Jeudi 1 mai 2008

À quatorze ans, Georges de Sarre, brillant élève, entre en troisième à l’internat religieux de Saint-Claude, poussé par ses parents qui souhaitent perfectionner son éducation morale. Il s’accoutume à la vie du collège, où les offices religieux alternent avec les heures d’étude, et découvre très vite que certains de ses camarades entretiennent des «amitiés particulières», ainsi Lucien et André.


Par jalousie, Georges provoque le renvoi d’André, mais renonce à la conquête de Lucien, car il est brusquement fasciné par un enfant de cinquième beau comme un ange, Alexandre... Responsable des enfants, le Père de Trennes s'aperçoit de cette histoire d'amour et pour mettre fin à cette relation, il sépare les deux jeunes gens. Mais Alexandre ne supporte pas cette séparation et se suicide.



La clairvoyance des enfants est impitoyable : entre le règlement des jours ordinaires, celui des jeudis et des dimanches, et, les injonctions à la pureté tous azimuts, Georges de Sarre sent se tisser un carcan autour de lui si bien qu'il pressent qu'il n'en ressortira pas vivant. Car derrière la méfiance cauteleuse, quotidienne, se cache à peine le désir d'annihiler le danger de l'enfance. Pour l'éducateur averti, il n'y a pas d'enfant, il n'y a que de pauvres petits pervers !


Qu'on s'étonne alors si l'obsession des adultes ne finit par atteindre son but. Si l'innocence des élèves est proclamée, n'est-ce pas pour mieux la confondre, la piéger, y mettre fin et donner à tous la conscience que, quoi qu'il advienne, ils sont tous présumés coupables ? L'organisation sociale de l'internat, du collège, est là pour s'en assurer. Dans ce climat de haute surveillance, chacun est le délateur de tous. Georges de Sarre, le héros de Peyrefitte, ne s'y trompe pas et fait ses premières armes en trahissant son ami André.


La collaboration avec l'ordre imposé par les adultes est organisée. La hiérarchie entre grands et petits, anciens et nouveaux, les fameux classements, l'autorité conférée aux surveillants soigneusement sélectionnés, tout doit permettre l'acceptation, la soumission à l'autorité et aux règles. Deux personnages remplissent ce contrat : le père de Trennes (le lecteur découvrira qu'il est pédéraste) et le père Lauzon. Contrairement aux premières apparences, le plus monstrueux n'est pas celui qu'on croit.


« Mais vous, mon père (il s'agit du père Lauzon), dit Lucien, ne dormez-vous donc jamais ?

– Quelques heures me suffisent, répondit le surveillant. »


En une réplique, le portrait est fait sur celui qui fait profession de veiller à la candeur enfantine :


« Bien que votre confiance ne répondît pas à la mienne, je ne saurais me passer de vous. Avant de porter mes affections sur quelqu'un, j'étudie soigneusement son visage. J'ai étudié ainsi vos camarades, et c'est vous que j'ai élu. Chaque nuit vient ratifier mon choix. Je m'assieds un moment à côté de vos lits, allumant de temps à autre ma lampe électrique afin de mieux vous admirer. »


Le père Lauzon réapparaît matois, quand, sur la pente des confidences, il tente d'en savoir plus sur les liens entre Georges et le jeune Alexandre :


« Je vous féliciterais d'une pareille amitié. Elle serait doublement digne de vous, parce que vous l'auriez gardée secrète, et que cet enfant est un des plus beaux ouvrages formés par la main de Dieu. »


Ne pouvant en tirer davantage de Georges, il souhaite l'entendre en confession, celui-ci objecte qu'il n'a pas grand-chose sur la conscience, puisqu'il fréquente la sainte table chaque matin ! L'ami, le complice disparaît au profit d'un curé rageur :


« Allez-vous coucher, avec votre pureté ! »


Quand les amours des petits interfèrent avec celui des grands, la catastrophe n'est jamais loin. Ainsi, le père de Trennes est dénoncé par Georges au moment où il reçoit deux élèves à une heure tardive dans sa chambre de surveillant. Rideau. Le pédagogue énamouré s'est brûlé les ailes.


