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Le danseur de Manhattan, Andrew Holleran

Publié le par Jean-Yves

Malone est jeune, beau, américain et avocat. La révélation de son homosexualité le fait brusquement changer de monde et passer de l'austérité puritaine de Wall Street aux bas-fonds clinquants de Manhattan.




En compagnie de Sutherland, une star de haute volée qui lui sert de mentor, il parcourt une trajectoire fulgurante. Sutherland, folle scintillante et superbe, court de bosquets accueillants en fêtes délirantes, cultive l'aphorisme, se défonce avec délectation et lit Ortega y Gasset.


Malone, adulé et désiré, suit un itinéraire suicidaire et fascinant, fait à la fois d'hédonisme et d'insatisfaction, où la vie est conçue comme un spectacle auquel il convient de donner le plus de faste possible : recherche perpétuelle de l'excentrique, du choquant, de l'exagéré, du démesuré, esthétisme pur, transcendance du sordide en sublime, ivresse au-delà du baroque dont ni Malone ni Sutherland ne sont dupes.


« Que dire sur le succès ? Rien, mais les ratés, cette infime sous-espèce d'homosexuels, la folle perdue qui embraye et lance sa voiture par-dessus la falaise : voilà qui me fascine, les tantes qui se méprisent parce qu'elles en sont, et qui sombrent dans le vil et le sordide ».



L'un comme l'autre ont d'innombrables amants, vivent une sorte de surréalité enivrante ; mais le véritable héros de ce livre n'est-il pas aussi la ville de New-York dont la sourde pulsation, protéiforme et vénéneuse, en rythme chaque page...


Monde dérisoire que celui d'Andrew Holleran, qui sait de quoi il parle, avec une certaine distance et un regard ironique. Monde en quête d'absolu, malade à mourir de cette recherche mais qui s'habille chez Gucci ou dans la 5ème Avenue, qui passe ses journées dans les saunas ou en folles fêtes. Monde malade de cette recherche et qui ne sait trouver que les artifices du sexe.


Un roman drôle par le regard de dérision aimable, tendre par la fragilité des personnages et émouvant par ces rêves inaccessibles.



■ Éditions 10 X 18, Collection : Domaine étranger, septembre 2005 (réédition), ISBN : 2264039388



Du même auteur : Les nuits d'Aruba de Andrew Holleran


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To be or not to be, un film d'Alan Johnson (1983)

Publié le par Jean-Yves

Un film où le parti-pris du burlesque n'occulte pas la gravité. Inspiré de la comédie sur la Résistance polonaise réalisé en 1942 par Ernst Lubitsch, "To be or not to be" est d'un bout à l'autre imprégné de la présence envahissante et tentaculaire de Mel Brooks.


En août 1939, tandis que les troupes d'Hitler font tache d'huile sur la carte de l'Europe, et que la Pologne est à la veille de la guerre, Frederich Bronski (Mel Brooks) dirige à Varsovie un spectacle qui jouit d'un immense succès. Son registre : la danse, la chanson et le rire, excepté un extrait d'Hamlet que Bronski s'obstine à déclamer comme un tragédien et qu'il assassine chaque soir avec le même aveuglement de cabotin, sûr d'être génial. Depuis deux soirs, il est pourtant moins mauvais que d'habitude, car il a constaté, scandalisé, qu'un spectateur osait quitter la salle pendant la fameuse tirade "To be or not to be" : la fureur lui insuffle quelques accents de sincérité qui masquent son insupportable affectation. Le spectateur est le lieutenant Sobinski (Tim Matheson). Bronski court rejoindre sa femme Anna (Anne Bancroft, décédée en juin 2005, elle fut aussi l'épouse de Mel Brooks) dans sa loge : la star, victime de la mesquinerie et de la mégalomanie de son mari, a une prédilection pour les beaux garçons, tout comme son habilleur Sacha (James Haake) qui lui sert aussi de complice et de confident.


Mais la Pologne est envahie, la Gestapo réquisitionne le luxueux appartement des Bronski qui se réfugient chez Sacha, pendant que dans les sous-sols du théâtre se cachent la troupe et une famille juive. Sobinski rejoint Londres où il découvre qu'un des meneurs de la Résistance, le professeur Siletski (José Ferrer) est un traître acquis à l'idéologie nazie.


Le film va alors mêler tout ensemble l'amour et la jalousie, la peur et les actes de courage, la lucidité et l'inconscience, le rire et l'émotion, sur fond d'histoire d'espionnage qui, à l'issue d'une suite de gags, débouche sur un monumental pied-de-nez à Hitler.


Retour de Sobinski à Varsovie aux trousses de Siletski qu'il a mission de supprimer, installation du couple Bronski et de leur chien Mutki dans le minuscule appartement de l'habilleur Sacha, transformations de Bronski en officier nazi, en Siletski et, pour finir, en Hitler lui-même, spectacle de la troupe devant une salle remplie de soldats allemands et le Führer (le vrai !) venu se distraire à Varsovie, fuite de toute l'équipe de Bronski dans le propre avion privé d'Hitler et cap sur l'Angleterre, ce ne sont que les repères autour desquels fusent les situations comiques, trop nombreuses pour être; toutes évoquées.


