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Comizi d'Amore : enquête sur la sexualité, un film documentaire de Pier Paolo Pasolini (1964)

Publié le par Jean-Yves Alt

Dans ce film, Pasolini joue les intervieweurs dans une enquête sur la sexualité qui fut une première en Italie.

C'est si l'on veut du cinéma-vérité à l'italienne qui aurait comme moteur autant le tabou et l'hypocrisie qui pouvaient régner à l'époque autour du sexe, que l'esprit à la fois analytique et corrosif du cinéaste.

Pier Paolo Pasolini se transforme, comme il le dit lui-même, en « commis voyageur parcourant l'Italie pour sonder les Italiens sur leurs goûts sexuels ». Le cinéaste, donc, se promène et interroge les gens à l'improviste, provoquant le trouble, la gêne, voire le sourire ou le rire défensif.

A travers le sexe comme révélateur, au sens quasi chimique du terme, Pasolini parvient à faire surgir des profondeurs une culture répressive dans le Norddébris d'une idéologie clérico-fasciste») et réprimée dans le Sud (où elle révèle «sa propre nature archaïque, incongrue et névrotique»).

A une jeune fille milanaise, Pasolini parle des « invertis » et lui fait remarquer que si elle a des enfants, ceux-ci « aussi pourraient être comme ces personnes ». Cri du cœur : « Ah... espérons que non. » Et Pasolini, jouant le jeu : « Espérons que non, je vous souhaite de tout cœur, mais vous savez, il vaut mieux être au courant de certains problèmes si on veut pouvoir les résoudre, non ? » Et la jeune fille de dire : « Oui, non d'accord... Petits, ils seront peut-être invertis, mais espérons qu'ils changeront en grandissant. »

Il y a ensuite tout un passage exemplaire sur la notion de scandale, toujours à partir de cette notion « d'irrégularités sexuelles ». Pasolini interroge un cheminot d'un certain âge : « Ben oui... parce qu'en tant qu'homme je trouve ça dégueulasse. » Puis un passager de première classe : « Face à des cas de ce genre, je n'éprouve que du dégoût, de l'horreur. » Et à la question de savoir ce qui scandalise ce passager : « Tout ce qui sort de la normalité. »

Au milieu de ces témoignages qui en disent long (on a presque l'impression que Pasolini pousse les interviewés, avec malice, dans les retranchements de leur hypocrisie et de leurs tabous) s'intercalent des conversations avec deux intellectuels, Alberto Moravia et Cesare Musatti. Moravia déclare ne jamais être scandalisé dans la mesure où « il est toujours possible de comprendre les choses, et les choses qui se comprennent ne scandalisent pas ».

Et de commenter encore : « Se scandalise celui qui voit quelque chose de différent de lui, donc quelque chose de menaçant pour lui. Une menace tant physique que pour l'image qu'il a de lui-même. Au fond, le scandale est la peur primitive de perdre sa propre personnalité... Je ne crois pas que le Christ se soit scandalisé... ce sont les pharisiens qui se scandalisaient. »

Dans ce film qui fascine, tellement il met à nu, avec la simplicité des évidences, les mentalités profondes d'un peuple à un moment donné, Pasolini se comporte à la façon de Socrate, comme un accoucheur, à cette différence près que les interrogés ne sont pas forcément conscients que le spectateur va lire en eux à livre ouvert.

Un film à ne pas manquer qui met directement en scène le Pasolini dialecticien et observateur-analyste de la société.


Bande annonce du film (avec sous titrage en français)

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De quoi exactement, nous autres homosexuels, sommes-nous supposés être fiers ? par Bruce Labruce

Publié le par Jean-Yves

S'il s'agit simplement de l'acte d'enfiler régulièrement « ça » dans une personne du même sexe, je pense que c'est à peine une juste cause pour organiser défilés et parades, et ce n'est certainement pas une excuse suffisante pour un mouvement idéologique cohérent.


