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Être de la pédale par Claude Duneton

Publié le par Jean-Yves Alt

Être de la pédale constitue une façon de parler sibylline qui ne peut avoir pris naissance, d'une manière ou d'une autre, qu'en relation avec le monde de la bicyclette, en pleine extension après la Première Guerre mondiale. Il est certain aussi que l'assonance des deux premières syllabes avec l'injure pédé ! - pédéraste - a assuré le succès de l'expression, que l'on relève pour la première fois par écrit en 1935.

Malgré la grande méfiance qu'il faut avoir à l'égard des explications anecdotiques des expressions populaires, je donnerai ici la proposition d'un lecteur, sous réserve, parce qu'elle me paraît possible, voire vraisemblable, et que les dates correspondent parfaitement. M. Rodolphe Rebour, de Neufchâtel-en-Bray, fut longtemps dessinateur publicitaire et mêlé au monde du cyclisme ; il est le frère de Daniel Rebour, journaliste technique mondialement connu dans le monde cycliste, duquel il tient ses informations de première main. Il m'écrit :

« C'est André Leduc, vainqueur des Tours de France 1930 et 1932, qui a révélé à mon frère cette origine peu connue (celle de "pédale", pour pédéraste). Vers 1924, ce champion encore amateur appartenait au Vélo club Levallois dirigé par le grand meneur d'hommes Paul Ruinart ; il serait trop long d'énumérer les médailles olympiques, les titres de champion du monde et de France, bref tous les succès d'hommes comme Blanchonnet, Archambaud, Leduc, Speicher, Wambst, Souchard, Lapébie, etc. Très en marge de l'équipe première existait un groupe de garçons, coureurs de très modeste niveau et d'un genre très "spécial". Je vous redis que le V. C. Levallois était dirigé par Paul Ruinart, entraîneur de grand talent... mais sensible au charme de ces "mignons". Les vrais coureurs, virils comme il se doit, et champions aux pédales bien huilées, méprisaient ces jeunes gens et les qualifiaient de "Pédales qui craquent". Seul est resté le mot "Pédales" ! »

Claude Duneton

■ in La puce à l'oreille [Les expressions populaires et leurs origines], Editions Balland, 1985, ISBN : 2715805543, pages 107-108

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Le rose et le vert, Stendhal

Publié le par Jean-Yves Alt

De Stendhal, tout le monde connaît Le rouge et le noir, au moins de réputation. Moins connu en revanche est Le rose et le vert.

Ce court roman inachevé rédigé en un mois, peu avant qu'il ne s'attelle à la rédaction de La chartreuse de Parme, et de publication posthume, conte l'histoire d'une jeune bourgeoise allemande, Mina de Wanghel, protestante, que la mort inopinée de son père met à la tête d'une immense fortune.

Éprise de liberté, amoureuse de l'amour et le cœur encombré de chimères romanesques, cette oie délicieuse a l'ambition d'être aimée pour elle-même et non pour sa richesse. Mina et sa mère font courir le bruit de leur ruine. Incognito, elles gagnent Paris et s'offrent un peu de bon temps.

Curieux petit roman à l'écriture élégante et glacée, Le rose et le vert est tout entier bâti sur le rien : le néant des actions, le néant des sentiments. Cette permanence des états virtuels baigne dans un climat de désengagement et de frivolité profonde. .

Seul personnage haut en couleur qui se détache dans cette odyssée de l'impuissance, un abbé, cauteleux génie de l'intrigue tacticienne qui soulage les brebis égarées de leurs péchés et de leurs écus. Mais l'abbé échoue piteusement dans sa tentative de marier Mina et de la convertir au catholicisme.

■ Le rose et le vert, Stendhal, Éditions Gallimard/Folio-Classique, 1982, ISBN : 2070373819

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Pour une éducation sexuelle… par Maxence Van der Meersch (1958)

Publié le par Jean-Yves Alt

« Un temps viendra où il nous paraîtra incroyable qu'on ait pu, comme nous le faisons de nos jours, laisser l'enfance livrée à elle-même, libre de se détruire et de se pervertir comme bon lui semble, sans que personne ne s'inquiète de lui tendre la main, de la guider, de l'éclairer sur le plus capital et le plus périlleux des problèmes : celui de la perpétuation de la vie.

Est-il possible que des enfants, que tous nos enfants, en pleine puberté, à l'âge où s'éveillent en eux des forces d'une violence et d'un prix inimaginables, capables de faire d'eux des monstres ou des saints, soient abandonnés tous ensemble dans leurs ténèbres, dans leur curiosité angoissée, réduits à s'éclairer les uns par les autres, à confronter leurs embryons de connaissances, d'expériences, à chercher à tâtons, en aveugles, péniblement, salement, cruellement, la lumière de la vérité ?

Et d'une vérité d'où dépend leur vie entière. Vous leur enseignez les connaissances les plus diverses. Vous leur assurez les maîtres les plus éminents. Vous estimez désastreux et honteux qu'ils ignorent Cromwell ou Pierre le Grand, ou les rudiments d'une langue morte. Vous cultivez leurs dons. Vous voulez qu'ils soient des lettrés, des musiciens, des artistes.

