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Taxi zum Klo, un film de Frank Ripploh (1980) 2ème article

Publié le par Jean-Yves

Direction : la tasse !


Film autobiographique qui raconte l'histoire d'un couple d'hommes.


Peggy (Frank Ripploh), instituteur, drague Bernd (Bernd Broaderup), ouvreur dans un cinéma. Ils se rencontrent plusieurs fois, s'essayent à la vie commune dans un quotidien à la fois drôle et grinçant, mais sont vite piégés par les stéréotypes du couple hétéro le plus traditionnel : Bernd est la femme au foyer, fidèle et bonne cuisinière, attendant que Frank, le mari, rentre du boulot.


Mais Frank continue de draguer par-ci par-là, pilier des "Klo" (tasses) berlinoises pendant le week-end et professeur modèle en semaine.


Une histoire banale, entre deux hommes, dans la routine d'une relation. Histoire agressive, impertinente, qui ne propose aucun modèle ni aucune solution, et qui peut donner des homosexuels une détestable image d'eux-mêmes.


Film qui peut gêner, car écrit avec ces milliers de détails qui font et défont la vie de tous les jours, loin des théories et des grands discours, et criant le besoin insatiable d'amour et de tendresse de chacun.



Réalisé en 1980, Taxi zum Klo est le terme d'un come-out : Ripploh était enseignant et il a été licencié en 1978 après parution dans Stern – le Paris Match allemand – d'un article où plus de 250 pédés allemands avaient accepté de laisser publier leurs photo, nom et adresse.


Taxi zum Klo : film qui exprime tous les conflits, les angoisses, les contradictions de son réalisateur. Combat pour le quotidien, une histoire d'amour, qui, certes, se déroule dans le milieu homosexuel, mais pourrait tout autant être transposée dans le milieu hétérosexuel. Film calme et humoristique. Film qui provoque des émotions plus qu'à défendre des idées.


Taxi zum Klo , film qui pose une seule question : pouvons-nous faire mieux que nous répéter sans cesse ?




Lire le 1er article


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La culture littéraire est émancipatrice

Publié le par Jean-Yves

J'entendais l'autre soir, après les cours, à l'arrêt de bus, un adolescent qui disait à son camarade : « J'aime bien ce prof de français car il n'impose pas son opinion. ».


Ce que ne savaient pas ces deux, presque, jeunes hommes, c'est qu'ils étaient dans la totale confusion entre le respect des convictions (je crains d’ailleurs – mais, là est un autre sujet – que ces dernières ne soient, chez eux, que le reflet des opinions familiales) et le travail singulier de la réflexion qui ne peut se mener sans traiter avec la plus grande dureté ses propres opinions, idées reçues, « on dit ».


S'émanciper reste, pour moi, un apprentissage essentiel de l'école et, les œuvres littéraires, parce qu'elles proposent des situations incarnées (mais détachées de sa propre histoire), me semblent les meilleurs supports pour confronter des choix de vie et apprendre à réfléchir individuellement sur son existence.


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Complémentarité par Théodore Géricault

Publié le par Jean-Yves


Dans la partie gauche du tableau de Théodore Géricault,
Le radeau de la Méduse, il y a un couple étonnant : un homme mûr, prostré, le front appuyé sur sa main, soutient de son autre bras un jeune homme de la plus grande beauté, entièrement nu, la tête renversée en arrière.



Le plus âgé est mourant. L'autre est déjà mort.



Derrière ce couple, je lis une véritable scène d'amour et de possession : renaissance de l'éraste et de l'éromène.





Le radeau de la Méduse [détail], Théodore Géricault, 1818-1819

Huile sur toile – Musée du Louvre


Quand deux hommes, le premier possédant l'expérience, le second, la jeunesse et la beauté, s'apportent mutuellement ce qui manque à l'autre…


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Alexandre : Le feu du ciel (T1), L'enfant perse (T2), Les jeux funéraires (T3), Mary Renault

Publié le par Jean-Yves

Eunuques, empereurs, athlètes, tyrans, guerres, crimes, le tout pimenté d'homosexualité... C'est la Grèce antique revue et corrigée par la romancière anglaise Mary Renault. Un peu simplet, il faut le reconnaître…


Le Feu du ciel raconte l'enfance d'Alexandre le Grand. L'action se passe au IVe siècle avant Jésus-Christ. Fils de Philippe II roi de Macédoine, qui dominait alors toute la Grèce, Alexandre est tiraillé entre l'amour de sa mère, l'hystérique Olympias, et la crainte de son terrible guerrier de père contre lequel sa mère le monte. Devenant un homme complet au sens grec du terme, Alexandre, dont l'esprit s'orne grâce aux leçons de son maître Aristote, est aussi un parfait athlète : il tue son premier homme à l'âge de douze ans et son premier sanglier quelque temps après ! Le roman fait découvrir aussi les émois sensuels du jeune homme pour son ami Héphaistion. Un amour légendaire qui durera toute sa vie. Héphaistion sera le seul homme qui dominera, à l'occasion de certains quarts-d'heure de repos des guerriers, le grand et fier Alexandre : passif, forcément passif suggère Mary Renault. Ce roman de jeunesse s'achève avec l'assassinat de Philippe, dans lequel la reine Olympias aurait trempé, et l'avènement au pouvoir d'Alexandre.


