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Déni... de la traite négrière

Publié le par Jean-Yves

Trois siècles durant, plusieurs dizaines de millions d'Africains furent arrachés à leurs foyers, déportés vers les Amériques et vendus comme esclaves.


Pourquoi un tel déni ?


Pourtant les faits ne nous sont pas cachés, mais ils furent longtemps masqués par un discours purement technique sur le «commerce triangulaire». Ce qui revient, ni plus ni moins, à épouser le discours des bourreaux : imaginerait-on que l'on évoque l'Holocauste sous le seul aspect de sa logique rationnelle et de sa mécanique industrielle ?


Certes, en adoptant en mai 2001 une loi reconnaissant l'esclavage et la traite comme crimes contre l'humanité, le Parlement français a souhaité «sortir la traite négrière de l'oubli, notamment dans les livres scolaires.


Reste que les nations occidentales refusent toujours toute forme de réparation aux peuples africains et à leurs diasporas …


Alors même que le monde contemporain s'est construit en partie sur la traite et en porte encore les traces.


Bibliographie : La Traite négrière européenne : vérité et mensonges, Jean Philippe Omotunde, Editions Menaibuc, 2004, ISBN : 2911372433



Si on tient compte de l’historicité des faits, la traite négrière est avant tout le fils légitime du capitalisme. Que disent les lettrés des Lumières ? « Exploiter les terres d’Amérique reviendrait trop cher s’il fallait payer les gens à la hauteur de leur labeur ». Il faut savoir, que pendant longtemps, ce furent des Indiens puis des Blancs qui furent capturés pour exploiter les champs de coton ou autre dans les colonies. C’est en constatant leur faible productivité et leur inadéquation au climat, que les regards se sont tournés vers l’Afrique. Donc, le racisme anti-noir est véritablement né de la tentative de justification de ce commerce de chair humaine. Les plus grands lettrés d’Europe (Hegel, Cuvier, Buffon...) ont donc trempé allègrement dans l’eau sale du racisme pour «doper» l’appât du gain de leurs compatriotes.


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Vers une littérature libérée de ses juges

Publié le par Jean-Yves

Si l'on se scandalise facilement en pensant que Madame Bovary et les Fleurs du mal ont pu être traînés devant les tribunaux comme de vulgaires outrages aux mœurs, on est moins sévère avec les procès que ne cessent de subir les écrivains contemporains. Certes, les interventions directes de l'Etat sur les livres sont moins présentes de nos jours. La censure s'est en grande partie privatisée : ce sont les particuliers et les associations qui portent plainte, demandent sanctions pénales et dédommagements financiers. L'Etat apparaît moins comme un grand inquisiteur que comme l'arbitre des intérêts privés ou catégoriels. Dans ce contexte, les plaintes pour atteinte à la vie privée ou à la réputation ont pris une place considérable..

 

L'écrivain, répète-t-on, n'a pas le droit de tout dire «sous prétexte» d'écrire un roman. Un grand nombre de personnes en profitent pour tirer d'importants bénéfices financiers, induisant des coûts exorbitants pour les auteurs et les éditeurs, surtout en ces temps d'autofiction ­ au point que l'on a même songé à créer des associations de victimes de ces œuvres. Nos contemporains ne semblent pas s'en inquiéter outre mesure et trouvent en quelque sorte normal que l'Etat nous donne des boucliers pour nous protéger des écrivains à ragots. On oublie que certains des plus grands chefs-d'œuvre de l'humanité, comme Hamlet ou la Divine Comédie, sont remplis des choses horribles que leurs auteurs avaient à dire sur certaines personnes connues de leur temps, que James Joyce a réglé des comptes avec ses contemporains dans Ulysse, mais moins sans doute que Swift dans les Voyages de Gulliver. Avec le recul, on frémit à l'idée que les victimes de la littérature d'alors aient pu empêcher les auteurs de les diffamer.

