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Je vais comme la nuit, Jonathan Ames

Publié le par Jean-Yves Alt

Ce roman traite de la quête d'un jeune homme, en rupture avec les idéaux de la « middle class » américaine, qui plonge dans la marginalité et la sexualité à la recherche de son identité.

Alexander Vine vit à New York où il travaille comme portier dans un des plus chics restaurants de Manhattan. Il arrête les taxis d'un coup puis il rentre chez lui, dans le quartier dévasté du Lower East Side et retrouve ses amis les paumés, les putes, les drogués, les clochards. La nuit passe, le monde s'obscurcit. Alexander s'enlise un peu plus dans le New York souterrain des sex-shops et des peep-shows, cherchant, au hasard des ruelles sombres et des bars, le meilleur moyen de se détruire. Il entreprend alors un étrange voyage dans l'univers de la nuit, du sexe et de la violence.

Alexander est un jeune garçon, étranger à lui-même parce que trop préoccupé d'absolu. Il ne parvient pas à découvrir l'amour – et s'y refuse. Il s'enlise dans la zone opaque de la sexualité.

« Je vais comme la nuit » est rempli de scènes de sexe. Mais elles ne sont qu'alibi. A travers la baise, la violence, la drague et la drogue, les séances de fornication et de masturbation qui en forment la trame, la chair reste triste.

Ce récit est le constat d'une jeunesse confrontée à la liberté sexuelle : les apparences sont trompeuses et qu'à trop dire la sexualité, on fait le procès du plaisir.

Je vais comme la nuit, Jonathan Ames

« Je vais comme la nuit » ne fait pas l'apologie de l'homosexualité tragique : Alexander couche avec des hommes et des femmes : le (ou la) partenaire a peu d'importance, il cherche le sexe mais c'est davantage comme une autodestruction que comme une jouissance. A travers la sexualité, Alexander est en quête d'une spiritualité qui passe par la marginalisation qu'il s'impose. Issu de la classe moyenne américaine, il croit que son errance de clochard, le refus de tout embrigadement, est une esthétique de vie.

Chaque fois qu'il a bu, Alexander va avec des hommes. Mais ça fait partie des expériences et des aventures sexuelles. Alexander couche avec des hommes rencontrés dans les bars. Il les quitte sans hargne mais aussi sans tentative de prolongement. Est-il homosexuel ? Dans ce roman où tout est si noir, la seule évocation positive est le souvenir d'Ethan, l'ami d'enfance. L'amour en quelque sorte, une jouissance des corps et des âmes, furtive certes, qu'Ethan refuse de perpétuer parce que ce n'est pas normal, mais qu'Alexander regrette. Une première souffrance, bien réelle. C'est sans doute une des rares relations où Alexander a voulu être heureux. Mais il était un très jeune adolescent.

« Je vais comme la nuit » est un roman sur la jeunesse qui tourne le dos à l'optimisme de la « middle class » pour laquelle la réussite et l'argent sont les dieux auxquels tout est sacrifié.

Alexander veut trouver l'espoir mais ses conduites vont à l'encontre du but. Il a néanmoins besoin de croire en quelque chose. Il pense que son grand-père le protège et, s'il affronte sans cesse le péril, il a toujours un ultime sursaut de sauvegarde quand, par exemple, un homme veut le pénétrer sans préservatif. Il a peur du sida. C'est ambigu : le roman se termine alors qu'il vient de recevoir les résultats du test. Négatif, mais il était prêt à affronter la séropositivité comme si la maladie l'eût soulagé des questions qui le hantent, en choisissant une issue à sa place.

En fait, c'est sa jeunesse qu'Alexander cherche en vain. Son comportement est contradictoire. Femmes, hommes, plaisir solitaire participent de la même négation : chercher à s'anéantir parce qu'il rêve d'un bonheur impossible.

Comment atteindre l'autre et, à travers le plaisir, le retrouver, être avec lui dans la paix et le respect ?

■ Je vais comme la nuit, Jonathan Ames, traduit de l'américain par François Fargues, Ramsay, 1990, ISBN : 2859568484

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