Il ne faudrait pas oublier pour autant le père Lauzon, particulièrement retors et pervers, figure terrifiante du supérieur du collège, pédagogue parfait jusqu'au crime. Là encore, l'enfant qu'est censé être Georges, le survivant, voit juste :


« Le vrai coupable, c'était ce prêtre qui avait été l'instrument de la mort (Alexandre s'est suicidé). C'est lui qui, au nom du bien, avait fait tant de mal. »


L'aveu du père Lauzon, inaugurateur d'une réconciliation entre adultes du même monde, respectueux du même ordre social et moral, donne à cette intuition son point d'orgue :


« Autant que vous souffriez, vous ne souffrez pas autant que moi. Cet enfant, je l'aimais plus que vous. »


C'est l'homme qui parle à cet instant puis se replie dans le rôle sacrificiel du prêtre :


« La mort de votre ami, si condamnable soit-elle, l'a soustrait au pire des péchés. (...) J'ai été implacable parce que je défendais sa pureté, qui était à un âge critique. Le démon du matin est plus redoutable que le démon de midi. C'est lui qui est l'auteur de ce drame, mais c'est Dieu qui a triomphé. »


Et remettant à Georges une photo de l'enfant :


« Vous vous souviendrez aussi que c'est en s'éveillant à la vie des passions qu'il mourut. »


Ainsi tout est justifié, puisque la leçon, quoique rude, fut profitable…



Ce qui surprend à relire les « Les amitiés particulières », c'est qu'en dépit du fait que Georges ait aimé Alexandre, il ne se passe rien. Ce n'est que carte du tendre, effleurements, rares baisers, cigarette fumée ensemble, pas de quoi être scandalisé, même si dans le fond du tableau de cette idylle, la liaison d'André et de Lucien est soulignée dans sa non-chasteté !


Roger Peyrefitte se rattraperait bien vite, en 1956, de tous ces voiles vaporeux avec, par exemple, « Jeunes proies ».


Reste que si Peyrefitte avait voulu écrire un vibrant plaidoyer, il ne s'en était pas trop mal tiré.


■ Editions Textes Gais, 2005, ISBN : 2914679165



Le film de Jean Delannoy (1964)


Lire la chronique de Lionel Labosse


par Jean-Yves publié dans : LIVRES
Mardi 29 avril 2008


Les enfants pensent toujours qu'ils se couchent de trop bonne heure. Une petite idée proustienne, en somme.


par Jean-Yves publié dans : MON CARNET
Lundi 28 avril 2008

[…] un amant trop généreux ouvre la voie à une trop grande liberté ; les gens comme vous sont si naïfs, plus ils aiment, plus ils semblent dire à l'autre : «Tu peux te servir de moi, je suis ton bien.» Devant cela, ce n'est pas le respect ni l'amour qui se réveillent, mais l'instinct du loup. Quand donc apprendrez-vous à mieux connaître l'avidité des hommes et à ne pas tomber dans le piège de la pitié ?


C'est la pitié et la foi qui vous perdent. Là où vous voyez une âme à racheter, une tête lasse se redressant sous la main de la consolation, il n'y a rien d'autre qu'un homme mûr, souvent médiocre, un mauvais caractère, et cet homme a pris l'aspect, pour mieux vous séduire, ou parfois même sans aucun espoir de séduction, d'un vieil enfant à nourrir et abreuver. Il saisit en vous ce qu'il veut bien saisir, pas nécessairement ce que vous aviez l'intention de lui donner, puis il part et cherche ailleurs des nourritures moins élevées, mais plus distrayantes.


Marie-Claire Blais


■ in Le loup, Editions Robert Laffont, 1973, pp.171-172

par Jean-Yves publié dans : CITATIONS
Dimanche 27 avril 2008

Un monstre ! C'est ainsi qu'au premier regard, je suis tenté de qualifier cette peinture de Jean Rustin pour me protéger de la violence de son impact.


