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Beaux à se damner, Gordon Merrick

Publié le par Jean-Yves Alt

Avec la couverture de « Beaux à se damner » : vous êtes déjà dans le vif du sujet !

« Beaux à se damner » est le seul best-seller américain de Gordon Merrick à avoir été traduit en français : une gay romance qui célèbre l’amour et les émotions.

Peter et Charlie ? Plus beaux, tu meurs !

Plus membrés aussi, et plus riches et plus talentueux, et plus « glamour » et plus... bref, deux fantasmes de chair et de sang. Et ils s'aiment. A la folie, pour la vie... Pour la vie ?

On a beau être tout ce qu'ils sont et plus encore, le bonheur n'est pas forcément garanti.

Dans le roman, l'adversité a à deux reprises le visage d'une femme. Et elles sont diaboliques. Mais Peter et Charlie vont être plus forts que ces deux femmes : chacune représente une facette de la société castratrice, et c'est une figure d'homme qui leur apportera le soutien dont ils ont besoin.

En lisant « Beaux à se damner », le lecteur souhaitera, à un moment où à un autre, être l'un ou l'autre des héros et peut-être parfois les deux à la fois.

Gordon Merrick n'a jamais milité pour ce qu'on appelle aux USA les gay right. C'est même des gays militants qu'il a reçu les critiques les plus acerbes. Les autres adoraient ses romans car, à l'époque, ils contribuaient à étayer cette Arlésienne qu'était la « culture gay ». Gordon Merrick ne croyait pas à la militance, il croyait en la romance.

■ Beaux à se damner, Gordon Merrick, Traduction de Michel Caignet, Éditions Entre Chiens et Loups, Collection Dorian Gray, 473 pages, 1987, ISBN : 978-2906540408

Beaux à se damner, Gordon Merrick

Quatrième de couverture :

Entre le New Jersey et New York, Charlie, un étudiant « beau comme un dieu », va rencontrer à l'aube de sa vie d'homme celui qui sera (malgré lui et malgré la femme dévoreuse) l'homme de sa vie, le jeune Peter, « beau et tendre à se damner »... Vendu à un demi-million d'exemplaires aux U.S.A., voici enfin le récit d'une passion de notre temps signée d'un des plus célèbres et des plus populaires des romanciers gay d'outre-Atlantique : Gordon Merrick.


Préface de l'éditeur :

North Manchester, Indiana, hiver 1982. Je dévore, dans ma chambre de collège, The Lord Won't Mind, titre original américain de Beaux à se Damner. J'ai trouvé ce livre dans une librairie du centre commercial de Fort Wayne, pour ceux à qui ça pourrait dire quelque chose, en tout cas pour dire que si on le trouve à Fort Wayne, Indiana, c'est qu'on le trouve partout ! Pas étonnant : il s'est vendu à 500.000 exemplaires.

Le livre terminé, complètement accro, je me précipite avidement sur les autres romans disponibles de l'auteur. Le stock épuisé, et moi, toujours pas rassasié, je continue à chercher avec d'autres auteurs le bonheur connu avec Gordon Merrick.

Et je ne comprends pas, alors, pourquoi ces livres, et tout particulièrement ceux de Gordon Merrick, ne sont pas publiés en France. Trois ans après mon retour dans mon pays, je me lance, avec Jean-Michel, Michel, Roger et Eric, dans la création d'une maison d'édition. Evidemment, c'est Beaux à se Damner que je leur propose d'éditer en premier car, pour moi, c'est là l'archétype des romans de la collection Dorian Gray.

Après deux mois de recherche aux États-Unis, Merrick est introuvable. Ses romans sont-ils le fait d'une équipe d'auteurs payés à la ligne ? Non, finalement Gordon Merrick existe et, s'il est introuvable aux États-Unis, c'est qu'il vit tout simplement en Normandie.

Je le rencontre à Paris, dans une brasserie près de la gare Saint-Lazare et ne suis pas déçu par le personnage. Gordon Merrick a soixante-dix ans et sa vie est un roman. Vous en découvrirez une partie, à peine romancée, dans Beaux à se Damner. Quel destin romanesque que celui du rejeton d'une richissime famille américaine, qui se lance sur une scène de Broadway, puis est envoyé comme espion en France à la fin de la guerre par ce qui est la C.I.A. d'alors. Il rencontre son Charlie à Paris, alors que celui-ci est danseur au Casino de Paris. Ils ont vécu dès lors entre Paris, la Grèce, la Normandie et Ceylan... et Gordon Merrick vit toujours avec Charlie.

