Samedi 1 avril 2006

Julien contre Jésus

Déjà publié il y a plus de quarante ans, Julien, s'inscrit dans la veine des romans historiques gréco-latins qui ont vu naître la trilogie d'Alexandre de Mary Renault et "Les Mémoires d'Hadrien" de Marguerite Yourcenar.


Tout aussi magistralement que ses deux consœurs, Gore Vidal y fait revivre, à travers des mémoires apocryphes, la figure légendaire de Julien l'Apostat.


Né à Constantinople en 331, Julien abandonna la religion chrétienne dans laquelle il avait été élevé et, très tôt attiré par les charmes et les mœurs de l'hellénisme, tenta de restaurer le paganisme.


Mais au bout de deux ans de règne, il fut tué lors d'une campagne contre les Perses. Il avait trente-deux ans.


Julien, était-il le premier de nos libres penseurs ?


Un livre revivifiant, à découvrir ou à relire en ces temps de néo-réalisme chrétien.


■ Editions Galaade Collection Retrouvailles, 9 mars 2006, ISBN : 2351760166



Du même auteur : Myra Breckinridge et Myron - Un garçon près de la rivière - Messiah


par Jean-Yves publié dans : LIVRES
Vendredi 31 mars 2006

On découvre le cadavre d'un professeur : l'enquête fait apparaître que le défunt était à peu près unanimement haï et on se demande ce qu'il pouvait bien fabriquer pour justifier une telle détestation.


La situation idéale pour un polar : les suspects sont nombreux... Découvrir le corps n'est d'ailleurs pas de tout repos : Tom Mason, professeur et ex-marine, essuie un coup de feu le jour même. Peu importe pour le héros, qui en a vu d'autres : il mène aussitôt des investigations parallèles à celles de la police, et apprend par un élève de sa classe que Phil Evans, le fils de l'enseignant assassiné, qui a disparu depuis le crime, est pédé...


La soirée serait pénible pour le détective d'occasion, si Scott ne l'attendait pas pour le masser tendrement... Car l'ex-soldat de choc est gay.


Scott, l'amant de Tom, est un joueur professionnel de base-ball, célèbre et adulé, mais qui dissimule encore son homosexualité.


Comme le note cyniquement une relation de Tom :

« Je peux imaginer les journalistes vertueux : "Comment cet homme peut-il, être joueur de base-ball et constituer un exemple pour les jeunes alors que c'est un suceur ?" »

Menée par ce couple gay qui parvient de plus en plus à imposer son mode de vie à cette occasion, l'enquête se dirige assez rapidement vers le ghetto homosexuel de la ville. Tom et Scott sont confrontés à de sordides histoires de prostitution d'adolescents et de cassettes porno...

Loin d'être un roman manichéen, "Le faubourg du crime" répartit équitablement les salauds sans tenir compte de leur orientation sexuelle. L'auteur, et ce n'est pas le moindre de ses mérites, fait aussi réfléchir sans ennuyer par un pesant didactisme. Le flic Robertson, pas très futé et assez porté sur les clichés, confie ainsi à Tom :

« On ne peut pas laisser ces sacrés intellectuels et ces tantes diriger les choses ! »

Et lorsque Daphné, une lesbienne peu sympathique, avoue utiliser le racolage de mineurs, elle rappelle à Tom que ces jeunes gays sont chassés de chez eux par des parents « incapables de faire face quand ils découvrent que leur adorable adolescent est un suceur ».


■ Editions Gallimard, Série Noire, 1990, ISBN : 2070492346


par Jean-Yves publié dans : LIVRES
Vendredi 31 mars 2006

Il faut avoir son grain de folie ou l'on ne vit pas et son grain de sagesse ou l'on ne peut pas vivre ; être assez fou et assez sage à la fois pour atteindre la mort sans être riche ni décoré et sans s'être non plus ruiné ni déshonoré. C'est le savoir-vivre. [page 128]


Marcel Jouhandeau


■ in De l'abjection, Editions Gallimard, 2006, ISBN : 207077743X


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par Jean-Yves publié dans : CITATIONS
Jeudi 30 mars 2006

Un film qui mêle les genres : sur fond politique (le régime militaire des colonels dans la Grèce de 1971, et la difficulté d'intégration des immigrés à Paris), c'est une comédie de mœurs en même temps qu'un suspense tragique et une allégorie poétique.