Homme figé dans une contemplation hallucinée, dépouillé de tout accessoire anecdotique, témoin de quelque mystérieux bouleversement dont je ne sais rien…


Un monstre ? Pas si sûr ! Peu à peu, cet être intemporel – dans sa sensation de fragilité – me devient terriblement familier.


Ce regard fixe me prend à témoin du désarroi de cet homme : bouleversante intensité de/dans cette solitude.


Ce portrait a l'impudeur des fous. Dans ce grand dépouillement, rien n'est caché. La précision des couleurs, les superbes nuances d'ombre et de lumière ne laissent aucun répit à mon regard : tout est prévu pour me faire converger vers cet être habité par la douleur.



Jean Rustin – Il attend toujours – 1997


Rien de convulsif, d'éphémère dans cette peinture qui me montre plutôt avec sérénité la solitude sans appel de l'homme.


Insoutenable ! D'autant plus insoutenable qu'il me met en face de mes propres béances et de mes propres déchirements.


Samedi 26 avril 2008

… si j'avais pu les revoir récemment pour en faire une analyse que ma mémoire ne me permet plus de faire. Je ne peux donc que vous les suggérer.


Miss O'Gynie et les hommes-fleurs, un film de Samy Pavel (1974)

Sur les relations non idylliques entre un couple d'homosexuels et une femme. Pierre et Yves, deux homosexuels, vivent ensemble dans un village breton. Miss O'Gynie, une ancienne petite amie de Pierre veut le reprendre et use de toutes sortes de séduction pour arriver à ses fins. Devant le peu d'intérêt du jeune homme, Miss O'Gynie quitte la ville.


L'Empereur Tomato-Ketchup (Tomato Kecchappu Kôtei), un film de Shuji Terayama (1970)

Une parodie d'Etat dirigé par les enfants. Une chartre les encourage à pratiquer l'homosexualité et l'inceste, à se servir de la Bible comme papier-toilette. Naturellement, l'Empereur doit abdiquer lorsqu'il atteint la puberté. Tous les commandements appartiennent aux enfants et les adultes bafoués sont réduits en esclavage, dans un renversement des rôles grinçant. Lire une analyse sur Eiga Gogo !.



La Cité des neuf portes, un film de Stéphane Marti (1977)

Cette fameuse cité n'est autre que le corps des garçons.


La conséquence (Die Konsequenz), un film de Wolfgang Petersen (1977)

Quand l'amitié, qui se transforme en amour, doit affronter la haine et les préjugés, ou, tous les malheurs qui peuvent s'abattre sur un couple homosexuel. Lire une analyse sur Les Toiles Roses.


par Jean-Yves publié dans : FILMS
Vendredi 25 avril 2008

« Je suis celui par qui la vérité arrive » : cette formule pourrait plagier Roger Peyrefitte... Quand deux grands écrivains dévoilent au quotidien ce qui faisait l'intérêt principal de leur vie et la sève profonde de leur œuvre.




Cette « Correspondance », entièrement motivée par la pédérastie des deux hommes, ne pourrait plus paraître aujourd'hui, où le pédophile (1) est devenu l'objet privilégié de la chasse aux sorcières.


Par cette correspondance, Montherlant et Peyrefitte détruisent la conception bourgeoise d'une notoriété sans tâche qui a trop souvent rendu célèbre le médiocre bien-pensant et relégué dans l'oubli le génie fauteur de trouble. Fi de ces figures aseptisées ! Les deux écrivains trouvent naturelle la cohabitation du prestige littéraire et d'une liberté du plaisir.


Cette correspondance est irremplaçable pour la connaissance de l'étrange personnage que fut Montherlant. Si Peyrefitte réussit à imposer sa vie privée par une mise en scène violente et scandaleuse, Montherlant s'obstina dans une démarche totalement opposée. Ces lettres resteront pour l'historien des mœurs un document essentiel sur les relations sensuelles et sexuelles entre garçons et adultes : elles permettent aussi de mettre en parallèle l'époque vichyssoise et la nôtre.


Montherlant cacha ses fredaines pédérastiques dans des appartements loués au nom d'un certain Millon, agent commercial ; il en vint à refuser d'être photographié et filmé de crainte d'être reconnu lors de ses après-midi de drague.


