« Voix dans la nuit » prend les allures
d'un roman policier où le lecteur tente de construire le visage de l'auteur derrière le masque des personnages. Frederic Prokosch (1908-1989) y parle moins de lui-même que des autres et il a fort
à faire puisque l'index des personnalités citées dans son ouvrage ne rassemble pas moins de quatre cents noms.
Celui que ses amis appelaient familièrement Fritz a, en effet, rencontré les plus grands écrivains de ce siècle, mais aussi bon nombre de peintres, musiciens et autres personnalités d'envergure.
Il trace de chacun d'eux des portraits saisissants de vérité, rapporte des conversations toujours pleines d'enseignements et compose ainsi le tableau le plus complet qu'il soit donné de lire sur la vie intellectuelle américaine et européenne. Car Frederic Prokosch, qui vécut toute son enfance aux Etats-Unis, fut très tôt amoureux du vieux continent et, dès ses années d'université, entreprit un pèlerinage littéraire à Paris. De ces années 20, où le bonheur de vivre voulait encore dire quelque chose, jusqu'aux années 80, où Frederic Prokosch s'est installé dans le midi de la France près de Grasse, il ne cessera d'accomplir de fréquents voyages des deux côtés de l'Atlantique et vivra de nombreuses années aussi bien en France qu'en Italie et en Suède.
De cette frise de silhouettes errantes et de décors changeants se détachent, au tout début de sa vie, les visages de la grande ballerine Anna Pavlova et de Thomas Mann, A quelques mois d'intervalle, chacun d'eux est reçu dans la maison familiale de Frederic Prokosch, qui n'a pas encore dix ans et vit ses plus belles heures au contact de la nature et des animaux, note mentalement les dialogues qu'il surprend entre ses parents et leurs célèbres visiteurs. Il découvre ainsi ce don de la mémoire qui lui permettra, à l'avenir, de se souvenir des moindres paroles de ses interlocuteurs, même quand, plus tard, il aura à cœur de prendre toujours des notes lors de ses conversations avec d'illustres personnages.
Passionné de littérature et de poésie, il est, bien sûr, avide de rencontrer ces auteurs qu'il révère. Lors de son premier séjour à Paris, il s'arrange pour voir Gertrude Stein et James Joyce qui a l'air d'un médecin de campagne aigri. Plus tard, à Cambridge, ce sera Forster, avec lequel il ne savait jamais quand il était heureux et quand il plaisantait, Virginia Woolf et le très étonnant Guy Burgess, cet espion communiste et homosexuel. Il jouera au tennis avec Ezra Pound, d'une joviale paillardise, aura une conversation intellectuelle dans un sauna avec Auden qui vient juste d'arriver de New York en compagnie de Christopher Isherwood. Installé au Portugal pendant deux ans au début de la Seconde Guerre mondiale, il repartira ensuite en Europe, mais à Stockholm cette fois-ci, comme espion.
Il rencontre encore Klaus et Erika Mann. Bertolt Brecht, Dylan Thomas, Malaparte et Moravia. A Paris, Gide lui parle de Proust, de Whitman et de Wilde ; à Rome, où il vécut cinq ans, il met en scène l'avarice et le bégaiement de Somerset Maugham ; sur les bords du lac Léman, il converse de papillons (une autre de ses grandes passions) avec Nabokov.
Mais ce qui, dans ce livre, ne
manque pas de surprendre, au-delà du fourmillement d'anecdotes souvent savoureuses et passionnantes, c'est le silence qu'observe Frederic Prokosch sur sa vie personnelle. Bien sûr, il parle – et
encore, incidemment – de la rédaction de ses œuvres, mais ne confie jamais son intimité, ses sentiments, ses amours, ses passions. Comme si, d'avoir trop vécu avec, sinon pour, les autres
l'avaient empêché de vivre aussi pour lui-même.
