J’ai proposé à Cat, du blog
« Des petits Mots », de réaliser une
photographie s’appuyant sur cet extrait de Jo Hoestlandt :
— […] Les choses sont neutres, mais pas notre œil. Selon l'angle, la lumière, l'instant, et ce qu'on éprouve en le regardant, l'objet change, on ne dirait plus le même. Tout à coup, mystérieusement, son image peut nous rendre triste, ou heureux, nous effrayer aussi... Quand je prends la photo d'un objet, quel qu'il soit, je ne me demande pas à quoi il sert d'habitude ; le lit n'est plus l'endroit où l'on dort, le verre n'est plus le récipient à boire, je les regarde autrement... […] Fixement. Jusqu'à ce qu'ils deviennent flous, que je ne sache plus bien ce qu'ils sont au juste. Comme si je ne les avais jamais vraiment vus... Qu'ils prennent vie, qu'on ne les reconnaisse plus et qu'ils me laissent entrevoir ce qu'ils pourraient être. […] Le lit défait c'est peut-être un champ de neige où un homme, tombé là, a laissé l'empreinte de son corps. […] On peut se noyer dans un verre d'eau... Et même dans un verre vide... Ou se couper à un verre qui n'est même pas brisé... Tiens, regarde. Regarde bien. Fixement. […] On peut tout imaginer à partir d'un objet. Dans la vie courante, on ne fait pas vraiment attention à eux. Ils sont juste là pour nous servir. Là, c'est moi qui les sers. […] J'écoute ce que les choses ne disent pas à tout le monde...
in Le Complexe de l'ornithorynque, Jo Hoestlandt, Milan, collection Macadam, 2007, ISBN : 9782745926586, pp.52-54
Catherine C., « Atlantide », février 2008
Photographie numérique
Catherine C., « Atlantide 2 » version sépia, février 2008
Photographie numérique
Merci Cat.
Voir une autre proposition photographique de Cat C.
Ne pas pleurer sur ses plaisirs fanés.
S'interroger sans cesse sur ce que chacun peut faire de lui-même : travail que l'on fait soi-même sur soi-même pour se transformer ou pour faire apparaître ce «soi» en éternel
devenir.
Penser qu'une manière d'être encore improbable est toujours possible.
Dans ce roman, Joseph Hansen n'accorde
pas beaucoup d'importance à l'intrigue criminelle. "Par qui la mort arrive" apparaît plutôt comme une parodie des enquêtes d'un Philip Marlowe immortalisé à l'écran par Humphrey Bogart
qui se déroulaient dans les milieux de la pègre et des politiciens corrompus.
Ici, Dave Brandstetter, enquêteur des assurances et homosexuel notoire, recherche le véritable coupable du meurtre d'un propriétaire de bar gay, Rick Wendell, dans cet univers dont il connaît chaque recoin - la police s'étant satisfaite de l'arrestation de Larry Lohns, prostitué occasionnel, et suspect idéal s'il en fut.
Le fil de l'enquête permet avant tout
à l'auteur de tisser entre les différents protagonistes une trame serrée de rapports ambigus et complexes et de faire évoluer ses personnages dans un Los Angeles nocturne et sulfureux. C'est, du
reste, dans le plus grand bar gay de cette capitale du jeu et du plaisir, lors du concours pour l'élection de Mr Marvelous, que Dave Brandstetter découvrira la vérité.
Plus qu'un roman policier, ce roman d'atmosphère se distingue par son écriture grinçante et corrosive où les phrases véhiculent une imposante quantité d'informations et prêtent attention à une violence terrible.
■ Editions Rivages/Noir, 1986, ISBN : 2869300018
Lire aussi sur ce blog :
Joseph Hansen et son détective homosexuel, Dave Brandstetter
Et si l'amitié n'était que
de l'amour bien exprimé ? Car l'amoureux bafouille.
Alors que le projet amoureux est irréel, celui amical est quotidien, même si on ne se voit pas. Il n'y a pas de rupture en amitié car, en gardant toutes les distances, l'amitié est une continuelle rupture.
