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Se masturber ou contaminer par Alain Emmanuel Dreuilhe

Publié le par Jean-Yves Alt

« Cependant, la majorité des sidatiques subissent la misère sexuelle des contagieux. Le soir, une fois les feux et la télévision éteints, la panique monte et le lent mouvement de la masturbation rassure par son mécanisme monotone, nous rappelant le temps où nous vagabondions insouciants dans le rouge paradis de la sexualité.

Plus qu'une forme de calmant, la masturbation fait échapper pour un temps les hommes et les jeunes gens que nous sommes à l'univers semi-carcéral où nous avons été pris au piège par l'épouvante que nous suscitons. Les membres les moins scrupuleux des armées en campagne violent les femmes sans défense qu'ils rencontrent sur leur route. Les sidatiques qui ne disent pas à leur partenaire qu'ils sont malades et ne prennent avec eux aucune précaution font de même. J'ai pour eux le mépris que les officiers de West Point éprouvent pour les soldats perdus de My Lai. Je soupçonne ces quelques sidatiques de vouloir faire payer aux civils leur chance et leur indifférence. Que de haine, pour eux-mêmes et pour autrui, ces soudards doivent ressentir. »

Alain Emmanuel Dreuilhe

■ in Corps à corps : Journal de sida, éditions Gallimard/Au Vif du Sujet, 1987, ISBN : 2070711951, page 99

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Méditation par Giorgio de Chirico

Publié le par Jean-Yves Alt

La peinture de Giorgio de Chirico qualifiée de métaphysique a tendance à s'exprimer par symboles inanimés.

L'idée est suggérée par une méditation, d'autant plus fructueuse que le monde est rendu à l'immobilité, l'espace au désert.

Cet état mystérieux des choses, c'est le moment suspendu, la négation du temps.

Autrement dit, Giorgio de Chirico appelle les statues à remplacer les hommes.

Giorgio de Chirico – Piazza d'Italia – 1913

Huile sur toile, Art Gallery of Ontario, Toronto, Canada

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Michel Foucault : une philosophie de l'amitié

Publié le par Jean-Yves Alt

« Je m'intéresse beaucoup en ce moment au problème de l'amitié. Depuis l'Antiquité, pendant des siècles, l'amitié a été un mode de relation sociale très important, au sein duquel les hommes disposaient d'une certaine liberté, d'une sorte de choix et qui était en même temps une relation intensément affective.

Je crois que c'est aux XVIIe et XVIIIe siècles qu'on voit disparaître ce genre d'amitiés, au moins dans la société masculine […].

Une de mes hypothèses est que l'homosexualité, le sexe entre hommes, est devenu un problème au XVIIIe siècle. Nous la voyons entrer en conflit avec la police, le système judiciaire, etc.

La raison pour laquelle elle fait socialement problème, c'est que l'amitié a disparu. Tant que l'amitié était une chose importante et socialement acceptée, personne ne se rendait compte que les hommes faisaient l'amour ensemble. Qu'ils fassent l'amour ou non, d'ailleurs, n'avait pas d'importance. Mais une fois l'amitié disparue en tant que relation culturellement acceptée, le problème s'est posé : Que fabriquent donc les hommes ensemble ? Je suis certain que la disparition de l'amitié en tant que relation sociale et la déclaration de l'homosexualité comme un problème socio-politico-médical sont un seul et même processus. »

Michel Foucault

■ in article Que fabriquent donc les hommes ensemble ? – Le Nouvel Observateur du 22 novembre 1985

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