« Solitaire par nature autant que par désir, je tentais d'exploiter cette solitude en devenant un genre d'éponge afin d'absorber l'essence de la vie des autres. »
Témoin privilégié de la vie intellectuelle et artistique de son temps, Frederic Prokosch semble être absent de sa propre vie. Et pourtant, au détour d'une phrase, il confie sa « perpétuelle quête d'amour » et, sans vouloir solliciter avec trop de liberté les faits, on peut penser qu'il n'est pas indifférent aux frôlements fugitifs qu'il observe lors de ses promenades la nuit dans les parcs. Si pudeur excessive il y a, elle est aussi la marque d'une élégance certes désuète mais trop rare pour ne pas la louer.
■ Editions Phébus, 2004, ISBN : 2859409564
« La seule chose qui compte,
c'est d'arriver à force d'amour et de pitié à entendre tous les râles de la Sainte Agonie, et puis d'aller attendre que la formidable clarté de la Résurrection se glisse entre les pierres du
tombeau.
Cela, j'y suis arrivé et j'essaye furieusement de le faire comprendre aux autres par l'image. Il faudrait que l'Art soit une sorte de transfusion d'âme. »
Jean-Georges Cornélius (1880-1963)
Depuis sa conversion, en 1931, la Passion du Christ a accompagné le peintre au plus profond de son âme. Il a peint ce chemin de croix pour le Home d'enfants de Geneviève Auffray, à Villard-de-Lans, vers 1935. Aujourd'hui, on peut le découvrir au Musée d'art sacré du Gard.
Jean-Georges Cornélius – Jésus agonise sur la croix (12e panneau) – vers 1935
Peinture, Musée d'art sacré du Gard, Pont-Saint-Esprit
« En dépit de l'état avancé du libéralisme régnant
subsistent encore quelques statuts qui font encore scorie dans ce paysage idyllique. L'homosexualité en est une. Si le vécu homosexuel est chose plus aisée que naguère ( ?), encore faut-il
préciser que les lieux et les temps lui sont d'avance désignés : le ghetto/la nuit (cf. Nighthawks de Ron Peck), et il n'en demeure pas moins vrai que le discours homosexuel reste un acte militant ; en ce sens les films
de Lionel Soukaz de Boy friend n°1 à Race
d'Ep sont l'expression cinématographique de la militance «gay».
Il s'agit de combattre une idéologie jugée rétrograde, dangereuse, etc., de tenter de la détruire pour lui substituer de nouvelles valeurs : «normalité de la chose», ou encore d'informer, de donner des éléments pour faire comprendre, faire admettre, etc.
Au contraire «Milan bleu» fonctionne comme si «le problème était réglé», non pas pour faire l'économie d'un débat mais pour débarrasser le terrain de vaines interrogations. Le film fait question dans la mesure où il refuse de les poser. Que voit-on ? Une ville et une évidence passionnelle. De la ville on ne voit que quelques rues, quelques murs ; et de la passion, quelques gestes. Peu de chose, donc, mais chaque élément constitutif du film, chaque scène, chaque plan, chaque son exaspère cette proposition : ils vivent, et ils vivent «comme ça».
C'est cette évidence qui fonde l'aspect provoquant de Milan bleu. Le refus de l'ancrage social a souvent été reproché au film. Il est de fait que si l'on voit ce que font les deux personnages on ne sait pas qui ils sont. Ce refus délibéré de dire, bien que l'appartement où les vêtements portés soient des signes très lisibles, tient au fait que le film se déroule comme une parole tranquille qui viserait l'essentiel : la violence de la passion. Il ne s'agit plus de justifier mais de subvertir, et la subversion ne peut s'inscrire qu'en porte à faux dans le champ idéologique. Alors que la justification emprunte les armes et la démarche du discours «d'en face», se vouant d'emblée à la stérilité, l'injection du passionnel dans la politique vise à créer une faille. L'image et le son de Milan bleu sont de facture très classique. Taxé par certain «d'hollywoodisme», il semble alors paradoxal de dire- que le film est expérimental ; et pourtant Milan bleu est un film expérimental si l'on daigne, pour une fois, vider cet adjectif de son sens restrictif: expérimentation formelle.
Le film tente de mettre en œuvre les mécanismes du souvenir et, pour ce faire, opte pour une démarche visuelle très statique : emploi du plan fixe et caméra à hauteur d'homme ; le mouvement naissant au montage et plus tard avec l'adjonction de la voix off, à l'auditorium. Par mouvement, il faut entendre celui qui naît cinématographiquement de la rencontre des images et des sons.