 

Mettre en balance la liberté de l'écrivain et le droit des particuliers à protéger leur vie privée ou leur réputation suppose de traiter les œuvres littéraires comme des choses assez insignifiantes. On pourrait même trouver indécent de comparer la protection de la vie privée ou de la réputation d'un individu ­ lesquelles s'éteignent avec la mort de celui-ci ­ avec la valeur incommensurable que peuvent avoir certaines oeuvres littéraires. En effet, il ne s'agit pas de choisir entre Hamlet et la vie d'Untel (que cache le nom de Polonius), mais entre Hamlet et l'image publique d'Untel, dont la dégradation peut être réparée, neutralisée, avec d'autres mots, voire avec d'autres œuvres, avant d'être oubliée pour l'éternité.

 

Mais surtout le fait que les phrases litigieuses soient contenues dans une œuvre littéraire les rend ambiguës : les lecteurs se poseront toujours la question de leur véracité. Ceci est tout aussi valable pour l'atteinte à la vie privée que pour la diffamation, car, dans ces deux infractions, ce qui est en jeu c'est le rapport que le roman entretient avec la vérité. Dans l'atteinte à la vie privée, on condamne le fait d'avoir dit la vérité ; dans la diffamation, c'est le mensonge que l'on punit. Ce point est sans doute le plus fondamental pour résoudre cette question des conflits d'intérêts entre l'œuvre littéraire et le droit des particuliers à protéger leur image publique. En effet, si jamais on décide d'«immuniser» légalement les écrivains des sanctions de ce type, le public aura de plus en plus tendance à douter de la véracité des allégations que l'œuvre contient. Car, finalement, notre croyance en la vérité des informations contenues dans un roman est entretenue par le droit lui-même qui en fait la police. Si l'on laisse le roman libre de ce type de contrôle, aucune autorité ne se portera plus garante de la véracité des informations qu'il contient. Personne ne pourra surtout dire qu'un écrivain s'est servi de son roman comme d'autres se servent d'une tribune dans Libération ou d'une apparition au journal de 20 heures, car le seul fait de mettre l'étiquette «littérature» signifiera «fiction», y compris lorsque l'auteur utilise, comme l'a fait Dante, les noms de personnes précises.

 

Un tel changement législatif aurait le mérite non seulement d'alléger les écrivains et les éditeurs de la lourde taxe qu'ils paient aujourd'hui, mais surtout d'échapper aux deux grandes questions pièges qu'on ne cesse de soulever à l'heure de juger une œuvre littéraire : celle du mérite (que vaut-elle ?) et celle du statut (est-ce bien de la littérature ?). Tout auteur qui dénomme son manuscrit «littérature» aurait le droit singulier de ne pas être pénalisé pour les choses qu'il peut dévoiler des particuliers. Le prix à payer pour cette faveur serait de ne pas être crédible pour les informations qu'il donne. On peut imaginer que cela induirait des changements intéressants dans la manière de faire de la littérature. Car le fait que l'Etat se porte garant de la vérité des allégations contenues dans les romans à l'égard des particuliers donne lieu à un certain genre de littérature qui joue précisément avec les limites qu'impose cette police. Ce qui montre les effets producteurs et non seulement castrateurs de la censure, pourra-t-on dire, mais qui nous laisse aussi imaginer avec un certain vertige ce que pourra la littérature le jour où elle sera libérée de ses juges, transformée enfin en fiction pure.

 

Libération, Marcela IACUB, mardi 31 mai 2005

 

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Homosexualité : « Le jour où j'ai su » (1)

Publié le par Jean-Yves

Pour certains, c’est une évidence de toujours. Pour d’autres, elle a surgi brutalement, au détour d’une relation qui ne leur convenait plus. Des hommes et des femmes nous racontent comment ils se sont découverts homosexuels. Analyse et confidences dans le magazine Psychologies n°242 de Juin 2005.



EXTRAIT :


« Il y a une grande différence entre le savoir et le sentir. Je l'ai "su" très tôt. Dès 5-6 ans, les premières émotions, les plus violentes, étaient orientées dans ce sens... il y eut par la suite une très longue période où, le désir le plus fort étant inquiétant, je l'ai perçu dans un flou permanent; tandis que le désir le moins fort était perpétuellement sollicité, exalté...


