On pourrait penser que les réponses à cette question sont aussi simples que les exemples suivants : ne pas gaspiller l'eau qui risque de manquer à d'autres ; réduire la consommation de carburant pour limiter la pollution de l'air en prenant les transports en commun ; économiser le papier pour ne pas favoriser la déforestation en Amazonie…
Mais ces exemples traitent l'environnement « isolément ». Dès que l'on ajoute d'autres dimensions, la réflexion devient moins simple.
Par exemple, l'économie apporte un cruel dilemme pour penser l'environnement.
Si les occidentaux renoncent, par exemple, aux paires de chaussures de sport fabriquées en Asie, afin de casser cet hallucinant tournis mondial, ne vont-ils pas, par là-même, priver les pays dits émergents des ressources apportées par le commerce extérieur et entraver ainsi leur développement social ?
L'homme occidental pourra sans doute prochainement sècher ses larmes sur les dégâts de la colonisation… mais n'en prépare-t-il pas d'autres en poursuivant sa course folle à son propre bien-être ?
Alors protection de l'environnement et économie seraient-elles incompatibles ?… Pourquoi ne pas penser des mesures politiques qui éviterait réellement le gaspillage comme, par exemple, la mise en place d'un tarif d'électricité et de gaz qui augmenterait avec notre consommation ?
Les pionniers gays des années folles
«Une solution très simple au problème de l'homosexualité : la liberté... car tôt ou tard seront abolies toutes les lois qui entravent la liberté entière des rapports sexuels.»
Déclaration d'un député des années 2000 ? Nous sommes en 1923 et c'est le Dr Proschowsky qui s'exprime dans la revue "L'En-Dehors". Cet extrait du remarquable PARIS GAY 1925, de Gilles Barbedette et Michel Carassou, situe le niveau et l'orientation de cet essai.
Le projet du livre : ressusciter la quête d'une identité homosexuelle dans la décade 1920/1930.
Pour cela, les auteurs ont su repérer l'inédit pour mieux entamer les conventions qui travestissent ce proche passé. Que le titre de cet essai n'égare pas pour autant le lecteur : les perspectives d'aujourd'hui, indiquées à travers l'adjectif "GAY", sont, dans leur essence, identiques à celles des années 25. Années folles, dit-on… L'intelligence et la précision avec lesquelles Gilles Barbedette et Michel Carassou débusquent le combat de certains homosexuels de l'entre-deux guerres démentent le qualificatif. Beaucoup de sagesse chez ceux qui ont démasqué la clandestinité du vécu homosexuel.
"PARIS GAY 1925" aurait pu dévier vers l'anecdote à la satisfaction éphémère d'un voyeurisme de pacotille. Les auteurs ont compris le piège d'une époque déformée par des chroniques aguichantes. Ils ont déjoué la tentation d'augmenter la littérature légère qui embrume les années folles, d'un mirage supplémentaire. Par-là, ce livre a envisagé la question homosexuelle en cernant notamment sa dimension historique.
"PARIS GAY 1925" s'appuie sur l'étude approfondie de documents, la plupart spécialement exhumés. Des références bibliographiques attentives terminent chaque chapitre.
Ci-après les axes directeurs de cet essai, moyen rapide d'en souligner sa richesse :
- la vie homosexuelle des années 25
- la littérature « homosexuelle » : les révolutions que représentent Proust et Gide, mais aussi les romans aujourd'hui engloutis, qui nourrissaient alors les fantasmes pédés.
- une monographie des découvertes psychanalytiques et de l'influence du Dr Hirschfeld
- la réhabilitation d'une revue tombée dans l'oubli : "Inversions". En vente le 15 novembre 1924, "Inversions" annonçait la couleur dans son éditorial : « Après avoir lu ce premier numéro, d'aucuns penseront que Inversions n'est pas une revue de l'homosexualité, mais une revue pour l'homosexualité ; ils n'auront pas tort ». Discours explicite et courageux : les deux créateurs étaient de simples fonctionnaires très éloignés des cénacles littéraires, du pouvoir, de l'argent.
Les auteurs ont senti l'importance de ne plus se contenter de répercuter les illusions des années 25. La revue "Inversions" dont cet essai offre de larges extraits, en est un matériau privilégié.