Lire la première partie
… ou les mots pour dire la
jouissance
Sartre disait que la grande littérature, celle qui survit aux climats du moment, est une littérature noire, secrète et presque toujours érotique.
Avec les Pages Egarées, on comprend le malaise qui naît à la lecture des principaux textes de Marcel Jouhandeau. Son écriture classique, léchée, n'était qu'un masque. Comme beaucoup d'écrivains homosexuels de sa génération, (Jouhandeau est mort en 1979, à l'âge de 91 ans), il a produit une œuvre en abîme et créé son propre enfer.
Ses livres ont le grain d'un palimpseste. Il faut gratter, éliminer la scorie romanesque pour découvrir l'homme Jouhandeau.
Dans De l'Abjection (1939) Jouhandeau se racontait homosexuel, à la première personne. On y découvrait son amour des garçons bouchers, la petitesse des atmosphères petites-bourgeoises qui engendre un désir d'infraction à la norme.
Marcel Jouhandeau fait remonter très loin dans l'histoire de l'individu le désir homosexuel. Il faut lire Du Pur Amour pour revoir ces amitiés tissées au cours de son enfance qui subsistent, indélébiles, au-delà des identités, des vécus sexuels. Jusqu'au délire de Tirésias, livre organique, délire phallique.
Pages
Egarées invite à l'égarement sexuel, aux nuits des mille plaisirs : on entre en orgie comme autrefois les comtes occitans entraient, sur leurs montures, dans les cathédrales. On se vautre,
sous le regard d'un homme de 80 ans, dans les lits défaits. Des noms légendaires dressent leur haute stature : Antinoüs, Endymion ; des noms d'homme surgissent : Max, Pierre le catcheur, Georges,
Alexandre… parce qu'on a besoin, en amour, de préliminaires, de mythologies, de fantasmes. Un carreleur italien peut bien ressembler à Apollon même s'il n'est, vu de près, qu'«un sac de
pus» (p.30) !
Avec une complicité de félin, le frisson du vertige et l'ambiguïté de l'humour, Jouhandeau fait taire la morale pour dépouiller les hommes de leurs artifices, de leurs vêtements. Avec ses yeux en bouton de braguette, il regarde, il scrute, il dévore ces mains qui remontent un sexe dans un pantalon. La civilisation du vêtement ennuie car elle s'érige en obstacle à la chair : «La chair, toute seule, réduite, à elle-même, est sans hargne, comme sans défense.» (p.15)
« Il ne faut pas mépriser ceux qui ne savent pas tout le plaisir qu'on peut tirer de son corps et du corps d'un autre, mais ne pas les envier. Ils passent à côté de la vie. » (p.120)
Pages Egarées est aussi une réflexion sans faille sur le plaisir. Dans une phrase lapidaire, Jouhandeau s'interroge, nous interroge : «Si le plaisir n'était que le plaisir ce ne serait presque rien.» (p.75)
Jean Genet avait fait exploser la littérature tranquille en proclamant l'évidence des bites arquées des taulards contre les murs cellulaires, et hurlait la jouissance du criminel.
La réflexion de Jouhandeau conduit au questionnement et au ravissement.
Qu'est-ce que jouir ? Comment dire l'orgasme ?
■ Editions Pauvert, 1980, ISBN : 272020157X
Les années 80 ont consacré la
prééminence de l'image. Images de soi, images médiatisées, images de l'homosexualité, images de l'homme. Les intellectuels ont eu, alors, peur du règne de l'image.
Les images de la publicité ont tellement magnifié le corps masculin qu'elles ont brouillé les codes. L'homme-objet utilisé dans la publicité a relativisé le concept de femme-objet.
Le look et l'apparence imposent-ils une morale ? S'offrent-ils à notre libre-arbitre ? Si on utilise l'image de l'athlète, du sportif, du corps masculin magnifié dans ses muscles, n'est-ce pas une façon – aussi – de magnifier le machisme ? Ou est-ce simplement la recherche d'une émotion esthétique ?
Si l'on considère la publicité comme l'art des XXe/XXIe siècles, alors Léonard de Vinci ferait-il, aujourd'hui, des spots de pub ou des clips vidéo ?