Je voulais avoir la force nécessaire de choisir l'objet de mon désir. Un combat incessant, douloureux, et qui témoigne bien du fait que je pensais que cela pouvait encore "s'arranger". Jusqu'au moment où j'ai eu ma première véritable aventure avec une fille et où j'ai vu que cela ne marchait pas. Je n'aimais pas, je n'y étais pas.


C'est ce jour-là qu'on le "sent", physiquement. J'avais environ 25 ans et la certitude que c'était sans retour, que cela faisait partie de mon identité de manière irréversible. Sentir, cela m'a pris comme une poignée de fer, et mon monde a sombré dans un désordre indescriptible. Le problème n'était pas d'affronter la famille ; nolens volens, j'y serais venu de toute façon. Non, ce qui m'écrasait, c'était l'idée d'affronter le retranchement du monde.


Cette angoisse ne m'a jamais quitté. L'écrire a, éventuellement, été une façon de la mettre en perspective, de l'inscrire. Je l'ai figée sur papier comme j'aurais pu lui dire : "Calme-toi", "Sois sage, ô ma douleur, et tiens-toi plus tranquille", pour citer Baudelaire... Après avoir "su" et après avoir "senti", vient ce jour où l'on cesse de subir.


Mais n'allez pas en conclure que je suis un nostalgique de l'hétérosexualité. Non, au fond, j'aurais aimé être un hétéro qui peut, de temps en temps, avoir des expériences avec des hommes. Voilà mon idéal : avoir une capacité d'amour universelle. »


Frédéric MITTERRAND, journaliste et écrivain




Lire le second extrait


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Pink Narcissus, un film de James Bidgood (1971)

Publié le par Jean-Yves Alt

Un film américain datant de 1971 devenu culte, ultra-kitsch, qui présente les archétypes du désir homosexuel, le cuir, les matadors, l'Antiquité etc.

Les phantasmes érotiques d'un beau jeune homme qui devient tour à tour toréador, esclave romain ou participe à la débauche des nuits orientales.

Suivant les époques, la production cinématographique underground a dû, pour montrer la sexualité, flirter, de manière plus ou moins affirmée, avec le talent artistique. Cette sorte de passage obligé, du fait de la censure et du regard social sur l'obscénité, a conduit nombre de productions à se cacher derrière des façades «acceptables». C'est dans ce contexte que James Bidgood a réalisé, entre 1963 et 1970, un des premiers films de l'underground gay :

Ce film présentant une orgie d'images aux couleurs saturées et hyper stylisées, met en scène Bobby Kendall, jeune modèle d'une beauté stupéfiante, que Bidgood a filmé dans les décors les plus kitch et les plus oniriques et ce, durant sept ans ! En effet, pendant ces années il partage sa vie avec Bobby dont il est le personnage central du film.

Quand, en 1971, Pink Narcissus sort enfin sur les écrans de New York, les lois sont devenues plus tolérantes et certaines productions font alors du nu. Ce qui n'empêche pas Pink Narcissus, de par son style subtilement décalé, de devenir un film culte. Il sera projeté, pendant trente ans, sans qu'on en connaisse l'auteur, dans les festivals homosexuels du monde entier.

Signé « anonymous » on l'attribua, tantôt à un producteur d'Hollywood qui aurait voulu cacher son homosexualité, tantôt à un poète ou à des auteurs tel Kenneth Anger.

Les travaux de Bidgood furent publiés, en 1999, par les Éditions Taschen [1]. Ils situent parfaitement la frontière entre l'art et l'érotisme homosexuel : les costumes et les décors ajustent les fantasmes les plus variés qui s'enchaînent dans une vision parfaitement jubilatoire. Bien plus que «kitch», les photographies de Bidgood, par l'excès des couleurs et des décors excentriques, stigmatisent la négation de l'authentique, le refus du réel : elles offrent la représentation surréaliste d'un monde peuplé de corps désirés et d'objets sublimés.