Narratif, le film l'est incontestablement, mais la juxtaposition des moments, visualisés ou dits, brise la narration linéaire pour y substituer un temps et un espace spécifiques. Faire Milan bleu ne signifiait pas raconter une histoire, mais plus difficilement, faire un film.
Film inclassable... si ce n'est par la «Commission de contrôle», puisque celle-ci l'a interdit aux mineurs ; classement par l'exclusion : le retour à la normale. »
Jean-François Garsi
■ in CinémAction numéro 15, sous la direction de J-F Garsi, Editions Papyrus, 1983, ISBN : 286541048X, pp.125-126
J'ai toujours trouvé la pratique
de la confession dans la religion catholique comme une pratique hypocrite.
« Péchez aujourd'hui, vous ne paierez que demain et en plus, vous aurez toujours la solution de la confession. »
J’aime penser
philosophiquement les actes de ma vie. Me confronter à mes prises de position sur le présent. Ces dernières se résument souvent à des préliminaires qui n’accèdent jamais au
fondamental.
Prendre conscience que chacun est toujours seul. Que tout est toujours à refaire. Et qu’en matière de rapport à l’Autre, il n’y a pas de progrès, que chacun se retrouve confronté à la radicalité de ses choix.
La philosophie m’intéresse par les interrogations qu’elle pose. Les convictions sont, quant à elles, rarement utiles.
Penser philosophiquement ma vie, c’est naître à nouveau, « naître avec ». Poétiquement parlant. C’est ce que je vis en lisant de la poésie : vivre, découvrir, revivre des émotions. Ou, en écoutant de la musique : il serait intéressant de connaître l’avis de Jean-Christophe sur cette dernière.
Il reste qu’il est plus facile de penser « l’être », plus aisé de se penser que de réfléchir au passage de « l’action à l’être », de l’action à un nouveau soi, qui me semble encore trop souvent une illusion.
Penser philosophiquement peut aussi me conduire à une fascination de la pensée. Magie qui peut totalement m’absorber et m’empêcher d’agir… Enchanté par le cercle enchanté de la pensée pure. Briser ce cercle est souvent insupportable.
Agir, tout est dit.
Pour exister, il faut oser commencer. Décider d’aller du rien vers quelque chose. Décider de renoncer à mon confort de la seule pensée.
…ou un art d’aimer au XIIIe
siècle
Heureuse idée que cette traduction du merveilleux catalogue des amours, rédigé par le tunisien Ahmad al-Tîfâchî (1184-1253) : « Les Délices des cœurs ou ce que l'on ne trouve dans aucun livre »
Le livre est divisé en douze sections. Puisqu'il s'agit de classement, dans une langue étrangère et vieillie (qui de plus était sous l'influence de l'idéologie aristotélicienne des classifications), il faut faire confiance au traducteur, le célèbre arabisant René Khawam, qui parle d'homophiles (en gros, les «actifs») et d'invertis (les «passifs») : vocabulaire probablement douteux mais il fallait bien une convention.
Il est difficile de ne pas être obsédé par les images des Mille et une nuits de Pasolini en lisant cet enchaînement d'anecdotes où poètes, vieillards, princes, marchands, prostitués, bergers et promeneurs de la nuit se croisent et se conjoignent, pour adopter le mot un peu inattendu qu'a choisi le traducteur.
Beaucoup de sourires et une atmosphère générale de plaisanterie : c'est de plaisir qu'il s'agit avant tout, l'écrivain ni le lecteur ne peuvent l'oublier. Bien sûr, les faits rares rapportés par Tîfâchî ont d'abord pour but de divertir et de tourner en dérision leurs acteurs, mais qu'il est ravigotant de voir réconciliés la poésie, le sexe et le rire !
