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4 000 ans d'homosexualité

Publié le par Jean-Yves Alt

En 1984, Dominique Fernandez écrivait la préface de l'anthologie de Michel Larivière : Les amours masculines, Anthologie de l'homosexualité dans la littérature (1)

Dans cette préface sous le titre de : "Grandeur et décadence de la culture homosexuelle", Dominique Fernandez faisait une étude passionnante sur l'évolution de la littérature quant aux émergences de l'amour au masculin, malgré un exposé trop court, mais magistralement écrit et qui portait les germes d'un véritable essai.

Dominique Fernandez n'était pas tendre pour son époque, du moins quant à sa production romanesque gaie :

« Valait-il la peine de se battre avec tant d'énergie pour que la vie homosexuelle eût accès à la littérature, si le résultat doit être cette culture subalterne, réservée à ceux qui, se moquant de la qualité littéraire d'une œuvre pourvu qu'elle leur parle d'eux et leurs problèmes, ouvrent un livre "gay" sans autre ambition que d'y trouver la même chose que ce que leur offre leur journal spécialisé, où les articles de fond sont lus moins avidement que les colonnes des petites annonces ? »

Dominique Fernandez signalait deux dates qui, à des titres différents, jouent un rôle important dans le rapport de l'individu à son homosexualité et par conséquent dans la liberté de l'écrivain qui veut dire son amour des garçons :

- 1869 voit l'ordre économique nommer l'homosexuel pour mieux le fustiger, n'admettant pas une déviance qui trouble le principe de procréation.

- 1968 voit éclore un espoir de liberté. C'est entre ces deux dates (un siècle) que Dominique Fernandez situe - et cela peut paraître paradoxal - à la fois la dure clandestinité imposée au créateur homosexuel et la production la plus importante et la plus «littéraire» de la «culture homosexuelle».

Entendons-nous bien : les plus grands noms se situent entre ces dates que ce soit Verlaine, Wilde, Proust, Gide, Montherlant, Thomas Mann, Zweig et Martin du Gard sans oublier Green, Mishima, et Genet...

Et Fernandez s'expliquant sur cette décadence qui suit 68 :

« Parce que, voici le moment de le dire, le sexe est ce qu'il y a de moins intéressant, de moins important dans une culture homosexuelle. L'homosexualité n'a un rôle à jouer dans l'histoire générale de la culture que pour la fonction symbolique qu'elle exerce, comme refus de la normalité (mais pas seulement de la normalité sexuelle), comme choix de la marginalité (mais pas seulement de la marginalité sexuelle) ».

L'homosexuel est «quelqu'un que ne satisfait pas l'ordre en place et qui aspire sans cesse à un autre monde, à un ailleurs inconnu». Et il ajoutait : «compris de la sorte, le héros homosexuel s'inscrit dans la lignée des grands héros romanesques de la littérature universelle... Tout grand roman est l'histoire d'un homme seul ou d'une femme seule en lutte contre son milieu. L'homosexuel est donc un héros type de roman».

Je ne puis épuiser ici la densité des analyses de cette préface qui non seulement captive mais ouvre de vastes perspectives à une réflexion sur les différents modes de vie.

(1) ■ Les amours masculines : Anthologie de l'homosexualité dans la littérature, de Michel Larivière, Préface de Dominique Fernandez, Editions Lieu Commun, 1984, ISBN : 2867050278

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L'étoffe des héros, un film de Philip Kaufman (1983)

Publié le par Jean-Yves Alt

Vive l'Amérique et ses beaux pilotes

Il y a un peu plus de quarante ans, les Américains relèvent le défi : Non, les "méchants" Russes ne seront pas les premiers hommes sur la Lune ! L'étoffe des héros nous rappelle cette merveilleuse histoire de la conquête de l'espace.

Voilà l'exemple type de grande fresque historique (3h13 de projection) efficace et réussie. Philip Kaufman a eu l'ingénieuse idée de porter à l'écran les débuts de cette course dans l'espace que se livrèrent les deux super-puissances mondiales, avec un arrière goût d'anticommunisme, sublimé par l'héroïsme, la bravoure et la compétence d'une nation faite par des winners, des gagnants pour des gagnants !

