La vie est une maladie sexuellement
transmissible dont l'issue est fatalement la mort.
« Je ne doute pas
Que tu arriveras à m'aimer
Comme moi je t'aime.
Je ne doute pas
Que c'est un amour plus pur
Comme celui que tu trouves en moi.
Tu trouveras
Des aventures sans amour
Et à la fin de toutes
Tu n'auras que douleur.
On te donnera
Une frénésie de plaisir
Mais pas un rêve sincère
Comme celui que je t'ai donné. »
A la suite de l'assassinat
d'un jeune révolté beau comme un ange, un adolescent, Roman, non moins angélique, est recueilli par Andrei. Celui-ci, jeune capitaine de métier, entoure Roman de sa tendresse, de sa protection,
et lui offre son univers : ses amis, Catherine et Adam, la caserne, les livres.
Mais le colonel est là qui veille : la beauté du jeune garçon, son innocence tranchante le troublent et l'agacent. Il perçoit un danger : cet ange tombé du ciel, qui dit toujours la vérité, ce Petit Prince assoiffé d'amour ne conduit-il pas, comme l'autre assassiné, la même révolte ?
Le charme incorruptible de Roman l'isole, tant de vertus fait peur, et la haine des moins beaux, des moins purs, des moins doués s'exerce en sourdine, partout où passe l'ange.
Ni la tendre sollicitude d'Andrei, ni celle, amoureuse, de Nicolas, son ami de lycée, ne briseront le cercle de solitude dans lequel il se débat. Que veut-on de lui ? Qu'il soit comme les autres. Qu'a-t-on à faire de l'âme quand le corps, si gracieux, si délié, est si tentant ?
« Tu es un corps d'abord, tu as des
yeux pour voir ce qui est beau, tu as des sens, tu n'es plus un enfant, tu as un corps, un corps... Avec des penchants et des désirs qui vont chaque jour devenir plus forts, plus forts, tu
entends, ton corps veut vivre et ce ne sont pas les idées qui vont t'empêcher de grandir. »
Parmi les injustices, les brutalités d'un pays gouverné par la force militaire, c'est le combat de l'ange qui va tomber pour avoir volé trop haut.
Révolte est un roman très complexe se situant en un lieu intemporel, un univers onirique et charnel hanté par la guerre, traversé par la figure de Roman dont la fatalité est de provoquer le désir, d'être lui-même soumis à la beauté de son propre corps.
Sauvé des humiliations, des offenses, émergeant lumineux des dédales les plus vénéneux, Roman est un enfant de la passion, en écho à celle du Christ à qui je pense bien sûr, celle aussi d'un jeune homme tenté par l'homosexualité mais qui ne peut la vivre que sublimée ou meurtrie.
■ Editions du Seuil, 1991, ISBN : 2020127849
Du même auteur :
Les mauvais anges (prochainement)
Un aigle majestueux occupe tout le
haut du tableau. Ses ailes déployées et sa stature majestueuse renforcent sa puissance.
L'aigle a attrapé dans son bec et ses serres un bébé joufflu : son visage est renfrogné et il hurle de terreur à un tel point qu'il fait pipi…
Malgré sa peur, l'enfant ne lâche pas pour autant les fruits qu'il était en train de manger avant sa capture.
Il suffit d'observer les beaux tissus et les passementeries qui l'habillent, pour comprendre que cet enfant est un prince.
Rembrandt Harmenszoon Van de Rijn, L'Enlèvement de Ganymède, 1635
Huile sur toile, 177 cm x 129 cm, Dresde [Staatliche Kunstsammlungen Dresden]
Il s'agit de Ganymède, fils du roi de Tros. L'aigle symbolise Zeus. Le ciel, couleur d'encre confirme cette désignation puisque ce dieu est le maître de la foudre et des orages.
Rembrandt a choisi de représenter dans ce tableau le moment où Zeus, transformé en aigle, enlève Ganymède. Mais le peintre a transformé le bel adolescent en un bébé pleurnichard, nullement mignon…
Avec des gros sabots, Robert Altman a
porté à l'écran une pièce de Christopher Durang, et il n'en tire tout bonnement que du vaudeville filmé.