Je reconnais avoir été stupéfait par le véritable «travail d'écrivain» sur le rapport sexuel. C'est aussi la prose de René Khawam qu'on lit, une prose moderne et directe, dépouillée des classicismes. Le traducteur a réussi à faire vivre un texte. J'en veux pour exemple la si belle histoire de Séducteur, garçon exceptionnellement membré dont est amoureux un enfant obstiné :
« Lorsqu'il sut que Séducteur avait épanché sa liqueur en moi, me laissant presque évanoui de plaisir, lorsqu'il vit l'instrument se retirer tel un poignard arqué, ou tel un jeune arbre à la tête épanouie, toujours aussi vigoureux encore tout gonflé de sève, bien raide, bien dressé, brillant comme un sabre au clair, luisant comme l'étoile, la tête merveilleusement large et délicieusement arrondie, il ne put se tenir d'avancer la main vers un si bel objet et se mit aussitôt à quatre pattes. »
Les lecteurs d'aphorismes seront aussi satisfaits :
« Comment peux-tu encore te laisser conjoindre, avec toutes les blessures qu'il t'a fallu endurer !
– Goûtez, répondit-il, ensuite vous pourrez blâmer. »
Mais puisque à toute chose, il faut son explication (et non à tout mal son remède, car l'auteur reconnaît que c'est en ce domaine peine perdue), le livre (après plus de trois cents pages d'anecdotes entrecoupées de poèmes) se termine sur une tentative de présentation scientifique du problème, avec l'aide du médecin Abou-Bakr Mouhammad (820-923) :
« Le caractère masculin ou féminin de l'enfant à naître dépend du mélange des deux liquides principiels au moment de la conjonction : si la liqueur de l'homme se révèle alors la plus forte, le nouveau-né sera un garçon, dans le cas inverse, ce sera une fille ». Et si le dosage est malhabile, vous avez compris…
« Chez un sujet féminisé de par la faiblesse du principe masculin qui a présidé à sa conception, les deux œufs qui pendent au-dessous et les différents attributs naturels de la masculinité sont fort peu apparents, à peine dégagés... Dès lors s'explique-t-on que le garçon éprouve de vives démangeaisons accompagnées d'une abondante émission de liquide et localisées dans la région arrière où débouche l'intestin et non pas comme chez le sujet normal à la racine de la braguette, soit sur le levant. »
Cette triste caution médicale ne joue qu'un rôle réduit (comme les élans religieux qui interrompent parfois les récits, et les brusques sursauts de moralisme) : on sent que l'esprit de l'auteur est ailleurs...
■ traduction de René Khawam, Editions Phébus, 1998, ISBN : 2859405542
Un mur gris, une tenture
rouge, un sol pierreux. Décor minimal pour entrer dans ce tableau.
Comment me situer par rapport à ce Christ en croix (que j'isole ici volontairement de la partie gauche du diptyque) ?
L'homme-Dieu, semble endormi dans la paix. Il ne montre aucune souffrance ; son corps est magnifiquement humain. Pense-t-il déjà à son nouveau royaume ?
Le rouge de la tenture m'évoque le sang versé que Rogier Van der Weyden a choisi de ne pas représenter en dehors de quelques touches près des blessures. Cette tenture rouge me rappelle aussi que le Christ est sur le point de rejoindre sa royauté. Rouge de la souffrance et de la gloire.
Mon trouble devant ce Christ vient de son périzonium (linge qui couvre ses reins) : si sa présence est traditionnelle dans l'histoire de la peinture, son modelé en forme d'hélice suggère la présence d'un souffle (faut-il y voir celui de l'Esprit ?).
Rogier Van der Weyden – Diptyque du calvaire (volet droit) – vers 1464
Peinture à l'huile, Musée de Philadelphie (Etats-Unis)
Ce linge, en conférant un dynamisme à ce corps inerte, renvoie à l'extraordinaire raffinement de cette peinture.
Le Diptyque du Calvaire, fruit d'une intense méditation de la Passion du Christ, est la dernière œuvre de Rogier Van der Weyden : un testament ?
Dès 1446, au Portugal, les homosexuels
allaient droit au bûcher. Dès 1497, ils étaient brûlés vifs en Espagne. Le feu était le sort destiné à cette engeance démoniaque, née dans les flammes de l’enfer.
