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Julien Green et l'homosexualité

Publié le par Jean-Yves Alt

Fasciné par la beauté du visage masculin, le jeune Julien Green, étudiant à l'université de Virginie, ne parvenait pas à exprimer son amour à Mark. Ses romans seront nourris par ce secret refoulé, cet impossible aveu. Jusqu'à ce qu'il se délivre de l'interdit qui enrichissait son œuvre plus qu'il ne pesait sur elle. L'écrivain a levé le tabou à cinquante-neuf ans dans son autobiographie « Jeunes années » :

« Se battre en silence, dans le secret, contre soi-même, quelle vie étrange ! Guerre féroce, sans trêve ni relâche. Si je pouvais pleurer, je pleurerais du sang. Aujourd'hui, je puis dire qu'à vingt ans je connaissais déjà ma croix. Dans mon for intérieur, je la refusais, j'en voulais une autre, moins humiliante. Je voulais une croix qui ménageât l'amour-propre. Il n'y en a pas. Était-ce donc un péché d'être comme j'étais, alors que je n'y pouvais rien ? »

Julien Green


De Julien Green :

L'autre sommeil

Histoires de vertige

Moïra

Épaves

Frère François

L'expatrié (journal : 1984-1990)

Villes - Journal de voyage 1920-1984

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Naufragés de la vie par Théodore Géricault

Publié le par Jean-Yves Alt

Sur ce radeau s'exaspère l'essentiel : survivre par tous les moyens.

Tuer l'autre, le noyer, le manger, boire son urine… deviennent actions banales.

Par effet de répétition, la vie décolore les drames.

Ce qui est accepté jour après jour est sanctifié par la nécessité. Chacun se plaît à y trouver des raisons et des buts.

Géricault a peint ces « condamnés à mort » dans la beauté d'une nudité non altérée.

Le radeau de la Méduse, Théodore Géricault, 1818-1819

Huile sur toile - 491 cm x 716 cm - Musée du Louvre

Chaque homme est à la recherche de quelque chose qui est l'amour (pas forcément celui entre un homme et une femme) mais l'amour pour l'énergie qui est dans la vie. Je vois dans ce tableau du radeau de la méduse une représentation de cet amour. Quelque chose de plus nuancé que le simple instinct de conservation.

Ce qui pourrait expliquer que Géricault n'ait pas peint des naufragés maigres. Les muscles sont une métaphore : celle de la force de la vie.

En montrant la mort qui arrive, le peintre a illustré majestueusement la vie.

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Le deuxième couteau, un téléfilm de Josée Dayan (1985)

Publié le par Jean-Yves Alt

« Le deuxième couteau », c'est d'abord un roman de Patrick Besson (1). Le milieu littéraire, il le connaît bien et en trace un portrait plein de mordant qui hésite entre le réalisme et la caricature.

Josée Dayan, qui l'a porté à l'écran a parfaitement su en rendre la dimension tragi-comique et la fondamentale cruauté.

Sandra Gamelin, auteur de best-seller, est assassinée au sous-sol de la Closerie des Lilas où elle avait rendez-vous avec Jérôme Bernotte, conseiller littéraire des éditions Cooper. Quelques jours plus tard, Gaston Cooper lui-même est retrouvé mort au bois de Boulogne où il faisait son jogging. Ces deux meurtres ont-ils un rapport entre eux ? Ont-ils été commis par la même personne et pour quel motif ? C'est ce que tente de découvrir le commissaire Bartillot, chargé de l'enquête officielle, mais aussi le journaliste Yvan Brique.

Le spectateur, lui, comprend vite que les deux meurtres obéissent à des logiques différentes. Gaston Cooper a été poignardé par André Jouve, un jeune homme solitaire et visiblement dérangé qui ne s'en tiendra pas là. Mais qui a tué Sandra Gamelin et pourquoi ?

Comme toute bonne série noire, Le deuxième couteau fonctionne sur le mode du suspense. Mais cette histoire vaut surtout par les personnages qui la composent :

● Le commissaire Bartillot (Michel Constantin) est marié et père de six filles. Il ne connaît rien au milieu littéraire mais va en découvrir les charmes insoupçonnés en la personne de Michèle Tessier (Alexandra Stewart), qui fut la première à éditer Sandra Gamelin (Véronique Kan), Le commissaire et l'éditeur deviennent amants, couple assez surprenant : alliance du fruste et de la sophistiquée.