Le film de Bidgood est bien l'art du bonheur, celui de mettre en scène des rêves et des désirs, mais c'est sans doute aussi la trace indélébile d'une histoire d'amour personnelle dont James Bidgood garde le secret.


[1] À lire : James Bidgood, texte de Bruce Benderson, Éditions Taschen, 1999, ISBN : 3822874272

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Foucault et l'art de l'« inservitude »

Publié le par Jean-Yves

[…] il est une notion qu’il (Foucault) aimait à placer au centre de sa réflexion, dans les dernières années de sa vie, c’est […] celle d’«actualité». Dans plusieurs textes célèbres, il définit la tâche du philosophe et de l’activité philosophique en ces termes : «faire le diagnostic du présent».



C’est-à-dire essayer de comprendre ce que nous sommes, et comment nous le sommes devenus. Avec pour objectif de transformer ce présent, et de nous transformer nous-mêmes.


C’est pourquoi l’on peut dire que toute la pensée de Foucault se trouve condensée dans cette idée […]. Si ce que nous sommes a été produit par l’histoire, il s’agit de remonter, par le moyen du travail historique, jusqu’au moment d’émergence de telle ou telle institution qui nous paraît «naturelle», «évidente», mais dont la recherche dans les archives montre qu’elle a été inventée à une époque donnée, après avoir existé sous forme de projets, de discours, de réformes envisagées, de savoirs mobilisés à cette fin… C’est toute cette pensée sédimentée dans les institutions qu’il s’agit de retrouver et de restituer, pour en défaire la puissance souterraine et souveraine.


L’exemple le plus éclatant d’une telle enquête dans les arcanes de l’histoire est, bien sûr, le grand livre sur la «naissance de la prison» qu’est «Surveiller et punir» (1975). Mais cela vaut aussi pour l’«Histoire de la sexualité», qui s’interroge sur la constitution historique de ce que nous appelons la sexualité et sur l’émergence de cette idée, somme toute assez étrange, que le sexe constituerait la vérité profonde du sujet humain considéré comme un «sujet de désir» – une vérité que la psychanalyse, héritière en cela de la confession chrétienne, se donne pour tâche de porter au jour. Reconstituer l’apparition historique du «sujet» et du «sujet de désir» vaut alors comme une mise en question radicale de la psychanalyse et de tout ce que Foucault range sous la rubrique de la « fonction psy ».


On voit que la pratique généalogique […] ne saurait être dissociée de la démarche critique. Il s’agit d’apercevoir de quelle manière tous ces héritages du passé nous façonnent, définissent nos manières d’être, nos gestes les plus quotidiens, nos croyances les mieux installées. Soumettre ces héritages au regard critique, c’est se donner la possibilité d’en desserrer l’étau, et par conséquent de repousser les limites imposées à notre liberté par les pesanteurs de l’histoire. La généalogie n’est que le moyen de la critique : elle est le labeur lent et patient qui donne forme à « l’impatience de la liberté ». Il est impossible, par conséquent, de parler d’une philosophie de Foucault, d’une théorie foucaldienne. Car la critique ressortit plutôt à une attitude et même, nous dit Foucault, à un ethos qu’à une théorie.


Le travail philosophique ne consiste pas à appliquer une doctrine, mais à mettre cet ethos critique au contact des réalités qui nous entourent, nous menacent, nous assujettissent. Ce qui explique d’ailleurs pourquoi Foucault n’hésitait pas à déclarer que l’on pouvait considérer chacun de ses livres comme un «fragment d’autobiographie» : c’est là où dans sa vie il ressentait un malaise, là où les institutions auxquelles il avait affaire lui semblaient marquées par des dysfonctionnements et suscitaient en lui une inquiétude que surgissait la nécessité de l’analyse, indissociablement théorique et politique.


L’écart, la rétivité, le refus d’admettre le monde tel qu’il est deviennent les points de départ de l’entreprise philosophique : écrire revient à développer «l’art de l’inservitude», à pratiquer « l’indocilité réfléchie ».[…]


■ Extraits du Nouvel Observateur, Didier Eribon, 21 octobre 2004


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