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Présences

Publié le par Jean-Yves

Il y a des livres que je ne relirai pas, mais ils sont là, comme les présences d'autrefois et un certain moi reste avec eux.


Julien Green



■ in Le Grand Large du soir, Journal 1997-1998, Editions Flammarion, 2006, ISBN : 2080690108, page 213


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Mon regard sur le « saint Sébastien soigné par sainte Irène » peint par Nicolas Régnier

Publié le par Jean-Yves

De son corps on ne perçoit d'abord que la pâleur ivoirine. Puis, le regard lentement glisse comme porté par le balancement du modelé de la jambe et de la cuisse, et longe les lisières sableuses d'un ventre plat, que ceinture le plissé d'un linge.


Une ombre légère creuse un sillon à la surface de la poitrine qui s'offre. La chevelure protège la crête du cou, sommant le visage immobile. Les yeux sont clos.


La bouche entr'ouverte. Pour une plainte ? Un soupir ? Ou un souffle par où s'affirmerait la condition d'homme. Intime fracture, stigmate des origines.


Le jeune homme s'abandonne.


Il gît et les flèches du supplice délimitent son territoire. Certaines le percent encore. Mais la densité de la chair résiste, habitée par une force qui rend dérisoire ce transpercement fantôme.


A ses pieds une armure brille faiblement avec des luisances de coquillage.


Le silence vêt ce corps nu.



Saint Sébastien soigné par sainte Irène, Nicolas Régnier (Maubeuge, 1591 - Venise, 1667)

Musée des Beaux-Arts de Rouen (en réserve), huile sur toile, 148cm x 199cm


Deux femmes veillent. Elles montent une garde attentive. L'espace sculpte les profils à leur commune apparence. Leurs mains se croisent. Sur le pourpre d'une robe se noue leur double geste. Main qui porte un écrin mystérieux, main qui trempe dans ce néant noir. Quelle pâte, quel onguent ira remplir l'ouverture ourlée de sang que le trait d'un index désigne ?

Bouche d'ombre qui nomme le lieu de la douleur, le lieu de la mort jusqu'alors justement inommé. Lumière sur leurs visages, et distance d'un cri entre les regards qui s'affrontent.

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Les incarnations de Patrick White

Publié le par Jean-Yves

Patrick White (1912-1990) a donné à son homosexualité, la place que dans une autre vie il aurait donnée à son amour des femmes même s'il reconnaît que l'amour au masculin n'intervient pas de la même manière dans l'existence.

 

De la vie il a su faire les comptes :

 

« Que reste-t-il ? Souvenirs - amitié - amour, si mince que soit la glace - la nourriture, si les dents le permettent - le sommeil - le noir... Aurait-ce été si différent si j'avais eu de vrais enfants ?


J'en doute...


On parvient à un point où l'on a tout possédé, et ce tout équivaut à rien. Seul, l'amour rachète. Je n'entends pas l'amour au sens chrétien. Répandre ce qu'on tient pour de l'amour chrétien, sans distinction, sur l'humanité tout en entière, est en fin de compte aussi inefficace et aussi destructeur que la violence et la haine.


[...] Quand je dis l'amour rachète, j'entends l'amour partagé avec un être, pas forcément d'ordre sexuel, si séduisante que puisse être la sexualité.


[...] Dans ma vie j'ai connu beaucoup plus de femmes admirables que d'hommes. »


Patrick White


■ in Défauts dans le miroir, Editions Gallimard, Collection Du monde entier, 1985, ISBN : 2070265676


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La travestie, un film d'Yves Boisset (1987)

Publié le par Jean-Yves

A quelles extrémités peut se laisser porter une femme lorsque s'empare d'elle la haine de tout ce qui ressemble à un homme, j'entends à un être humain de sexe masculin ?



Cette femme peut, par exemple, décider d'emprunter l'apparence ordinaire de l'ennemi, de se travestir pour tromper son monde, pour changer de peau, donc (?) de comportement, pour se venger de ceux qui l'ont tant fait souffrir, pour fuir l'image dégradée d'elle-même, pour « tuer » cette image en entrant peu à peu dans le monde de la folie.


C'est ce que nous montre Yves Boisset dans ce film adapté d'un roman du même titre d'Alain Roger.


Même s'il faut, parfois déchanter au cours de "La travestie", j'admets qu'Yves Boisset a traité un sujet fort, porteur de violence dramatique, et qui permet de fermer un peu les yeux, si j'ose dire, sur quelques carences de mise en scène. Telle celle-ci : selon la façon de cadrer Zabou (Nicole Armingault) lorsqu'elle est travestie en homme, l'illusion (donc la magie, donc le trouble) est totalement créée par des plans moyens où on la voit de demi-profil ou bien carrément ratée par des gros plans au comptoir de l'hôtel où l'on ne peut y croire une seconde, Zabou courant en sortant d'un bar.


Ce film reste toutefois attachant : par le thème, bien sûr, avec cette femme déçue par les hommes, en amour comme dans le travail, et qui, insensiblement, dès lors qu'elle monte à Paris, s'enfonce dans son complexe de persécution, son malheur venant toujours des autres.

Il y a de bonnes scènes lorsqu'elle devient le mac d'une prostituée, empruntant en même temps que la culotte tous les stéréotypes machos ! Des bons moments parfois aussi dans son expérience de l'homosexualité avec une jeune bourgeoise mariée, mère de famille et qui s'emmerde un peu dans la vie. Ou encore dans l'ultime tentative de bonheur qui échoue. Le thème donc, qui se ramène aussi à une allégorie sur le mensonge (mentir aux autres pour mieux se mentir à soi-même), et l'heureuse présence d'une Zabou qui se donne avec générosité à son personnage.


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Ce qui fait problème par Merle Miller

Publié le par Jean-Yves

Ce n'est pas de ceux qui tendent les bras vers vous qu'il faut se méfier. C'est ce qui en vous le désire qui fait problème. C'est de rechercher dans les autres ce que l'on ne trouve qu'en soi-même qui gâche tout.


Merle Miller


■ in Pour tout dire, Editions Presses de la Renaissance, 1982, ISBN : 2856162509, page 264


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