejette ; l'homme spirituel, plus âgé, qui entraîne sur la pente de son désenchantement ; l'Oncle, figure de l'abjection, libidineux et obscène comme l'argent qu'il paie pour le corps de Beth.

 

Le visage de Rimbaud plane sur ces séquences sans musique, et pourtant chargées d'une vivacité formidable : image de l'exigence absolue qui est celle de Beth.

 

La beauté de « La désenchantée », comme celle des « Adieux à la Reine », tient à la compacité du sujet, aux dialogues sans ornements, à la justesse des regards.

 

 

La force des images adhère à la puissance de ce qu'elles suggèrent. Par exemple, Beth et Remi (le petit frère complice, mature et lucide) dévorant ensemble le seul yaourt du frigo, tandis que par contraste elle refusera de partager avec l'Oncle une grillade parcimonieuse.

 

Le monde autour de Beth est peuplé d'hommes en qui elle cherche désespérément l'amour : une humanité masculine d'alter ego potentiels qui faillissent, se dérobent, ou qu'elle fuit avec âpreté.

 

Avant d'être seulement une banale « fille de dix-sept ans », Beth incarne surtout l'adolescence, avec la rectitude du désir, face aux autres qui transigent – qui désenchantent. On retrouve là, tous les traits de Sidonie (Léa Seydoux), du film « Les Adieux à la Reine ».

 

Publié dans : FILMS

Parmi les psychanalystes cultivés, Wilhelm Stekel fut un des rares à tirer de la théorie de l'intersexualité des conclusions originales, quoique souvent contradictoires. Dans « Onanisme et homosexualité », il insiste sur le fait que « tous les homosexuels ont eu dans leur enfance des tendances hétérosexuelles ». Il pense qu'il n'y a pas d'exception à cette règle.

 

Il faudrait alors admettre que Hirschfeld s'était trompé en imaginant, par exemple, que le contenu des rêves était chez les homosexuels toujours orienté vers le même sexe. « Il n'existe pas d'être monosexuels », dit Stekel. Il ajoute que « la monosexualité n'est pas toujours normale ou naturelle. La nature nous ayant fait bisexuels exige que nous nous comportions en bisexuels. » De sorte que si l'homosexuel est un « parapathique » parce qu'il refoule son hétérosexualité, l'hétérosexuel pur l'est aussi, parce qu'il refoule son homosexualité.

 

Qu'est-ce donc qu'un parapathique, pour Stekel ? « Un être, dit-il, n'ayant pas réussi à vaincre les instincts asociaux qu'il considère comme immoraux. Ce n'est donc plus à proprement parler un perverti ou un malade ».

 

Et Stekel reconnaît que la parapathie varie selon les pays. C'est un conflit avec la société et la civilisation ou, du moins, avec l'image qu'une majorité d'individus se fait d'elles. Car, chez Stekel comme chez la majorité des psychanalystes, la « société » et la « civilisation » sont des mythes et des tabous qui ne se discutent pas plus que « le développement de l'humanité ». « Il n'entre guère, dans leur esprit, que la société puisse être changée. Ils entendent que l'individu s'y adapte, sans voir que ce que nous appelons la société n'est que la somme des volontés individuelles qui la composent. »

 

Stekel se résigne à l'idée qu'un jour, « les instincts seront mis entièrement au service de la société » et qu'il y aura une « domestication totale de la vie instinctive ». Il accepte l'idéal de la fourmilière. Il va bien jusqu'à dire que « l'homme sain devrait pouvoir exercer une activité bisexuelle » et que « l'homosexuel normal devrait être indifférent à l'égard de la femme », il ne s'attarde pas à ces idées, pas plus qu'à la « parapathie » de l'hétérosexuel, quoiqu'il répète que « la monosexualité constitue déjà une disposition à la parapathie et est parfois la parapathie elle-même ».

 

Mais, bien sûr, Stekel partage le point de vue psychanalytique selon lequel l'homosexualité constitue une « régression ». Et il trouve cette régression si profonde qu'à son avis, elle va jusqu'aux formes primitivement hermaphrodites de la série animale. Mais, à ce point, Stekel bifurque soudain. L'homosexuel est en première ligne, selon lui, un phénomène d'atavisme. Ce n'est pas un « surhomme », c'est un « sous-homme ». Sa vie instinctive précocement développée ne s'adapte pas à la civilisation ; biologiquement, il est plus proche de la disposition primitive bisexuelle que l'homme « normal » qui représente son temps. Mais comme ce conflit se manifeste par des surcompensations, cet homme primitif « devient une créature de l'avenir ». Stekel note que lorsque « la nature veut créer quelque chose de grand, de puissant, d'élevé, elle revient toujours au réservoir du passé ». Or, le passé, c'est la puissance de l'instinct, le génie mêlé au crime. Voilà, dès lors, à quoi les homosexuels (ces primitifs) seraient acculés : sublimer leur instinct asocial émanant d'époques révolues et se transformer en créateurs (poètes, peintres, musiciens, prophètes, inventeurs, etc.), ou vivre cet instinct en devenant criminels ou, encore, si la sublimation ou la criminalité restent en chemin, devenir de pauvres parapathiques.

 

On pourrait observer que l'homme prétendument civilisé ne s'est pas révélé moins criminel que le primitif. Mais Stekel croit que la peur de l'autre sexe, dont l'homosexuel ferait preuve inconsciemment, ne serait qu'un effet de la haine éprouvée à son égard.

 

« La parapathie homosexuelle, dit-il, est une disposition sadique vis-à-vis de l'autre sexe, disposition qui oblige à fuir dans le sexe auquel le sujet appartient ».

 

Non sans contradiction, Stekel qui juge l'hétérosexuel pur aussi parapathique que l'homosexuel pur ne dit pas si, lui aussi, est un sadique qui s'ignore, dont le sadisme s'exercerait envers son propre sexe et l'obligerait à fuir vers le sexe opposé.

 

 

■ Onanisme et homosexualité : la parapathie homosexuelle, [Onanie und Homosexualität : die homosexuelle Parapathie], Wilhelm Stekel, éditions Gallimard, collection Psychologie, 1951

 

Publié dans : HISTOIRE

 


 

    Le Contrat Universel : au-delà du « mariage gay »

 

 

Lionel Labosse

 


 

 

Photographie de argentyk – 2004



RECHERCHE THEMATIQUE par TITRE

 

Littérature & Homosexualité

 

 

 

Littérature jeunesse & Homosexualité

 

 

Histoire & Homosexualité

 

 

Cinéma & Homosexualité

 

 

Philosophie

 

 

Arts

 

 

Citations & Homosexualité

 

 

Articles de la revue Arcadie

 

 

Rechercher

 
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés