Vendredi 1 juin 2007

C'est pouvoir rester deux jours, deux semaines, deux mois, deux années sans se voir et au premier signal, être ensemble comme si nous nous étions quittés la veille.


Cela suppose de ne pas s'encombrer de phrases conventionnelles, de questions sans intérêt ; autrement dit de ne pas arranger la réalité sinon le temps passe et rien d'important ne se dit.


Lire la partie précédente


par Jean-Yves publié dans : MON CARNET
Mercredi 30 mai 2007

ou comment on fabrique un homme


Chez certains peuples de Nouvelle-Guinée, on perpétue des rites initiatiques pour amener l'adolescent au véritable état d'homme socialisé. Cérémonies où l'inversion et l'homosexualité mises en scène fondent et renforcent la masculinité.


Comment devient-on un «homme» ? C'est une des multiples questions à laquelle tente de répondre Stéphane Breton dans son étude, "La mascarade des sexes", consacrée aux peuples de Nouvelle-Guinée.


Les chapitres de son essai s'intitulent «A boy is a girl is a boy», «Splendeur et misère de la transgression», «Vertige de la séparation» ou encore «Le clitoris anal».


L'essentiel des rites sexuels en Nouvelle-Guinée est consacré à l'homme. En effet dans l'idéologie des peuples de Nouvelle-Guinée, la femme n'a pas besoin d'être initiée autant que l'homme parce qu'elle possède une force spontanée de fécondité ; l'homme est une créature ambiguë au contraire de la femme qui est autosuffisante mais ne peut pas assurer le bien commun, la vie politique : elle n'a pas besoin de se pencher à l'extérieur pour exister. Ainsi, elle est toujours tenue à l'écart, elle est crainte et dangereuse, elle reste toujours l'étrangère absolue et c'est dans des tribus étrangères qu'on va chercher femme, selon le régime strict de l'exogamie. Elle peut même être la fille d'ennemis ou de pseudo-ennemis, toujours une source de méfiance que l'homme ne peut s'empêcher de redouter. L'homme est jaloux de la femme : cette fécondité très forte, il la ressent de son côté comme un manque terrible. Il méprise la femme et la craint mais en même temps il l'admire et l'imite en secret : c'est l'origine du rituel.


Grossesse et menstruation masculines


Quand un enfant voit le jour, la théorie locale veut qu'il soit à la fois masculin et féminin. L'homme et la femme transmettent chacun une partie de leur substance, tandis qu'en Occident, lorsque naît un enfant, il n'a plus rien à voir avec les parents, il a un sexe. Là-bas un garçon a toujours reçu le sang de la mère et l'enveloppe du père qui est sa peau ; dans le cas d'une fille la part féminine va se développer sans entraves et supplanter la part masculine, par contre pour le garçon la part masculine est contingente, elle ne se développe pas d'elle-même.


Le garçon a besoin de manger du porc et d'être initié, d'être saigné pour se purger du sang de la mère et faire prévaloir en lui l'aspect masculin. Sinon, il resterait une créature hybride, hermaphrodite. Les hommes sont jaloux de l'autosuffisance féminine qu'ils sont contraints de recréer artificiellement en eux ; ils développent la croyance selon laquelle il faut copier les processus féminins bénéfiques pour devenir autosuffisants, prélever ce qu'il y a de meilleur en la femme, et devenir par là extrêmement masculin complet.


Si les hommes méprisent au grand jour la femme, en douce ils reproduisent ses processus physiologiques, la grossesse et la menstruation qui font sa force inexpliquée. La menstruation, ils l'imitent tout en la critiquant : ils saignent le garçon sur le pénis, sur la langue et le nez ; ils s'agit, très crûment, de vidanger le sang de la mère. C'est un exercice de plomberie symbolique.


La deuxième menstruation consiste à se déguiser symboliquement en femme : on avale des jus rouges et on mange des substances normalement interdites aux hommes. C'est cela qui permet à l'homme de se renforcer et de s'échapper de sa condition d'être misérable et infirme.


Le pouvoir biologique passe bien avant le pouvoir politique, c'est à partir de lui que tout se décide. Ce travail s'effectue à partir de la puberté ; jusqu'à la puberté les petits garçons ne sont pas grand-chose, ils sont encore un peu féminins car ils vivent avec leur mère. L'initiation est une puberté sociale aussi importante que la puberté naturelle, elle n'est en tout cas jamais perçue comme quelque chose dont on pourrait se passer.