La peinture d'Histoire
fut, pendant près de deux siècles, du XVIIIe au XIXe siècle, de Rubens à Manet, le thème majeur de l'art pictural en Europe.
Représentation de l'homme devenu Histoire, de l'homme en action – et très souvent du héros dans une action ultime, la plus héroïque : la mort – la peinture d'histoire est un miroir des transformations d'une société.
Parmi les nombreuses œuvres, je retiens, Mucius Scaevola devant Porsenna, qui est très largement représentée, successivement par Poussin, Le Brun et plus tardivement Giambattista Tiepolo. C'est l'illustration du caractère viril et vertueux du héros, maître de soi et prêt au sacrifice dans l'intérêt de la nation.
Mucius Scaevola devant Porsenna – Giambattista Tiepolo – 1750/1753
Huile sur toile, 103cm x 120cm, Würzburg, Martin von Wagner Museum
Mucius Scaevola, jeune noble romain, surpris par Porsenna, roi des Etrusques qu'il voulait assassiner, affirme en plongeant son bras droit dans un brasier que le sort qui l'attend le laisse indifférent, sans peur et sans remords.
Ce tableau trouve son juste pendant dans la représentation de Samson et Dalila, l'homme vaincu par la passion, le héros perdu par les femmes :
Ecole de Naples du XVIIe – Samson und Dalila
Huile sur toile, 125cm x 94cm
A la fin du XVIIIe siècle, le héros devient l'expression des vertus de la nation, particulièrement dans les œuvres de David, tel la célèbre mort de Bara, représentant la mort d'un jeune révolutionnaire ( ?), tableau superbe jusque dans son inachèvement :
Jacques Louis David – La Mort de Bara – 1794
Musée Calvet, Avignon
Le torero mort peint par Edouard Manet, annonce, par-delà la mort du héros, la mort de la peinture d'histoire et de sa mise en scène.
Edouard Manet – Le torero mort – 1864/1865
Huile sur toile, 75,9cm x153cm, National Gallery of Art (Washington D.C.)
Je ne peux m'empêcher – pour terminer – de présenter cette magnifique toile de Henry Fuseli, Achille tente de saisir l'ombre de Patrole, le héros triomphant hanté par le souvenir de la mort de l'ami.
Henry Fuseli – Achille tente de saisir l'ombre de Patrocle – 1803
Huile sur toile, 91cm x 71cm, Kunsthaus (Zürich)
Danger pour les
LGBT.
Deux chercheurs partisans de « thérapies » de l’homosexualité et du transsexualisme superviseront la 5e révision du DSM, le manuel de diagnostic des troubles mentaux utilisé dans le monde entier. Une annonce qui suscite la colère et l'inquiétude au sein des organisations LGBT.
Lire l'article de Marie-Noëlle Baechler : Révision du DSM, une mobilisation de toutes les personnes atypiques est indispensable !
L'amitié pour qu'elle
s'épanouisse ne doit pas avoir été au préalable soumise aux flèches d'Eros afin qu'aucune frustration ne vienne la perturber. Dans l'amitié, il y a une sorte de part « civilisée » qui rejette les
tensions les plus vives, ce qui la rend, je crois, plus durable que l'amour.
Lire la seconde partie
« La plus grande partie de la vie
est si terne qu'il n'y a rien à en dire, et les livres et les discours qui tentent de lui donner un intérêt sont obligés d'exagérer dans l'espoir de justifier leur propre existence.
A l'intérieur du cocon tissé de travail et d'obligations sociales, l'esprit des hommes somnole la plupart du temps, enregistrant des alternatives de plaisir et de douleur, mais sans rien de la vivacité que nous nous attribuons.
Il y a des moments, dans les jours les plus secoués, pendant lesquels rien n'arrive ; nous continuons, il est vrai, à nous exclamer :
"Comme je suis heureux!" ou "C'est horrible", mais c'est sans sincérité. "Dans la mesure où je ressens quelque chose, c'est de la joie, c'est de l'horreur", il n'y a en nous rien de plus que cela et un organisme parfaitement adapté demeurerait silencieux. »
in La route des Indes – 1924
