Si c'est pour célébrer nos réalisations créatives, ici encore c'est à mettre en question. Car ne peut-on prétendre que les plus grandes œuvres homosexuelles en art et littérature ont été créées par des gens qui, au minimum, étaient ambivalents à l'égard de leur homosexualité et de sa signification dans un contexte culturel plus large et, au maximum, étaient hantés et torturés par elle ? Bon nombre des artistes et penseurs homosexuels les plus importants et influents de ce siècle - Genet, Pasolini, Bacon, Burroughs, Vidal - refusèrent, voire dédaignèrent la notion générale de communauté homosexuelle, ainsi que toute tentative de politisation d'une simple inclination sexuelle.


Si l'on considère la direction prise par le mouvement gay aujourd'hui - sa banalité homogène, son orientation désespérée vers l'acceptation par le courant principal au prix de l'imagination et de la différence, son insistance irritante pour être représenté et visible au-delà de toute attente raisonnable (nous constituons moins de cinq pour cent de la population) -, ils pourraient avoir eu une bonne raison de s'abstenir d'applaudir l'équipe rose et je crains d'être d'accord là-dessus.


Avons-nous vraiment besoin, un jour ou une semaine par an, de donner un prétexte aux gays pour remuer leur cul en public, insulter les femmes en les parodiant de façon grotesque - qui savait que depuis le début les féministes avaient raison à propos du drag ? - et se joindre à leurs sœurs lesbiennes pour faire parader leur style et leur goût hautement discutables, afin que le monde entier le voit ?


Avons-nous même encore besoin d'une communauté gay, après tout ?


N'est-il pas temps simplement de devenir adultes ? Et si c'est ainsi que je ressens les choses, pourquoi est-ce que je me consacre en premier lieu à des films gays ? Ces questions, et d'autres encore, me démangent le pantalon comme une maladie sexuellement transmissible.


Bruce Labruce (1)


■ in Les gays savoirs (chapitre : Par-delà la vallée du New Queer Cinema), ouvrage collectif sous la direction de Patrick Mauriès, Editions Centre Georges Pompidou/Le Promeneur, 1998, ISBN : 2858509719, pages 134-135


(1) metteur en scène canadien indépendant. Auteur notamment du film «Hustler White».


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« Diableries » à la basilique Notre Dame des Miracles de Mauriac

Publié le par Jean-Yves

Le décor extérieur des églises d'Auvergne se distingue par la présence assez fréquente de sculptures sur les modillons, c'est-à-dire les corbeaux qui soutiennent la corniche des toits.


A Mauriac (Cantal), comme ailleurs de-ci de-là, ces sculptures romanes abordent des thématiques que l'Eglise ne traite d'habitude pas si crûment.


Il est à observer que ces « diableries » - d'ailleurs difficiles à expliquer - sont toujours cantonnées à l'extérieur des églises...


Le sexe n'y avait déjà pas droit d'entrée.





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L'amour en relief, Guy Hocquenghem

Publié le par Jean-Yves Alt

« Perdu au milieu d'une foule étrangère, privé de tout point de référence, j'ai dû inventer ma propre morale. »

Non, Guy Hocquenghem n'a pas écrit ici une autobiographie romancée. Ce récit est un roman avec personnages, décors, histoire…

Avec "L'amour en relief", l'auteur donne un univers aux franges de la folie, une explosion onirique, un superbe voyage au bout de la nuit.

« Je n'attache pas au sexe l'importance que vous lui donnez », s'écrie Amar, le jeune héros aveugle, du récit. Il s'agit donc d'une autre nuit, celle des voyants.

Cet étrange récit tient à la fois du roman d'aventures, du conte philosophique, de la science-fiction, du journal d'un fou. Satire, parodie, humour, délire, enquête psychologique, Guy Hocquenghem prend la fiction au bas ventre et en extorque tout son sperme.

Des homos il en est question tout au long du roman. On commence et on finit avec eux. Ils ne sont pourtant qu'accessoires, parcelles d'une interrogation plus vaste : qu'a-t-on fait de l'individu ? Amar n'est pas tendre avec nous, les "voyants". Son regard d'aveugle transperce l'histoire et remet les choses à leur juste place. Non pas le mépris qui ne serait que l'inversion d'un mal de vivre.

