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Le sixième fils, David Plante

Publié le par Jean-Yves Alt

La folie douce des gens ordinaires est au centre de ce roman. La famille Francœur est une famille d'Américains moyens, apparemment très unie, totalement repliée sur elle-même.

Pour cette famille, le monde extérieur s'arrête à la petite communauté de Canadiens français à laquelle elle appartient. Monde clos, la maison Francœur vit selon les règles et les lois intangibles qu'elle s'est fixées et dont le père est le scrupuleux et souverain législateur.

A travers le regard du sixième fils Francœur, Daniel, le lecteur assiste à la méticuleuse description de la décomposition de cette famille, décomposition d'autant plus lente et pernicieuse qu'elle prend sa source dans l'application même des lois qui en sont le fondement.

La vie quotidienne des Francœur est décrite avec une implacable et terrifiante simplicité : ce ne sont que successions de courts dialogues, narration de détails de la vie courante, un tissu de faits en apparence anodins qui font ressentir peu à peu une atmosphère irrespirable, oppressante.

La mère est le personnage principal de ce roman. Reena Francœur est l'âme du foyer, sa protectrice. C'est elle qui tente de désamorcer les conflits que provoquent la rigidité du père, sa volonté d'imposer à ses sept enfants, sept garçons, le code d'honneur des Francœur.

C'est elle également qui souffre quand ses enfants s'éloignent, quittent la petite ville de Providence pour l'inconnu, ce monde qui hors des frontières du foyer n'existe que par l'envoi de rares cartes postales aux noms mystérieux : Barcelone, Miami.

La seule volonté et exigence de la mère : que la famille vive en paix, une paix sans cesse menacée pour laquelle elle sacrifie tout, glissant peu à peu dans la démence quand les conflits deviennent insurmontables.

Le sixième fils, David Plante

C'est ce lent dérapage quotidien dont Daniel est le témoin, un témoin également préoccupé par l'éveil de sa sexualité, l'éveil du mal pour cette famille très dévote.

Les scènes où la sexualité de Daniel est vécue dans un délire d'onanisme mystique sont d'une bouleversante intensité, tout comme le troisième tiers du roman, où soudain la famille se déchire, dialogues abrupts dans la meilleure veine du théâtre de Tennessee Williams.

Ce roman à l'écriture âpre, dépouillée, est un superbe témoignage en grande partie biographique, sur le douloureux malaise d'une famille apparemment sans histoire.

■ Le sixième fils, David Plante, traduit de l'américain par Jean Guiloineau, éditions Bernard Coutaz, 303 pages, 1988, ISBN : 978-2877120043

Quatrième de couverture : Les années cinquante, une petite ville du nord des Etats-Unis. A travers la description méticuleuse d'une lente désintégration, Daniel, le sixième fils nous ouvre une porte sur le monde clos et dévot de la famille Francœur.

« Leurs vies étaient des vies de petits détails et ils n'allaient jamais au-delà... »

Les sept fils se dispersent, la mère frôle la folie et le père s'enfonce dans une amère vieillesse.

L'univers de David Plante est oppressant, son écriture drue et souvent audacieuse. Cette chronique du désarroi se charge au fil des pages d'une émotion d'autant plus grande qu'elle est distillée dans une langue d'une belle simplicité. C'est avec ce roman autobiographique que l'auteur s'est imposé outre-Manche et outre-Atlantique.

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