Pourtant, des deux écrivains c'est sans doute Montherlant le plus fortement « investi » dans ces « bonheurs de la vie ». Il a, sur la pédérastie, des idées profondément ancrées, liées à son idéal de virilité, ne se satisfaisant pas des seuls attouchements furtifs.


Sur le plan moral, sa conception de l'amour pédérastique est absolument aristocratique. Il serait superflu d'y chercher une once de remords ou d'angoisse. Pour Montherlant, l'enfant est génial, et d'autre part, « la pédérastie a peu d'importance puisqu'elle est l'amour sensuel pour les enfants et adolescents [...], c'est-à-dire l'amour de la féminité qu'il y a en eux, c'est-à-dire qu'elle est l'hétérosexualité à la petite différence près ».


Petite différence d'importance si l'on songe que leur recherche était orientée vers les garçons et que toutes leurs lettres sont transposées au féminin. Ce qui laisse entendre que la vigilance sociale ne s'exerçait que sur la pédophilie homosexuelle masculine. Il est bon de rappeler que les lois veillaient durement. L'Etat français né le 13 juillet 1940 voulut protéger la jeunesse et poursuivit l'homosexualité, fléau social. Une loi du 27 août 1942 frappait alors d'une peine de six mois à trois ans de prison quiconque commettait des actes homosexuels avec des mineurs (majorité à 21 ans).


Pierre Sipriot (il avait déjà ouvert la voie de la vérité avec son Montherlant sans masque) situe – avec intelligence et érudition – cette correspondance dans le contexte de l'époque et l'élucide par rapport à l'œuvre de Montherlant et aussi par rapport à l'homme véritable. Sa préface est exemplaire.


La vie de Montherlant et de Peyrefitte ne coula pas dans la sérénité. Ils étaient fichés, furent plusieurs fois arrêtés lors de leurs expéditions amoureuses. Leur correspondance était ainsi entièrement chiffrée. Et c'est un délice supplémentaire, littéraire et érotique tout ensemble, que de se régaler de textes magnifiquement écrits (une maîtrise absolue de la langue), d'une érudition pleine d'humour, et que, grâce aux notes de Roger Peyrefitte, le lecteur décrypte peu à peu jusqu'à absorber ces mots codés de suprême élégance.


Les deux écrivains ne se contentent pas de mettre les noms de leurs jeunes amants au féminin. Un bouquin est un jeune bouc, un jeune garçon... il peut avoir treize chapitres (comprendre 13 ans) et une bibliothèque est le cinéma où s'exerçait la drague des garçons. Les garçons portent des noms succulents : un jeune apprenti bijoutier sera surnommé braguette d'argent. Le grand cordon n'est autre que le membre viril. L'éros sacristain, c'est la masturbation et l'éros domiciliaire, la sodomie en chambre. Se couvrir de gloire, c'est arriver aux fins suprêmes de la possession. Quant à ce qui était monnaie courante, la masturbation ou les attouchements dans l'obscurité des bibliothèques après ramassage dans les foires ou les rues, ils bénéficient d'un vocabulaire délirant : de la pochade (masturbation par la poche du garçon) à la pochade trouée, on utilise tout un réseau linguistique comme le simple geste du crayon (exhibition du sexe), le pinceau, tout sur la peinture à l'huile (il s'est laissé sodomisé)... et il y a aussi les grandes eaux (éjaculation), une rosée de 14e grandeur (recueillir le sperme d'un garçon de quatorze ans – Montherlant parle, lui, de main fécondée)...


L'amitié entre Montherlant et Peyrefitte est très forte. Ce sont les confidences les plus osées sur un goût qu'ils partageaient, c'est aussi des rencontres, le frottement de deux intelligences, de deux écrivains (Peyrefitte est en train d'écrire Les amitiés particulières et Montherlant hésite à publier Les garçons). C'est surtout la fraternité profonde de deux hommes qui veulent vivre leurs plaisirs avec la même intensité qu'ils souhaitent réussir leur œuvre.