Tout débute sur la base d'Edwards, où le pilote d'essai Chuck Yeager, (magnifique Sam Shepard ci-contre) réussit le premier passage du mur du son, le 14 octobre 1947. Grâce à sa renommée et à ses exploits, il contribuera au succès de la base d'Edwards, où se dérouleront les heures les plus glorieuses de l'aéronautique. Yeager est la figure même du héros mythique américain : audacieux, taciturne, fonceur. Il reste le modèle de tous les futurs astronautes qui s'essayeront dans cette course du "toujours plus". Les élèves affluent.

Le 9 avril 1959, sept noms s'étalent à la une des journaux : Shepard, Glenn, Carpenter, Grissom, Schirra, Cooper et Slayton. Ces hommes sont des pilotes d'essais, investis d'une mission très spéciale : l'Amérique les a choisis pour partir à la conquête de l'espace. Elle les a retenu pour leur courage, leur endurance, leur intelligence et leurs compétences techniques. Ils ont l'aura magique des champions ; ils ont l'étoffe des héros.

Mais le 12 avril 1961, Youri Gagarine est le premier homme dans l'espace. Un Russe, cela paraît inconcevable. Pour lui donner la réplique, le 25 mai 1961 John F. Kennedy prophétise devant le Congrès l'imminence d'une nouvelle aventure américaine. Il proclame venu «le moment pour cette nation, d'affirmer clairement sa vocation de guide dans l'espace» .

Le film reste fidèle à l'histoire, et s'intéresse tout spécialement aux huit héros. Tout commence par leur arrivée sur la base d'Edwards, où chacun rivalise de prouesses pour dépasser un record. Les épouses se réunissent entre elles, causeries pleurnichardes et dépressions : « Quel métier dangereux ! Que vais-je devenir s'il meurt, avec deux enfants sur les bras ? » Jusqu'au jour où le gouvernement américain, ne voulant pas se faire doubler par les Russes, s'enquiert des meilleurs d'entre eux, après une série de tests compliqués.

On découvre également l'empire de la presse. Life a décroché l'exclusivité des reportages : couvertures avec les sept couples (femmes et enfants compris), visites des maisons respectives et soirée au coin du feu avec les épouses, ces angoissées, mais aussi l'exclusivité des entraînements à la NASA.

Les sept pionniers s'insurgent, ils s'aperçoivent que sous le couvert d'être des héros, exemples de l'Amérique, ils sont aussi des cobayes. Les hommes politiques, Johnson en tête, crée un incident diplomatique car Mrs Glenn refuse de recevoir les caméras de la télévision le jour où son mari est dans l'espace. La pauvre est handicapée par un bégaiement, excluant toute prestation télévisuelle.

On ne s'ennuie pas un instant et on redécouvre avec bonheur les images qui ont fait les plus belles heures de notre télévision dans les années soixante. L'intérêt du film est dû principalement à la force du scénario qui n'hésite pas à épingler quelques comportements outranciers des Américains, même sous leur aspect le plus héroïque.

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Publicité italienne audacieuse ou tapageuse ?

Publié le par Jean-Yves Alt

Le photographe Oliviero Toscani (qui a déjà travaillé pour Benetton) vient de réaliser trois panneaux publicitaires pour la maison de prêt-à-porter RA-RE, envahissant depuis la rentrée les rues italiennes.

Sur ces panneaux, on voit deux hommes d'une quarantaine d'années qui s'embrassent, s'enlacent et se touchent le "paquet".

Cette campagne a déchaîné les ires des associations de consommateurs et celles de défense de l'éducation des enfants, soutenues cette fois-ci aussi par les défenseurs de la virilité latine.

Ce qui compte pour RA-RE et pour Toscani c'est que toute l'Italie ne parle plus que de ça : la main d'un homme sur le paquet d'un autre !

