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Sur la croix par Jean-Georges Cornélius

Publié le par Jean-Yves Alt

« La seule chose qui compte, c'est d'arriver à force d'amour et de pitié à entendre tous les râles de la Sainte Agonie, et puis d'aller attendre que la formidable clarté de la Résurrection se glisse entre les pierres du tombeau.

Cela, j'y suis arrivé et j'essaye furieusement de le faire comprendre aux autres par l'image. Il faudrait que l'Art soit une sorte de transfusion d'âme. »

Jean-Georges Cornélius (1880-1963)

Depuis sa conversion, en 1931, la Passion du Christ a accompagné le peintre au plus profond de son âme. Il a peint ce chemin de croix pour le Home d'enfants de Geneviève Auffray, à Villard-de-Lans, vers 1935. Aujourd'hui, on peut le découvrir au Musée d'art sacré du Gard.

Jean-Georges Cornélius – Jésus agonise sur la croix (12e panneau) – vers 1935

Peinture, Musée d'art sacré du Gard, Pont-Saint-Esprit

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Faire (voir) « Milan bleu », un court métrage de Jean-François Garsi (1979)

Publié le par Jean-Yves Alt

« En dépit de l'état avancé du libéralisme régnant subsistent encore quelques statuts qui font encore scorie dans ce paysage idyllique. L'homosexualité en est une. Si le vécu homosexuel est chose plus aisée que naguère ( ?), encore faut-il préciser que les lieux et les temps lui sont d'avance désignés : le ghetto/la nuit (cf. Nighthawks de Ron Peck), et il n'en demeure pas moins vrai que le discours homosexuel reste un acte militant ; en ce sens les films de Lionel Soukaz de Boy friend n°1 à Race d'Ep sont l'expression cinématographique de la militance «gay».

Il s'agit de combattre une idéologie jugée rétrograde, dangereuse, etc., de tenter de la détruire pour lui substituer de nouvelles valeurs : «normalité de la chose», ou encore d'informer, de donner des éléments pour faire comprendre, faire admettre, etc.

Au contraire «Milan bleu» fonctionne comme si «le problème était réglé», non pas pour faire l'économie d'un débat mais pour débarrasser le terrain de vaines interrogations. Le film fait question dans la mesure où il refuse de les poser. Que voit-on ? Une ville et une évidence passionnelle. De la ville on ne voit que quelques rues, quelques murs ; et de la passion, quelques gestes. Peu de chose, donc, mais chaque élément constitutif du film, chaque scène, chaque plan, chaque son exaspère cette proposition : ils vivent, et ils vivent «comme ça».

C'est cette évidence qui fonde l'aspect provoquant de Milan bleu. Le refus de l'ancrage social a souvent été reproché au film. Il est de fait que si l'on voit ce que font les deux personnages on ne sait pas qui ils sont. Ce refus délibéré de dire, bien que l'appartement où les vêtements portés soient des signes très lisibles, tient au fait que le film se déroule comme une parole tranquille qui viserait l'essentiel : la violence de la passion. Il ne s'agit plus de justifier mais de subvertir, et la subversion ne peut s'inscrire qu'en porte à faux dans le champ idéologique. Alors que la justification emprunte les armes et la démarche du discours «d'en face», se vouant d'emblée à la stérilité, l'injection du passionnel dans la politique vise à créer une faille. L'image et le son de Milan bleu sont de facture très classique. Taxé par certain «d'hollywoodisme», il semble alors paradoxal de dire que le film est expérimental ; et pourtant Milan bleu est un film expérimental si l'on daigne, pour une fois, vider cet adjectif de son sens restrictif: expérimentation formelle.

Le film tente de mettre en œuvre les mécanismes du souvenir et, pour ce faire, opte pour une démarche visuelle très statique : emploi du plan fixe et caméra à hauteur d'homme ; le mouvement naissant au montage et plus tard avec l'adjonction de la voix off, à l'auditorium. Par mouvement, il faut entendre celui qui naît cinématographiquement de la rencontre des images et des sons.

