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Le savoir-vivre, Marcel Jouhandeau

Publié le par Jean-Yves

Il faut avoir son grain de folie ou l'on ne vit pas et son grain de sagesse ou l'on ne peut pas vivre ; être assez fou et assez sage à la fois pour atteindre la mort sans être riche ni décoré et sans s'être non plus ruiné ni déshonoré. C'est le savoir-vivre. [page 128]


Marcel Jouhandeau


■ in De l'abjection, Editions Gallimard, 2006, ISBN : 207077743X


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Le faubourg du crime, Mark Richard Zubro

Publié le par Jean-Yves Alt

On découvre le cadavre d'un professeur : l'enquête fait apparaître que le défunt était à peu près unanimement haï et on se demande ce qu'il pouvait bien fabriquer pour justifier une telle détestation.

La situation idéale pour un polar : les suspects sont nombreux... Découvrir le corps n'est d'ailleurs pas de tout repos : Tom Mason, professeur et ex-marine, essuie un coup de feu le jour même. Peu importe pour le héros, qui en a vu d'autres : il mène aussitôt des investigations parallèles à celles de la police, et apprend par un élève de sa classe que Phil Evans, le fils de l'enseignant assassiné, qui a disparu depuis le crime, est pédé...

La soirée serait pénible pour le détective d'occasion, si Scott ne l'attendait pas pour le masser tendrement... Car l'ex-soldat de choc est gay.

Scott, l'amant de Tom, est un joueur professionnel de base-ball, célèbre et adulé, mais qui dissimule encore son homosexualité.

Comme le note cyniquement une relation de Tom :

« Je peux imaginer les journalistes vertueux : "Comment cet homme peut-il, être joueur de base-ball et constituer un exemple pour les jeunes alors que c'est un suceur ?" »

Menée par ce couple gay qui parvient de plus en plus à imposer son mode de vie à cette occasion, l'enquête se dirige assez rapidement vers le ghetto homosexuel de la ville. Tom et Scott sont confrontés à de sordides histoires de prostitution d'adolescents et de cassettes porno...

Loin d'être un roman manichéen, "Le faubourg du crime" répartit équitablement les salauds sans tenir compte de leur orientation sexuelle. L'auteur, et ce n'est pas le moindre de ses mérites, fait aussi réfléchir sans ennuyer par un pesant didactisme. Le flic Robertson, pas très futé et assez porté sur les clichés, confie ainsi à Tom :

« On ne peut pas laisser ces sacrés intellectuels et ces tantes diriger les choses ! »

Et lorsque Daphné, une lesbienne peu sympathique, avoue utiliser le racolage de mineurs, elle rappelle à Tom que ces jeunes gays sont chassés de chez eux par des parents « incapables de faire face quand ils découvrent que leur adorable adolescent est un suceur ».

■ Le faubourg du crime, Mark Richard Zubro, Editions Gallimard, Série Noire, 1990, ISBN : 2070492346

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Il arrive qu'au moment d'être satisfait, votre désir vous abandonne face à face avec son objet dont vous ne savez plus que faire

Publié le par Jean-Yves

S. M. — Explique-moi pourquoi je désire tellement une chose et quand je vais la saisir, je n'ai plus la force de la prendre, peut-être de l'aimer ?



Moi. — Est-ce faute de toi ou faute d'elle ? N'as-tu plus la force de la couvrir d'illusions ou n'est-elle pas digne de porter ton rêve ? Manques-tu d'imaginations ou aurais-tu trop de clairvoyance ? [page 82]


Marcel Jouhandeau


■ in De l'abjection, Editions Gallimard, 2006, ISBN : 207077743X


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La photo, un film de Nico Papatakis (1986)

Publié le par Jean-Yves

Un film qui mêle les genres : sur fond politique (le régime militaire des colonels dans la Grèce de 1971, et la difficulté d'intégration des immigrés à Paris), c'est une comédie de mœurs en même temps qu'un suspense tragique et une allégorie poétique.