Dans L'Enfant perse, le narrateur et non pas le héros, car le héros c'est toujours Alexandre, s'appelle Bagoas. Fils de bonne famille persane, il a eu le malheur d'assister, encore enfant, au sanglant assassinat de toute sa famille avant d'être vendu comme esclave. Emasculé, il devient un adorable petit eunuque, que son maître, un commerçant sans scrupules, contraint à la prostitution auprès de certains de ses clients, afin de faciliter ses affaires. Bagoas, devant ce revirement soudain de fortune, pense se suicider, mais l'instinct de vie est le plus fort. Par bonheur et grâce à ses multiples talents (bonne éducation, art consommé du chant et de la danse mais aussi des techniques amoureuses et une exceptionnelle beauté) il deviendra l'amant attitré du Grand Darius, le roi des Perses. Vie calme, luxueuse et voluptueuse pour Bagoas, jusqu'à ce que Darius soit battu par Alexandre qui, non content de dominer la Grèce, veut conquérir le monde. Par un hasard miraculeux, Bagoas va passer au service d'Alexandre. Ce sera le début d'une belle histoire d'amour entre les deux hommes, Héphaistion acceptant de fermer les yeux. C'est à travers le regard énamouré de Bagoas, dévoué corps et âme à son seigneur et maître, que le lecteur assiste aux grandes expéditions victorieuses d'Alexandre et de ses troupes, d'Egypte jusqu'aux Indes. Le livre s'achève avec la mort soudaine, à trente-deux ans, de l'empereur légendaire.


Les Jeux funéraires, qui marque la fin de cette triologie, traite de l'après-Alexandre. Mort quelque temps après Héphaistion, sans laisser de testament, Alexandre laisse en effet une succession des plus problématiques. Il y a d'abord ses deux femmes, chacune enceinte de ses œuvres, sa mère Olympias, qui n'a pas renoncé à ses prétentions à la couronne, toute une série d'enfants naturels du roi Philippe et aussi tout un tas de grands généraux, compagnons de conquête... Tout ce beau monde va se disputer l'immense empire laissé par Alexandre. De cette extraordinaire partie d'échecs où chacun pousse son pion et où tout le monde assassine tout le monde, pas un seul vainqueur ne se dégagera. Tandis qu'Alexandre ira reposer dans son mausolée d'Alexandrie, la ville qu'il a créée, sa légende, à défaut de sa succession, peut commencer.


A travers ses trois romans, Mary Renault (Londres 1905- Le Cap 1983), érudite et magicienne, réussit une vivante reconstitution de la Grèce antique. Un reproche de fond pourtant : ses romans sont un peu trop manichéens. C'est une Grèce « idéale » qu'elle reconstitue, même si elle montre bien la cruauté des guerres perpétuelles qui la secouent tout au long de son histoire. Les héros sont trop parfaitement héroïques et les philosophes exemplairement sages. Ni faiblesse, ni lâcheté chez Socrate, Platon ou Alexandre ! Aussi, ses romans ont-ils parfois un côté un peu puéril.


■ Editions Le livre de poche, 2004, ISBN Tome 1: 2253109266, ISBN Tome 2 : 225310924X, ISBN Tome 3 : 2253109274


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L'homophilie comme pratique normale de la sexualité humaine et l'homosexualité comme minorité

Publié le par Jean-Yves

« Vivre avec un homme, préférer les garçons aux femmes... c'est une question de caractère, de complexe d'Oedipe et de tout ce qu'on voudra, et ce n'est sûrement pas le cas majoritaire, ni d'ailleurs très minoritaire. » (1)


Paul Veyne


A travers cette lapalissade, il y a le désir d'évoquer, sinon de désigner l'origine d'une vérité sexuelle essentielle à chacun : autrement dit, Paul Veyne explique que tout le monde - à peu près - « peut avoir des relations physiques avec son propre sexe, et avec plaisir », mais qu'un hétéro n'en devient pas pour autant homo. Ce n'est pas certes ce qu'il écrit, mais ce que sa démonstration implique. Ainsi, si l'homophilie est revendiquée comme une pratique normale de la sexualité humaine, l'homosexualité serait reléguée à une minorité, si importante soit-elle.


(1) in Communications n° 35 - Sexualités Occidentales, Editions du Seuil, 1982


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