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Un instant d'abandon, Philippe Besson

Publié le par Jean-Yves Alt

L'histoire commence dans une petite ville de pêcheurs, plutôt triste et grise, peu fréquentée par les touristes. C'est l'automne. Il pleut. Un homme, Thomas Sheppard, boiteux et maigrichon, revient chez lui. Ce faisant, il ramène aussi tout un passé que les habitants n'ont pas envie de remuer. Pour eux, l'affaire est définitivement jugée.

Tout remonte cinq années auparavant : Thomas Sheppard avait décidé de partir en bateau avec son fils de 8 ans, malgré l'avis de tempête annoncé. Quelques heures plus tard, il est rentré seul. Sa femme et la population n'ont pas manqué de l'accuser de la mort de son enfant. Les langues les plus virulentes ont alors déclaré qu'il avait sans doute dû jeter par-dessus bord son propre fils. La justice l'a reconnu coupable d'homicide non intentionnel. Il a alors été incarcéré.

La peine effectuée, il revient chez lui, dans cette ville qui pourtant ne veut plus de lui. Il y rencontre deux personnages, Rajiv, l'épicier pakistanais, et Betty, la vendeuse de journaux, deux destins bousculés comme lui et qui ne le rejettent pas. Peut-il encore reconstruire quelque chose ici ? Le "retour" du mystérieux Luke apportera-t-il une réponse à cette question ?

La narration est envoûtante. En donnant la parole, essentiellement à Thomas Sheppard, l'auteur nous permet de nous méfier des évidences comme celles prononcées définitivement par la population (Un père infanticide reste à tout jamais impardonnable). Philippe Besson a l'art de révéler de façon progressive et sensible, les petits secrets de chacun, interrogeant par là-même les culpabilités cachées et partagées. Il est impossible de lâcher le livre avant d'avoir "entendu" tout ce que "sait" Thomas et tout ce qu'il a accepté. Et on découvre alors un homme qui s'interroge sur sa vie, sur sa culpabilité, sur la vérité dans les relations inter-personnelles, sur le désir (peut-on reprocher à personne de ne pas avoir désiré quelque chose ou quelqu'un ?), sur l'acceptation ou le rejet des convenances sociales et/ou culturelles, sur l'enfermement physique et psychique…

Il y a quelque chose de religieux dans la narration de l'auteur. D'abord, par les titres de chacun des quatre chapitres (1.Thomas ou le pécheur, 2.Rajiv ou la faute, 3.Betty ou le châtiment, 4.Luke ou le salut). Ensuite, par l'ensemble de la narration qui accompagne Thomas et le lecteur, du péché au salut : l'histoire de Thomas Sheppard ainsi racontée est une métaphore de la confession qui s'effectue dans la douleur afin d'approcher une rédemption humaine.

On peut se demander pourquoi Thomas est revenu chez lui. Pas pour les autres, c'est certain. Pas pour prouver sa non-culpabilité : la partie aurait été à l'avance perdue avec la population en dehors de Rajiv et de Betty. Peut-être pour faire face à sa part d'innocence. Pour la partager aussi. C'est là que Rajiv, le pakistanais, et Betty, la fille-mère, interviennent à l'image d'un prêtre dans le confessionnal. A la différence que Betty, n'est pas "neutre" ; elle voit en Thomas sa dernière chance. Thomas va-t-il se lancer avec elle comme il l'avait fait avec Marianne, sa première épouse ?

N'oublions pas que Philippe Besson adore brouiller les pistes : en annonçant le retour de Luke, Thomas va-t-il mettre fin à un début d'idylle entre lui et Betty ? Et qui donc est ce Luke ? Quand et avec qui Thomas acceptera-t-il un instant d'abandon ?

■ Un instant d'abandon, Philippe Besson, éditions Julliard, 18 août 2005, ISBN : 2260016812


Lire aussi sur ce blog : Le commentaire de Olivier Maison paru dans Marianne


Du même auteur : Les jours fragiles - La trahison de Thomas Spencer

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Escalier C, Elvire Murail

Publié le par Jean-Yves

Escalier C tient, à la fois, de la galerie de portraits et de la chronique familiale. Famille d'élection puisqu'elle rassemble les voisins d'un immeuble new-yorkais.