Quand il adapte David Rave (Streamers) j'applaudis, mais "Beyond Therapy" ne présente qu'une juxtaposition de caricatures censées illustrer les méfaits de la psychanalyse de façon satirique.
Bruce (Jeff Goldblum) en séducteur branché et attifé comme un épouvantail à moineaux rencontre Prudence, par petite annonce, mais Bob, l'amant de Bruce, pitoyable folle barbue qui fait dans la thérapie de groupe, interpose sa jalousie attisée par sa mère hystérique.
Bruce et sa féminine conquête ont un point commun :
ils suivent une cure psy, le premier avec Charlotte (Glenda Jackson) maternante et la seconde avec Stuart (Tom Conti) macho et éjaculateur précoce. Les deux psychanalystes ont de plus des
cabinets contigus.
Une espèce de ronde farfelue entre ces personnages nous mène des consultations psy au lieu privilégié d'un restaurant français de New York où Andrew (Cris Campion), fils très inhibé de la psychanalyste, joue les serveurs tout en sauvant le côté esthétique du film.
Rien ici n'est traité en profondeur, ou de l'intérieur : il n'y a que situations de surface, évocation boulevardière des problèmes (bisexualité, mariage entre hommes, cordons ombilicaux mal coupés), regard complètement extérieur.
Avec tous ces gens s'employant plus ou moins consciemment à poursuivre leur thérapie (y compris les psy), sur le dos les uns des autres, il y avait pourtant matière à un sacré film...
Un triple bilan de femme, de mère,
d'écrivain. Françoise Xenakis l'a voulu serein selon la légende qui veut que vieillir soit mûrir beaucoup, alors que, je me demande, si ce n'est pas déjà mourir un peu. Néanmoins, elle ne se
berce pas de duperies et affronte les miroirs.
« Trois » livres qui se superposent, se contrarient, mais finalement se conjuguent pour atteindre mieux que la sérénité, cette lucidité sensible, écorchée vive et si poignante qui fait les vrais souvenirs.
● Il y a la fiction, chant d'une femme qui veille
sur l'illusion de l'amour, sentinelle noire dans la maison du passé, mémoire rêvée de toutes les femmes.
● Il y a le livre de la femme-mère qui dit, avec tendresse, humour et cruauté, qu'enfanter, aimer le même homme, élever sa fille sont combats douloureux, présence arrachée, étincelles de paix et fragments de bonheur, mais plus souvent deuil de son propre corps qui "devient une carrosserie que je ne reconnais pas comme étant mienne», heures lourdes où «je vais être basse agressive."
● Il y a enfin, Françoise Xenakis qui a le courage d'une déclaration essentielle : "Je n'ai pas d'aptitude pour le bonheur." Inaptitude dont l'heureuse conséquence est le troisième versant du livre : "Si je pouvais devenir sage. Je n'aurais plus, paisible, à tenter l'écriture."
Le Temps usé est un très grand livre, au sommet de la vie d'un écrivain, quand la tentation est grande de «dériver vers le silence». Un livre devenu «roman» qui m'a bousculé et révélé ma pareille solitude.
■ Editions Balland, 1992, ISBN : 2715808836
Elle longea les wagons, offrant du café
au lait à quelques voyageurs réveillés. Empourpré des reflets du matin, son visage était plus rosé que le ciel. Je ressentis devant elle ce désir de vivre qui renaît en nous chaque fois que nous
prenons conscience de la beauté et du bonheur.
Marcel Proust, A la recherche du temps perdu
Robert Van Gulik, diplomate
hollandais et orientaliste averti, a analysé les manuels d'érotisme qu'utilisait la Chine ancienne pour instruire les jeunes mariés. La pratique sexuelle dans la Chine ancienne visait à
multiplier le plaisir de la femme pour prolonger la vie de l'homme : d'où entre les deux sexes une relation d'un équilibre singulier.
