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Candeur de ceux qui se demandent comment et pourquoi ils sont "devenus" homophiles par Tony Duvert

Publié le par Jean-Yves Alt

L'homosexualité n'est une souffrance ou une misère que parce qu'on la cantonne dans le cercle du moindre mal ; il faudrait bien qu'on expliquât pourtant quel peut être le genre de misère d'un être libre, dont le coeur est en paix, le corps en santé et la sexualité bien vécue. C'est ce que Tony Duvert écrivait en 1980 :

« Candeur de ceux qui se demandent comment et pourquoi ils sont "devenus" homophiles.

La question aurait un sens si le sexe, dans l'espèce humaine, répondait à un programme biologique précis. On "deviendrait" hétéro comme on devient pubère, sénescent, grand ou gros. Les "perversions" seraient aussi rares que les bébés à six pattes.

Rien de semblable n'existe. Notre sexe naît sans objet, comme notre aptitude à parler est d'abord sans langage. Abandonnez un nouveau-né sur une île déserte, pendant vingt ans, avec des chèvres pour le nourrir. Loin de réinventer la langue française et de fantasmer sur Marilyn, il chevrotera, capricant, épousera ses nourrices à barbiche et à cornes – et il vous renverra, vous et vos idées stupides d'innéité, vous faire embouquer ailleurs.

Quelle stupéfaction ! Il paraît qu'une nette majorité des garçons nés en hétérocratie française parlent français et sont hétéro ! On se demande où ils sont allés chercher ça. La "Nature", sans doute. »

Tony Duvert

■ in L'enfant au masculin, Editions de Minuit, 1980, pp.93-94

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Le héros effarouché, Edmund White

Publié le par Jean-Yves

Il est encore un enfant et il fait l'amour comme un dieu. Gabriel brûle son adolescence. Le roman d'Edmund White est un récit hallucinant, une épopée érotico-fantastique, la peinture d'un monde imaginaire...




Gabriel quitte les terres ancestrales et découvre la ville sous la tendre tutelle de son oncle Matéo. Des libertins fatigués l'initient aux rites de la vie mondaine. Mathilda, vieille égérie, domine le cérémonial des salons. Sous la chair neuve de Gabriel, elle s'abandonne à une ultime passion. Edwige, actrice amante de Matéo, subjugue l'adolescent.


Daniel, fils adultérin de Mathilda l'entraîne dans les bas-fonds de la ville. Monde décadent : les grands prêtres se précipitent sur le jeune garçon. Dernier soleil, ils dévorent sa chair, affamés de cette sexualité sans failles.


Au-delà des grilles où se consument les fêtes de la puissance et de l'argent, nourries d'un passé de luxe aristocratique, le peuple prépare la rébellion.


A l'issue de son adolescence de feu et le rapide apprentissage des réalités sociales et amoureuses, Gabriel échoue aux rives de son tout premier amour, Angelica, amour sauvage, aujourd'hui le signe d'un choix adulte : Gabriel prend la tête des rebelles. Une enfance meurt, une autre vie commence. Edwige, symbole de l'ambiguïté et des mirages, est assassinée.


Dans Le héros effarouché, Edmund White aborde le grand roman d'aventure et renoue avec la tradition classique de l'éducation sentimentale.


Il y a du Julien Sorel chez ce Gabriel, et le monde caustique, sublime et terrifiant de Proust n'est pas loin. Ces échos littéraires exaltent la lecture même si les intrigues et les passions s'inscrivent dans un lieu et un temps imaginaires.


Chaque personnage est conduit à l'extrême de son destin. La magie de l'écriture est produite par les superbes enchaînements des séquences qui n'obéissent pas à la chronologie des faits mais se créent à l'intérieur de l'événement psychologique intime. C'est aussi la ronde prisonnière de personnages imaginaires certes, mais crevant de vérité, prototypes subtils et affinés du grand jeu social.



Au-dessus de la mêlée, l'ange Gabriel poursuit sa route solitaire, sauvé du passé, ouvert à l'avenir. Il aime de son corps l'inaltérable puissance sexuelle. Il apprend trop vite que l'homme invente l'amour et que les paradis du plaisir posent une alternative insoluble.


