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Les paroles qu'on refuse d'écouter et celles qu'on renonce à prononcer

Publié le par Jean-Yves Alt

sont plus silencieuses que le silence. Elles renforcent la solitude, creusent le vide et tombent dans un gouffre sans fond, où elles n'éveillent aucun écho.

Marcel Jouhandeau

■ in Nouveau Testament, Journaliers XII, Editions Gallimard, 1968, page 112

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"Mon Genet" par Edmund White

Publié le par Jean-Yves Alt

Genet avait été un symbole pour les gays américains de ma génération - et pour les rebelles en général. Il était très lu et son théâtre beaucoup joué. C'était un écrivain qui appartenait aux lecteurs du monde entier - satanique, mais pas plus que Sade, Bataille ou Céline.

Il était un auteur universel, malgré son indifférence pour le mariage, la famille, la bataille des sexes, l'adultère et tous les autres grands thèmes bourgeois. Ce dont il parlait dans ses romans, c'était du viol en prison, de la prostitution des travestis, du vol et de la trahison, et cela dans une langue somptueuse qui transformait la dégradation en sainteté.

Aucun écrivain gay de son époque n'avait ainsi affirmé l'homosexualité, sinon par quelque tour de passe-passe nietzschéen, en inversant toutes les valeurs normales. Même Proust avait été obligé de présenter des arguments botaniques peu flatteurs, qui semblaient ainsi reconnaître à quel point l'homosexualité est répugnante - sauf que Proust invente tant de théories différentes qu'elles finissent par s'annuler mutuellement.

Proust, Gide, Genet - trois écrivains non seulement homosexuels mais qui placent l'«inversion» au cœur de leur art - me persuadent que l'homosexualité a été essentielle au développement du roman moderne, parce qu'elle a conduit à une redéfinition de l'amour, à un profond scepticisme sur le caractère naturel de la répartition des rôles entre les sexes, et à une renaissance de la tradition classique de l'amour entre personnes du même sexe qui avait dominé la poésie et la prose occidentales jusqu'à l'avènement du christianisme.

Sans doute était-il impossible de recouvrer aujourd'hui la sérénité parfaite de l'amour entre homme et adolescent des Grecs. De fait, l'univers moral de Proust et Genet reposait sur la monstrueuse perversité de la passion homosexuelle moderne. Mais s'ils étaient de grands esprits à la philosophie déroutante et de grands stylistes, leur regard sur la destinée humaine tirait son originalité de ce sujet dont ils disposaient, vaste, neuf et authentique. A l'inverse des écrivains masculins hétérosexuels, ils ne se contentaient pas d'offrir leur propre étude de l'adultère ou d'affirmer leur masculinité ; au contraire, Proust et Genet démontaient toutes les idées reçues sur le couple, la virilité, l'amour et les rôles sexuels. Proust élabora les règles qui régissent la jalousie, hétérosexuelle ou gay ; Gide étudia la passion entre hommes jeunes et vieux dans Les Faux-Monnayeurs, l'un des quelques grands livres du siècle dernier ; et Genet transforma les parias en saints, et se plongea à corps perdu dans la poésie de l'abjection.

Cette tradition fut pour moi une source d'inspiration. Elle attestait que l'art avait toujours le pouvoir de créer des mythes et de transformer le monde. Elle montrait que la fiction n'était pas seulement mimétique mais aussi prophétique.

Edmund White

■ in Mes vies [une autobiographie], Editions Plon, 2006, ISBN : 2259204236, pages 341-342

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Dandysme par Boldini

Publié le par Jean-Yves Alt

En toutes circonstances, le dandy doit étonner ceux qui le regardent.

Il est le raffiné par excellence, l'arbitre des élégances, l'acteur de sa propre pièce, le metteur en scène de son quotidien.

Cette figure, née au début du XIXe siècle et immortalisée par les plumes de plusieurs écrivains Balzac, Baudelaire ou encore Barbey d'Aurevilly, a fait de cette attitude une véritable doctrine artistique et philosophique : le dandysme.

Il suffit de contempler la célèbre toile de Giovanni Boldini représentant le baron Robert de Montesquiou pour s'en convaincre : le dandysme est un état d'esprit plutôt qu'une simple mode vestimentaire.

Baron Robert de Montesquiou peint par Giovanni Boldini, 1897

Huile sur toile – 160cm x 825cm

Tout y est dit, le détachement aristocratique, l'ironie, le narcissisme, et cette élégance sans extravagance qui semble se moquer elle-même de...

l'élégance !


"Le Dandy doit aspirer à être sublime, sans interruption. Il doit vivre et dormir devant un miroir." Charles Baudelaire in Mon coeur mis à nu

"Les sentiments ont leur destinée. Il en est un contre lequel tout le monde est impitoyable : c'est la vanité." Jules Barbey d'Aurevilly in Du dandysme et de George Brummel

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Sur les italiens

Publié le par Jean-Yves Alt

« Les Italiens, y compris les homosexuels, haïssent l'homosexualité plus qu'aucun autre peuple d'Europe. C'est qu'ils la croient contraire à la virilité et qu'à la virilité ils vouent un culte sans limite. »

Renaud Camus

■ in Journal romain 1985-1986, Editions P.O.L., 1987, ISBN : 2867441048

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SIDA : avec l'humour, toujours !

Publié le par Jean-Yves Alt

Une des vertus prisées du sidatique est le sens de l'humour dont les réalisateurs de films de guerre font grand cas ; l'admiration va toujours à ceux qui plaisantent avec l'infirmière tandis qu'on détache leur jambe du tronc et qui manient l'humour noir avec le médecin.

L'ultime revanche contre le sort, conjurer la malédiction et la peur par l'esprit de Gavroche qui chante sous les balles « c'est la faute à Voltaire ».

L'humour est, dans un cas comme dans l'autre, un processus inconscient qui désamorce là peur, ose prononcer l'innommable et se présente, sous ses apparences morbides, comme une affirmation de la vie. Le personnel médical et l'entourage sont parfois embarrassés par la franche crudité de certaines plaisanteries macabres ou scatologiques, les préférées des soldats. C'est que la proximité du danger fait tomber beaucoup de barrières. La délicatesse d'expression n'est plus de mise quand les draps sont souillés et les veines exsangues.

Alain Emmanuel Dreuilhe

■ in Corps à corps : Journal de sida, Editions Gallimard/Au Vif du Sujet, 1987, ISBN : 2070711951, pages 26-27

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