L'auteur aborde aussi, ici et là, la place de l'homosexualité dont on trouvera ci-après les principaux passages présents dans son ouvrage :
Une situation politique troublée, qui entraînait des changements soudains de fortune pour les familles dirigeantes, encouragea de même un relâchement moral, et grande fut alors la licence sexuelle. Princes et hauts fonctionnaires entretenaient, en plus de leurs harems, leurs troupes particulières de nu-yue, danseuses de métier et musiciennes, qui se produisaient dans les banquets officiels et dans les beuveries privées. Ces filles se livraient pêle-mêle et au petit bonheur à leur maître, à sa suite et à ses invités, elles changeaient souvent de mains, vendues et revendues, ou offertes en cadeau. Envoyer un essaim de jolies danseuses, c'était chose courante en diplomatie et dans les cours princières, et nous lisons qu'en 513 av. J.-C., un fonctionnaire empêtré dans un procès envoya au juge, pour le corrompre, une troupe de ces filles […] On ne sait au juste dans quelles classes on les recrutait. Sans doute étaient-elles pour la plupart des esclaves élevées dans la maison, qui avaient montré des dispositions naturelles pour la danse et la musique ; il se peut aussi que de jeunes prisonnières ramenées de la guerre soient entrées dans leurs rangs. Ces nu-yue sont les avant-courrières des koan-ki « prostituées officielles », qui occuperont plus tard une situation très importante dans la vie sociale.
Quelques princes dissolus possédaient aussi de jeunes mignons (liuan-t'ong), ou entretenaient des rapports sexuels avec des adultes. Des sources de la période Han, et d'autres plus tardives, attestent qu'un certain nombre de ministres désignés comme pi, « favoris », avaient de ces complaisances charnelles pour leur souverain. Notons cependant que le terme pi offre le sens général d'« homme - ou femme - qui a gagné la faveur de son maître en l'adulant et en l'encourageant dans ses vices ». Que dans le cas d'un homme il y aille d'un rapport homosexuel, la chose est difficile à établir, du fait que dans leur concision, les textes anciens laissent la porte ouverte aux interprétations les plus diverses. Un cas fait exception, c'est celui d'un certain Long-yang-kiun, qui servit comme ministre du prince de Wei au IVe siècle av. J.-C.; un passage du Tchan-kouo-ts'ö, source du IIIe siècle av. J.-C. prouve qu'il eut bel et bien des rapports homosexuels avec son souverain. Il en est resté à Long-yang-kiun une telle notoriété que long-yang est devenu un terme littéraire courant pour désigner l'homosexualité masculine. (pages 53/54)
On est très indulgent pour la masturbation pratiquée par les femmes, puisque la femme est censée posséder en réserve une quantité illimitée de yin. En revanche les ouvrages de médecine déconseillent l'usage excessif de moyens artificiels (olisbos), qui risque d'endommager « le doublage intérieur de la matrice ». De même on se montre parfaitement tolérant à l'égard du saphisme et pour la même raison. On reconnaît aussi qu il est difficile, quand un certain nombre de femmes sont obligées de vivre en un voisinage étroit et continuel, d'éviter qu'elles ne se livrent au saphisme.
Il n'y a pas de mention de l'homosexualité masculine dans les manuels du sexe, du fait qu'ils traitent exclusivement des relations conjugales. En général, les sources littéraires adoptent une attitude de neutralité, pour autant qu'il s'agit de rapports entre adultes, étant entendu qu'un contact intime entre deux éléments yang ne saurait aboutir à une perte complète de force vitale pour l'un et pour l'autre. On dénonçait cette homosexualité dans certains cas - qui n'étaient pas rares dans les milieux de la cour, si l'on en croit les narrations historiques - où l'un des partenaires abusait d'un lien affectif pour obtenir un profit matériel excessif, ou pour inciter l'autre partenaire à des actes injustes ou criminels. On louait ces rapports s'ils inspiraient de grandes œuvres artistiques. Ajoutons que si l'homosexualité féminine était très répandue, l'homosexualité masculine fut rare dans les temps anciens et jusqu'à la dynastie Han ; au cours de cette période, il y eut des époques où elle se porta beaucoup, et cette élégance paraît avoir fleuri surtout dans la première partie de la période Leio-tch'ao ou des Six Dynasties, puis de nouveau sous la dynastie Song du Nord (1960-1127 de notre ère). Depuis lors, et jusqu'à la fin de la dynastie Ming (1644), l'homosexualité masculine ne fut pas plus fréquente que dans l'ordinaire de la plupart des civilisations occidentales (1).