L'argument en est simple : Ilyas, qui a quitté la Grèce qui est alors sous le régime des Colonels, fait tomber la photo d'une chanteuse et dit à son cousin que c'est sa sœur. Gérassimos tombe amoureux de la photo, et Ilyas pousse jusqu'au bout ce mensonge avec beaucoup de mauvaise conscience, car il s'est mis à aimer passionnément son cousin.


Une amitié-passion entre le jeune Ilyas et son cousin « parisien » Gérassimos, qui se développe sur fond de trahison, et ne peut qu'aboutir au drame :


Amitié-passion entre deux hommes, sorte d'homosexualité sans sexe, retardement infini de l'orgasme pris de vitesse par le mécanisme tragique, "La Photo" va plus loin que la simple idée de sexe suggérée par le mot homosexualité, peut-être justement parce que le film ne montre pas de sexe.

Tuer par amour


L'amitié que porte Ilyas pour Gérassimos contient en elle le germe de la trahison. Le jeune trahit moins par volonté délibérée de trahison qu'en raison de l'intervention du destin, donc d'un élément qui lui échappe. Il y a cette photo qui occasionne un petit mensonge, sur lequel il lui est désormais impossible de revenir. Il est pris alors entre l'amour réel qu'il porte à cet homme et l'impossibilité de lui révéler sa trahison. Quant au personnage féminin du trio de "La Photo", il est mythique, il représente une sorte d'idéal de la féminité pour lequel Gérassimos s'est enflammé. Et c'est pour que Gérassimos ne soit pas déçu par la réalité, qu'Ilyas, par amour, provoquera sa mort.

Le réalisateur : Né à Addis-Abbeba en 1918 d'un père grec et d'une mère éthiopienne, Nico Papatakis a été l'intime de tout le Paris existentialiste des années 50 : son cabaret "La Rose rouge" a contribué notamment au lancement de Juliette Gréco, de Mouloudji, du mime Marceau ou d'Yves Robert. C'est lui qui produit, en 1950, le seul film de Jean Genet, Chant d'amour. Soutenu par Sartre, Breton, Beauvoir, Genet, Malraux, il voit son premier film "Les Abysses" sélectionné au Festival de Cannes, en 1963 (c'est le seul film qui représente la France cette année-là !) : l'histoire est tirée de l'affaire des sœurs Papin, qui massacrèrent leurs patrons, et dont Genet s'inspira dans "Les Bonnes".

par Jean-Yves publié dans : FILMS
Jeudi 30 mars 2006

S. M. — Explique-moi pourquoi je désire tellement une chose et quand je vais la saisir, je n'ai plus la force de la prendre, peut-être de l'aimer ?



Moi. — Est-ce faute de toi ou faute d'elle ? N'as-tu plus la force de la couvrir d'illusions ou n'est-elle pas digne de porter ton rêve ? Manques-tu d'imaginations ou aurais-tu trop de clairvoyance ? [page 82]


Marcel Jouhandeau


■ in De l'abjection, Editions Gallimard, 2006, ISBN : 207077743X


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par Jean-Yves publié dans : CITATIONS
Jeudi 30 mars 2006

La vie est souvent excessive. Le souvenir, lui ne retient que l'intensité, ce qui est aussi excessif.




par Jean-Yves publié dans : MON CARNET
Mercredi 29 mars 2006

Charles Perrault a écrit des contes pour adultes, d'un érotisme discret, mais gay sans équivoque.


Tout le monde connaît les "Contes de ma mère l'oye", le plus célèbre et le plus souvent réédité des classiques pour l'enfance, mais très peu de gens savent que Charles Perrault a écrit d'autres contes, destinés à un public adulte. Plusieurs d'entre-eux, d'un érotisme discret mais très perceptible, célèbrent le corps masculin et l'amour des garçons. Textes pleins de verve, de tonus et de bonheur et qui pourraient être considérés comme des classiques de la culture homosexuelle.


Le conte "Les jumelles ou la métamorphose du cû d'Iris en astre" est encore plus saisissant.

Une remarque, en passant, sur l'orthographe du mot cul. Colbert a chargé Perrault en 1672 de présider une commission d'académiciens qui a pour mission de réformer et de simplifier l'orthographe. Fidèle à la consigne de son ministre, Perrault supprime le L qui ne se prononce pas et écrit « » avec un accent circonflexe.

Ce récit a pour but de ridiculiser la mythologie des Grecs et des Romains, de rappeler les "crimes" divers que les dieux commettent en toute impunité (inceste, infidélité, prostitution, homosexualité) en bref, de se moquer des sujets stupides d'épopées comme l'Iliade, l'Odyssée ou l'Enéide, si chers aux Anciens.


