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Dieu est un voleur !, Grand-Jouan

Publié le par Jean-Yves Alt

Les autres l'affirment : « Ce con d'Edmond ! » Selon les codes de notre société, ce « pauvre » Edmond est en porte à faux de toutes les conventions. Il aime sa vieille mère qui fut et est très belle. Il l'aime passionnément. Célibataire endurci, il vit avec elle. Un couple heureux, un couple sans histoire sinon celle de leur éternelle fidélité.

Et la sexualité ? Non, ce n'est pas une histoire d'inceste. Edmond est puceau. Il se branle. Activité discrète qui ne nuit pas à l'harmonie du couple maman-fiston. Le copain André qui travaille avec lui dans une quincaillerie l'entraîne chez les putes. Edmond y prend goût. L'essentiel reste bien sûr le trio : Edmond, André et maman. Au cours d'un voyage en Grèce avec maman, Edmond découvre les fesses rondes d'un très jeune adonis. Son sexe qui se dresse ne triche pas.

Dieu est un voleur !, Grand-Jouan

André meurt. Edmond souffre. Il reste maman et bientôt le petit Maurice, un jeune homme doux et sensuel qui rappelle éloquemment l'adonis grec. Edmond fait le pas : « J'ai été enculer le petit Maurice avant l'ouverture. »

Edmond présente Maurice à maman. Maman meurt. L'immense douleur sans issue. Comment vieillira Edmond ?

Le roman de Grand-Jouan, « Dieu est un voleur ! » est un subtil petit roman, juste, ironique et tendre. C'est aussi un roman subversif. Ce célibataire feint de chercher la « morale » qui donnerait sens à sa vie. L'astuce est dans cette équivoque. Le lecteur comprend bien vite que ce sont les autres qui sont cons. Mariés, pères de famille, homosexuels bien installés dans leur mode de vie, dragueurs de femmes, tous rêvent d'un grand amour qui s'écoulerait paisible, aussi sûr et voluptueux qu'à l'intérieur du ventre maternel.

Edmond n'est pas si con. Il sait tous les pièges de la vie. Il prend ses plaisirs, en refuse les entraves. Nous sommes certes dans un autre temps (les prénoms l'indiquent), dans un milieu populaire. L'homosexualité était secrète. Le célibataire n'était pas une monstruosité comme aujourd'hui où qui ne vit pas avec une femme doit vivre avec un homme.

Le roman impudique de Grand-Jouan, sous ses dehors surannés donne un grand coup de balai aux idées reçues et renvoie l'hétérosexualité au rayon des idées toutes faites. Un homme qui ne veut pas rejoindre l'ennui du troupeau peut prendre son pied avec un garçon aussi bien qu'avec une femme. Le vrai couple n'est-il pas celui formé par André et Edmond quand ils couraient les bistros et les putes ?

■ Dieu est un voleur ! de Grand-Jouan, Editions de l'Aire libre, 142 pages, 1992, ISBN : 290947500X

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