(1) Bien que ce livre n'ait pas à traiter de la dynastie Ts'ing (1644-1912) et de ce qui a suivi, je puis dire qu'à mon sens il est difficile d'ajouter foi aux affirmations de nombreux observateurs étrangers, selon lesquels la Chine aurait connu, au XIXe siècle et au début du XXe, un étalage d'homosexualité et de pédérastie effrénées. J'incline à penser que c'est une fausse impression, et que si les observateurs étrangers ont donné trop d'importance à ces rapports homosexuels, c'est que l'étiquette sociale de cette époque tolérait assez volontiers qu'on les manifestât en public. C'est ainsi que des hommes pouvaient aller la main dans la main par les rues, aller au théâtre en compagnie de leurs mignons, etc., tandis que les relations hétérosexuelles étaient strictement confinées à la vie privée. En outre, bien des étrangers ont fondé leur opinion sur l'étude de communautés d'émigrants chinois, où la rareté des femmes chinoises provoque une tendance anormale à l'homosexualité. (pages 77/78)
Les trois premiers empereurs, Kao-tsou (c'est-à-dire Lieo Pang, le fondateur de la dynastie, 206-195 av. J.-C.), Hoei-ti (194-188 av. J.-C.) et Wen-ti (179-157 av. J.-C.) avaient un goût marqué pour l'un et l'autre sexes : en plus de leur commerce régulier avec les innombrables dames de leur harem, tous trois eurent des rapports avec des jeunes gens. Sous le règne de Hoei-ti, on habilla ces garçons comme des fonctionnaires, avec des bonnets de faisan doré et des ceintures constellées de pierreries ; ils mettaient de la poudre et du rouge sur leur visage, et se trouvaient constamment dans la chambre à coucher de l'empereur. Les penchants homosexuels de l'empereur Wen se trouvèrent encouragés par ses études taoïstes. Il rêva un jour qu'un batelier le faisait passer dans le Séjour des Immortels. Plus tard il aperçut un jeune et beau batelier appelé Teng-T'ong, qui ressemblait à l'homme de son rêve, et il en fit son amant favori, l'accablant de richesses et d'honneurs. Ce même empereur rechercha assidûment l'Élixir de Vie, et se livra, avec des adeptes du taoïsme, à diverses expériences alchimiques.
L'empereur Wou (140-87 av. J.-C.) avait depuis l'enfance un ami homosexuel appelé Han Yen, homme fort capable qui demeura son compagnon pendant bien des années, jusqu à ce qu'on le calomniât et qu'il en pérît. Ce même empereur fit aussi sa compagnie perpétuelle de deux jeunes gens, l'un d'eux eut des rapports illicites avec les dames du harem, et l'autre le tua. L'empereur entra dans une grande colère, mais quand le meurtrier eut expliqué son motif, l'empereur pleura, et il conçut pour lui plus d'amour encore. Il eut un autre favori homosexuel, Li Yen-nien, un acteur que l'on avait châtré en punition de quelque crime. Sa mutilation lui procura une fort belle voix et il s'éleva dans la faveur de l'empereur. […]
L'empereur chargea même l'un de ses magiciens taoïstes appelé Chao-wong, d'évoquer si possible son esprit et crut le voir projeté pendant un bref instant sur un écran de gaze.
Le dernier empereur des Han Antérieurs, Ai-ti (6-1 av. J.-C.) eut un certain nombre de jeunes amants, dont le plus connu fut un certain Tong Hsien. Un jour que l'empereur par sa couche avec Tong Hsien, ce dernier s'endormit, étalé sur la manche de l'empereur. Quand on appela le souverain pour qu'il accordât une audience, il prit son épée et coupa sa manche plutôt que de troubler le sommeil de son favori. D'où le terme toan-hsieo, « couper la manche », qui est devenu l'expression littéraire de l'homosexualité masculine. (pages 91/93)
[Il reste à compléter les quelques mots déjà développés] sur l'homosexualité masculine par ce que nous relate le lettré TCHAO Yi (1727-1814, époque Ts'ing), qui insera une note sur l'homosexualité au chapitre 42 de son livre Kai-yu-ts'ong-k'ao. Il y est dit que sous la dynastie des Song du Nord (960-1127), il existait une classe d'hommes qui gagnaient leur vie comme prostitués mâles, et qu'à l'époque de Tcheng-ho (1111-1117) fut promulguée une loi qui les punissait de cent coups de bambous et d'une lourde amende. Sous la dynastie des Song du Sud (1127-1279), les prostitués de cette espèce continuèrent leurs activités. Ils allaient par les rues habillés et maquillés comme des femmes ; ils étaient organisés en guildes. Ce fut là, ajoute Tchao Yi, l'apogée de l'homosexualité masculine ; en d'autres périodes, elle ne se fit pas plus remarquer qu'on ne peut normalement s'y attendre dans une société hautement civilisée et particulièrement hétérogène.