Hitler et le nazisme sont ridiculisés au dernier degré sans que cela interfère un seul instant avec l'aspect tragique que revêtent les événements. Jamais le comique ne vient affaiblir la réalité des souffrances et du drame vécu par la Pologne d'une part, et par les minorités juive et... homosexuelle d'autre part. Le film est d'une rigoureuse honnêteté sur ces deux points, comme en témoignent certaines répliques que j'ai relevées dans la bouche de Mel Brooks :


« Tout le monde nous piétine, la Pologne sera-t-elle éternellement le paillasson de l'Europe ? »

« Sans juifs, sans pédés, sans gitans, il n'y a pas de théâtre ! ».


La chasse aux pédés est d'ailleurs étroitement associée à la chasse aux juifs tout au long de "To be or not to be". Sacha, l'habilleur d'Anna, est une "folle" caricaturale, efféminée et servile, qui saura cependant se montrer courageux et héroïque lorsque, grâce à son sang-froid, "elle" sauvera la fuite de la troupe et de la famille juive un instant compromise par une grand-mère paniquée.


On a un serrement de cœur quand Anna est arrêtée et doit se rendre dans les bureaux de la Gestapo ; on en a un autre quand Sacha fixe sur son manteau l'horrible triangle rose, puis quand il accourt éperdu auprès d'Anna : «Cache-moi, ils raflent tous les homosexuels !», et quand finalement on vient le chercher jusque sur la scène où Anna a tenté de maquiller sa grande carcasse (le subterfuge de Sacha en danseuse est bien vite dévoilé).


Mel Brooks évidemment est au centre des effets burlesques. Dans l'affaire d'espionnage, il est d'abord totalement "largué", ne comprend rien à ce qui arrive, fait preuve de courage par pur cabotinage et par pure mégalomanie, par amour pour son personnage et pour la performance. Il ne prendra conscience des véritables enjeux qu'une fois embarqué dans son processus de mystification, qu'il sera contraint de réussir pour survivre. La façon dont il se joue de l'officier allemand Erhardt (Charles Durning), grosse bedaine abrutie par la hiérarchie totalitaire, offre des moments de franche hilarité. C'est l'illustration comique et moderne du vieux combat du peuple hébreu contre les envahisseurs philistins, avec la victoire de David contre Goliath et tout son contenu symbolique.


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Furyo (Merry Christmas, Mr. Lawrence), un film de Nagisa Oshima (1983)

Publié le par Jean-Yves

En 1942, à Java, le capitaine Yonoï (Ryuichi Sakamoto) dirige un camp de prisonniers de guerre (furyo = prisonnier de guerre en japonais ).



La liaison entre geôliers japonais et détenus anglais, rendue difficile par la disparité des cultures, se fait grâce au lieutenant-colonel Lawrence (Tom Conti), un ancien diplomate. Le sergent Hara (Takeshi Kitano) est devenu son ami. Un nouveau prisonnier arrive un jour, le major Jack Celliers (David Bowie). Yonoï, attiré malgré lui par l'Anglais, se met en devoir de rallier les deux hommes à sa philosophie...


L'EMPIRE DES HOMMES


L'univers carcéral en temps de guerre avait déjà suscité de nombreux longs-métrages (Le pont de la rivière Kwaï). Nagisa Oshima, après avoir lu, "The Seed and The Sower" de Sir Laurens Van der Post (1963), a décidé d'en faire un film et en a réussi une superbe adaptation.


Une histoire d'hommes, d'amitié virile (il n'y a aucun élément féminin) sublimée par la fascination des deux héros et la découverte de deux cultures : pour ce faire, le réalisateur, Nagisa Oshima a réuni deux stars très populaires, David Bowie, le major Jack Celliers, officier d'élite qui s'est rendu aux mains des Japonais, et Ryuichi Sakamoto, le capitaine Yonoï qui en fait son captif et tente de l'impressionner en prenant bien soin de ne rien laisser paraître derrière un faciès impassible.


Le film est axé sur la découverte et la crainte qu'éprouvent ces deux hommes pris au piège de la guerre, dans un lieu clos, le camp, propre à l'éclosion de tout sentiment. Le choc des cultures les sauvera-t-il d'un inextricable corridor dans lequel se sont enfermées leurs consciences, révélés l'un à l'autre par leur éducation et leur sens du devoir et des convenances ?



David Bowie dresse un portrait inattendu d'officier franc-tireur, volontairement incarcéré et aux prises avec sa hargne, sa fougue et ses contradictions.

Face à lui, superbe officier nippon, figure maquillée des ornements guerriers, frondeur et téméraire dans la tradition samouraï, prêt au sacrifice final pour la survie de l'armée, le capitaine Yonoï, ange exterminateur sorti tout droit de l'œuvre de Mishima, abuse et profite de sa position pour l'accomplissement d'une lente et cruelle dualité sado-masochiste.