L'un d'eux, Forster Tuncurry, est le narrateur des histoires d'amour et d'amitié, des passions et des rancœurs, des joies et des peines de ces quelques personnages réunis par le hasard autour de l'escalier C. Forster Tuncurry, qui se présente lui-même comme un beau garçon dans la trentaine, est un critique d'art redouté pour son intransigeance et ses discours provocateurs. Intelligent et cynique, il a une bête noire : les attachées de presse de galeries d'art. [Ce qui donne, d'ailleurs, quelques scènes d'une ironie grinçante qui dépassent, et de loin, le strict cadre du roman.]


Les voisins sont au nombre de quatre, du moins pour les plus importants : Bruce Conway, une grande gueule sympathique qui manie tour à tour la bonhomie et le ressentiment, Béatrix Holt et Virgil Sparks, un couple infernal qui ponctue de scènes de ménage incessantes la vie diurne et nocturne de l'immeuble, et enfin Coleen Shepherd, dessinateur de mode, jeune, riche, beau et homosexuel.


Ce joli monde vogue d'un appartement à l'autre, au hasard des petits déjeuners et des grands dîners, sans compter le temps passé sur le palier à deviser gaiement de choses et d'autres. Les deux personnages les plus passionnants du lot sont, sans conteste, Forster Tuncurry et Coleen Shepherd. L'un est un homme hétéro de l'espèce la plus macho, l'autre un garçon à l'apparence fragile qu'on voit, au début du livre, se laisser rouer de coups par une brute qui n'assume pas son homosexualité.


Au fil des événements qui rythment la vie agitée de la "famille" de l'escalier C, le lecteur voit s'opérer une insensible mais inéluctable modification des rapports entre le critique d'art sûr de lui et dominateur et le dessinateur de mode tendre et secret sans pour autant que la situation tienne du vaudeville à la sauce gay.


Escalier C est un roman assez exceptionnel par son mélange d'humour et de tendresse. Ecrit avec beaucoup d'efficacité - les dialogues sont rapides et percutants - c'est un formidable hymne à la joie de vivre, plein de sensibilité, se démarquant avec talent des textes où le nombrilisme tient lieu d'imagination.


Éditions Ecole des loisirs, Collection : Médium Poche, 1999 (réédition), ISBN : 221101836X


Du même auteur : La plume de perroquet


Lire aussi la chronique de Lionel Labosse sur son site altersexualité.com


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Lire, c'est prendre le pouvoir

Publié le par Jean-Yves

Extraits d'une rencontre avec l'Argentin Alberto Manguel, parue dans Télérama n°2878 - 12 mars 2005


[...] La lecture est une conversation. Avec un livre, un auteur, soi. Lire, c'est demander une présence. Lire, c'est découvrir, c'est aussi relire, au gré de ses désirs. C'est dialoguer avec le passé. C'est apprendre à penser, à repousser les limites, les nôtres, et même celles du livre que l'on lit. Lire, c'est rechercher les ambiguïtés, sans cesse se poser des questions. Et chaque fois que nous allons plus loin, nous nous éloignons d'une réponse facile. Dans la littérature, il n'y a pas de réponses monosyllabiques - oui, non -, que des espaces ouverts. Les résolutions simplistes, nous les trouvons dans les sitcoms, ou chez Paulo Coelho. Lire, c'est apprendre sur soi, c'est appréhender le monde. C'est prendre la liberté, le pouvoir. [...]


Il ne suffit pas de savoir lire pour être un lecteur. La lecture est une activité élitiste. Mais c'est une élite à laquelle tout le monde peut appartenir. Depuis des décennies, on donne à la difficulté un sens négatif. Mais c'est par la difficulté que nous atteignons les étoiles ! Et par la lenteur. Il faut du temps. Or, dans une société où tout va vite, où l'on croit obtenir tout sans effort, difficulté et lenteur sont des expériences que l'on rejette. Au bout de l'effort, pourtant, il y a le plaisir. [...]