Au contraire, ainsi qu'on l'a déjà noté, l'homosexualité féminine était chose tout à fait courante et tolérée. Etant entendu qu'il fallait se garder des outrances, on considérait que c'était une coutume, on ne pouvait que s'attendre à la voir régner dans les appartements des femmes, et même on la célébrait quand elle conduisait à l'abnégation ou à d'autres beaux gestes d'amour et de dévouement. (pages 210/211)
■ in La vie sexuelle dans la Chine ancienne, Robert Van Gulik, Editions Gallimard, Bibliothèque des Histoires, 1971, ISBN : 2070279731 (et Collection Tel, 1987, ISBN : 2070296547)
Les paginations sont celles de l'édition de novembre 1971.
Le martyre de saint-Sébatien est une
figure classique de la peinture religieuse. Les mains liées derrière le dos, il est livré aux flèches de ses bourreaux, qui s'acharnent en vain.
Alexis Nema propose sur son site des mises en scène de créations numériques interactives. L'une d'elle s'inspire directement du martyre de saint Sébastien.
L'internaute à partir d'un simple monochrome blanc, symbolisant saint Sébastien, peut à loisir « lancer ses flèches » (en cliquant avec la souris) et blesser le saint.
L'animation proposée joue avec le temps, plus exactement celui du temps réel de chaque spectateur.
Aux points d'impacts, le sang en croix rouge finit rapidement par s'estomper :
la chair immaculée triomphe toujours !
Page d'accueil du site d'Alexis Nema
Parmi les grandes dates qui ont dû compter dans la
vie du peintre, Serge Bramly en restitue une, occultée par les précédents biographes. Il s'agit de 1476, année où il est traduit en justice, avec trois autres garçons, pour sodomie. Il a alors
vingt-quatre ans.
Léonard est né à Vinci, petit village de la région de Florence, le 15 avril 1452. Il est le fruit, illégitime, des amours de Piero de Vinci, respectable notaire de vingt-six ans, et de Caterina, une simple paysanne de vingt-deux ans. L'année même de la naissance de Léonard, son père, au lieu d'épouser sa mère, prend pour épouse une jeune et bien dotée Florentine de seize ans, Albiera Amadori. Il s'installe avec elle dans la capitale toscane, confiant son fils à la garde de ses vieux parents. C'est chez eux que, probablement après avoir été sevré, il sera élevé. Sa mère est écartée. Très vite elle se marie avec un paysan des environs, Antonio, dit l'Accattabriga (le Querelleur) et lui donnera plusieurs enfants, légitimes, eux. On ne saura rien de plus sur la mère de Léonard. Voit-elle de temps en temps son fils ? Léonard connaîtra-t-il ses demi-frères et demi-sœurs ? Serge Bramly pense qu'en raison du proche voisinage de tous les protagonistes de cette histoire c'est probablement le cas.
Quoi qu'il en soit, si Léonard n'a pas de vraie mère auprès de lui, en revanche, il ne manque pas de pères. Entre son vieux grand-père, un doux gentilhomme paysan qui mourra octogénaire, son lointain et ambitieux père florentin et son jeune oncle Francesco, il a le choix. Agé de seize ans à la naissance de Léonard, ce dernier, semble très proche du petit bâtard. A sa mort, n'ayant pas d'enfants, Francesco laissera, chose rare pour l'époque, tous ses biens à Léonard, au détriment de ses nombreux neveux et nièces légitimes.