Les deux hommes ne se sont pas rencontrés dans un salon littéraire mais dans une kermesse, place de Clichy où Peyrefitte (31 ans) aborde Montherlant (43 ans). Ils vont directement au cœur du problème : les amours garçonnières. De surcroît, ils sont tous deux écrivains ou en passe de le devenir.


La préface de Pierre Sipriot met bien en place ce que les deux hommes se sont apporté mutuellement. Leur amitié a surtout brisé la clandestinité où trop souvent les pédophiles (1) enferment leurs désirs. Ils ont pu parler du plus grand des interdits, tabou à la base de leur vie. Ils se sont aidés, secourus, réconfortés.


Le plus grand bénéfice de leur relation, du moins celui qui émerge de cette exceptionnelle correspondance, c'est de les avoir préservés de la solitude, de cette coloration tragique que prend souvent l'amour pédérastique.


Ce livre aborde aussi le moment historique pendant lequel cette correspondance se situe, la gestation de leurs écrits et les tracasseries policières qui tourmentèrent les deux écrivains.


■ Présentation et notes de Roger Peyrefitte et Pierre Sipriot. Editions Robert Laffont, 1983, ISBN : 2221012283



(1) J'ai utilisé indifféremment les termes pédophile et pédéraste. Je connais leur signification propre... Les conquêtes des deux écrivains se situant entre 11 et 17/18 ans, si j'en juge la précision de leurs descriptions, il est plutôt question d'amours pédérastiques.


par Jean-Yves publié dans : LIVRES
Mercredi 23 avril 2008

« L’âge d’or », publié en 1953, est un roman de l’adolescence, aux airs autobiographiques. Amoureux du monde rude et grave des garçons, le narrateur y évoque, sur un ton enjoué et pudique, les rencontres qui marquèrent sa jeunesse.



Il célèbre, avec une netteté allusive, souveraine d’élégance, le triomphe des corps et la quotidienne déroute de l’amour.


L’extrême beauté du livre vient de cette contradiction entre un hédonisme paisible et la tragédie sourde. Derrière la transparence des rapports avec Pétrole le marinier, Micha le Russe, le soldat d’Hazebrouck ou le gitan Pédro, la jalousie, la fureur, le crime se tapissent, qui sont le lot des adultes.


« J’aimerais d’autres êtres et j’en serais aimé sans doute mais c’en était fini de cette grâce qui avait jusqu’à présent ensoleillé ma vie. »


Entre « Le Grand Meaulnes » et « Le Livre blanc » de Cocteau, « L’âge d’or » est un pur chef-d’œuvre. Ou plutôt un chef d’œuvre pur. "Un livre", disait Jacques Brenner, "qu’on ne voudrait mettre qu’entre des mains nettes" (1).


■ Editions Le Dilettante, 1993, ISBN : 2905344598 (et Editions Gallimard, 1998, ISBN : 2070753654)



Du même auteur : Le rôdeur


(1) Histoire de la Littérature française de 1940 à nos jours, Editions Fayard, 1978, ISBN : 2213005923


par Jean-Yves publié dans : LIVRES
Lundi 21 avril 2008

Comme tout un chacun, j'ai le mien, bien sûr, mais il est moins visible parce que je l'adapte trop aux désirs des autres.


par Jean-Yves publié dans : MON CARNET
Dimanche 20 avril 2008

L'originalité de ce Sébastien se discerne dans sa réalité charnelle doublée d'un dialogue suppliant entre la chair et le sacré.


Sébastien est dans cette représentation en terre cuite semblable à une statue antique. Avec sa poitrine dessinée, son corps apparaît glorieux, comme en élévation, tendu à l'extrême malgré ses jambes fléchies. Un corps bandé tel un arc.


Pourtant mon attention se concentre sur le linge qui couvre les reins de Sébastien. Sur le devant, ses plis et son tombé indiquent clairement qu’il repose sur son sexe dressé.


Des siècles après les amours idéalisés de la Grèce antique, ce Sébastien élève l'amour, le débarrassant des scories du narcissisme.