Je n'écris pas pour soulager le monde ! Si les lecteurs ne veulent pas être dérangés, qu'ils lisent Amélie Nothomb. Enseigner, comme lire, est difficile et demande du temps. Les enseignants sont piégés : ils sont censés éveiller la curiosité, apprendre aux étudiants à penser par eux-mêmes, et, en même temps, ils ont l'obligation de leur faire respecter les codes d'une société qui refuse que l'individu pense par lui-même ! L'école prépare à lire de la propagande : ce qui est superficiel, qui défile sur des écrans, slogans, publicités, etc. Je prends l'exemple de Pinocchio. En bon pantin, il lit les mots, mais ne les digère pas, il les répète comme un perroquet. Il est incapable d'incarner un texte, d'en déceler les richesses, à savoir les ambiguïtés... La pensée, la réflexion fonctionnent comme un muscle. Si on ne s'en sert pas, il s'atrophie. Les professeurs n'ont pas d'autre choix que d'entrer en résistance. [...]




Dernier ouvrage d'Alberto Manguel :

Pinocchio & Robinson : Pour une éthique de la lecture, Alberto Manguel, Éditeur : L' Escampette, février 2005, ISBN : 2914387598

Présentation de l'éditeur : Alberto Manguel est né à Buenos Aires en 1948. À 16 ans, il rencontre Borges devenu aveugle et lui fait la lecture, le soir, pendant deux ans. Manguel en retiendra que la vraie mesure de la littérature est le plaisir et l'émerveillement qu'elle nous apporte. Essayiste, traducteur, anthologiste, éditeur et, depuis peu, auteur de fiction, il a publié, en plusieurs langues, une bibliographie impressionnante dont le fil rouge explore la relation entre l'art de lire et le monde. Convaincu de la métamorphose que la littérature permet au lecteur, Manguel nous rappelle que " parfois, au-delà des intentions de l'auteur et au-delà des espoirs du lecteur, un livre peut nous rendre meilleurs et plus sages. " (Dans la forêt du miroir) Il dirige actuellement la collection Le Cabinet de lecture chez Actes Sud et a posé, quelque part en France, ses valises et sa formidable bibliothèque de plus de 30 000 volumes... Pinocchio & Robinson est un acte de foi absolue en la littérature, une parole d'amour envers les livres et, ce faisant, une tranquille - et impitoyable - dénonciation des fausses valeurs qui encombrent les rayonnages des librairies et des bibliothèques.



Lire aussi sur ce blog : L’invention d'Alberto Manguel


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Contre la normalisation : entretien avec Marcela Iacub

Publié le par Jean-Yves

■ Qu'est-ce qu'un «antimanuel» d'éducation sexuelle ?

Ce n'est surtout pas un livre de sexologie. C'est un exposé de la manière dont le droit français a fait la révolution des mœurs depuis trente ans, aussi bien du point de vue pénal que civil. On a mis un accent particulier sur la criminalité sexuelle montrant ses dérives pour des raisons que nous essayons d'expliciter : la psychologisation de l'interprétation des normes, les problèmes de procédure en ce qui concerne les preuves ainsi que la longueur et le type de peines que l'on réserve à ces infractions. Mais nous montrons aussi tout l'aspect civil de la révolution des mœurs : les nouvelles règles concernant le couple, la filiation, la liberté procréative.  

 

■ Que reprochez-vous à l'action du droit et de la justice ?

A part la question pénale que je viens d'évoquer, il y a aussi un problème entre les principes politiques affichés par la révolution des mœurs et ses concrétisations. Considérons la situation qui est réservée à la prostitution. On a largement admis que l'acte sexuel était licite à partir du moment où il est consenti entre adultes. Le fait de persécuter la prostitution est contraire à ce principe. On n'a pas à savoir pourquoi les gens sont consentants: il n'est pas obligatoire d'être amoureux ou de vouloir se reproduire pour consentir à un rapport sexueL On ne cherche pas à savoir si une femme mariée couche avec son mari parce qu'elle en a envie, parce qu'il lui fait des cadeaux, ou parce que sinon il se fâche. Pourquoi le ferait-on dans le cadre de la prostitution ? D'autres paradoxes sont à soulever dans le domaine familial et reproductif. On a insisté sur le fait que la procréation et la filiation devaient être volontaires et on se retrouve avec des pères forcés à le devenir du fait d'avoir eu des rapports sexuels avec une femme. On soulève bien d'autres paradoxes dans le livre.