Un regret sur les interviews (de Daniel Guérin, d'André du Dognon, Hélène Azénor, Jean Weber, Edouard Roditi) : ces voix auraient gagné à être mêlées, dirigées autour de thèmes choisis par les auteurs.
■ Presses de la Renaissance, 1981, 311 pages, ISBN : 2856162045
Notre civilisation prône
l’individualisme mais, paradoxalement, interdit tout bonheur individuel, où l’amour est sacrifié par un duel toujours plus âpre entre les personnes.
Nous affrontons les chemins non balisés d’une société décomposée, réduite à intégrer des clichés où même les homosexuel(le)s sont en train de s’engouffrer en toute bonne foi.
L'homosexualité est loin d'être absente
du cinéma d'Alfred Hitchcock, bien que ce dernier ait toujours joué les étonnés quand on le lui faisait remarquer. La Corde, en est le meilleur exemple.
Dans ce film, Brandon (John Dall) et Philip (Farley Granger) partagent un bel appartement où ils donnent une fête, et qui sert de décor au film tout entier : dans le coffre sur lequel sont rassemblées les victuailles, gît le cadavre de leur ami David, dont le père est cyniquement convié à cette soirée funèbre. C'est en Brandon surtout qu'est incrusté le mal, c'est lui qui manigance tout, c'est lui qui mène la danse.
Son beau Philip est terrorisé par son assurance et en même temps fasciné : «Tu m'as toujours fait peur, dit-il à Brandon, ... cela fait partie de ton charme ».
Il faut donc considérer que le véritable criminel est Brandon ; il veut que ce crime soit un chef-d'œuvre pour maintenir sur Philip, en l'épatant au maximum, son pouvoir de séduction ; quant à Philip, il a suivi son ami jusque dans cet acte abominable pour mériter son attachement.
Pour pousser le vice et le goût du risque jusqu'au raffinement, Brandon a invité un de leurs anciens professeurs, Rupert (James Stewart) qui se plaisait à enseigner l'apologie du crime comme un art réservé à une élite supérieure. Cette présence affole Philip, qui sait bien que Rupert est capable de découvrir le pot aux roses. Autres invités : le père de la victime donc, la fiancée de la victime, le rival de la victime auprès de la jeune fille, la fofolle Madame Atwater (tante de la victime) et la gouvernante Madame Wilson.
Tout le film est construit sur le contraste croissant entre l'attitude toujours flegmatique de Brandon et celle, de plus en plus paniquée au fur et à mesure que le regard de Rupert
pressent la vérité, de Philip.
Même si Brandon a eu une liaison avec la fiancée de la victime (étant donné l'époque et le milieu, on peut supposer qu'il ne s'agit que d'un flirt), son intimité avec Philip est évidente : souvenirs de week-ends à la campagne (où Rupert eut d'ailleurs l'occasion de se rendre), projet de vacances ensemble après cette soirée, référence dans le dialogue à la chambre, dans cet appartement qu'ils partagent au vu et au su de tout le monde, la gouvernante parlant du lit en déclarant qu'aujourd'hui les deux jeunes gens se sont levés du mauvais côté (c'est-à-dire paraissent un peu nerveux).
Il y a aussi la musique choisie par Hitchcock et que le beau Farley Granger (Philip) interprète au piano, tandis qu'il est prêt à craquer, le visage craintif et les sens en alarme. Rien n'étant laissé au hasard dans un film d'Alfred Hitchcock, cette musique, le Premier Mouvement perpétuel de Francis Poulenc, prend une signification symbolique. Outre que Poulenc n'a jamais fait mystère de son goût pour les garçons, cette mélodie prend l'allure d'une sorte de code entre les deux amants, d'une sorte de mot de passe qui d'ailleurs intrigue Rupert, curieux du moindre détail.
La Corde est un authentique petit bijou de mise en scène, de dialogues et de perversité. L'air de bête traquée de Farley Granger donne un charme étrange qui participe aussi de la beauté du film.
« Pourquoi la vertu naturelle d'un cinéaste serait la patience, pourquoi faut-il attendre de mettre en scène avant de mettre en scène, qui a justifié un jour de l'intérêt du freinage, qui a osé un jour expliquer au cinéaste que la gestation, l'asservissement au temps étaient les conditions essentielles de son art ?