Mais pour ce qui est de cet instinct sacré qui naît en eux et qui dominera leur vie d'hommes, de maris, de pères, vous vous taisez honteusement. Vous les laissez s'instruire entre eux, songez-y, ces malheureux gosses.

Vous laissez à un petit de quatorze ans, plus précocement dépravé que le vôtre, le soin d'éclairer votre petit sur le plus grand mystère de la vie. Vous comptez sur l'expérience fortuite, les vices, les pauvres révélations sales et troubles d'un gamin de quatorze ans pour enseigner au vôtre la connaissance de sa future mission de mari et de père. Car c'est bien là ce que vous faites. Sans vous l'avouer, bien sûr, lâchement.

Le péché par l'abstention. Le péché par le silence. On n'aborde jamais la question, c'est plus simple. On n'en parle pas. On se tait. Et quand votre fils a vingt ans, il est entendu subitement qu'il sait tout, qu'il est instruit, éclairé, averti. Vous lui parlez d'homme à homme, à sa stupeur honteuse et qui n'ose y croire. Vous ne lui demandez pas d'où il tient sa science. Il est entendu qu'il sait. Et vous connaissez bien, au fond de vous-même, à quels pitoyables maîtres il est allé s'adresser.

Avouez-le, vous comptez sur l'école, sur les petits camarades, sur les hasards les plus périlleux de la vie, pour instruire vos gosses, pour « dessaler » vos tristes petits gamins solitaires et abandonnés à eux-mêmes. Votre seule excuse, c'est que « vous y êtes passés avant eux ». C'est qu'on n'a rien fait d'autre pour vous. Je ne sais si c'en est assez pour vous absoudre.

Je suis sûr quant à moi qu'un jour viendra où, en même temps que toutes les merveilles artistiques et scientifiques de notre temps, on révélera les méthodes d'éducation sexuelle de notre âge, ou plutôt la totale absence de ces méthodes, comme le plus sûr et le plus lamentable signe de notre barbarie. »

Maxence Van der Meersch

■ in Masque de chair, Éditions Albin Michel, 1958, pp.29-31

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Quand les montres étaient coquines…

Publié le par Jean-Yves Alt

Le blanc des carnations domine : c'est que les dames ne devaient pas bronzer sous peine d'apparaître comme des bergères malpropres.

La belle allongée présente un menton fort qui en dit long sur son dynamisme et sa détermination. Elle entend bien recevoir son dû d'extase. Malheur à qui ne lui apportera pas.

Plus troublant est le second personnage : il est habillé comme un homme. Mais son visage rond et imberbe est plutôt celui d'une femme qui aurait pris une tenue masculine pour mieux tromper son entourage.

Son regard contemple le lointain, d'un air rêveur :

«Oserai-je plonger dans le Jardin interdit, comme m'y invite ma tendre amie ?»

Montre des ateliers Musy père & fils (1) intitulée « The Lovers » ou « Les amoureuses »

(1) Horlogers de Sa Majesté le Roi de Piémont Sardaigne en 1830

Ironique est ce linge bleu qui donne une touche innocente à cette scène.

Cette montre est éloquente : elle rappelle que le temps fuit et qu'il faut se mettre, sans tarder, à l'ouvrage.


A voir : Montres polissonnes au Musée d'horlogerie du Locle du 1er juin au 30 septembre 2007 - Château des Monts - Route des Monts 65 - 2400 Le Locle - Suisse

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La famille comme institution par Xavier Lacroix

Publié le par Jean-Yves Alt

Xavier Lacroix (1), philosophe et théologien, conteste une vision libérale du droit, centrée exclusivement sur la liberté et sur l'égalité.

Selon lui, deux idées dirigent toutes les évolutions du droit depuis 68 : le principe d'égalité et celui de liberté. Chacun doit avoir les mêmes droits que ses concitoyens, quel que soit le degré de son engagement et quel que soit son sexe.

Pour lui, ces deux principes ne sauraient fonder une famille. Il y ajoute la différence qu'il se refuse d'envisager comme source d'inégalité et de discrimination.

Il s'oppose à ce que les questions relatives à la famille soient abordées uniquement sous l'angle intime. Dans ce seul regard privé, il voit le triomphe du regard centré sur l'individu et sur ses droits, au détriment des notions de bien commun et de durée. Le mariage est avant tout une institution, un engagement public qui dépasse la sphère strictement individuelle et privée.

Ainsi, il dénonce la famille comme seule nébuleuse de relations affectives. Il rappelle sa dimension contractuelle. Pour lui, elle est aussi une institution au même titre que l'état, l'école, l'armée, etc. Autrement dit, une forme qu'une société se donne pour assurer sa pérennité.

On voit où Xavier Lacroix veut en venir…


(1) De cet auteur : De chair et de parole, fonder la famille, Xavier Lacroix, Éditions Bayard, mars 2007, ISBN : 9782227476479

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