 

■ Que voyez-vous derrière cette intrusion du regard de l'Etat dans la sexualité ?

Ce qui me gêne, à ce propos, c'est la manière dont l'Etat s'occupe de signifier ce que doit être la valeur de la sexualité pour tout un chacun. Ce faisant, il impose un modèle de normalité sexuelle. On veut toujours donner une signification unique à la sexualité : quelque chose d'intime, qui sert - à tisser des liens affectifs ou sociaux avec les autres. La prostitution, le sexe furtif, cela gêne parce que cela ne crée pas de lien. Il y a toujours l'idée qu'il faut racheter le sexe par l'amour ou la reproduction. La normalisation consiste à faire comprendre aux gens que la sexualité engage leur subjectivité. On pourrait dire que le sexe est devenu le lieu de l'âme : «Le sexe, c'est moi.» En tant qu'opinion, cette idée est respectable. Mais l'Etat n'a pas à imposer une conception particulière du sexe à tout le monde. Il doit avoir une attitude neutre. La définition de la valeur qu'a pour chacun la sexualité doit être élaborée par la morale et non par le droit. Une société «postsexuelle» serait celle dans laquelle l'Etat ne s'occuperait plus de dire ce que doit signifier notre sexualité, mais se limiterait à nous protéger contre les violences.

 

■ Il peut exister une demande de règles nouvelles. Que faites-vous de la recherche de l'égalité entre les sexes ?

Les discours féministes critiques de la demande sexuelle masculine, de la prostitution, de la pornographie ou de l'échangisme font de la sexualité le lieu des rapports de pouvoir entre les sexes. Pour moi c'est une erreur. A l'heure actuelle, on ne peut pas soutenir que l'inégalité entre les sexes passe par la sexualité. C'est dans la sphère familiale qu'elle se crée. C'est le rôle que la femme a pris en matière de reproduction qui est à l'origine des inégalités économiques, politiques et professionnelles entre les sexes.

 

Sciences Humaines n°163, propos recueillis par Nicolas Journet, août-septembre 2005  

 

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Les lunettes d'or, un film de Giuliano Montaldo (1987)

Publié le par Jean-Yves

Italie, 1936. Le docteur Fadigati tombe amoureux d'un boxeur. Scandale dans la bonne société de sa ville, Ferrare. David, un jeune Juif, comprend que le destin du docteur rejoint celui de sa race. Bientôt, Mussolini fera déporter les juifs et les homosexuels.


Riccione, une petite ville balnéaire de l'Italie en 1936. Dans les jardins d'un luxueux hôtel, une bande de jeunes gens plutôt aisés discutent d'un grand jeu d'équipe auquel ils vont participer Au fond du jardin apparaît soudain une superbe Alfa-Roméo rouge vif, conduite par un garçon beau comme un dieu grec. La voiture stoppe. Le garçon descend, aussitôt fêté par les jeunes filles de la bande, devant lesquelles il parade un moment. Il y a du soleil, la mer est bleue, toute proche. On pourrait croire que l'ambiance est à la détente, à la joie de vivre... Pourtant, parmi les jeunes gens, il en est un qui est resté sombre. C'est David (Rupert Everett), le narrateur des «Lunettes d'or». Une nouvelle de Giorgio Bassani qui date de 1958, que Giuliano Montaldo a adaptée pour le cinéma.


Dans les salons de l'hôtel, derrière les rideaux de la fenêtre, un homme d'une cinquantaine d'années (Philippe Noiret) regarde la scène avec nostalgie. C'est lui qui a offert cette voiture au beau Deliliers (Nicolas Farron). Sur son visage, on peut lire tout le désenchantement, toute la tristesse des gens qui savent qu'on ne les aimera jamais vraiment pour eux-mêmes. Cet homme, c'est le docteur Fadigati. Il est installé à Ferrare, où il jouit de la meilleure réputation. Intelligent, fin, cultivé, amateur de belles lettres et d'opéra, une seule question plane sur son passage : pourquoi ne s'est-il jamais marié ? Pourquoi voit-on parfois scintiller ses célèbres lunettes montures dorées dans l'obscurité de certains endroits louches ?