L'argument en est simple : Ilyas, qui a quitté la Grèce qui est alors sous le régime des Colonels, fait tomber la photo d'une chanteuse et dit à son cousin que c'est sa sœur. Gérassimos tombe amoureux de la photo, et Ilyas pousse jusqu'au bout ce mensonge avec beaucoup de mauvaise conscience, car il s'est mis à aimer passionnément son cousin.


Une amitié-passion entre le jeune Ilyas et son cousin « parisien » Gérassimos, qui se développe sur fond de trahison, et ne peut qu'aboutir au drame :


Amitié-passion entre deux hommes, sorte d'homosexualité sans sexe, retardement infini de l'orgasme pris de vitesse par le mécanisme tragique, "La Photo" va plus loin que la simple idée de sexe suggérée par le mot homosexualité, peut-être justement parce que le film ne montre pas de sexe.

Tuer par amour


L'amitié que porte Ilyas pour Gérassimos contient en elle le germe de la trahison. Le jeune trahit moins par volonté délibérée de trahison qu'en raison de l'intervention du destin, donc d'un élément qui lui échappe. Il y a cette photo qui occasionne un petit mensonge, sur lequel il lui est désormais impossible de revenir. Il est pris alors entre l'amour réel qu'il porte à cet homme et l'impossibilité de lui révéler sa trahison. Quant au personnage féminin du trio de "La Photo", il est mythique, il représente une sorte d'idéal de la féminité pour lequel Gérassimos s'est enflammé. Et c'est pour que Gérassimos ne soit pas déçu par la réalité, qu'Ilyas, par amour, provoquera sa mort.

Le réalisateur : Né à Addis-Abbeba en 1918 d'un père grec et d'une mère éthiopienne, Nico Papatakis a été l'intime de tout le Paris existentialiste des années 50 : son cabaret "La Rose rouge" a contribué notamment au lancement de Juliette Gréco, de Mouloudji, du mime Marceau ou d'Yves Robert. C'est lui qui produit, en 1950, le seul film de Jean Genet, Chant d'amour. Soutenu par Sartre, Breton, Beauvoir, Genet, Malraux, il voit son premier film "Les Abysses" sélectionné au Festival de Cannes, en 1963 (c'est le seul film qui représente la France cette année-là !) : l'histoire est tirée de l'affaire des sœurs Papin, qui massacrèrent leurs patrons, et dont Genet s'inspira dans "Les Bonnes".



Du même réalisateur : Les équilibristes (1991)


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Parfois un souvenir d'un ordre particulier vous tient tout le jour en haleine

Publié le par Jean-Yves

On retrouve dans sa mémoire, un détail que l'on reconnaît pour l'avoir vu, sans savoir où on l'a vu, sans pouvoir l'identifier tout à fait. Il s'agit d'un ameublement, d'un paysage, d'un parfum, d'une bribe de conversation, d'un fragment de visage, de l'expression fugitive d'une physionomie connue et anonyme et chaque fois une émotion vous étreint de bonheur, de regret ou de désir.


On voudrait savoir, on voudrait voir davantage. On sait qu'on a été heureux à cet endroit, à cause de telle chose, de tel être, mais quand ? Où ?


Il s'agit là d'un rêve en partie oublié, qui ne s'est pas fixé dans la mémoire avec toutes ses circonstances bien qu'il représente parfois une de nos expériences les plus profondes, les plus sûres, peut-être la seule que nous ayons du bonheur et demeure en nous ce prestige, ce charme répandu sur tout le jour, et parfois sur toute la vie, mieux qu'un charme, une science, la certitude, la certitude d'avoir un secret, quelque chose de si rare qu'on se le cache, qu'on se le dérobe même à soi-même, pour mieux le garder. [pages 47-48]


Marcel Jouhandeau


■ in De l'abjection, Editions Gallimard, 2006, ISBN : 207077743X


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