Clitoris anal


Ce rituel met en relation un ainé et un cadet, un neveu et un oncle : l'oncle est indispensable pour que le cadet devienne un homme. L'oncle se déguise en femme dans un rituel de travestissement au cours duquel il s'introduit malicieusement dans l'anus un fruit orange et lisse appelé "mbuandi" ; ce fruit orange est supposé figurer un clitoris anal. C'est un jeu extrêmement pervers de déguisement sexuel. L'homosexualité, toujours ritualisée, n'est jamais absente de ces exhibitions et de ces parades. Cette homosexualité est spéciale : il ne s'agit pas d'attirance sexuelle d'un homme pour un autre et de leurs rapports sexuels privés. Au contraire tous les jeunes initiés et leurs initiateurs ont ce type de rapports qui cessent en dehors de ces circonstances rituelles initiatiques ; pour la simple raison que les hommes ont besoin d'être entre eux pour renforcer la part masculine en eux, toujours menacée par la femme.

Dans cette société masculine très guerrière les hommes ne sont pas machistes au sens où on l'entend, mais ils multiplient tous les signes de la virilité : l'agressivité, la mauvaise humeur, la colère, la force et la vengeance. Plus les hommes sont colériques, sanguinaires et orgueilleux et plus ils deviennent admirables.

■ préface de Marc Augé, Editions Calmann-Levy, 1990, ISBN : 2702118313


par Jean-Yves publié dans : LIVRES
Lundi 28 mai 2007

« Les spectacles lascifs d'hommes [nus] peuvent contaminer l'esprit des femmes. C'est pourquoi on fait à saint Sébastien, quand il est attaché à son arbre et criblé de flèches, les membres tout colorés et couverts du sang de ses blessures :

 

car il ne faut pas qu'il se montre nu, beau, charmant et blanc comme il l'était, et comme le peignit jadis Fra Bartolomeo qui le fit si beau et si lascif que les femmes et les jeunes filles qui allaient à confesse le voyaient et en tombaient amoureuses avec la plus grande ardeur ; si bien qu'il fallut l'ôter de l'église et l'envoyer à François, roi de France. »

 

Giovanni Paolo Lomazzo

 

■ extrait de « Le corps fictif de Sébastien » par Daniel Arasse, in Le Corps et ses fictions, sous la direction de Claude Reichler, Editions de Minuit, Collection Arguments, 1983, ISBN : 2707306479, page 63

 

Lire la 1ère partie - la 3e partie

 

par Jean-Yves publié dans : CITATIONS
Dimanche 27 mai 2007


Dans la clarté de l'aurore, trois hommes drapés de flamboiement sont réunis près d'une grotte au ventre sombre. Des arbres noirs apparaissent dans un étonnant contre jour.

 

Que viennent-ils chercher, loin de la ville, dans l'ombre de cette nature que le jour éclaire d'une lumière dorée, enveloppante, quasi surnaturelle ?

 

Semblant appartenir à un monde féerique, perdus dans leur contemplation, ils ne font plus partie du temps.

 

 

Immobiles, leurs corps semblent contenir un secret. D'où vient leur enchantement ?

 

 

Giorgione, Les trois philosophes, début du XVIe

Huile sur toile, 123 cm x 144 cm, Vienne, Kunsthistorisches Museum

 

Ces hommes sont-ils les Rois mages représentés dans le moment intense de la première lueur de l'Etoile ? Car le vieil homme tient une carte dans la main, signe, dans la tradition apocryphe des évangiles, des mages comme savants astrologues.

 

Ces trois personnages ne représenteraient-ils pas aussi l'homme à travers les trois âges de la vie ?

 

Le plus jeune tient dans ses mains une équerre et un compas respectivement symboles de la terre et du ciel, et plus largement d'une recherche intérieure.

 

Alors cette peinture serait-elle celle de l'homme en quête de son accomplissement ? La noirceur de la grotte répondant à la recherche de la lumière de l'esprit dans les replis obscurs de son être.

 

Samedi 26 mai 2007

Généralement les hommes supportent mal le bruit, véritable fléau et fruit d'un mépris mutuel. Cette nuissance ne les empêche pourtant pas de meubler le silence plutôt que de l'écouter.

 

Lorsque le silence se fait, un autre rideau s'ouvre en moi et je fais alors face à un inconnu qui n'est autre que moi-même. Avec lui, je trouve cette petite voix qui m'accompagne ; elle se tait parfois et me fait savoir que je ne suis jamais seul.

