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Félicité de la minute présente

Publié le par Jean-Yves Alt

Elle longea les wagons, offrant du café au lait à quelques voyageurs réveillés. Empourpré des reflets du matin, son visage était plus rosé que le ciel. Je ressentis devant elle ce désir de vivre qui renaît en nous chaque fois que nous prenons conscience de la beauté et du bonheur.

Marcel Proust, A la recherche du temps perdu

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Comble de l'innocence par Marcel Jouhandeau

Publié le par Jean-Yves Alt

Un jeune homme portait des culottes longues trop courtes. Il s'approche et me dit :

– « Qu'est - ce que vous avez à me regarder comme ça ? »

– Je croyais que vous aviez des culottes courtes trop longues.

Il paraît que c'était le comble de l'insolence. C'était le comble de l'innocence.

Marcel Jouhandeau

in Chaminadour II, chapitre XVII : "Propos"

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Walt Whitman : un hymne à la vie

Publié le par Jean-Yves Alt

Walt Whitman (1819-1892) est le poète de la vie des sens. Il jouit – grâce à eux – de la Nature, de l'Océan, des vastes espaces. Il aime le plaisir, l'amour physique, célèbre avec hardiesse toutes les activités sexuelles.

Il aime les hommes et les femmes, ceux-là sans doute plus que celles-ci, mais il choisit généralement la femme comme symbole de l'amour charnel.

Il chante la passion avec lyrisme comme dans ce poème intitulé « Une femme m'attend » :

... Une femme m'attend, elle contient tout, rien ne fait défaut,

Cependant tout ferait défaut si le sexe manquait, ou si manquait pour l'humecter l'homme qu'il faut.

Le sexe contient tout, les corps et les âmes,

Les intentions, les preuves, la pureté, la délicatesse, les résultats, les promulgations,

Les chants, les ordres, la santé, l'orgueil, le mystère de la maternité, le lait séminal,

Tous les espoirs, les bienfaits et les dons, toutes les passions, les tendresses, les beautés, tous les plaisirs de la terre,

Tous les gouvernements, les juges, les dieux, les puissants de la terre

Tout cela est contenu dans le sexe, en fait partie et le justifie.

Sans honte l'homme, tel que je l'aime, connaît et avoue la sensation délicieuse de son sexe,

Sans honte la femme, telle que je l'aime, connaît et avoue les délices du sien.

Dorénavant je m'écarterai des femmes insensibles,

J'irai demeurer avec celle qui m'attend, avec ces femmes qui ont le sang chaud et qui sont capables de me satisfaire,

Je vois que celles-là me comprennent et ne me repoussent pas,

Je vois qu'elles sont dignes de moi, je serai donc le robuste époux de ces femmes.

Elles ne sont pas d'un iota inférieures à moi,

Elles ont le visage tanné par les soleils rutilants et les vents qui soufflent,

Leur chair a l'antique souplesse et vigueur divine,

Elles savent nager, ramer, monter à cheval, lutter, tirer courir, frapper battre en retraite, s'avancer, résister et se défendre,

Elles sont extrêmes dans l'affirmation de leurs droits - elles sont calmes et claires, en pleine possession d'elles-mêmes.

Je vous attire contre moi, ô femmes,

Je ne puis vous laisser partir, je voudrais faire du bien,

Je suis fait pour vous, et vous êtes faites pour moi, et ce n'est pas de nous seuls qu'il s'agit, mais d'autres êtres,

Car, enveloppés en vous, dorment de plus grands héros et de plus grands bardes

Qui refusent de s'éveiller au contact d'un autre homme que moi.

C'est moi qui viens, femmes, je m'approche,

Je suis sévère, âpre, large, inflexible, mais je vous aime,

Je ne vous fais pas plus de mal qu'il n'est nécessaire pour vous,

Je verse la liqueur d'où sortiront des fils et des filles faits à la mesure de ces États, je pèse d'un muscle lent et rude,

Je me noue de toute ma force, je n'écoute aucune prière,

Je n'ose pas me retirer avant d'avoir déposé ce qui s'était depuis si longtemps accumulé en moi.

A travers vous je fais couler les ruisseaux emprisonnés, de mon être,

J'enferme en vous un millier d'années du futur,

Je greffe sur vous les greffes de ce qu'il y a de plus cher pour moi et pour l'Amérique,

Les gouttes que je distille en vos corps feront germer des femmes impétueuses et athlétiques, des artistes, des musiciens et des chantres nouveaux,

Les enfants que je procrée de vous doivent procréer des enfants à leur tour,

Je prétendrai alors que des hommes et des femmes accomplis sortent de mes épanchements d'amour,

J'attendrai d'eux qu'ils s'entr'aiment avec d'autres, comme moi et vous nous nous entr'aimons maintenant,

Je compterai sur les fruits qui naîtront de leurs ondées ruisselantes, comme je compte sur les fruits qui naîtront des ondées ruisselantes que je dispense en ce moment,

Je serai dans l'expectative des moissons d'amour qui lèveront des naissances, des vies, des morts, des immortalités qu'aujourd'hui je plante si amoureusement.

Walt Whitman ne célèbre pas la passion à la façon des romantiques. Aucune trace d'égoïsme en lui. Le « moi », pour lui, s'identifie à l'homme, à l'humanité entière. Il est, en cela, le poète de la vie unanime.


A lire : Feuilles d'herbe, Editions Gallimard/Poésie, 2002, ISBN : 2070415430

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Pied de Mercure

Publié le par Jean-Yves Alt

Le chantier de fouilles sur le site de la future grande bibliothèque de Clermont-Ferrand a mis à jour, début février 2007, un pied en bronze de 60 cm.

Ce pied chaussé d'une sandale romaine appartiendrait-il à la statue monumentale de Mercure évoquée au 1er siècle par Pline l'Ancien ?

De nouvelles fouilles sont engagées, histoire de trouver des prolongements à ces augustes orteils…

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Solitude par Gabriel Matzneff

Publié le par Jean-Yves Alt

« Supporter la compagnie des imbéciles et des salauds est certes une rude tâche, mais la famille et le lycée nous y préparent suffisamment. Personne, en revanche, ne nous enseigne à aimer la solitude. Celle ci est pourtant le destin des âmes extraordinaires. Etre singulier signifie être différent et être seul. Nous devons le savoir et l'accepter... »

Gabriel Matzneff

in Le Taureau de Phalaris [Dictionnaire philosophique], Editions La Table ronde, Collection : La petite vermillon, 1994, ISBN : 2710306409


Lire aussi du même auteur : La solitude est nécessaire à l'amour

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