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Dalia de Daniel Saint-Hamont

Publié le par Jean-Yves Alt

Ce roman raconte, dans le plus pur style série noire, les déboires d'un inspecteur de police impuissant, raclure de sex-shops minables et amoureux d'une star de peep-show (Dalia), qui finit par s'interroger sur sa sexualité véritable :

« J'ai soupçonné toute ma vie que j'étais un homo camouflé. Ce doute persistant a longtemps accompagné mes heures. L'obstination avec laquelle je hantais les rues chaudes, et dans celles-ci les lieux où le sexe se donne à voir le plus crûment m'était insupportable et nécessaire.

Je ne savais ce que je venais y chercher, mais c'était là, absolument. Plus fort que toutes les raisons possibles, et elles étaient nombreuses, de prendre garde à ma carrière. (...)

Je ne suis peut-être pas franchement homo, mais c'est la même pulsion essentielle qui me pousse à tout brûler. Comme eux, je n'ai de constant que cette solitude au parfum d'anéantissement, comme seul recours que la fuite éperdue vers les marges extrêmes, pour moi, le 104. (numéro de son sex-shop préféré de la rue St-Denis)

Quelle image préféré-je ? Bite et con : l'un bande, l'autre mouille. L'un pénètre, l'autre accueille. L'un prend, l'autre se donne.

Je crus longtemps être indifférent au vit qui paraissait prêt à l'action, décalotté, salué d'un coup de langue par la starlette déjà penchée.

Dalia de Daniel Saint-Hamont

Matant dans l'ombre le manège rose, j'étais sans doute ce gland impatient qui venait buter aux lèvres closes pour écarter chairs et poils mêlés et accéder au tube étroit, tiède, glissant ; ou bien se pouvait-il que la bite, la raide et dure qui frémit et pulse, impatiente, à l'équerre, j'aie envie moi aussi d'en croquer ?

Les chattes entrebâillées, les seins sucés jusqu'à plus soif, les clitos fondant sous la langue, la femme autour quoi ! L'enveloppe ronde et douce, se pouvait-il que tout cela ne fût que prétexte ?

Doux Jésus, j'adorerais la bite ? C'est elle que je voudrais ? Observateur méticuleux de la fellation en tous ses états, mon intérêt viendrait d'un lointain mais torturant désir de la pratiquer à mon tour ? D'en remontrer aux pouffiasses accroupies, sur l'agacement du filet ?

Moi, m'agenouiller ? Sucer des mecs ? Cocksucker ? Scumbag ? L'apothéose ! l'horreur ! Sans même compter l'ombre des camps, désormais plus très lointains, les tatouages, les chiens hurlant, l'étoile rose à nouveau...

Pas étonnant que ça me réveille la nuit ! Et plus d'une fois, bordel, oui ! Les étalons de la vidéo, les Johnny, Mark, Sebastian, je les voyais tout d'un coup converger vers moi, lentement, comme les morts-vivants chez le grand Romero. Ils allaient me violer de leurs Aines d'enfer, me forcer à les sucer tous, et ils étaient nombreux. Leur foutre chaud, visqueux, coulerait sur mon visage, déborderait de mes lèvres. Dans mes pires cauchemars, paupières ères collées, de lourds paquets de semence me pendouillant au menton, je me voyais de surcroît contraint de les embrasser sur la bouche. Leur bouche d'homme... J'émergeais, hagard. Ma vie n'est pas si simple... »

Comme on le voit dans ces extraits, Françoise Verny, directrice éditoriale chez Flammarion avait frappé fort !

■ Dalia de Daniel Saint-Hamont, Editions Flammarion, collection Rue racine, 212 pages, 1988, ISBN : 978-2080662279

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