Narratif, le film l'est incontestablement, mais la juxtaposition des moments, visualisés ou dits, brise la narration linéaire pour y substituer un temps et un espace spécifiques. Faire Milan bleu ne signifiait pas raconter une histoire, mais plus difficilement, faire un film.

Film inclassable... si ce n'est par la «Commission de contrôle», puisque celle-ci l'a interdit aux mineurs ; classement par l'exclusion : le retour à la normale. »

Jean-François Garsi

■ in CinémAction numéro 15, sous la direction de J-F Garsi, Editions Papyrus, 1983, ISBN : 286541048X, pp.125-126


Les impressions de l'acteur Patrick Lavallé

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Raffinement par Rogier Van der Weyden

Publié le par Jean-Yves Alt

Un mur gris, une tenture rouge, un sol pierreux. Décor minimal pour entrer dans ce tableau.

Comment me situer par rapport à ce Christ en croix (que j'isole ici volontairement de la partie gauche du diptyque) ?

L'homme-Dieu, semble endormi dans la paix. Il ne montre aucune souffrance ; son corps est magnifiquement humain. Pense-t-il déjà à son nouveau royaume ?

Le rouge de la tenture m'évoque le sang versé que Rogier Van der Weyden a choisi de ne pas représenter en dehors de quelques touches près des blessures. Cette tenture rouge me rappelle aussi que le Christ est sur le point de rejoindre sa royauté. Rouge de la souffrance et de la gloire.

Mon trouble devant ce Christ vient de son périzonium (linge qui couvre ses reins) : si sa présence est traditionnelle dans l'histoire de la peinture, son modelé en forme d'hélice suggère la présence d'un souffle (faut-il y voir celui de l'Esprit ?).

Rogier Van der WeydenDiptyque du calvaire (volet droit) – vers 1464    

Peinture à l'huile, Musée de Philadelphie (Etats-Unis)

Ce linge, en conférant un dynamisme à ce corps inerte, renvoie à l'extraordinaire raffinement de cette peinture.


Le Diptyque du Calvaire, fruit d'une intense méditation de la Passion du Christ, est la dernière œuvre de Rogier Van der Weyden : un testament ?

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Le diable est homosexuel par Eduardo Galeano

Publié le par Jean-Yves Alt

Dès 1446, au Portugal, les homosexuels allaient droit au bûcher. Dès 1497, ils étaient brûlés vifs en Espagne. Le feu était le sort destiné à cette engeance démoniaque, née dans les flammes de l’enfer.

En Amérique, en revanche, les conquistadors préféraient les jeter aux chiens. Vasco Núnez de Balboa, qui avait condamné nombre d’entre eux à un si cruel châtiment, pensait que l’homosexualité était contagieuse. Cinq siècles plus tard, j’ai entendu dire la même chose par l’archevêque de Montevideo. Lorsque apparurent à l’horizon les premiers conquistadors, seuls les Aztèques et les Incas, au sein de leurs empires théocratiques, punissaient l’homosexualité – de peine de mort. Le reste des habitants de l’Amérique la toléraient, voire, dans certains endroits, la fêtaient, sans jamais l’interdire ni la réprimer. Cette insupportable provocation devait déclencher la colère divine.

Selon les envahisseurs, la variole, la rougeole et la grippe, fléaux inconnus qui décimaient les Indiens comme des mouches, ne venaient pas d’Europe mais du ciel. Dieu punissait ainsi le libertinage des Indiens, qui se livraient avec naturel à leurs mœurs contre-nature.

Ni en Europe ni en Amérique, pas plus qu’ailleurs, on n’a compté le nombre d’homosexuels condamnés au supplice ou à la mort. Nous ne savons rien des temps lointains, et très peu ou pour ainsi dire rien des temps actuels.

Dans l’Allemagne nazie, ces « dégénérés coupables d’aberrants outrages à la nature » étaient obligés d’arborer un triangle rose. Combien furent envoyés en camp de concentration ? Combien moururent là-bas ? Dix mille, cinquante mille ? On ne l’a jamais su. Nul ne les a comptés ; c’est à peine si on les a mentionnés. On n’en sait pas beaucoup plus sur le nombre de Gitans exterminés.