 

Le silence, toujours prêt au dialogue, parfois dérangeant, est aussi un compagnon merveilleux.

 

par Jean-Yves publié dans : MON CARNET
Jeudi 24 mai 2007

« Ce corps d'athlète gracieusement déhanché, percé de flèches, comme abandonné dans une agonie délicieuse et lascive, je conçois sans peine que des générations de jeunes hommes épris, dans le secret de leur cœur, de leurs semblables, l'aient caressé du regard, palpant chacun de ses muscles.


Au fond de chapelles baignées d'une lumière crépusculaire et embrumées d'encens, ces rêveurs de violentes étreintes s'abîmaient, pâmés dans le remords d'une culpabilité distillée avec une minutie exquise. »


Michel del Castillo, Le plaisir de mourir



■ in Adonis et martyr, saint Sébastien, Editions Persona, 1983, ISBN : 2903669163, page 13


Lire la seconde partie


par Jean-Yves publié dans : CITATIONS
Mardi 22 mai 2007

Boswell commence par un long chapitre dans lequel il justifie sa démarche, pourquoi il prend les gays et la culture gaie comme fil directeur de son histoire. Et en même temps il est absolument convaincu que l'homosexualité n'est pas une constante transhistorique.


Son idée est la suivante : si des hommes ont entre eux des rapports sexuels que se soit entre adulte et jeune dans le cadre de la cité ou du monastère, ce n'est pas seulement par tolérance des autres vis-à-vis de telle ou telle forme d'acte sexuel ; cela implique forcément une culture : c'est-à-dire des modes d'expression, des valorisations, etc., donc la reconnaissance par les sujets eux-mêmes de ce que ces rapports ont de spécifique.


On peut admettre cette idée dès lors qu'il ne s'agit pas d'une catégorie sexuelle ou anthropologique constante mais d'un phénomène culturel qui se transforme dans le temps tout en se maintenant dans sa formulation générale : rapport entre individus du même sexe qui entraîne un mode de vie où la conscience d'être singulier parmi les autres est présente. A la limite c'est aussi un aspect de la monosexualité.


■ Christianisme, tolérance sociale et homosexualité : Les Homosexuels en Europe occidentale des débuts de l'ère chrétienne au XIVe siècle de John Boswell, 1985, ISBN : 2070700402


Lire la 1ère partie


par Jean-Yves publié dans : HISTOIRE
Dimanche 20 mai 2007

Un saint Sébastien étrange…


Un squelette avec deux flèches maintenues artificiellement. La tête d'un homme ornée d'une couronne de laurier, les yeux couverts d'un bandeau à fleurs, la bouche ouverte où se lit une impressionnante extase. Un sexe mou, discret et pourtant bien visible.


Comment être mieux confronté à la mort – à notre propre mort ?


Cette théâtralisation de la mort semble se rapprocher des images macabres quotidiennes dont les médias nous abreuvent. Pourtant là, je ne ressens pas ce besoin pressant de détourner mon regard. Est-ce parce que cette mort est-ici totalement sublimée ?


En le nommant « Queer Saint », je devine que l'artiste a aussi voulu s'amuser de l'homo-érotisation de cette figure : l'absence de chair, en dehors de la tête et du sexe, révèle le trucage pour faire maintenir en place les flèches.



Joël Peter Witkin, Queer Saint, 1999

Photographie argentique, 50 cm x 40 cm


Ce Sébastien, je le vois comme une ironie de l'expression chrétienne Memento mori (Souviens-toi que tu vas mourir).


Contrairement aux représentations des siècles précédents du martyre de Sébastien, celui-ci m'invite à ne pas perdre l'idée que tout homme – même mort – reste mon semblable.


Quelle meilleure manière de lutter contre le tabou de la mort !


Vendredi 18 mai 2007

Dans la pénombre de son salon, le médecin-major accueille et écoute Franz Anton Beltrani, F.A.B., qu'il revoit à sa demande, vingt ans après la guerre, vingt ans après cet événement qu'ils ont traversé chacun très solitaire.


Dans cette obscurité, pour le vieux médecin militaire à la vue déclinante, le passage du temps semble s'abolir : F.A.B. demeure ce jeune homme secret, « beau, doux et mélancolique », auquel l'officier donnait des soins quotidiens et privilégiés. Cette illusion d'intemporalité permet au médecin-major de prodiguer à son ancien patient les soins qu'à présent il requiert : une écoute attentive.