Donc, trois pères pour Léonard qui, pour la tendresse maternelle, n'aura comme seul recours que sa grand-mère paternelle, monna Lucia. Peut-être aussi, durant les périodes de villégiature, ses jeunes belles-mères successives ? C'est vers quatorze ans, pense Serge Bramly, que Léonard quitte Vinci pour Florence. A ce moment-là, son grand-père et sa grand-mère sont morts et son oncle Francesco vient de se marier. C'est une grande rupture dans sa vie. Une période capitale et sans doute douloureuse. Dès lors, il est placé par son père, qui décidément n'en veut pas, comme apprenti dans l'atelier du peintre-sculpteur Verrocchio. Une grande chance et un choix judicieux cependant pour ce bâtard qui ne peut prétendre qu'à l'étude d'arts mineurs. Ainsi considérait-on ces disciplines à l'époque. Disciplines d'ailleurs plus proches de l'artisanat que de l'art : le droit, la médecine, les belles-lettres étant réservés aux vrais fils de bonne famille.
Quand il arrive à Florence, Léonard n'a qu'une culture assez fruste de garçon de campagne. Certes, il connaît
Dante par cœur (la grande œuvre d'alors dans laquelle on apprend à lire ainsi que les rudiments de la morale et de la religion), mais il ne sait ni le grec ni le latin (il se mettra au latin tout
seul à quarante ans). Chez son maître Verrocchio (encore un père supplémentaire), il va tout apprendre. Non seulement celui-ci est au faîte de son art, mais l'on rencontre dans son atelier les
esprits pluridisciplinaires les plus en pointe de cette époque. Une véritable formation « polytechnique » est ainsi offerte à Léonard, esprit curieux et assoiffé de culture s'il en est. Léonard,
d'ailleurs, se trouvera si bien chez Verrocchio qu'il y restera bien au-delà du temps normal de l'apprentissage. A vingt-cinq ans passés, on le retrouve encore chez son maître.
On est alors en plein âge d'or de la Renaissance. La Florence de Laurent de Médicis n'est-elle pas l'âme du Quattrocento ? On croyait que la connaissance, l'art allaient pouvoir dominer la nature. On découvrait alors le sentiment esthétique d'une manière complètement neuve. On était loin de la décadence, du ressassement artistique.
Pour Serge Bramly, se référant au témoignage de Machiavel, la Florence de Laurent le Magnifique et d'avant Savonarole est alors une ville d'impiété et de luxe tapageur. Où la jeunesse dorée, oisive, ne pense qu'au plaisir et à la beauté : « Les jeunes gens chics portent alors les cheveux longs, coupés en frange sur le front et bouclés au fer, un bonnet ou un turban, souvent de teinte vive, un pourpoint ajusté, des chausses collantes montant jusqu'à la taille et munies d'une braguette parfois soulignée jusqu'à l'obscène... »
C'est dans cette ville d'intense création, et aussi de haute homosexualité, que Léonard, jeune dandy, très beau selon les chroniqueurs et d'une tenue très soignée (à soixante ans on le décrit encore portant un manteau rose et court, alors que la mode est aux manteaux longs) est accusé de sodomie. Dans son livre, Serge Bramly n'hésite pas à évoquer cet évènement de la vie de Léonard.
En 1476, une lettre anonyme, mais précise, est adressée à l'administration judiciaire de la Seigneurie. Quatre jeunes gens y sont accusés de « sodomie active » sur la personne d'un jeune modèle de dix-sept ans, déjà connu des tribunaux pour ses « mauvaises mœurs ». Les quatre complices sont : un jeune tailleur, un apprenti orfèvre, un jeune peintre (Léonard) et un parent de la famille des Médicis. L'appareil judiciaire se met en marche : inculpations, interrogatoires, enquête et scandale public. Le premier jugement qui entérine l'accusation est suivi d'un deuxième jugement, quelques mois après. Mais comme à ce moment-là, conformément à la loi en vigueur, l'accusation ne se fait pas connaître et n'apporte pas les preuves nécessaires, c'est le non-lieu.