■ Editions Albin Michel, traduit de l'anglais par Marc Cholodenko, 1986, ISBN : 2226027076



Du même auteur : La tendresse sur la peau - Un jeune Américain - L'écharde (nouvelles avec Adam Mars-Jones) - Nocturnes pour le Roi de Naples - Oublier Eléna


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Profonde fraternité dans la souffrance par Renaud Camus

Publié le par Jean-Yves

« Je souffre, évidemment. Mais si je souffre par écrit [...], je suis bien obligé, puisque la quantité de ma souffrance n'est pas infiniment extensible, sans doute, de me départir d'un peu d'elle, ou de beaucoup, pour en gratifier ce je plus ou moins docile, l'autre, qui n'aura d'existence et d'épaisseur qu'à m'en décharger mieux. »


Renaud Camus


■ in Le Lac de Caresse, Editions P.O.L., 1991, ISBN : 286744215X


Lucidité, ironie certes, mais aussi magnifique méditation sur la dualité de l'écrivain : celui qui vit et celui qui écrit, définition exacte de la solitude de la création qui reste pourtant le plus beau mouvement d'un homme vers un autre.


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« Passion » absolue chez Grünewald

Publié le par Jean-Yves Alt

Croix mal débitée, vêtements déchirés, chairs meurtries et douloureuses, barbes mal taillées, mâchoires proéminentes, traits simiesques... tout semble outré dans la peinture de Matthias Grünewald.

Pourtant nulle caricature dans cette peinture.

Dans cette représentation du portement de croix, Matthias Grünewald montre – avec une grande force expressive – sa vision qu’il a des différents éléments qui constituent cette scène : bois, tissus, peaux et chairs, poils, morphologies squelettiques, afin de reconstituer ce que je perçois comme être la terrible violence du monde.

Matthias Grünewald – Portement de croix du retable de Tauberbischofsheim (détail) – 1523/1525

Huile sur bois, 195,5cm x 142,5cm pour le tableau entier, Staatliche Kunsthalle, Karlsruhe

Pour bien prendre conscience du caractère absolu de cette représentation de la Passion du Christ, il n'y a qu'à comparer ce chef-d'œuvre de Grünewald, à ce détail de la Crucifixion du Christ de Jörg Breu l'Ancien, peintre germanique de la même époque : chairs égales et lisses, air abruti des bourreaux… le tout constituant une simple illustration colorée.

Jörg Breu l'Ancien – Crucifixion (détail) – 1524

Peinture, 87cm x 63cm pour le tableau entier, Museum of Fine Arts, Budapest

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Ceci est mon sang, Jean-Baptiste Niel

Publié le par Jean-Yves

C'est l'histoire de Jésus, aujourd'hui, parmi nous. Un Jésus sans nom : le voyageur, l'étranger, l'ami, l'autre.


Ce personnage sillonne la France, hippie paisible ou anonyme errant, hôte de la dernière chance, celui qu'on aime, qu'on désire parce que son silence est le sésame-ouvre-toi de notre plus intime confession.


Cet homme entre dans les maisons, partage les repas, les siestes, les lits. Cet homme qui rencontre des homosexuels, des bisexuels, des célibataires, des hommes mariés a le don de révéler à chacun d'eux la vérité de sa jouissance homosexuelle :


« Ceci est ton corps », dit-il à celui qu'il caresse jusqu'à ce qu'il découvre sa plus profonde volupté, une fougue du désir remonte, délivrée enfin, du début des temps.


Ce sont bien sûr les apôtres que croise et aime Jésus. Les circonstances de leur rencontre sont redonnées dans de lents flash-backs tout au long d'un grand repas (la Cène) dans un théâtre de la mémoire.




« Jude, Simon, André, James... Douze, cette nuit, autour de moi. Douze comme un rempart à la périphérie de mes angoisses, à mes velléités de renoncement. Qu'ils parlent, respirent, se nourrissent, s'interpellent, ne comptent ni le temps ni la salive : leur agitation m'est précieuse, leur nombre, comme du reste leurs brusques pauses silencieuses et quasi gênées, où je crois percevoir qu'ils espèrent toujours connaître à un moment ou à un autre du repas les raisons profondes de cette assemblée. Ils profitent ; mais s'étonnent. Devrais-je me lever et leur suggérer que c'est là après tout l'exacte définition de vivre ? »
(pp.135-136)





Une vérité va être dite à tous ces hommes qui un à un ont fait l'amour avec Jésus. Le secret, la conclusion de cette parabole c'est - il faut lire entre les lignes - ce sang contaminé qu'Iscario (Judas Iscariote) a inoculé à Jésus lors d'une brûlante nuit d'amour.


C'est dire la force, le courage de ce livre exceptionnel qui suggère la maladie et décrit dans un style éblouissant les aventures sexuelles de Jésus, ce qui fait justement le mystère des amours masculines.


Une histoire de chair, une histoire d'ici et maintenant emportée par le souffle de la légende. C'est violent et tendre, courageux et nostalgique, c'est un roman rare et scandaleux.


■ Editions Julliard, 1992, ISBN : 2260009603



Du même auteur : Ludion d'alcool


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