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Chéri Samba : un art engagé…

Publié le par Jean-Yves Alt

Impossible de ne pas rester perplexe devant les grandes toiles de Chéri Samba aux couleurs vives où sont croquées aussi bien des scènes de la vie quotidienne que des allégories socio-philosophiques.

Ses compositions, où l'écrit a toujours une grande place, proposent une représentation du monde perversement naïve. Le peintre s'y fait observateur ironique des rapports humains, que ce soit dans le monde du travail ou dans l'intimité d'un couple.

Avec un humour toujours corrosif, Chéri Samba apporte ainsi à la peinture la verve réjouissante des conteurs moralistes, mettant en garde son public, tout en le distrayant, sur des thèmes qui ne sauraient laisser indifférents : l'éternelle exploitation du pauvre par le riche, l'égoïsme, les ravages de la malaria, et comme ici, le SIDA.

Avec ce regard extrêmement critique, le peintre dénonce l'insouciance face au sida, brisant ainsi le silence qui entoure encore cette maladie dans son propre pays. Il se fait alors éducateur, répétant dans ses toiles par des représentations et des messages simples, accessibles au plus grand nombre, que le sida est encore non guérissable. Ces avertissements réitérés s'expriment par un regard acerbe sur les mœurs, sur la polygamie ou bien encore sur les réticences à utiliser des préservatifs.

Chéri Samba, Le SIDA ne sera guérissable que dans 10 ou 20 ans, 1997

Acrylique sur toile, paillettes et collage, 130 cm x 194 cm, CAAC Genève

Ne craignant pas d'aborder ouvertement ces thèmes liés à la sexualité, Chéri Samba démontre que l'art peut être engagé et porteur de messages précis sans pour autant déchoir.

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Marie Laurencin, peintre de la douceur du sourire

Publié le par Jean-Yves Alt

Pour l'essentiel, les tableaux de Marie Laurencin sont des représentations de femmes. Seules, à deux ou plus, accompagnées souvent d'animaux : chevaux, chiens ou biches. Femmes liées entre elles d'une toile à l'autre par un mystérieux air de ressemblance.

Du noir des yeux et de quelques lignes courbes sur la toile, au blanc parfois rehaussé de rose pour le visage et le corps, l'harmonie des demi-teintes est des plus subtiles : Est-ce la paix ou la nostalgie ? La douceur ou l'absence ? Chaque tableau n'impose jamais une lecture univoque.

C'est dans cette liberté du regard et des émotions qui en découlent que je trouve une profonde originalité dans ses tableaux. J'aime y percevoir une histoire d'amour entre ces femmes qu'elle peint ensemble parce qu'il n'est asservi à aucun voyeurisme viril.

Marie Laurencin (1883-1956) – Femme au chien

Dans les tableaux de Marie Laurencin, les femmes ne sont pas ensemble pour le plaisir des hommes. D'ailleurs, je préfère lire à leur sujet de la tendresse plutôt que de l'intimité sexuelle.

Les couleurs et les lignes douces s'éloignent des beautés suggestives habituelles. Marie Laurencin a peint des femmes sans les enfermer dans une position d'objet.

Leurs regards traversent la toile pour aller se perdre bien au-delà des possibles observateurs. Comme si ces femmes continuaient à vivre au-delà de la représentation « figée » que représente le tableau.

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Néant de l'objet du désir par Laurent Nunez

Publié le par Jean-Yves Alt

Ce vide est excellemment traduit dans cette scène où le narrateur fait regarder à sa mère et sa sœur une comédie télévisée où, à la fin, les deux amants séparés ne se retrouvent pas. Une absence d'happy end pas si décourageante… pour l'auteur, au moins :

« Si les après-midi je restais seul à la maison, j'essayais le soir de ne pas m'enfermer dans ma chambre, et je passais le temps avec mes parents et avec ma sœur. C'est-à-dire que nous regardions ensemble la télévision. Une chaîne diffusait ce soir-là Miles Away, un film que j'avais déjà vu : l'histoire d'un homme et d'une femme qui s'aiment et qui se courent après pendant deux heures, mais qui finalement, contrairement aux happy ends classiques, ne se retrouvent pas. J'avais beaucoup aimé ce film et je voulais le revoir. C'était une comédie américaine, je croyais que ç'aurait plu. Le scénario, en lui-même, n'avait rien de vraiment triste, parce qu'on sentait que les deux personnages avaient évolué grâce à leur histoire, et qu'ils allaient revivre de belles choses – mais pas ensemble ni devant la caméra. Ma mère, qui me faisait encore confiance, accepta que nous le regardions. Durant tout le film, je tournais souvent mes yeux vers ma sœur, vers ma mère […] : et jusque vers la fin les deux semblaient conquises. Peut-être croyaient-elles que le film se terminerait bien, car je ne leur avais rien dit. Mais l'homme et la femme se croisèrent une dernière fois dans un restaurant. Ils se reconnurent, malgré les deux ou trois années qui s'étaient écoulées. À peine un sourire, malgré tout ce qu'ils avaient vécu, les nuits collés l'un à l'autre, les disputes délicieuses, les vacances en Italie ; et ils s'éloignèrent chacun de son côté. Il y eut un long fondu au noir, puis le générique apparut. Hélas, sitôt que les noms des acteurs défilèrent, un cri éclata près de moi.

Ma sœur s'était retournée vers moi - elle était en larmes, le visage rouge. Elle hurlait : « Mais tu fais chier, Laurent ! Tu choisis toujours des films nuls, qui finissent comme ça. Elle est pas crédible, cette fin ! Je te jure, c'était nul, nul comme toi ! Tu fais vraiment chier ! » Elle courut s'enfermer dans sa chambre. […] et quoique je tentasse encore une fois de m'expliquer, de leur faire comprendre que c'était un film très optimiste (au sens où il montrait qu'on pouvait se délivrer d'un amour, fût-il considéré comme le plus beau, et parfois même comme le dernier), elle voulut me corriger : « Mais oui, peut-être. Dans le meilleur des cas. Mais comme on ne vit pas dans le meilleur des mondes... »

Laurent Nunez

in Les récidivistes, Éditions Champ Vallon, 2008, ISBN : 9782876734906

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Approche de l'infini par Caspar David Friedrich

Publié le par Jean-Yves Alt

Corbeaux, arbres décharnés, tombeaux, paysages désolés… Telle est la peinture de Caspar David Friedrich.

Ce couple dessiné par Friedrich me tourne le dos et regarde vers le fond de la toile, l'horizon, l'infini.

Abîme mystique où ces deux personnages m'entraînent dans l'ineffable nuit, quand le mystère sacré des astres à travers l'espace vient sans bruit jusqu'à moi.

Peinture visionnaire : ce paysage n'est entaché d'aucune velléité réaliste.

Ce couple figé dans la contemplation hypnotique du lever de Lune prend conscience de sa propre petitesse et se perd dans cet infini.

Caspar David Friedrich – Homme et femme regardant la lune – 1819

Peinture à l'huile, National Galerie (Berlin)

L'huile est utilisée lisse, brillante, et donne à la matière un aspect presque pétrifié.

«Clos ton œil physique afin de voir d'abord ton tableau avec l'œil de l'esprit. Ensuite, fais monter au jour ce que tu as vu dans ta nuit.»

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