Sujet du conte : Jupiter qui s'ennuie sur son trône, envoie Mercure sur terre avec la consigne de trouver quelque objet agréable à regarder qui trouverait place au ciel. Mercure prospecte en vain puis, au moment où il va rentrer bredouille, aperçoit dans la rivière

« Le d'Iris qui se baignait / Voilà mon fait, dit-il, puis s'avance, examine / En reconnaît les traits, la blancheur, la peau fine / (...). Le juge digne enfin de la voûte éternelle, / Tant il le trouve bien tourné / (...) » (page 165)

Jupiter, à son retour, lui demande :

« Hé bien, que m'apportes-tu ? / Sire, je vous rapporte un (...) / Oui, mon père, un véritable / Mais un qui n'a point de prix (...) / Rien dans le Ciel ne lui ressemble / Et c'est un que les Grâces ont fait / Ce n'est que dans cet unique objet / Qu'on eut les voir toutes ensemble. » (page 166)

Jupiter demande à voir, et, convaincu, résout de proposer aux autres dieux de promouvoir ce joli en astre. Le beau Ganymède en rougit :

« Et lui-même d'abord se récusa pour cause / Mais il donna tout son crédit / Pour faire réussir la chose. » (page 166)

La discussion qui s'engage permet aux dieux de "laver leur linge sale en famille". Cybèle, Apollon, Diane, Bacchus, Hébé, Mars, Minerve, Cupidon, Vénus, Vulcain, se reprochent leurs "histoires de ". Parmi les joyeusetés qu'ils se renvoient, ce rappel hargneux de Junon à Jupiter :

« Ne vous souvient-il plus quelle fut ma vengeance / Que je pris autrefois du berger phrygien (Ganymède) / Pour avoir eu seulement de la complaisance / Pour un autre que le mien. » (page 171)

Jupiter répond piteusement :

« Pourquoi me reprocher des fautes pardonnées (...) / Et l'on sait que, depuis plus de deux mille années / Je n'ai plus fait parler de moi (...) / Et mes débauches véritables / Sont si vieilles - hélas ! - que tout ce qu'on en dit / Ne passe plus que pour des fables. » (page 171)

L'Olympe reste malgré tout un véritable feu d'artifice de cûs et de fesses.

« Taisez-vous et n'ayez pas peur / Qu'on vous fasse jamais l'honneur / De prendre ce pour vos fesses. » réplique par exemple Vulcain à Vénus. (page 170 )

Sans doute, l'auteur se veut ironique mais le conte, d'un tonus et d'un lyrisme peu ordinaire, n'en reste pas moins un hymne à la gloire du qui, à la fois double et unique, donne, lorsqu'il est jeune et bien tourné, l'idée de la perfection absolue. Mais Iris, objectera-t-on, n'est pas Ganymède. Et alors ?...


■ Editions Flammarion, introduction de Marc Soriano, GF, 1991, ISBN : 2080706667


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par Jean-Yves publié dans : LIVRES
Mercredi 29 mars 2006

Il me semble que le « prince charmant » est plus une situation qu'un personnage, tant il peut revêtir d'aspects différents au sein de la triple relation Héros/Demandeur/Situation de crise.


par Jean-Yves publié dans : MON CARNET
Mercredi 29 mars 2006

On retrouve dans sa mémoire, un détail que l'on reconnaît pour l'avoir vu, sans savoir où on l'a vu, sans pouvoir l'identifier tout à fait. Il s'agit d'un ameublement, d'un paysage, d'un parfum, d'une bribe de conversation, d'un fragment de visage, de l'expression fugitive d'une physionomie connue et anonyme et chaque fois une émotion vous étreint de bonheur, de regret ou de désir.


On voudrait savoir, on voudrait voir davantage. On sait qu'on a été heureux à cet endroit, à cause de telle chose, de tel être, mais quand ? Où ?


Il s'agit là d'un rêve en partie oublié, qui ne s'est pas fixé dans la mémoire avec toutes ses circonstances bien qu'il représente parfois une de nos expériences les plus profondes, les plus sûres, peut-être la seule que nous ayons du bonheur et demeure en nous ce prestige, ce charme répandu sur tout le jour, et parfois sur toute la vie, mieux qu'un charme, une science, la certitude, la certitude d'avoir un secret, quelque chose de si rare qu'on se le cache, qu'on se le dérobe même à soi-même, pour mieux le garder. [pages 47-48]


Marcel Jouhandeau


■ in De l'abjection, Editions Gallimard, 2006, ISBN : 207077743X


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par Jean-Yves publié dans : CITATIONS
Mardi 28 mars 2006

De Marcel Jouhandeau (1888-1979), trois ouvrages Le voyage secret (1), Carnets de Don Juan (2) et Tirésias (3) valent le plaisir de découvrir un Jouhandeau totalement inhabituel : le romancier, le chroniqueur, le journaliste ayant, en effet, cédé la place au poète. Ici, Marcel Jouhandeau ne conte plus, il chante. Quoi ? L'amour, principalement, et celui des garçons en particulier.