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Paradise Now, un film du réalisateur palestinien Hany Abu Assad (2005)

Publié le par Jean-Yves Alt

À Naplouse, deux amis d'enfance font un soir, sans crier gare, leurs adieux à leur vie ordinaire et à leur famille. Bientôt, ces jeunes hommes seront des héros de la cause palestinienne. Les deux kamikazes, malgré les doutes, veulent accomplir leur mission.

Je suis ressorti troublé de ce film. Si j'ai suivi avec un vif intérêt les préparatifs de l'attentat (jamais mis en images), la volonté de susciter l'émotion et l'attachement du spectateur pour les deux protagonistes m'a dérangé. Oui, ces hommes sont humains. Mais dois-je pour autant éprouver de la compassion ? Le réalisateur a-t-il eu raison de permettre aux spectateurs de s'identifier aux terroristes ? Je ne sais pas. Pour ma part, cette identification s'est opérée uniquement pour me poser des questions, et pas pour les glorifier.

J'ai apprécié par contre de voir que les auteurs de l'attentat aient une histoire, le plus souvent niée et qui pourtant explique le parcours qui les a conduit à ce geste. J'ai aimé à la fois les préparatifs des explosions et l'état d'esprit de ceux qui vont mourir même si je ne pourrai jamais totalement les comprendre.

Dans ce film, deux figures de la masculinité se font face : "Pères" humiliés, "pères" triomphants. Cette humiliation du père servira comme mobile aux fils perdus, gagnant leur "paradis" à coups de dynamite. Les femmes, quant à elles, y apparaissent comme les spectatrices douloureuses de la violence issue de l'honneur masculin bafoué.

Paradise Now remet en cause la croyance des Occidentaux qui rattachent ces attentats à une question religieuse alors que l'aspect mystique n'est que le moyen de donner au désespoir des Palestiniens une dimension qui les transcende. La justification religieuse n'a cours que parce qu'ils se sentent en position d'infériorité sociale et politique. La religion, instrumentalisée par ceux qui les poussent au suicide, leur donne - à tort - un nouvel argument de lutte, et leur permet aussi d'espérer. Jusqu'à se lancer dans un acte contraire aux fondements même de la religion.

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Une figure qui me marque : Buste reliquaire de Saint Césaire

Publié le par Jean-Yves Alt

Un visage, volontairement inexpressif, au regard fixe, insistant. Des mains hypertrophiées et très stylisées. L'une, ouverte, attirant, l'autre, index et majeur tendus, comme si elle allait me marquer au front. Image de souveraineté.

Cette sculpture me fait penser au Christ Roi dans sa mandorle à Vézelay ou Autun, aux statues en majesté de la Vierge, où tout se concentre en posture plus qu'en mouvement.

Frontalité, ostentation d'un corps-reliquaire, mais aussi d'un corps-livre, traité comme le plat d'une reliure : feuilles d'argent et de cuivre repoussées, gemmes et pierres. Un corps que l'orfèvre a voulu éloquent au-delà de la mort.

Un saint en majesté

Trésor de la spiritualité médiévale, ce type de reliquaire se multiplie aux XIe et XIIe siècles dans le sud de la Gaule, en Auvergne et en Aquitaine. Ces figures de saint à mi-corps, en bois revêtu de métal précieux, brillaient de toute leur majesté dans la pénombre des sanctuaires. On les rassemblait aussi, à l'occasion de «cérémonies d'ostension», comme celles des assemblées de la paix. Devant elles, les chevaliers juraient de respecter la paix de Dieu instituée par l'Église pour entraver les violences féodales.

Buste reliquaire de Saint Césaire

Eglise de Maurs (Cantal)

Des reliques déplacées

Au XIe siècle, le culte des saints connaît un nouvel essor, favorisé par la mise à l'abri, devant les invasions, de leurs reliques. Ces translations expliquent qu'on les ait honorés dans des lieux parfois très éloignés de leur sépulture originelle. Ainsi saint Césaire, évêque d'Arles qui a été l'objet d'une vénération dans sa ville refuge de Maurs.

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