Oshima aborde aussi le tabou de l'homosexualité dans un film de guerre. Mis à part la première scène du film où l'on apprend la sodomisation d'un prisonnier hollandais, l'homosexualité est montrée à travers son expression "spirituelle" et verbale.


Yonoï admire beaucoup Celliers, avec une fascination homosexuelle - mais qui existe aussi entre les deux autres officiers (Lawrence et Hara) et se répercute sur les quatre personnages. Le schéma fondamental est le suivant : Lawrence représente un type d'esprit cartésien, logicien, face aux Japonais qui incarnent l'esprit absolument illogique, imprévisible, des divinités nippones. Celliers est à sa façon un autre élément illogique (à la façon occidentale) et qui, par son arrivée, déclenche de nouveaux "rapports".


Il ne faut pas manquer de souligner la remarquable interprétation du chanteur Ryuichi Sakamoto qui est le fondateur du groupe "Yellow Magie Orchestra".


Le film aurait mérité une palme d'or ainsi que des prix d'interprétation ; il en fut autrement…


Furyo, le roman de Laurens Van der Post


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A l'école… il faut bien s'occuper... (6/6)

Publié le par Jean-Yves

« L'émulation est saine, tous les élèves de perfectionnement s'activent, une main sous la table, ça y va sec, en général les grandes compétitions masturbatoires coïncident avec l'arrivée du printemps. »

« Il (le maître) fait semblant de ne pas voir les grattouillages compulsifs des petits au travers de leur cache-misère, il tolère les réassurances davantage élaborées des moyens quand ils s'octroient une paluche discrète dans la poche, il autorise même les grands à retourner aux gogues cinq minutes après la fin de la récréation, un par un évidemment. »

(Cette tolérance n'est concevable, bien évidemment, qu'avec les "débiles" d'une classe de perfectionnement).


■ Daniel Zimmermann, Le Gogol (1987)

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Another Country, un film de Marek Kanievska (1984)

Publié le par Jean-Yves Alt

Amitiés particulières

Another Country est exclusivement un film de garçons.

De beaux garçons, du meilleur style BCBG. Vous verrez apparaître seulement deux femmes dans ce long-métrage de l'anglo-polonais Marek Kanievska, et fort rapidement.

On nous emmène d'abord à Moscou, de nos jours, dans l'appartement très simple d'un vieil homosexuel anglais au faciès ratatiné : une journaliste américaine est venue lui demander pourquoi, dans les années 30, il a décidé de devenir un espion à la solde des Russes.

Retour en arrière : dans une des public-schools les plus huppées du pays.

On pénètre dans un univers totalement clos, régi par un code particulier d'inspiration militariste, avec sa hiérarchie rigide réglée selon l'âge et la valeur des étudiants.

Derrière cette façade où se manifestent le goût pour l'apparat et le formalisme, cette communauté d'enfants, d'adolescents et, déjà, de jeunes hommes de bonne famille, se livre à une vie souterraine : c'est le domaine du cœur, du sexe et des passions.

Tout est permis pourvu qu'on ne laisse à personne la possibilité de vous confondre, de dévoiler officiellement, preuve à l'appui, vos turpitudes : c'est le risque de l'aventure, et il peut être grave, car la publicité d'une liaison homosexuelle dans le collège entraînera l'humiliation pour le malheureux imprudent. Revers hypocrite et perfide du clinquant solennel et de ses apparences, trompeuses bien sûr, de loyauté et d'honneur.

Le jeune Guy Bennett (Rupert Everett) fera les frais de ce système. Amoureux d'un beau blond qu'il parvient à séduire, mais trop peu discret et trop sûr de lui, il découvrira à la faveur d'une rivalité pour le poste le plus élevé de la hiérarchie étudiante dans le collège, le vrai visage de ses «amis». Seul le séduisant Judd (Colin Firth), marxiste convaincu (mais hétéro à 100 %) se montrera loyal envers lui à l'heure du scandale. Deux marginalités se rejoignent face au consensus, sauf que Judd est toujours demeuré un marginal respecté de tous ; être communiste paraissait original mais pas infamant, contrairement à l'homosexualité, répandue mais méprisable dès qu'elle franchissait le seuil de la confidence. On comprend alors que Guy, écœuré par un système qui l'a trahi, trahira à son tour en faveur d'un idéal qu'il croyait meilleur pour l'homme.

Par-delà ce canevas, le film de Marek Kanievska est très riche en situations et en connotations qui restituent admirablement le cadre assez unique de ces institutions masculines prestigieuses de la grande Angleterre.

La mise en scène d'Another Country est à la hauteur du sujet et de la qualité des dialogues, la caméra saisissant intensément tous ces jeux de regards entre garçons et sachant restituer un climat chargé de sexualité.


Lire aussi : 24 mai 1951 : Another country par Frédéric Mitterrand

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