Dire « pédé », «
enculé »… rappelle la hiérarchie des sexualités, et renvoie l’homosexuel à sa place.
Celui qui profère ces mots fait entendre que l’homosexuel ne peut pas partager son univers. Que l’homosexuel ne peut avoir les mêmes droits. C’est ce que clame haut et fort l’insulte. L’exclusion.
« Pédé », « enculé »… ne sont pas que des mots. Car ces mots véhiculent une histoire. Celle de la persécution, de la justification théologique, psychanalytique, psychiatrique. La justification de la mort même des gays et des lesbiennes.
On commence à percevoir maintenant l’homophobie comme un discours de haine alors qu’auparavant elle était nécessaire, indispensable dans l’éducation, particulièrement dans celle des garçons : « être un homme c’est surtout ne pas être une femme, ne pas être un pédé ». Cela fait encore partie de l’éducation de l’homme, du masculin.
Il y a une tyrannie du silence. Les hétérosexuels qui vont chaque jour à leur travail restent hétérosexuels, ils n’y pensent pas, ils sont simplement normaux, ils n’ont pas comme on dit d’« orientation sexuelle » ; seuls les gays et les lesbiennes en ont une. Quand les hétérosexuels sont sur leur lieu de travail, ils parlent de leur mari, de leur femme, ils ont une alliance au doigt… ils s’identifient constamment en tant qu’hétérosexuels par de petits mots codés dont ils n’ont même pas conscience.
Les homosexuels font ce qu’ils veulent dans leur vie privée mais ils ne peuvent se manifester en tant que tel : on tolère leur homosexualité sous condition que cette homosexualité ne soit pas dans l’espace public.
L’homophobie ne serait-elle pas aujourd’hui la peur de l’équivalence entre homosexualité et hétérosexualité ?
Nicolas Sarkozy a jusque-là dit « non
» à la reconnaissance par la France de la Journée mondiale de lutte contre l’homophobie, célébrée chaque année le 17 mai dans plus de 50 pays.
Celle-ci est pourtant reconnue par le Parlement européen, la Belgique, le Royaume-Uni, le Mexique, le Costa-Rica…
Nicolas Sarkozy disait non encore à une résolution qui permettrait, si la France la soutenait à l’ONU, d’obtenir la dépénalisation universelle de l’homosexualité. Cette proposition était pourtant soutenue par de nombreuses personnalités à travers le monde, plusieurs prix Nobel, intellectuels, artistes, personnalités politiques de renom.
Source de cet article : http://www.gaymag.fr/?p=310
Dernière information : La secrétaire d'Etat aux droits de l'Homme, Rama Yade, qui a reçu des associations luttant contre les discriminations fondées sur l'orientation sexuelle, a déclaré qu'elle avait présenté "le principe d'une initiative européenne appelant à la dépénalisation universelle de l'homosexualité, qui serait portée devant l'Assemblée Générale des Nations unies" durant la présidence française de l'UE, au second semestre 2008.
« Évidemment, cette reconnaissance officielle n'est pas une fin en soi; c'est au contraire un début, un levier, un outil. Il faudra donc travailler pour qu'elle s'avère aussi bénéfique que possible. Et plus encore pour ce qui est de la dépénalisation universelle de l'homosexualité. Les mécanismes de l'ONU sont si lourds et si complexes que ce travail demandera forcément beaucoup de temps et d'énergie. »
Louis-George Tin
