Qui est ce con ? Pourquoi est-il impossible d'être impatient ici, impossible de réclamer l'urgence sans que l'accident ne les terrorise tous, un flou, un raccord costume, une ombre, qu'est-ce qu'un flou pour un film, qui a eu la mauvaise foi navrante d'affirmer qu'il n était jamais trop tard au cinéma ? »
Christophe Honoré, Le Livre pour enfants, Editions de L'Olivier, 26 août 2005, ISBN : 2879295033, pages 128
Ce livre, malgré son titre, n'est pas pour les enfants. Christophe Honoré explore de nombreux thèmes qui lui sont chers : les relations avec son père, son décès au cours d'un accident de voiture alors qu'il avait tout juste quinze ans, son rapport à la littérature, au cinéma (il s'agit là d'un journal a posteriori du tournage de son film "Ma mère" adapté de Georges Bataille), à l'amour… le tout avec de nombreux moments d'émotion qui m'ont, plus d'une fois, bouleversé.
A faire cette liste des thèmes abordés, on pourrait croire à une écriture informe et nombriliste.
Ce qui n'est absolument pas du tout le cas :
■ D'une part parce qu'une grande sincérité court tout au long de l'ouvrage (Christophe Honoré se montre le plus souvent féroce avec lui-même), avec des affirmations fortes sur :
- sur le mensonge et la vérité : j'ai été ému par la déception de l'auteur encore enfant quand il entend son père prétendre être médecin (pour secourir quelqu’un) alors qu'il n'est que prothésiste dentaire.
- la littérature et notamment une réflexion très personnelle sur l'autobiographie, telle que l'auteur l'analyse aujourd'hui
"Je n'ai pas signé de pacte autobiographique parce que j'ai appris combien écrire sur les gens qui constituent votre vie est une violence démesurée, non pas écrire sur les gens, mais raconter ce qu'ils ont fait, rendre compte de leurs actes, du temps passé ensemble." (page 100-101)
- l'amour filial et "amoureux"
"[…] on tombe amoureux tout simplement parce qu'il était temps, et que pour l'autre aussi, il était temps, et que ces deux temps se joignent un moment et se mettent à écrire une histoire, parce que tomber amoureux c'est bien ça, c'est se mettre à écrire une histoire..." (page 97)
■ D'autre part parce que cet ouvrage tourne autour d'un livre pour enfants, une sorte d'autobiographie de ses 10 ans, que Christophe Honoré n'a jamais achevée (qu'il traîne comme un vrai boulet depuis plusieurs années ?). Il en livre (pages 34 à 50) les douze pages, qu'il juge comme une « épave minable » alors qu'il rêvait d'un monument. Il regrette même de n'avoir pas pensé au titre que Christophe Donner donna à l'un de ses livres : Mon dernier livre pour enfants.
J'ai apprécié la façon dont Christophe Honoré s'adresse à ses lecteurs, je devrais plutôt dire à son lecteur, puisque je me suis perçu totalement comme son (unique) confident même si, comme il le précise, la "légitime demande" du lecteur n'autorise pas tous les aveux.
Nulle complaisance dans ces notes : j'ai senti, tout au long de ma lecture, un auteur, (qui utilise admirablement l'ironie) à la recherche d'un livre où le vrai pourrait avoir sa place, une sorte de livre idéal qui aurait dépassé sa simple déclaration d'intention. Un regard d'adulte que j'aimerais pouvoir porter sur ma propre vie.
■ Editions de L'Olivier, 26 août 2005, ISBN : 2879295033
LIRE des extraits : 1 - 2 - 3 - 4 - 5
Lire aussi : Tout contre Léo, un film réalisé par Christophe Honoré
Du même auteur : Tout contre Léo - Mon cœur bouleversé - Je ne suis pas une fille à Papa - Noël, c'est couic !
Aux acteurs interprétant Marivaux, Louis Jouvet donnait ce conseil :
« Il faut jouer qu’on joue. »
On ne saurait mieux montrer la comédie humaine.
Les lamentations et les cris d’aujourd’hui sur le fameux retour de « l'intolérance religieuse » dissimulent un phénomène inverse et autrement intéressant. Je veux parler de ce nouveau dialogue judéo-chrétien, critique, exigeant, qui est aujourd'hui réamorcé, loin des tapages. Il s'ouvre chaque jour davantage à l'islam.