● André Jouve (Patrick Bouchitey), l'assassin de Gaston Cooper (Roland Oberlin), est peut-être le personnage le plus intéressant parce que le plus romantique, le plus fou.

● Yvan Brique (Didier Flamand), le journaliste, découvre le pot-aux-roses en fouinant à droite et à gauche.

● Jérôme Bernotte (François Marthouret), le conseiller littéraire, est le Candide de l'histoire. Il habite un loft très chic avec son petit ami Achille (Marc Chapiteau) qui fait la cuisine, s'occupe de la maison, une fée du logis en quelque sorte. Cela donne quelques scènes pudiques et des images rassurantes pour le grand public de la télévision des années 80, mais où il est possible de prendre toute la mesure de la vie d'un couple homosexuel, dans un certain milieu certes.

Un téléfilm léger et tendre dont la fin est vraiment inattendue : l'homosexualité y joue un rôle déterminant ; un dénouement gay mais pas si drôle que ça...


(1) Le deuxième couteau, Patrick Besson, Editions Grasset, 1999 (réédition), ISBN : 2246585511

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Histoires à mourir debout, Marcel Schneider

Publié le par Jean-Yves Alt

Dans Histoires à mourir debout, l'imagination caracole sans cesse, astucieusement mise en valeur par l'auteur qui ne s'embarrasse pas de fioritures pour raconter ces histoires où l'amour se peint en noir.

De mystérieux sortilèges, de terribles démons hantent ces pages parcourues par des bandits sanguinaires et des jeunes femmes aux destins tragiques. Toutes les nouvelles se déroulent dans un XVIIIe siècle qui voit basculer la société d'un régime à l'autre dans des affres de douleur dont deux textes rendent magnifiquement l'atmosphère terrifiante : Le lait sanglant de la liberté et Les Archers du nouveau monde.

Mais ma préférence va à deux nouvelles, pourtant très différentes. Un bal à Clichy narre les agissements d'une secte qui voue à l'Eglise une haine inexpiable. La Confrérie des Jusqu'au-boutistes n'a de cesse de transgresser toutes les lois morales et ses membres se percent le bout des seins avec des aiguilles, se donnent le fouet et se sodomisent les uns les autres pour narguer la loi divine du « Croissez et multipliez ».

Némorin me touche plus encore car l'amour y rachète les pires crimes. Dans la province de Languedoc à la veille de la révolution, Némorin le Grand fait figure de héros légendaire. Avec sa bande de malfrats, il met la région à feu et à sang. Un seul précepte le guide : « Bafouer la morale et jouir de son corps ». Mais son existence bascule lorsqu'il s'éprend d'un jeune garçon, Aymeric, dont le courage et la beauté l'ont séduit alors qu'il venait d'assassiner sa famille. La haine du jeune homme met longtemps avant de laisser place à l'amour. Alors… la mort n'a plus qu'à les réunir pour toujours.

■ Histoires à mourir debout, Marcel Schneider, Editions Grasset, 1985, ISBN : 2246352711


Du même auteur : Un été sur le lac - Le guerrier de pierre - L'éternité fragile (tome 1) - L'éternité fragile (tome 2) : Innocence et vérité (mémoires)

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Le petit musée de Mariette

Publié le par Jean-Yves Alt

Elle n'aime pas être classée dans la catégorie des artistes d'art brut. Elle préfère parler d'art singulier.

Elle, c'est Mariette, installée dans une architecture de cathédrale moderne dont elle a fait sa maison et son musée.

Pourtant en découvrant ses réalisations, il est difficile de ne pas penser à tous ces artistes « bruts » dont Dubuffet a fait connaître le travail à travers le monde.

Chez Mariette, il y a une fascination des visages et des vierges à l'enfant qu'à quatre ans déjà, elle dessinait et peignait. Des années plus tard, ce thème reste récurrent dans son œuvre : gravures (elle a été initiée par son père, Marc Pessin), icônes, tableaux, sculptures, installations…

49 poupées en mal d'enfantement

49 poupées en mal d'enfantement [détail]

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Visage de vierge pleureuse, armada d'esclaves enchaînés, fourmilière de visages miniatures au regard vide, Mariette décline son obsession en créant des univers inquiétants, baroques et poignants.

Musée la Maison de Mariette - 107 rue du Souvenir Français - 38380 Saint Laurent du Pont - Tél. 04 76 55 17 73 [sur rendez-vous]

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