En Amérique, en revanche, les conquistadors préféraient les jeter aux chiens. Vasco Núnez de Balboa, qui avait condamné nombre d’entre eux à un si cruel châtiment, pensait que l’homosexualité était contagieuse. Cinq siècles plus tard, j’ai entendu dire la même chose par l’archevêque de Montevideo. Lorsque apparurent à l’horizon les premiers conquistadors, seuls les Aztèques et les Incas, au sein de leurs empires théocratiques, punissaient l’homosexualité – de peine de mort. Le reste des habitants de l’Amérique la toléraient, voire, dans certains endroits, la fêtaient, sans jamais l’interdire ni la réprimer. Cette insupportable provocation devait déclencher la colère divine.
Selon les envahisseurs, la variole, la rougeole et la grippe, fléaux inconnus qui décimaient les Indiens comme des mouches, ne venaient pas d’Europe mais du ciel. Dieu punissait ainsi le libertinage des Indiens, qui se livraient avec naturel à leurs mœurs contre-nature.
Ni en Europe ni en Amérique, pas plus qu’ailleurs, on n’a compté le nombre d’homosexuels condamnés au supplice ou à la mort. Nous ne savons rien des temps lointains, et très peu ou pour ainsi dire rien des temps actuels.
Dans l’Allemagne nazie, ces « dégénérés coupables d’aberrants outrages à la nature » étaient obligés d’arborer un triangle rose. Combien furent envoyés en camp de concentration ? Combien moururent là-bas ? Dix mille, cinquante mille ? On ne l’a jamais su. Nul ne les a comptés ; c’est à peine si on les a mentionnés. On n’en sait pas beaucoup plus sur le nombre de Gitans exterminés.
Le 18 septembre 2001, le gouvernement allemand et les banques suisses décidèrent de « rectifier l’exclusion dont faisaient l’objet les homosexuels parmi les victimes de l’Holocauste ». Corriger cette omission avait pris plus d’un demi-siècle. A partir de cette date, les homosexuels ayant survécu à Auschwitz ou aux autres camps – si tant est qu’il y en eut – eurent le droit de réclamer une indemnisation.
Eduardo Galeano *
■ in Le Monde Diplomatique (extrait), août 2005
* Ecrivain uruguayen
L'expérience de l'hétérosexualité,
depuis au moins le Moyen Age, a toujours existé sur deux plans. D'un côté, l'amour courtois dans lequel l'homme séduit la femme et, d'un autre côté, l'acte sexuel lui-même.
Maintenant, la grande littérature hétérosexuelle du monde occidental a toujours à traiter essentiellement de l'amour courtois. C'est-à-dire de ce qui précède l'acte sexuel. Tout le travail de raffinement intellectuel et culturel, toute l'élaboration esthétique de l'Occident, étaient dirigés vers l'amour courtois. Cela explique la relative pauvreté de l'appréciation littéraire, culturelle et esthétique de l'acte sexuel en tant que tel.
Au contraire, l'expérience homosexuelle moderne n'a aucun lien avec l'amour courtois. Cependant, ce n'était pas le cas dans la Grèce antique. Pour les Grecs, l'amour courtois entre hommes était plus important qu'entre hommes et femmes. Rappelez-vous Socrate et Alcibiade. Mais la culture occidentale chrétienne bannissant l'homosexualité, celle-ci se concentre sur l'acte sexuel. Les homosexuels ne pouvaient pas élaborer un système d'amour courtois parce que l'expression culturelle d'une telle élaboration leur était interdite. Le coup d'œil dans la rue, la décision au quart de seconde, la vitesse à laquelle les relations homosexuelles sont consommées, tout cela est le produit d'une interdiction. Aussi, lorsque une culture et une littérature homosexuelles se sont développées, il était normal qu'elles se concentrent sur l'aspect le plus ardent des relations homosexuelles.
Michel Foucault
■ in Revue américaine Salmagundi n°57 [A special issue on Homosexuality], Interview de Michel Foucault par James O’Higgins, revue publiée par le Skidmore College [Saratoga Springs, N.Y. 12866], automne 1982, ISSN : 00363529
Lire aussi sur ce site : L'amour courtois entre hommes par Jean-Yves Tilliette

Pour n'avoir pas manqué sa vie, suffit-il de se montrer sans reproche avec un seul être ?

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