Amar, le jeune aveugle, s'est dépouillé des peaux dont la civilisation l'a emmailloté, pour se précipiter, nu, dans la mer. Il met dans le même sac toutes les formes post-soixante-huitardes d'une renaissance avortée : gauchistes, écolos, folles, cuirs, féministes ; tout ce petit monde aristocratique reçoit le coup de matraque qui lui rappelle son dérisoire éphémère.

Amar, Tunisien, aveugle suite à un accident à 15 ans (par la faute des touristes ?), est le nomade de ce voyage mythique : une femme sans nom l'accompagne, invisible. Un Arabe, une femme, un seul personnage. Cet aveugle va réapprendre au lecteur à voir. Mais il ne s'agit pas d'une Symphonie pastorale : seulement une vie glacée de gigolo solitaire et autodidacte. Derrière Amar, presqu'oubliées, les terres de l'origine, paradis engloutis.

Andréa attend un enfant d'Amar, avec qui elle a couché par hasard. Un garçon naît qui est offert à un couple de pédés, gémissants de convoitise maternelle. Le danger n'est-il pas là, quand les pédés sont les premiers à reconduire le monde de l'hétérosexualité ? Amar dit et redit que la trappe béante c'est justement les classifications qui compartimentent la société pour sa définitive victoire sur l'individu.

Nous, les voyants, sommes les aveugles : « le bas, le haut, la gauche, la droite sont des conventions du cerveau voyant, non une image du monde ».

"L'amour en relief" a aussi le goût du large. Amar parcourt l'Afrique, l'Amérique, l'Europe. Les personnages couchent, se droguent, exploitent, tuent. Le monde "en relief" est pourri, il couve ses détritus, sûr de sa raison qui le condamne à mort.

« Les seuls gens avec qui j'échange des regards d'égalité sont ceux qui veulent mon corps, non mon bien. »

Un grand roman prophétique qui dépèce de nombreux tabous qui infligent aux lecteurs une raclée salutaire.

■ L'amour en relief, Guy Hocquenghem, Editions Albin Michel, 1982, ISBN : 2226013806


Du même auteur : Les petits garçons - Les voyages et aventures extraordinaires du frère Angelo - L'âme atomique (avec René Schérer) - Comment nous appelez-vous déjà ? (avec Jean-Louis Bory) - La colère de l'Agneau - Le désir homosexuel - Race d'Ep - La dérive homosexuelle

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Faut-il tuer Sister George ? un film de Robert Aldrich (1968)

Publié le par Jean-Yves

Jude Bukridge joue, dans une série à succès de télévision anglaise, une religieuse, Sœur George, infirmière joyeuse et généreuse qui séduit les téléspectateurs.



Dans la vie, c'est une alcoolique qui ne manque jamais une occasion de faire souffrir sa compagne Childie. Quand elle apprend qu'un nouveau producteur de la série a décidé de supprimer son personnage en le faisant mourir, son monde de la célébrité s'écroule d'autant qu'elle sait ne pas pouvoir retrouver aucun autre rôle. Pour se venger de ses producteurs, elle décide de rendre public sa vie réelle moins séduisante que celle de Sister George…


Bien qu'étant le premier film anglais (ou l'un des premiers) traitant essentiellement de « l'homosexualité féminine », ce film est assez pénible à voir tant le personnage de la séductrice ne l'est pas. Très masculine, alcoolo, elle « pervertit » une jeune féline qui ne connaît rien de mieux.


Nous sommes donc dans le super stéréotype des relations lesbiennes.


Mais le fait que le lesbianisme tient l'écran pendant plus de deux heures et est traité comme un fait de société, permet le développement du personnage et lui donne une certaine complexité.



De plus les scènes tournées dans un bar de lesbiennes de la fin des années 60, qui a vraiment existé, procurent un réel plaisir au spectacle des danses et de la mode de l’époque.


Un must pour celles et ceux qui s'intéressent au (« à notre » devrais-je écrire) patrimoine cinématographique.


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