Quand nous parlons de la vérification de la traduction de Beaux à se Damner, il m'annonce qu'il sera à Ceylan quand celle-ci sera prête à être revue. Comment faire ? « Mais venez donc m'y rejoindre ! », me dit-il d'un air enjoué.

Et c'est comme ça que je me suis retrouvé à Ceylan – je ne parviendrai jamais à dire « Sri Lanka » – en janvier 1987, un gros paquet de feuillets sous le bras, dans un hôtel de style colonial hollandais, plein de charme et de fleurs. Finalement, à causer, causer, causer, nous n'accordons que peu de temps au manuscrit dont, à quelques retouches près, Gordon Merrick semble satisfait. Charlie nous fait visiter la ville, cicerone à l'humour très américain ; j'adore.

Le voilà donc, ce livre, somme de nos phantasmes idéalisés, de nos rêves d'un Prince Charmant. La question est : quel homosexuel français de moins de quarante ans se reconnaît dans l'Hadrien de Marguerite Yourcenar, dans Charlus, dans Vautrin, dans les héros du Petit Galopin de nos Corps d'Yves Navarre, dans le Grand Vizir de la Nuit ? qui, si proches de nous par certains côtés, n'en restent pas moins éloignés du lecteur par leur contexte, leur vécu. Ces belles figures ne sont pas des modèles, je veux dire de la façon dont toute une génération a cru se reconnaître dans le René de Châteaubriand. Que disent-ils de ce que nous sommes vraiment ? Arrivent Peter et Charlie, les héros de Beaux à se Damner. Ce sont nos dragues, nos jalousies, nos baises, nos désirs, nos phantasmes.

Wilde dit qu'un des plus grands drames de sa vie a été la mort de Lucien de Rubempré de la Comédie Humaine. Si une telle sensibilité n'est plus de notre temps, il n'en demeure pas moins qu'il m'a fallu un moment pour me remettre de la mort d'un autre des héros de Merrick : ces romans gay, c'est tout notre imaginaire -qu'ils chamboulent !...

Peter et Charlie, quant à eux, sont déjà entrés dans ma mythologie à moi.

Et pour ceux que ce roman choquerait, voilà ce qu'en dit un des personnages du roman, Saphir Hall, que Merrick a peut-être rencontrée en chair et en os, à Harlem, en 1940 : « Je dis toujours que, si c'est de l'amour, le Bon Dieu ne peut pas y voir du mal ! Il y a assez de haine comme ça dans ce monde. »

C.H.


Critique parue dans le quotidien « Le Monde » :

Rose et bleu

Vous avez vu ce qui s'est passé hier soir en Pennsylvanie ? Six cents nanas ivres de colère ont foutu en l'air le cabaret où devait avoir lieu un strip-tease masculin, annulé à la dernière minute. Déchainées, elles étaient des vraies guenons, s'est exclamé le shérif ! Il a fallu mobiliser les effectifs de cinq commissariats de police pour en venir à bout. Ça vous en bouche un coin !

Attendez, voilà autre chose : les romans roses tournent au bleu. Bleu, c'est la couleur des homos aux Etats-Unis. Ça y est, ils ont débarqué, on va pouvoir en trouver dans les gares et dans les aéroports. Ils sont signés Gordon Merrick, le roi des best-sellers outre-Atlantique. Rien que des histoires d'amour toujours entre GM (gais milliardaires). Ils se baladent en yacht et en jet privé de Hongkong à Acapulco sur le tapis volant d'un rêve sentimental arrosé au champagne. Petit déjeuner à New-York et diner aux chandelles sur la Costa del Sol. On est beau, on est riche et on s'aime.

Marrant, non, cette inversion des rôles traditionnels ? Au jour d'aujourd'hui, les femmes veulent voir et même toucher. Il suffit d'y mettre le prix. Ça fait partie de l'attrait de ces effeuillages au masculin avec danse du ventre, poses lascives et tout et tout. Et les hommes, les hommes pour hommes, d'accord, veulent planer sur le nuage doré de la romance fleur bleue au bord des piscines en forme de coeur.

Vous me direz : avec toutes les maladies, toutes les saloperies qu'on chope sous la couette, là, en ce moment, vaut encore mieux aller en boite pour se rincer l'œil ou se shooter à la passion sur papier imprimé. Ça fait partie de la panoplie du safe sex. Du self-sex aussi. C'est vrai. Moi, la seule question que je me pose, elle est insoluble. Sur ce marché-là, comme sur les autres, qu'est-ce qui commande, l'offre ou la demande ? On aimerait bien savoir. On ne peut pas.

Le Monde, Claude Sarraute, 11 mars 1987

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