Le 18 septembre 2001, le gouvernement allemand et les banques suisses décidèrent de « rectifier l’exclusion dont faisaient l’objet les homosexuels parmi les victimes de l’Holocauste ». Corriger cette omission avait pris plus d’un demi-siècle. A partir de cette date, les homosexuels ayant survécu à Auschwitz ou aux autres camps – si tant est qu’il y en eut – eurent le droit de réclamer une indemnisation.

Eduardo Galeano *

■ in Le Monde Diplomatique (extrait), août 2005

* écrivain uruguayen

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On s’est contenté de changer le contenu des contraintes par Marcela Iacub

Publié le par Jean-Yves Alt

Marcela Iacub, juriste et chercheuse au CNRS, s’intéresse au «nouvel ordre sexuel», sous toutes ses coutures. Elle publiera en avril chez Fayard Par le trou de la serrure, une histoire de la pudeur publique.

-- La Révolution sexuelle a -t-elle eu lieu en 68 ?

On s’est contenté de changer le contenu des contraintes. Il est faux de croire qu’on n’est passé d’un monde dans lequel on était accablé par des contraintes injustes, vers un régime de liberté sexuelle et procréative. Ce vieux maître rigide qu’était le mariage a été remplacé par un autre, tout aussi arbitraire, et, sans doute, plus redoutable encore qui est le sexe. Par ceci, j’entends un ensemble de normes juridiques qui a fait de la sexualité, non seulement le fondement des liens de filiation au détriment de la volonté, mais aussi la chose la plus importante en ce qui concerne notre bien-être psychique. La sexualité n’est pas une activité libre gouvernée par le seul consentement, mais quelque chose d’extrêmement délicat et dangereux qui peut, à tout moment, mettre en miettes notre santé mentale et notre avenir.

-- Quels ont les effets des réformes de cette époque comme la contraception ou l’avortement ?

La famille n’est plus organisée autour du mariage mais du ventre fertile des femmes. On met souvent en avant le fait que ces nouvelles lois ont permis aux femmes ne pas être enceintes lorsqu’elles ne le souhaitent pas. Ce faisant, on oublie le principal, c’est-à-dire que ce sont elles seules qui ont le pouvoir de faire naître. Ainsi, l’homme n’a pas le droit de demander à une femme d’avorter. C’est quand même un peu gonflé que l’on puisse encore imposer à un homme une paternité non désirée. Cela signifie que la liberté procréative n’est pas complète, car elle ne concerne que la moitié de la population. Les féministes traditionnelles voient cela comme une vengeance contre les hommes et le patriarcat.

Dans la situation présente, les femmes continuent à être le pivot de la reproduction de l’espèce. C’est pourtant un pouvoir qu’elles auraient intérêt à partager à égalité avec les hommes, si elles souhaitent s’investir davantage dans la vie professionnelle, sociale et politique. Et cela engagerait aussi les hommes d’une toute autre manière.

-- Vit-on aujourd’hui une pleine liberté sexuelle ?

La sexualité peut être consentie, mais pour autant pas autorisée dans le droit actuel. Il en va ainsi de la sexualité commerciale (prostitution) et tout ce qui l’entoure. Il en va de même de certaines pratiques sexuelles : les jeunes entre 15 et 18 ans ont, en principe, le droit d’avoir des rapports sexuels à deux de tout type, y compris avec les majeurs. Mais les pratiques qui supposent la présence de plusieurs partenaires, d’une manière concrète (partouzes) ou indirecte (prises de photos), ne sont autorisées qu’aux majeurs de 18 ans.

Plus généralement, je crois que le sexe a été un formidable alibi pour que l’Etat casse les instances intermédiaires qui s’occupaient de gouverner la vie privée : la famille, l’école, les églises. C’est dorénavant le droit, et surtout le droit pénal, qui est devenu l’arbitre des conflits interpersonnels, au détriment d’autres normes morales, disciplinaires ou de politesse.

Libération, Marcela Iacub, propos recueilli par C.R., vendredi 29 février 2008

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