Ce n'est vraisemblablement pas Léonard, alors inconnu, qui est visé dans cette affaire, mais c'est plutôt la famille des Médicis qu'on tente de discréditer par tous les moyens. Les luttes de faction abondent alors à Florence. Cependant, il valait mieux ne pas se faire connaître du tyran.
Il reste que la publicité sur cette affaire a dû ébranler psychologiquement Léonard et lui poser quelques problèmes vis-à-vis de son père. On peut penser aussi que l'accusation précise de « sodomie active » permet d'ébranler un peu les certitudes de ceux qui, admettant le plus souvent du bout des lèvres l'homosexualité de Léonard, en ont conclu, comme Freud (1), qu'elle était soit refoulée, soit sublimée ou alors purement passive.
Vers trente ans, Léonard quitte Florence pour Milan. Dans ses carnets, en marge des notes, il dessine des visages d'une tristesse effarante, reflétant ses états d'âme d'alors. Il n'a pas réussi à Florence, il n'a rien fait d'essentiel et a quitté la ville de son père en laissant derrière lui deux tableaux inachevés : L'Adoration des Rois mages et le Saint-Jérôme. L'inachèvement est une pratique courante chez Léonard qui, malgré une assez longue vie, a peint très peu : moins de quinze œuvres lui sont entièrement attribuées avec certitude. Et encore, une peinture sur trois est inachevée ! Pour quelles raisons ? Les circonstances historiques, les exigences élevées de Léonard pour son art n'expliquent pas tout. Un trait profond de son caractère et sa vie affective seraient-ils pour quelque chose dans cet état de fait ?
Par la suite, Léonard est heureux à Milan. C'est dans ces années-là qu'il écrit dans ses carnets : « L'amour me donne du plaisir. » Il va rester près de vingt ans dans la capitale lombarde, troquant Laurent de Médicis contre Ludovic Sforza, dit le More. Autre ville, autre protecteur. Autre père aussi ? Il est vrai qu'à l'époque tous les artistes devaient passer par ce système de mécénat et se faire plus ou moins courtisan qui d'un duc, qui d'un roi, qui d'un pape. Avec le More, Léonard jouit d'une grande liberté. Il donne cours à ses multiples talents de peintre, de sculpteur, d'architecte, d'ingénieur ; il étudie les systèmes des eaux, dissèque des cadavres, s'illustre comme metteur en scène et musicien... Et toujours il cherche à connaître encore plus, dans tous les domaines, il se donne même le projet « d'écrire ce qu'est l'âme » ! Ça ne l'empêche pas de hanter les bains publics et les bordels, en quête de corps et de visages à dessiner.
C'est dans ces années-là qu'on voit entrer dans sa vie
un être singulier, Salaï, un enfant de dix ans qui restera auprès de lui jusque dans sa vieillesse. Il n'a pas encore quarante ans lorsqu'il « adopte » ce gamin que Serge Bramly décrit
comme un ragazzo di vita pasolinien : Il est mal élevé, sale, menteur, voleur. Léonard va l'habiller luxueusement. C'était un très beau garçon, si bouclé, avec le profil grec. Ce surnom de Salaï,
que lui donne Léonard, viendrait de Sala, c'est-à-dire Allah, désignant par là un gredin de musulman. Car, à ce moment-là, l'ennemi c'est le Turc.
Salaï apparaît régulièrement dans les carnets de Léonard. En général pour les bêtises qu'il a commises ou les frais somptuaires que Léonard a engagés pour l'habiller. Cependant, à la fin de sa vie, Léonard écrit, sous une liste de choses à acheter, la phrase suivante : "Salaï, je ne veux plus jamais faire la guerre avec toi, car je capitule." Il semblerait donc que les rapports passionnels entre les deux hommes n'étaient pas tout à fait éteints vingt ans plus tard. D'ailleurs, Léonard le couchera sur son testament.