Avec les "Carnets de Don Juan" (2), le thème reste le même : l'amour, toujours l'amour. Ce second tome, beaucoup plus volumineux que le précédent, est, sans doute, le Grand Œuvre de Marcel Jouhandeau concernant les choses du cœur. Mais ici, le pur sentiment, l'acte amoureux lui-même, est pris en compte dans les notes, réflexions et récits en tout genre, parfois trivialement, d’autres fois poétiquement.

Un extrait que je trouve poétique jusqu'au sublime :

« De plus en plus, hormis ce que j'aime, je n'aime rien et là est toute la grandeur : une sorte d'âpreté dans la rigueur du choix, limité étroitement, définitif ? qui sait ? bizarre ? Non. Peut-être barbare. Mais certes il n'importe pas qu'il le soit, qu'il soit ceci plutôt que cela, qu'il s'arrête à une idée plutôt qu'à un être, à un être plutôt qu'à un autre et dans un être à l'âme et dans le corps au visage plutôt qu'à la main, pourvu que ce soit dans l'Univers, gageure ou non, à "ce qui émeut le plus".

De plus en plus, hormis ce que j'aime, je n'aime rien et ce que j'aime est si étrange et si vain que ce n'est rien, mais je considère tout le reste, comme un aveugle, en attendant seulement l'occasion de voir passer le train de mes rêves. Ainsi tout ne compte que par ce rien ou pour ce rien, en vue de ce rien ou à cause de ce rien, tout le reste n'existe qu'en fonction de ce rien, qu'il me le livre ou me le cache.

Là est le drame et ma vie n'est qu'un pur néant. Parfois, de m'en apercevoir m'en délivre. »



(1) Le Voyage secret, Ecrits secrets I, Editions Arléa, 1988, ISBN : 2869590318

(2) Carnets de Don Juan, Ecrits secrets II, Editions Arléa, 1988, ISBN : 2869590326

(3) Tirésias, Ecrits secrets III, Editions Arléa,1988, ISBN : 2869590334

A noter la réédition : De l’abjection, Editions Gallimard, collection L’Imaginaire, mars 2006, ISBN : 207077743X


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par Jean-Yves publié dans : HISTOIRE
 

Texte Libre



Texte Libre 1

 

[...] les mots possèdent ce prodigieux pouvoir de rapprocher et de confronter ce qui, sans eux, resterait épars dans le temps des horloges et l'espace mesurable.
Claude Simon, Album d’un amateur,  Editions Remagen-Rolandseck, 1988, p. 31

 

Photographie de Cédric Genty – 2004


Lire c'est aller à la rencontre de quelque chose qui va exister.
Italo Calvino, Si par une nuit d'hiver un voyageur



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"Qui sommes-nous, qu’est chacun de nous sinon une combinaison d’expériences, d’informations, de lectures, de rêveries ? Chaque vie est une encyclopédie, une bibliothèque, un inventaire d’objets, un échantillonnage de styles, où tout peut se mêler et se réorganiser de toutes les manières possibles."
(Italo Calvino, Leçons américaines)

 

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« Tu ne sauras jamais les efforts qu'il nous a fallu faire pour nous intéresser à là vie ; mais maintenant qu'elle nous intéresse, ce sera comme toute chose - passionnément. »
André Gide, Les Nourritures terrestres (1897)

 

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« Tout est vrai, le temps d’un texte. »
Kirsty Gunn

 

 

 

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« Je crois aussi qu'on ne meurt pas avant d'en avoir secrètement, tenacement le désir. »
Tony Duvert

 

Le site de Lionel Labosse. Un regard altersexuel sur le monde.

 

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C’est ainsi par exemple que l’on envoie les enfants à l’école, non pas dans l’intention qu’ils y apprennent quelque chose, mais afin qu’ils s’habituent à demeurer tranquillement assis et à observer ce qu’on leur ordonne, en sorte que par la suite ils pensent ne pas mettre réellement et sur le champ leurs idées à exécution.
KANT, Réflexions sur l’éducation

 

 


 

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