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Homme et femme par Hugo Marsan

Publié le par Jean-Yves Alt

« Les femmes préservent l'être humain, l'homme le détruit pour se prouver qu'il peut tout reconstruire dans le jeu morbide où il étanche sa peur de la mort. […] L'homme et la femme ne sont pas égaux. La femme est supérieure à l'homme. Il le sait et il la persuade du contraire […] mais il y a un être inférieur à l'homme, c'est la femme qui croit en lui ! »

Hugo Marsan, Saint-Pierre-des-Corps, Editions Persona, 1985, ISBN : 2903669236, page 39

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Sur les nouvelles de Tennessee Williams

Publié le par Jean-Yves Alt

Gore Vidal, dans l'introduction qu'il a consacrée aux nouvelles de Tennessee Williams, écrivait :

« De quoi parlent-elles ? Eh bien, il y avait autrefois deux tramways à la Nouvelle-Orléans. L'un s'appelait "Désir" et l'autre "Cimetière". Pour arriver à destination, vous preniez le premier et vous changiez pour prendre le second. Dans ses nouvelles et dans ses pièces, le génie de Tennessee fut de valider nos tickets de correspondance de l'un à l'autre. »

■ in Tennessee Williams, Toutes ses nouvelles, Edition complète et chronologique (1928-1977), Pavillons, Robert Laffont, 1989, ISBN : 2221056086


Lire aussi sur ce blog : Le masseur noir et autres nouvelles - Sucre d'orge - Malédiction - La nuit où l'on prit un iguane - La statue mutilée

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Sa Majesté des Mouches, William Golding

Publié le par Jean-Yves Alt

Un groupe de collégiens très britanniques se retrouvent seuls sur un atoll après que leur avion ait été abattu. En arrière-plan se profile une catastrophe : guerre (la deuxième ?), holocauste nucléaire (sont-ils les seuls rescapés ?) ; cela reste flou, comme dans la conscience indécise des enfants.

Les petits garçons en casquettes et vestes d'Eton ne tardent pas à se transformer en sauvages hirsutes. Leurs jeux deviennent des rites cruels et sanglants. On en arrive très vite au pire.

Au long de ce récit, d'un rythme à couper le souffle, on effleure chemin faisant beaucoup de fantasmes : corps bronzés, pagnes de feuilles, jeux de piste, feux de camp, cabanes dans les bois, etc., sous le soleil éternel d'un paradis tropical, sans adultes, sans technologie, sans femmes...

Mais l'intérêt du roman ne se borne pas à cette petite satisfaction régressive. En effet les enfants de Golding n'ont rien à voir avec les clichés du baron Von Gloeden : ils ne sont ni d'innocents "Emile", façon Rousseau, ni des pervers polymorphes, façon Freud, mais des êtres humains à part entière, c'est-à-dire partagés entre l'humanité et l'animalité.

Les conclusions que Golding nous invite à tirer de leur aventure (existence d'instincts de mort et de domination en chacun de nous, problème du Mal) concernent l'homme en général. Le «message» risquerait d'ailleurs de paraître plaqué si l'on ne vivait pas ce conflit et son évolution de l'intérieur même de la conscience enfantine, là où les émotions vont et viennent sans toujours rencontrer les mots. Il n'y a pas dans le roman de regard extérieur, différent de celui que ces enfants portent sur eux-mêmes et sur ce qui les entoure.

Comme ils n'ont pas la possibilité d'exprimer ce qu'ils ressentent, c'est la description de la nature dans laquelle ils baignent qui se charge de tout le poids émotionnel.

L'enfant, à l'instar du primitif, noue d'étranges rapports de complicité avec tout ce qui ne parle pas. Dès qu'il s'arrête et écoute vivre la jungle, ses perceptions sont d'une incroyable intensité, frôlant parfois l'hallucination. Que ce soit la terre chaude contre laquelle il applique son oreille, l'inextricable forêt dont il émergé comme du sein maternel, l'eau du lagon dans laquelle il se baigne « d'une température supérieure à celle du corps », la succion de l'océan qui fait disparaître le corps de Piggy entre les roches, le voile des mouches qui couvre les entrailles de la truie et les fait ressembler à « un tas de charbon brillant », le récit offre constamment des images animistes d'une très grande volupté.

Ni simple récit d'aventures, ni vraiment roman « à thèse », Sa Majesté des Mouches est d'abord un livre d'une profonde poésie. Parce que sa trame reprenait celle d'un classique pour adolescents (Coral Island - 1858), ce roman a été considéré à tort comme un livre destiné seulement à la jeunesse. Il mérite sa redécouverte par tous les lecteurs.

■ Sa Majesté des Mouches, William Golding, Editions Gallimard, Collection La bibliothèque, 2002, ISBN : 2070421783

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Le livre comme un tunnel par David Albahari

Publié le par Jean-Yves Alt

« Le lecteur est un partenaire dont on est en droit d'espérer un effort. J'aime les livres d'un seul paragraphe pour trois raisons :

Tout d'abord parce que plus profond vous allez, moins vous avez le droit d'abandonner...

Ensuite, j'aime que les pages soient noires, qu'on puisse ouvrir le livre n'importe où et qu'il paraisse rempli, plein à ras bord…

La troisième raison, peut-être ne devrais-je pas la dire : mon admiration pour Beckett, pour Thomas Bernhard et leurs livres denses de deux ou trois paragraphes. »

David Albahari (juif, ex-habitant de Belgrade et écrivain exilé au Canada)

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Monsieur, Jean-Philippe Toussaint

Publié le par Jean-Yves Alt


Drôle, insolent, dérisoire
, Jean-Philippe Toussaint.

Il s'appelle « Monsieur » et parle de lui à la troisième personne. Bref, Monsieur est doté du « mol acharnement », d'une passivité absolue...

Jusqu'à ce « que je me mette en colère ».

Quelle agressivité !

Monsieur est imprévisible.

Surtout quand on l'emmerde : un voisin attaché au CNRS, des logeurs abusifs, et surtout la débilité absolue d'un barbecue mondain.

C'est drôle, insolent, dérisoire, à la couleur de notre temps.

Avec Monsieur, on s'amuse.

■ Monsieur, Jean-Philippe Toussaint, éditions de Minuit, 1986, ISBN : 2707310964

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