Attribué à Abraham Gaspard (Ecole Lorraine) – Saint Sébastien – fin du XVIIe

Terre cuite, Musée Lorrain, Nancy


Comment Sébastien réagira-t-il à ce plaisir dont il ne peut pas parler car ce serait clamer sa solitude, ce serait avouer qu'il a un sexe et des désirs ?


Un Sébastien lourd de sensualité, frustre et plein de sève… Pour qui bande-t-il ?



Le voilà, « gigantesque », ce sexe qu'on essaye toujours de réduire à sa plus simple expression, en l'affublant de sentiments, en le maquillant de théories, en l'escamotant dans une perspective esthétique. Le voilà, monstrueux, ce sexe qui ne tient pas en place, qui ne tient pas sa place, et surtout qui ne se tient pas à sa place en allant jusqu'à donner des idées…



Merci à Jean-Christophe.


Samedi 19 avril 2008

Cruising, film de William Friedkin devrait être repris sur les écrans…



Accompagné en 1980, d'une odeur de soufre, Cruising, rebaptisé en France La chasse, est un thriller ni bon, ni mauvais qui ne méritait pas le tapage qui a été fait lors de sa sortie.


Le scénario est banal. Un policier est lancé comme appât pour débusquer un tueur de pédés. Pas n'importe quels pédés, des cuirs, ceux qui dérangent le plus et sont fantasmes comme les pires créatures, victimes et bourreaux.


A l'heure où les homosexuels demandent le mariage, il est vrai que ce film ne montre pas n'importe quelle homosexualité. Demander le mariage, même si l'ensemble de la société ne l'accepte pas, est un droit que cette dernière accepte d'entendre car elle donne à l'homosexualité une image acceptable, celle de bons pédés : ce qui est loin d'être le cas des homosexuels montrés dans Cruising, assimilables, je le crains, encore aujourd'hui, à des pervers détraqués aux frontières du pathologique. Comme si le salut tenait à l'image !


Grave est ce racisme anti-cuir qui conforte plus d'un homo ou hétéro. Comme s'il y avait la bonne et la mauvaise sexualité.


Se posera-t-on un jour la question de savoir pourquoi le monde du cuir et son code gêne tant ? La réponse est peut-être dans ce coin secret de notre pensée que nous ne voulons pas admettre.


 

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[...] les mots possèdent ce prodigieux pouvoir de rapprocher et de confronter ce qui, sans eux, resterait épars dans le temps des horloges et l'espace mesurable.
Claude Simon, Album d’un amateur,  Editions Remagen-Rolandseck, 1988, p. 31

 

Photographie de Cédric Genty – 2004

 

Lire c'est aller à la rencontre de quelque chose qui va exister.
Italo Calvino, Si par une nuit d'hiver un voyageur


 

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"Qui sommes-nous, qu’est chacun de nous sinon une combinaison d’expériences, d’informations, de lectures, de rêveries ? Chaque vie est une encyclopédie, une bibliothèque, un inventaire d’objets, un échantillonnage de styles, où tout peut se mêler et se réorganiser de toutes les manières possibles."
(Italo Calvino, Leçons américaines)

 

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« Tu ne sauras jamais les efforts qu'il nous a fallu faire pour nous intéresser à là vie ; mais maintenant qu'elle nous intéresse, ce sera comme toute chose - passionnément. »
André Gide, Les Nourritures terrestres (1897)

 

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« Tout est vrai, le temps d’un texte. »
Kirsty Gunn

 

 

 

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« Je crois aussi qu'on ne meurt pas avant d'en avoir secrètement, tenacement le désir. »
Tony Duvert

 

Le site de Lionel Labosse. Un regard altersexuel sur le monde.

 

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C’est ainsi par exemple que l’on envoie les enfants à l’école, non pas dans l’intention qu’ils y apprennent quelque chose, mais afin qu’ils s’habituent à demeurer tranquillement assis et à observer ce qu’on leur ordonne, en sorte que par la suite ils pensent ne pas mettre réellement et sur le champ leurs idées à exécution.
KANT, Réflexions sur l’éducation

 


 

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