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Compréhension salutaire

Publié le par Jean-Yves

« Je comprends le désir sincère de nombreux couples homosexuels qui ont souvent vécu leur amour dans l'exclusion de la clandestinité de faire reconnaître celui-ci par la société. »


Abbé Pierre


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Descriptions de descriptions, Pier Paolo Pasolini

Publié le par Jean-Yves

Entre le 26 novembre 1972 et le 24 janvier 1975, Pier Paolo Pasolini a tenu une chronique de critiques littéraires dans l'hebdomadaire Il Tempo. Libre de ses choix, il rédige un véritable journal intellectuel.

 

Sur 90 textes, René de Cecatty en a traduit 47. Son critère a été simple : ne proposer au lecteur français que des critiques portant sur des livres auxquels il puisse se référer en français. Pétrarque, Lucien, voisinent avec Elsa Morante, Fellini, Céline, Gombrowicz, Forster, Cavafy, Penna, Moravia mais aussi Abélard et Dostoïevski.

 

Ces critiques sont une étude d'une rare finesse d'analyse, sans lieux communs, et d'une grande perspicacité quant aux ressorts secrets de la sexualité (et de ses modes de réalisation) dans l'apparent et le secret du texte.

 

Ce qui est intéressant, c'est que dans Il Tempo, Pasolini, qui a lu les plus grands écrivains, doit s'adresser à un public large pour lequel il redevient lecteur. Il accède à « ce tour de force de renoncer apparemment à une intervention active en reconstruisant son point de vue par la base. Il élargissait son auditoire, mais il ne diminuait qu'en apparence le poids de ses mots, en abandonnant le langage de la complicité et des reconnaissances tacites. [...] il s'agissait d'un assainissement du jugement littéraire, d'une ascèse non pas par le silence, mais par la lecture. » (René de Ceccaty dans la préface)

 

Comme le fait remarquer le traducteur, Pasolini fait preuve ici d'une haute conception du rôle critique et davantage, il efface cette idée d'un Pasolini culpabilisé par son homosexualité.

 

A travers les auteurs – Forster [Maurice], Cavafy, Jouve [Le monde désert], Roth, Dostoïevski, Soldati –, Pier Paolo Pasolini rend prépondérant le thème privilégié de l'homosexualité.

 

Descriptions de descriptions est un remarquable recueil de textes critiques pertinent et d'une exceptionnelle richesse. Une autre face du génie multiforme de Pasolini, face inattendue. Un livre-régal, une occasion aussi d'une autre lecture de chef-d'œuvres parfois oubliés.

 

■ Traduction de René de Ceccatty, Editions Rivages, 1995, ISBN : 2869309759

 

Consulter la table des matières

 


Du même auteur : L'odeur de l'Inde - Actes impurs suivi de Amado mio - Les ragazzi


Lire encore : Pier Paolo Pasolini, une biographie de Nico Naldini

 

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Eden par François-Xavier Lalanne

Publié le par Jean-Yves

Rhinocrétaire, Mouflon de Pauline, Moutons de Peter, Singe allumé… Ainsi désignées, les sculptures de François-Xavier Lalanne, avant même de les rencontrer dans un vaste salon ou au détour d'une allée de jardin, charment les oreilles.


Sculptures évocatrices d'un éden enfantin où le Petit Prince s'amuserait à rivaliser de fantaisie, pour épater Hans et Gretel.


Ces hybrides de bronze, de cuivre ou de tôle laitonnée, invitent à distribuer des caresses sur leur carapace comme sur celle de cet imposant rhinocrétaire, véritable ambassadeur rustique d'un art paisible, heureux, invitant à sourire.





François-Xavier Lalanne – Rhinocrétaire – 2005

Bronze


François-Xavier Lalanne s'inscrit dans la chronologie des sculpteurs animaliers, abondamment représentés au XIXe siècle par les Antoine-Louis Barye, Paul Simon et surtout François Pompon. Son imaginaire luxuriant évoque aussi la force inspiratrice de Magritte.


Des sculptures inventives et élégantes qui reculent les limites entre ce qu'il est convenu d'appeler l'art noble et l'art dit décoratif.


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Nord, un film de Xavier Beauvois (1992)

Publié le par Jean-Yves

Un pont mobile ouvre le passage à une voiture : c'est la première image de Nord, c'est aussi, mais vu de la rive adverse, celle qui viendra clore le film.



Xavier Beauvois, avec ce long métrage, plante son décor – insulaire – de façon résolument naturaliste.


Presque aucune musique, sinon cette cassette de Nana Mouskouri que la mère – Bulle Ogier, sobre, opaque, captive – se repasse indéfiniment et dont les paroles sont, d'un bout à l'autre, l'insistante dérision de son abîme définitif : « ... car il m'a donné plus que ma vie, celui que j'aime... ».


Xavier Beauvois n'explique rien : il montre.


