Le succès du dernier épisode de la Guerre des étoiles sera, sans nul doute, considérable. On va s’y précipiter en famille et, dans certains cas, ce sont trois générations successives qui vont s’y retrouver ; les grands-parents ont connu la surprise du premier épisode et ont suivi, avec leurs enfants, les aventures de Luke et de Dark Vador. Les parents, eux, ont joué, pendant toute leur enfance, avec les figurines et les vaisseaux spatiaux de Star Wars et, maintenant, emmènent leurs propres enfants partager leurs rêves. La quatrième génération ne pourra que revoir le cycle des trois épisodes puisque maintenant la saga est bouclée.
Ne restera-t-il dans le cinéma contemporain que les problèmes psychologiques de cadres déprimés échangeant leurs compagnes et compagnons pour se sentir exister dans la jungle des villes ou au milieu d'un monde auquel ils ne comprennent désespérément rien... Les grandes fresques mythologiques sont-elles terminées ?
Pas si sûr, car depuis toujours, notre quête des origines, notre besoin de figures emblématiques, notre désir de retrouver dans de grands récits un écho aux questions qui nous hantent sont forts. Il y eut l’Iliade, l’Odyssée et les Chevaliers de la Table ronde ; sans oublier les contes et les légendes. Partout les mêmes trames : un père qui donne naissance à un fils pour s’assurer un futur... avant de découvrir que le futur, désormais, c'est l’autre. Un fils en quête de père, cherchant à comprendre d’où il vient, fasciné par son passé comme par un trou noir où il va s’anéantir. Des monstres aux formes étranges, qui nous renvoient nos fantasmes les plus secrets, nous effraient et nous défient. Un amour difficile qui tente de se nouer entre des êtres innocents que le monde s'obstine à séparer. Des bons et des méchants. Des traîtres aussi, qui changent de camp sans qu’on s’en aperçoive. Un peu comme nous qui oscillons en permanence entre des décisions contradictoires, prenons sans cesse la résolution de bien faire et tombons quand même dans les pièges que nous voudrions éviter.
Ces grands récits mythologiques perdureront parce qu’ils sont le théâtre vivant de nos conflits intérieurs. Ils nous permettent d’identifier et manipuler les pulsions qui nous habitent, sans se laisser manipuler par elles. Pouvoir «jouer» avec Dark Vador est indispensable, sinon, c’est Dark Vador qui jouera avec nous.
Troisième tome des aventures de Paul. Quelques années ont passé et Paul se retrouve en appartement avec sa copine sur le Plateau Mont-Royal à Montréal. Une œuvre très urbaine cette fois-ci mais toujours pleine de finesse, de simplicité et de sensibilité.
Paul, l'alter-ego de l'auteur, vient de s'installer pour la première fois avec sa copine Lucie et raconte le début de sa relation avec elle.
Malgré une couverture terne, lorsqu'on ouvre les premières pages de cet album, on découvre de belles petites surprises faites par les petits moments magiques de sa vie quotidienne, ainsi que celle de ses proches : intelligence et humour sont habilement mêlés.
L'installation n'est pas le seul sujet du livre puisque Michel Rabagliati en profite également pour nous raconter ses années d'étude en école d'art et la rencontre avec la-dite Lucie qui est une fille rare qui connaît la bédé, d'ailleurs ils citent entre eux Tintin à tue-tête. Il y a aussi une grand-tante française qui raconte « son » Congo belge (sans Tintin) avec beaucoup d’humour et de détachement.
Il y a surtout le professeur de design gay, Jean Louis Desroziers, qui meurt en ayant fait pas mal de bien autour de lui : on apprend d’ailleurs grâce à Paul ce que pensent vraiment les étudiants hétéros dragués par un gay, et là c'est passionnant de finesse et de drôlerie (pages 41/45).
Le tout est en VO Montréalaise avec force « ciboire », « veux-tu » et « bonyenne »…
Editions La Pastèque, 2004, ISBN : 2922585220
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« Refaire l'unité nationale, cela voulait dire se réarmer de toutes les forces disponibles dans un combat qui continuait, cette fois en temps de paix ou de guerre dite froide. Il y a toujours un calcul stratégique et politique dans le geste généreux de qui offre la réconciliation ou l'amnistie, et il faut toujours intégrer ce calcul dans nos analyses. »
La famille Prouillan, bourgeoisie parisienne, fête le 40ème anniversaire du plus jeune des enfants : Bertrand. Mais pourquoi est-il absent ? Et pourquoi cette tension ce jour qui devrait être un jour de fête. Retour en arrière...
Henry Prouillan, le père, restera tel qu'il doit être : ancien ministre du Général, grand bourgeois, père de famille, quatre enfants, ni trop ni trop peu, le juste milieu, comme en politique : modéré. Respectable, respecté et respectueux. De l'ordre.
Seulement voilà, parmi ses quatre beaux enfants se cachait un vilain petit canard, un homosexuel que, mineur, détournait du droit chemin un ami de la famille, le critique Romain Leval. Alors le ministre a fait son devoir : il a contraint le critique au suicide en le menaçant d'une plainte et a fait opérer son fils : une lobotomie. Coupable, lui ? Trop facile, car ils ont tous laissé faire, soulagés peut-être ? La mère, les enfants, la fidèle Bernadette, la tante et son mari Jean, l'ami de Romain...
Lui, Prouillan n'a fait que son devoir, comme pour Pantalon, le vieux caniche de la famille, aveugle et malade : une piqûre, pour l'empêcher de souffrir. Un geste humanitaire. Vingt ans ont passé, et ils se souviennent. C'est l'occasion pour eux de se regarder en face, à nu, démaquillés de toutes leurs justifications.
C'est un véritable réquisitoire que dresse Yves Navarre contre la famille et plus généralement contre un ordre social qui écrase impitoyablement tous les êtres : un goulag, sans barbelés ni kapos ; toutes ces petites faiblesses additionnées qui nous font rentrer peu à peu, de renoncement en renoncement, dans le rang. Derrière le sacrifice de Bertrand, qui fut plus probablement un suicide, se profile leur propre sacrifice qu'ils découvrent en ce 9 juillet, l'anniversaire de Bertrand. Tous, ce jour-là, un moment lucides, plus horrifiés de ce qu'ils sont que du crime qu'ils ont laissé commettre, chercheront à se détruire : aucun ne réussira, sauf la vieille Bernadette, la fidèle domestique, frappée d'un coup au cœur sur le quai de la gare où elle partait rejoindre Bertrand.
■ Flammarion, 1980, ISBN : 208064291X, [PRIX GONCOURT 1980]
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