Ses rapports avec la modernité ne participent ni d'un rejet obscurantiste, ni, surtout, d'un fondamentalisme obtus. Ces retrouvailles constituent au contraire la meilleure des garanties contre un « retour du sacré », phénomène émotif et réactif, qui est toujours porteur - pour les chrétiens, comme pour les juifs ou les musulmans - d'intolérance.
Après tout, les précédentes retrouvailles entre juifs et chrétiens avaient eu lieu entre les 18e et 19e siècles, dans le prolongement des Lumières européennes. La philosophie des Lumières, permettant l'émancipation et l'assimilation des juifs, avait alors rendu possible une relecture de la Bible qui, en gommant les différences, rapprochait les juifs et les chrétiens.
Paradoxalement, cette prise de distance à l'égard de la « tradition », au sens clos du terme, cette relative désacralisation du texte biblique amorcée du côté juif par Spinoza permettaient qu'il redevînt commun à tous.
Ce judéo-christianisme « dialogique », issu des Lumières, s'était montré capable d'intégrer les apports de la modernité. Cela n'alla pas sans mal ni résistance, aussi bien du côté chrétien que du côté juif. Nombreux furent d'ailleurs les juifs assimilés qui, à ce moment-là, s'éloignèrent de leur foi, jusqu'à faire alliance avec les tenants du rationalisme le plus combatif.
La réaction des autres - ceux qui étaient plus attachés à leur tradition - fut analogue à celle des catholiques confrontés au principe de laïcité. Beaucoup refusèrent d'entériner les transformations introduites par les réformateurs dans les synagogues ou furent troublés par l'abandon de certaines prescriptions de la halakha (ensemble des prescriptions de la loi juive).
En réalité, le judaïsme moderniste, créatif et fécond des Lumières butait sur les mêmes difficultés que le protestantisme libéral ou le catholicisme républicain avec lesquels il dialoguait. De réforme en réforme, il risquait de réduire une religion vivante à un judaïsme abstrait, appauvri et totalement coupé de ses racines. C'est donc avec un surcroît d'exigence et de prudence que les uns et les autres réapprenaient à dialoguer tout en s'ouvrant sur le monde.
Par bien des aspects, la situation du judéo-christianisme est aujourd'hui comparable, alors que se dessinent progressivement les contours d'une « modernité » différente, prodigieuse, engageant non plus seulement l'Occident mais la planète tout entière.
Entre les risques d'une régression barbare et les chances d'un nouvel âge des Lumières, rien n'est joué. Cela signifie - au sens fort du terme – que tout est possible, y compris le meilleur...
7 millions d'exemplaires vendus dans le monde, en une seule journée, lors de sa sortie en anglais au printemps dernier. Plusieurs centaines de milliers d'exemplaires en France lors de sa mise en vente dans notre langue début octobre.
Malgré ces statistiques, je crois qu'il ne faut pas réduire le phénomène Harry Potter à une seule opération commerciale avec, certes, une machinerie publicitaire terriblement efficace, mais qui ne peut expliquer l'engouement pour les aventures d'un adolescent dans le monde des sorciers.
Si l'on en croit les professeurs de français, Harry Potter conduirait à la lecture les élèves les plus rétifs, ceux qui refusent habituellement d'ouvrir le moindre ouvrage. Et, une fois le livre commencé, ils ne le lâcheraient plus... Phénomène extrêmement intéressant quand on sait que 70 % des ouvrages empruntés dans les bibliothèques par les jeunes, ne sont pas lus entièrement.
Quand j’avais l'âge des lecteurs de Harry Potter, mes lectures se partageaient le plus souvent entre "Bibi Fricotin" et le "Club des cinq" : le niveau n'a donc pas baissé comme je l'entends si souvent.
Madame Joanne Kathleen Rowling n'est, certes pas, Homère. La magie dont elle parle n'a pas la portée universelle de la quête du Graal, les sorcières de Poudlard ne peuvent rivaliser avec celles de Shakespeare et les aventures du jeune Harry n'ont pas la profondeur psychologique de celle de l'élève Törless…
Il reste que les aventures de Harry Potter sont plutôt bien écrites, avec une vraie réflexion sur la paternité, les rites initiatiques qui permettent de sortir de l'enfance, la naissance du sentiment amoureux.