En une longue confession, Franz Anton Beltrani dévoile alors peu à peu ce que fut son existence, une vie à la fois tortueuse et rigoureuse.


Le déroulement de cette litanie n'a rien de linéaire, les souvenirs de guerre du médecin s'entrecoupent avec l'évocation par Franz de son enfance, de sa fiancée délaissée, et, plus tard, de ses recherches hasardeuses, ses rencontres éphémères, ses promenades nocturnes lors desquelles il trouve auprès de garçons beaux et indifférents de courts moments de complicité, leur faisant l'amour avec hâte et recueillement. Au centre de cette confession et de ses recherches précaires se trouvent toujours le souvenir d'une mère angoissée, possessive et finalement incapable d'amour.


Par cette évocation, l'écrivain nous montre pudiquement l'origine d'un mal-être, d'une blessure que rien ne peut cicatriser :


« Comme sa mère, il était trahi, jaloux, inconsolable, comme elle il cultivait une terreur permanente d'être abandonné... Lui, consacré et impuissant à calmer l'agitation et la panique de sa mère à l'idée de devenir pauvre, de rester seule, l'enfant qui, sans le savoir, partageait tous ses états d'âme, toutes ses douleurs... Lui, petit, convaincu que tout contact ne peut aboutir qu'à une blessure, à une défaite. Et donc livré en otage à l'avidité et à la passion de sa mère. »


Cette peur originelle, Franz Anton Beltrani la répercute tout au long de sa vie, une vie qui est livrée ici fragmentée, consacrant ainsi l'impossibilité de narrer sans discontinuité toute existence.


Dans ce récit terriblement émouvant, Elisabetta Rasy s'attache plutôt à montrer la répétition de thèmes obsessionnels et récurrents, la perte définitive de la confiance en un monde cohérent et accueillant, l'impossibilité de croire en l'amour.

Pour Franz Anton Beltrani, la bataille, quelle qu'en soit l'issue, est en fait perdue d'avance.

■ Editions Rivages, 1988, ISBN : 2869301723


par Jean-Yves publié dans : LIVRES
Jeudi 17 mai 2007

Quand un message de la sphère publique en vient à devenir ce que je souhaitais entendre, je me dis qu'il y a, soit une tromperie, soit qu'il est là pour faire rêver.


Dans les deux cas, ce message relève, pour moi, de quelque chose inventé par et pour les hommes.


Je crois que cette réflexion, au demeurant banale, touche assez juste et concerne tant les promesses de la religion que celles électorales.


par Jean-Yves publié dans : MON CARNET
 

Texte Libre



Texte Libre 1

 

[...] les mots possèdent ce prodigieux pouvoir de rapprocher et de confronter ce qui, sans eux, resterait épars dans le temps des horloges et l'espace mesurable.
Claude Simon, Album d’un amateur,  Editions Remagen-Rolandseck, 1988, p. 31

 

Photographie de Cédric Genty – 2004


Lire c'est aller à la rencontre de quelque chose qui va exister.
Italo Calvino, Si par une nuit d'hiver un voyageur



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"Qui sommes-nous, qu’est chacun de nous sinon une combinaison d’expériences, d’informations, de lectures, de rêveries ? Chaque vie est une encyclopédie, une bibliothèque, un inventaire d’objets, un échantillonnage de styles, où tout peut se mêler et se réorganiser de toutes les manières possibles."
(Italo Calvino, Leçons américaines)

 

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« Tu ne sauras jamais les efforts qu'il nous a fallu faire pour nous intéresser à là vie ; mais maintenant qu'elle nous intéresse, ce sera comme toute chose - passionnément. »
André Gide, Les Nourritures terrestres (1897)

 

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« Tout est vrai, le temps d’un texte. »
Kirsty Gunn

 

 

 

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« Je crois aussi qu'on ne meurt pas avant d'en avoir secrètement, tenacement le désir. »
Tony Duvert

 

Le site de Lionel Labosse. Un regard altersexuel sur le monde.

 

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C’est ainsi par exemple que l’on envoie les enfants à l’école, non pas dans l’intention qu’ils y apprennent quelque chose, mais afin qu’ils s’habituent à demeurer tranquillement assis et à observer ce qu’on leur ordonne, en sorte que par la suite ils pensent ne pas mettre réellement et sur le champ leurs idées à exécution.
KANT, Réflexions sur l’éducation

 

 


 

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Aidons les enfants du Vietnam

 


 

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