Et un jour, la vérité éclate : Fadigati est homosexuel. Dans le train qu'il prend chaque jour pour Bologne, il doit alors faire face aux réflexions à double sens d'une bande de jeunes qui font le trajet avec lui. Parmi eux, David, jeune juif de Ferrare. Et Deliliers, un boxeur ambitieux dont la beauté fait des ravages dans toute la région. Quelques mois plus tard, Fadigati provoque un véritable scandale : le beau Deliliers, a compris tout le parti qu'il pourrait tirer d'une liaison avec ce riche docteur. Il est devenu son amant. Les deux hommes, en vacances à Riccione, s'affichent publiquement sur la plage et à l'hôtel. Pour tous les Ferrarais en villégiature dans le coin, ils deviennent les "tourtereaux". La fin de l'histoire sera tristement classique. Deliliers dépouillera son protecteur de sa fortune, et Fadigati perdra sa clientèle. Il se retrouvera seul et pauvre, dans un petit appartement, et finira par se suicider en se jetant dans le Pô.


Drame de l'homosexualité, penserez-vous. Le déclin du bon docteur ferrarais sur fond d'images estivales va-t-il ressembler à la marche vers la mort d'un certain Aschenbach, poursuivant l'image de la beauté dans les ruelles de Venise ? Je n'ai pas vu ce film ainsi. Plus qu'un film sur l'homosexualité, les "Lunettes d'or", c'est la rencontre de deux solitudes. Celle de Fadigati, et celle de David, le narrateur.


Nous sommes en 1936, au sein de la communauté juive de Ferrare. David est très jeune, mais il a compris que des événements graves se préparent. Les premières lois raciales vont être votées en Italie. Beaucoup de Juifs de Ferrare se font encore des illusions sur Mussolini. On pense qu'il ne suivra pas Hitler jusqu'au bout. Pourtant, on commence déjà à arrêter des professeurs parce qu'ils sont juifs... A la fin du film, David se retrouve abandonné par sa maîtresse Nora (Valeria Golino), qui se convertit au catholicisme par peur du racisme. C'est le moment où Fadigati est abandonné par Deliliers. Malgré leur différence d'âge, les deux hommes se rencontrent un instant...



Philippe Noiret dans le rôle du docteur Fadigati incarne un homosexuel "banalisé", à peine un peu trop soigné, sans manières efféminées.


On voit aussi poindre un autre personnage important de l’œuvre : la ville de Ferrare. Bassini est l'écrivain de Ferrare. Presque toutes ses nouvelles font le portrait de ces petits provinciaux conformistes, ligotés par la peur du scandale, et dont l'irresponsabilité amènera les fascistes au pouvoir. Ferrare où on n'échappe pas au regard des autres, Ferrare et sa communauté juive. Autre douloureux chapitre de cette période.


Pour incarner David, l'étudiant juif qui jette un regard inquiet sur les événements, Giuliano Montaldo a choisi Rupert Everett : son rôle est plutôt passif. Il ne fait rien. Il sert surtout à faire réagir les personnages. Un rôle où tout est intérieur.


Le personnage de Deliliers a été légèrement modifié par rapport à la nouvelle de Bassani. Dans le livre, il est très cynique. Dans le film, on sent à plusieurs reprises qu'il estime vraiment Fadigati. Comme s'il se cherchait un père. C'est un peu un exhibitionniste. Il veut ressembler aux riches, avec une belle voiture, être le plus élégant de Ferrare. Il a une revanche à prendre. C'est peut-être pour ça qu'il fait de la boxe.


Les personnages de Bassani ont bien existé. Parfois, ils ont plusieurs modèles. Le vrai Fadigati ne s'est pas suicidé. Il a été assassiné par des partisans parce qu'il était tombé amoureux d'un jeune fasciste.


Dans le livre de Bassani, il y a encore un autre personnage important, la signora Lavezzoli (jouée par Stefania Sandrelli). C'est une femme stupide et écervelée qui, par ses propos, symbolise bien le manque de clairvoyance de la bourgeoisie ferraraise.


Ce film nous montre qu'à un moment de l'histoire, la destinée d'un homosexuel a pu coïncider avec celle de toute la communauté juive, condamnée à disparaître par une société "bien-pensante".


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