Le père – Bernard Verley dans une interprétation stupéfiante – pharmacien pochard, au bout du rouleau, convoque le drame autour de sa personne. Le fils, Bertrand – interprété par Xavier Beauvois –, se ronge de sa tutelle redoutable, haïe. Sa petite sœur malade mentale se contorsionne en gémissant dans un fauteuil articulable.



La caméra du réalisateur, perfidement postée en lieu et place de l'écran télé, laisse le spectateur se regarder, comme dans un miroir fixe, dans le spectacle de l'étroite tribu pavillonnaire qui dîne, muette, sordide, devant le poste : le son de la pub Mont Blanc, sans l'image, ne cache plus rien de son inanité burlesque. Le rythme du film s'installe ainsi par fragments successifs. Avec une sorte de cruauté jubilatoire, Nord fait feu de chaque plan comme un coup tiré à bout portant sur le réel. Glauque affectif, promiscuité sociale, solitude intérieure : triple figure de l'autarcie. Elliptique à l'instar de son titre, l'histoire resserre l'étau du mal de vivre autour de ce microcosme, où chaque protagoniste n'en finit pas de se noyer.


Le garçon seul a encore la force de fuir l'horreur du foyer en partant en mer pêcher au chalut, avec ses seuls vrais amis : les marins. Il s'achètera, plus tard, un chalutier baptisé Providence... Tandis que le père – répulsif, monstrueux – trébuche irréparablement ; sa femme s'enfonce dans l'acceptation inerte de son propre malheur. Même sa chaude main secourable, pour masturber son fils, un beau soir, devant un porno télévisé, ne la sauvera pas du marasme. La scène, dans le genre poisseux, figure un morceau d'anthologie.


On devine que l'enjeu de Nord est de solder les comptes avec le passé. Exorciser le Père, surtout. Nord, ou le ressentiment comme expérience.


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Le balcon d'Angelo, Hugo Marsan

Publié le par Jean-Yves Alt

Quelle est la singularité de la distance qui s'érige entre un écrivain et son objet ? Telle est l’interrogation fondamentale suscitée par Hugo Marsan dans ce roman. Œuvre sur les modalités de l'écriture qui enseignent sur ce que la vie gagne à devenir imaginaire.

De quelle nature est la distance qui sépare un écrivain de ce qu'il désire écrire ? De quelle sorte singulière d'espace s'agit-il ? C'est une dimension éminemment fluide et courbe, traîtresse et indéfinissable ; plus qu'une dimension, à vrai dire, c'est une expérience : chaque fois que l'auteur s'empare du stylo, l'objet s'éloigne, s'amplifie, change de contours, multiplie les frontières.

Le romancier s'en remet à la mémoire de l'ordinateur qui ronfle doucement et engloutit les urgences de la vie et du désir. C'est en ces termes que l'auteur s'interroge sur l'écriture qui déjoue les pièges du souvenir, tente de conjurer le destin imbriqué des défaillances du cœur et de la peur d'en finir avec les mots.

La réussite d'une écriture est de ne pas craindre d'avouer ses artifices, ses lacunes, ses ignorances pour mieux indiquer peut-être ce que la vie gagne à devenir imaginaire. Le souvenir ici fait surface et entraîne écrivain et lecteur à sa suite dans les labyrinthes de la mémoire.

La mémoire n'est pas qu'une commémoration d'un passé fixe : elle est surtout une matière vivante intimement mêlée au présent. Il est impossible de raconter sa vie ; c'est la vie qui exprime cette «atroce caducité de l'amour qui se grandit de la peur d'être dépossédé du futur».

Dans ce roman, tout n'est que bruit et fureur : bruits de la guerre et cris des soldats, ronflement menaçant de l'ordinateur, vrombissement des chaufferies colossales de l'immeuble. Cette peur engendrée par les bruits du dehors ne symbolise-t-elle pas cet amour inquiet du narrateur pour Jane, ce désir à fleur de peau de la sentinelle isolée pour le frère qui apaisera sa peur, ces gémissements de la mère qui perd la tête, ce désir de paternité de l'auteur qui ne peut être un rempart contre la vieillesse et la mort ? 

L'imaginaire n'est ainsi que «cette part de la vie qui renie la vie» et qui engendre tous les malentendus et les peurs comme une ultime ruse de la mort. Le balcon, «cette étroite passerelle de transit», reste alors l'unique plage de salut pour le narrateur, «en équilibre précaire au-dessus de la mort» suspendu entre ciel et terre.

« Le souvenir de l'angoisse ne peut ressusciter la fulgurance de la passion. »

Hugo Marsan exprime admirablement la fatigue de la quête, la souffrance du refus possible, la peur du contact vrai, la terreur de la présence effective, l'énormité de la chair d'autrui, l'immensité de son corps.

Le balcon d'Angelo, Hugo Marsan, Editions Verdier, 1992, ISBN : 2864321432


Du même auteur : Monsieur désire - Le balcon d'Angelo - La troisième femme - Le labyrinthe au coucher du soleil - Véréna et les hommes - Saint-Pierre-des-Corps - La femme sandwich

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