Salaï ne sera pas le seul beau garçon dans l'entourage de Léonard. Outre quelques élèves choisis, d'autres jeunes gens, en général mignons, fréquentent les diverses maisons du Maître : il y aura le Sodoma. Un peu plus tard, Francesco Melzi. Mais dans ce dernier cas, chose incroyable, ce beau garçon de quinze ans est un fils d'aristocrate. On conçoit bien que Léonard puisse adopter un enfant comme Salaï, dont les parents sont dans la misère, mais on comprend mal comment un jeune noble, qui avait un plus bel avenir devant lui, puisse suivre le peintre, devenir son élève, pratiquement son secrétaire, son intendant, et l'accompagner partout. De plus, il semblerait qu'il n'y ait pas eu de problèmes avec les parents du jeune Melzi, puisque Léonard sera invité quelque temps chez eux.
Melzi, comme Salaï, suivra le peintre dans sa dernière résidence d'Amboise, à la cour de François Ier. Lorsque le 2 mai 1519, Léonard, très malade, meurt quasi dans les bras du roi - ainsi le veut la légende -, Salaï est retourné depuis près d'un an en Italie. Seul Melzi est resté auprès de lui. Il s'occupera des dispositions testamentaires du peintre. Ecrivant aux demi-frères et demi-sœurs de Léonard pour les prévenir, il révèle combien était forte la nature du sentiment qui les unissait, lui et le Maître. C'est Melzi qui hérite de tous les carnets, dessins et travaux préparatoires de Léonard. Salaï, lui, a droit à un terrain planté de vignes près de Milan. Un héritage spirituel pour l'un et matériel pour l'autre, soulignant par là la différence qu'il pouvait y avoir entre le bon élève Melzi et le turbulent Salaï.
Au début de son livre, Serge Bramly écrit que Léonard, sur un des carnets qu'il portait toujours sur lui, avait inscrit cette phrase d'Ovide : « Je doute, ô Grecs, qu'on puisse faire le récit de mes exploits, quoique vous les connaissiez, car je les ai faits sans témoin, avec les ténèbres de la nuit pour complice. »
Malgré cet avertissement - un rien provocateur il est vrai -, Serge Bramly n'a pas hésité à essayer de raconter ce que fut la vie du grand Vinci.
■ Editions Jean-Claude Lattès, 2003, ISBN : 2709616416
(1) Un souvenir d'enfance de Léonard de Vinci, Sigmund Freud, Editions Gallimard, Collection Connaissance de l'inconscient, 1987, ISBN : 2070706656
Quelques princes dissolus
possédaient aussi de jeunes mignons (liuan-t'ong), ou entretenaient des rapports sexuels avec des adultes. Des sources de la période Han, et d'autres plus
tardives, attestent qu'un certain nombre de ministres désignés comme pi, « favoris », avaient de ces complaisances charnelles pour leur souverain. Notons
cependant que le terme pi offre le sens général d'« homme - ou femme - qui a gagné la faveur de son maître en l'adulant et en l'encourageant dans ses vices
». Que dans le cas d'un homme il y aille d'un rapport homosexuel, la chose est difficile à établir, du fait que dans leur concision, les textes anciens laissent la porte ouverte aux
interprétations les plus diverses. Un cas fait exception, c'est celui d'un certain Long-yang-kiun, qui servit comme ministre du prince de Wei au IVe siècle av. J.-C.; un passage du
Tchan-kouo-ts'ö, source du IIIe siècle av. J.-C. prouve qu'il eut bel et bien des rapports homosexuels avec son souverain. Il en est resté à Long-yang-kiun
une telle notoriété que long-yang est devenu un terme littéraire courant pour désigner l'homosexualité masculine. (pages 53/54)
L'empereur Wou (140-87 av.
J.-C.) avait depuis l'enfance un ami homosexuel appelé Han Yen, homme fort capable qui demeura son compagnon pendant bien des années, jusqu à ce qu'on le calomniât et qu'il en pérît. Ce même
empereur fit aussi sa compagnie perpétuelle de deux jeunes gens, l'un d'eux eut des rapports illicites avec les dames du harem, et l'autre le tua. L'empereur entra dans une grande colère, mais
quand le meurtrier eut expliqué son motif, l'empereur pleura, et il conçut pour lui plus d'amour encore. Il eut un autre favori homosexuel, Li Yen-nien, un acteur que l'on avait châtré en
punition de quelque crime. Sa mutilation lui procura une fort belle voix et il s'éleva dans la faveur de l'empereur. […]






















