Lundi 7 janvier 2008

La première œuvre de fiction jamais publiée en langue française sur le thème des amitiés particulières a paru à Lyon, en 1876. Elle a pour titre Geri ou un premier amour. Nous devons ce chef-d'œuvre à un jeune homme de vingt ans : Louis Beysson.



Peut-être, me dira-t-on, fallait-il justement l'inconscience de la jeunesse pour aborder, de manière aussi limpide, aussi lumineuse, un tel sujet en des temps si obscurs. […]


Geri ou un premier amour est […] d'une telle clarté qu'il est impossible de se méprendre sur la nature du penchant qui pousse dans les bras l'un de l'autre les deux adolescents du récit. Il s'agit bien d'amour […]. Et c'est le thème central du livre.


[…] Mais il importe, au préalable, d'expliquer les raisons qui m'ont poussé à choisir, pour la réédition de ce roman, un titre original autre que celui sous lequel il a paru.


Geri a d'abord été édité à Lyon par Aimé Vingtrinier. L'auteur avait donné à sa narration autobiographique les dimensions d'une nouvelle. À l'exception de deux petits détails (1), tout indiquait que le narrateur était l'un des héros du récit. Monté à Paris pour y tenter l'aventure littéraire, Louis Beysson finit par trouver, pour ses ouvrages, un éditeur réputé : Édouard Dentu. Lorsque tous deux voulurent redonner vie à Geri, il leur fallut apporter au texte, trop audacieux, quelques amendements. Louis Beysson eut l'idée de désamorcer la témérité de l'histoire en l'enchâssant dans une autre : le narrateur cessait d'être le héros apparent du roman, il ne nous contait plus ce qu'il semblait avoir vécu, mais ce qu'un autre avait vécu. Et ce déplacement de perspective, selon un procédé d'emboîtement somme toute assez classique, rendait possible l'expression, en contrepoids, de la morale conventionnelle du temps par le narrateur lui-même. Cependant, le noyau central, inchangé, conservait toute sa force. L'addition donnait en outre à la nouvelle la dimension d'un court roman. C'est ainsi que parut en 1884, publié par E. Dentu, Un amour platonique. […]


J'ai voulu, pour cette réédition de Geri, restituer au récit sa pureté originelle en le dépouillant de la gangue de précautions élaborée en 1884. Il me fallait néanmoins tenir compte des corrections ou améliorations d'ordre stylistique que l'auteur avait apportées à sa première version, celle de 1876. Le panachage ainsi réalisé, dont je donne le détail en annexe, me faisait scrupule de reprendre strictement le titre initial. C'est la raison pour laquelle j'ai opté pour Le Secret de Geri.


1. « le cœur tendre dont je rapporte les souffrances » en introduction, et : « me dit Victor» dans la première phrase du récit.


Jean-Claude Féray, éditeur (extrait de l'avertissement) 


EXTRAIT : Cependant, à cette époque se rattache un de mes plus doux souvenirs, et tous les lieux où je retrouve Geri s'éclairent d'une lumière céleste. Un jour, à l'heure de midi, je me trouvais seul dans l'étude... la porte s'ouvre précipitamment, et je vois Geri venir à moi ; puis, tirant de son sein une grappe de lilas :

« Tiens, Victor, me dit-il, je n'ai pas voulu laisser passer le jour de ta fête sans t'offrir quelque gage de l'amour que j'ai pour toi. Oh ! aime-moi, je t'aimerai toujours. »

En voyant ses beaux yeux brillants d'émotion, m'était-il possible de douter de la force de son amour ? Et cette légère fossette, sur ses joues, autrefois si bien modelées, n'était-elle pas, hélas ! la preuve de ses souffrances ? Ces joues si pâles, comme je les couvrais de baisers ! Mais, tout à coup, il s'échappa de mes bras ; je voulais le suivre, mes regards tombèrent sur les fleurs qu'il m'avait laissées ; je me précipitai dessus et les pressant sur mes lèvres avec une véritable fureur, je pleurai abondamment.

Depuis ce temps, la vue d'une fleur de lilas me rend toujours triste, et en retrouvant toute flétrie, il y a un an, celle que Geri m'avait offerte ce jour-là, je n'ai pu retenir mes larmes. (pp.54-55)


■ postface de Jean-Claude Féray, Editions Quintes-Feuilles, 2002, ISBN : 2951602367


par Jean-Yves publié dans : LIVRES
 

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[...] les mots possèdent ce prodigieux pouvoir de rapprocher et de confronter ce qui, sans eux, resterait épars dans le temps des horloges et l'espace mesurable.
Claude Simon, Album d’un amateur,  Editions Remagen-Rolandseck, 1988, p. 31

 

Photographie de Cédric Genty – 2004


Lire c'est aller à la rencontre de quelque chose qui va exister.
Italo Calvino, Si par une nuit d'hiver un voyageur



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"Qui sommes-nous, qu’est chacun de nous sinon une combinaison d’expériences, d’informations, de lectures, de rêveries ? Chaque vie est une encyclopédie, une bibliothèque, un inventaire d’objets, un échantillonnage de styles, où tout peut se mêler et se réorganiser de toutes les manières possibles."
(Italo Calvino, Leçons américaines)

 

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« Tu ne sauras jamais les efforts qu'il nous a fallu faire pour nous intéresser à là vie ; mais maintenant qu'elle nous intéresse, ce sera comme toute chose - passionnément. »
André Gide, Les Nourritures terrestres (1897)

 

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C’est ainsi par exemple que l’on envoie les enfants à l’école, non pas dans l’intention qu’ils y apprennent quelque chose, mais afin qu’ils s’habituent à demeurer tranquillement assis et à observer ce qu’on leur ordonne, en sorte que par la suite ils pensent ne pas mettre réellement et sur le champ leurs idées à exécution.
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