Ce sont des textes qui associent l'imaginaire et le réel et permettent aux lecteurs d'accéder au symbolique, fonction essentielle s'il en est, condition d'entrée dans la véritable culture.
■ Éditions Gallimard Jeunesse, Collection : Hors-série Littéraire, octobre 2005 pour le tome 6, ISBN : 2070572676
Personne ne peut y échapper, ni l’auteur du livre, ni l’éditeur, ni le préfacier, la vraie victime, bien qu'il n'y ait nul besoin de préface. C'est un gai livre. Il aurait pu s'appeler : Comment des doutes naquirent sur l'existence de l'homosexualité; ou bien. Personne ne peut dire « Je suis homosexuel».
Signé Hocquenghem.

Quatrième volution, dernière figure de danse pour le moment, dernière traîtrise. Il faut suivre les textes d'Hocquenghem, sa position par rapport au Fhar et dans le Fhar, comme groupe spécifique, les rapports avec le M.L.F. Et même l'idée que l'éclatement des groupes n'est jamais tragique. Loin de se fermer sur « le même », l'homosexualité va s'ouvrir sur toutes sortes de relations nouvelles possibles, micrologiques ou micropsychiques, essentiellement réversibles, transversales, avec autant de sexes qu'il y a d'agencements, n'excluant même pas de nouveaux rapports entre hommes et femmes : la mobilité de certaines relations SM, les puissances du travesti, les 36000 formes d'amour à la Fourier, ou les n-sexes (ni un ni deux sexes). Il ne s'agit plus d'être ni homme ni femme, mais d'inventer des sexes, si bien qu'un homosexuel homme peut trouver chez une femme les plaisirs que lui donnerait un homme et inversement (Proust opposait déjà à l'homosexualité exclusive du Même cette homosexualité davantage multiple et plus « localisée » qui inclut toutes sortes de communications trans-sexuelles, y compris les fleurs et les bicyclettes). Dans une très belle page sur le travesti, Hocquenghem parle d'une transmutation d'un ordre à un autre, comme d'un continuum intensif de substances : « Pas l'intermédiaire entre l'homme et la femme, ou le médiateur universel, c'est une part d'un monde transférée dans un autre comme on passe d'un univers à un autre univers, parallèle au premier, ou perpendiculaire, ou de biais; ou plutôt c'est un million de gestes déplacés, de traits reportés, d'événements... » Loin de se fermer sur l'identité d'un sexe, cette homosexualité s'ouvre sur une perte d'identité, sur le « système en acte des branchements non exclusifs du désir polyvoque». A ce point précis de la spirale, on comprend comment le ton a changé : il ne s'agit plus du tout pour l'homosexuel de se faire reconnaître, et de se poser comme sujet pourvu de droits (laissez-nous vivre, après tout, tout le monde l'est un peu... homosexualité - demande, homosexualité - récognition, homosexualité du même, forme œdipienne, style Arcadie). Il s'agit pour le nouvel homosexuel de réclamer d'être ainsi, pour pouvoir dire enfin : Personne ne l'est, ça n'existe pas. Vous nous traitez d'homosexuels, d'accord, mais nous sommes déjà ailleurs.
Il n'y a plus de sujet homosexuel, mais des productions homosexuelles de désir, et des agencements homosexuels producteurs d'énoncés, qui essaiment partout, SM et travestis, dans des relations d'amour autant que dans des luttes politiques. Il n'y a plus de sujet-Gide emporté divisé, ni même de sujet-Proust encore coupable, encore moins le lamentable Moi-Peyrefitte. On comprend mieux comment Hocquenghem peut être partout sur sa spirale, et dire à la fois : le désir homosexuel est spécifique, il y a des énoncés homosexuels, mais l'homosexualité n'est rien, ce n'est qu'un mot, et pourtant prenons le mot au sérieux, passons nécessairement par lui, pour lui faire rendre tout ce qu'il contient d'autre - et qui n'est pas l'inconscient de la psychanalyse, mais la progression d'un devenir sexuel à venir.
■ L’après-mai des faunes de Guy Hocquenghem, préface de Gilles Deleuze, Grasset, collection Enjeux, 1974, ISBN : 2246000807






















