Lundi 2 avril 2007

Le héros est un marginal de la fin du Moyen Age, un alchimiste pourchassé pour son non-conformisme religieux, politique et sexuel, et en quête de la connaissance.


Sur les canaux du vieux Bruges, le cinéaste André Delvaux a du considérablement simplifier le roman, notamment réduire le nombre des personnages.


Dans le livre de Marguerite Yourcenar, on suit Zenon de l'âge de vingt ans à l'âge de soixante ans, lorsque, sous un faux nom, il revient à Bruges, où il est démasqué et traduit en justice. Le cinéaste a décidé de centrer son film sur cette seconde partie : Zenon (Gian Maria Volonte), âgé, revient dans sa ville natale grâce à la complicité du prieur (Sami Frey), et il devient médecin du dispensaire du prieuré. Le spectateur revit toutes les rencontres qui l'ont marqué et fait passer pour hérétique, illustrant cette vérité intemporelle que « la police ne referme jamais un dossier ».


On pourra toujours critiquer la manière dont Delvaux a procédé à son adaptation et la structure plutôt banale des retours de Zenon sur les étapes les plus marquantes de son passé, de son enfance avec son cousin et complice Henri Maximilien (Philippe Léotard) aux épisodes d'autodafés, en passant par l'évocation de sa carrière médicale tout entière tournée vers la recherche, avec ses implications de modernisme qui la mettent hors la loi, en passant aussi par les allusions à la liberté de mœurs de Zenon qui pratiquait sans vergogne la bisexualité (il fut donc accusé aussi pour ses amours masculines). Sans oublier la quête alchimique qui ponctue tout le film.


Il reste que "L'oeuvre au noir" est un film intimiste, qui scrute à travers les gros plans le mystère des gens, et qui, à l'image de Zenon venu se replier sur ses origines, referme l'espace : très rares sont les scènes d'extérieur donnant une impression d'évasion.


Dans le livre de Yourcenar, Zenon maîtrise plusieurs langues.


André Delvaux a conservé la pointe d'accent de ses comédiens flamands. Il a banni tout accent parisien.


C'est un film du Nord : un mélange de voix très harmonieux.


Delvaux ne montre pas les bûchers, les scènes de torture dont parle le livre. Il a banni l'aspect spectaculaire du film d'époque. Il ne réalise, pas une illustration. Ce qu'il fait avec ses acteurs a un côté purement matériel. Il a tourné un film pauvre d'allure, qui se révèle riche à l'arrivée.


A la suite du roman, ce film est aussi un plaidoyer universel en faveur de la liberté, contre l'intolérance et l'asburdité de l'ordre moral. « Les temps sont à la sottise et à la cruauté », dit au début le prieur à Zenon, une réflexion répétée à la fin du film comme pour en accentuer le caractère universel et intemporel.

par Jean-Yves publié dans : FILMS
 

Texte Libre



Texte Libre 1

 

[...] les mots possèdent ce prodigieux pouvoir de rapprocher et de confronter ce qui, sans eux, resterait épars dans le temps des horloges et l'espace mesurable.
Claude Simon, Album d’un amateur,  Editions Remagen-Rolandseck, 1988, p. 31

 

Photographie de Cédric Genty – 2004


Lire c'est aller à la rencontre de quelque chose qui va exister.
Italo Calvino, Si par une nuit d'hiver un voyageur



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"Qui sommes-nous, qu’est chacun de nous sinon une combinaison d’expériences, d’informations, de lectures, de rêveries ? Chaque vie est une encyclopédie, une bibliothèque, un inventaire d’objets, un échantillonnage de styles, où tout peut se mêler et se réorganiser de toutes les manières possibles."
(Italo Calvino, Leçons américaines)

 

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« Tu ne sauras jamais les efforts qu'il nous a fallu faire pour nous intéresser à là vie ; mais maintenant qu'elle nous intéresse, ce sera comme toute chose - passionnément. »
André Gide, Les Nourritures terrestres (1897)

 

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« Tout est vrai, le temps d’un texte. »
Kirsty Gunn

 

 

 

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« Je crois aussi qu'on ne meurt pas avant d'en avoir secrètement, tenacement le désir. »
Tony Duvert

 

Le site de Lionel Labosse. Un regard altersexuel sur le monde.

 

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C’est ainsi par exemple que l’on envoie les enfants à l’école, non pas dans l’intention qu’ils y apprennent quelque chose, mais afin qu’ils s’habituent à demeurer tranquillement assis et à observer ce qu’on leur ordonne, en sorte que par la suite ils pensent ne pas mettre réellement et sur le champ leurs idées à exécution.
KANT, Réflexions sur l’éducation

 

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