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Les Malassis, Daniel Zimmermann

Publié le par Jean-Yves Alt

Ils l'appelaient Mimo, parce qu'enfant sa mère, veuve et couturière, parfumait ses cheveux d'une lotion au mimosa. Le temps, usant le sens premier du mot, lui laissa le sobriquet : Mimo.

L'histoire se déroule dans une banlieue aujourd'hui disparue, aux alentours de la Deuxième Guerre mondiale : les Malassis, c'est le nom d'un quartier des années 50, c'est aussi le nom du peuple, quand ce mot avait un sens.

En quarante récits très courts, Daniel Zimmermann rejoint son adolescence. Autobiographie certes, mais pour parler de lui, l'auteur raconte les autres. Le destin était collectif. On croyait encore aux lendemains qui chantent. On faisait de la politique et le discours qu'il fût d'en haut, de la cellule du parti ou propos de bistrot avait une saveur goguenarde : l'école et l'idéal étaient laïques.

Zimmermann dit le monde des adultes vu par un enfant. Une enfance de pauvre : être de gauche était un credo et une urgence.

Mimo, c'est le gentil célibataire ; toutes les mères envient la sienne et le rêvent pour gendre. Maman meurt et Mimo ne se marie pas. Et la vérité explose : Il y avait un pédé parmi nous, mon Dieu quelle horreur !... pédé, tante, Caroline, folle, pédale, emmanché, chochotte, tantouse, pédoque, tapette, lopaille... Bref Mimo fuit, quitte le pavillon, déménage pour Paris, où quelques années plus tard il dansera chez les Arcadiens.

Les Malassis désignent leurs congénères par une monstruosité qui excite l'imaginaire. Les êtres n'existent que quand ils sont nommés. Aux Malassis, il y a ainsi le cocu, la putain, la veuve, le tubar, le juif, le hâbleur qui dit être l'ami d'Anatole France, la salope, Pinedacier qui, comme son nom ne l'indique pas, est impuissant, la vierge, la sorcière, et Lucien Bobillard, la plus grosse queue des Malassis.

C'est un monde clos où chacun a sa place et son rôle. La mythologie est générée par le groupe social lui-même. On sait tout, on voit tout, on discute de tout. On existe, pleinement, dans le partage des jalousies, des douleurs et des joies. On est acteur de la tragédie ordinaire. Du sexe et de l'argent. C'est un univers de fraternité, déchiré bien sûr par la médisance, le scandale et la souffrance, mais à l'abri de la peur, celle indicible qui harcèle, aujourd'hui, une humanité sans illusions.

Banlieue rouge, déjà embourgeoisée, guettée par le désir de la possession, Les Malassis est une dernière frange de civilisation semi-rurale en passe de basculer dans l'anonymat urbain.

Nostalgique comme toutes les histoires d'amour, Les Malassis est une page d'un passé populaire qui, entre humour et passion, témoigne de la vie des banlieues quand elles étaient encore pavillonnaires et que chacun faisait le rêve de posséder sa maison et son bout de jardin, une banlieue où les immigrés étaient des Polonais, des Italiens, des Portugais, des Espagnols. Les odeurs étaient européennes mais pas à l'abri de la xénophobie. Les Malassis ne sont pas des saints. Ils ont leurs Chinetoques, méchants loulous, provocs... semeurs de merde, rêveurs éveillés..., une engeance mythique qu'on accuse de tous les méfaits.

Mimo le pédé et d'autres sont les boucs émissaires d'une société pauvre qui tente de sortir de sa misère et châtie plus démuni que soi. Mais les rues sont encore des chemins où l'on se parle. Les étrangers et les étranges sont des individus, pas des entités pour discours télévisés. La haine a visage humain, en quelque sorte.

■ Editions Julliard/ L'Atelier, 1993, ISBN : 2260008453


Du même auteur : Les virginités - Nouvelles de la zone interdite

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Angélique Du Coudray, celle qui révolutionna l'art de l'accouchement

Publié le par Jean-Yves

En imaginant au XVIIIe siècle un mannequin représentant une femme en train d'accoucher, Angélique-Marguerite Le Boursier Du Coudray, née à Clermont-Ferrand, bouleversa les pratiques de l'accouchement sur tout le territoire français et forma plus de 3000 matrones et chirurgiens.



Articulé, fait de cuir et de toiles de différentes couleurs, le mannequin permettait d'expliquer concrètement les gestes à faire ou à éviter. Un ouvrage intitulé «Abrégé de l'art des accouchements», également réalisé par Angélique-Marguerite Le Boursier Du Coudray, complétait cet enseignement, extrêmement limité jusqu'alors, les seules accoucheuses vraiment instruites étant issues de l'Hôtel-Dieu de Paris.





La « machine » de Madame Du Coudray


Née en 1712 à Clermont-Ferrand, Angélique-Marguerite Le Boursier Du Coudray exerça le métier de sage-femme pendant seize ans dans la capitale, puis revint en 1754 dans sa province natale. Profondément choquée par l'ignorance des sages-femmes et des chirurgiens et par les erreurs des matrones qui sévissaient dans les campagnes, elle décida de proposer des cours gratuits. L'intendant d'Auvergne approuva en tous points cette sage-femme « très habile et de bonne volonté » qui consentait à quitter la capitale pour l'Auvergne. Devant le succès du mannequin, il décida même que les principales villes de la province d'Auvergne disposeraient d'une telle « machine ». À Clermont, le docteur Étienne Blancheton en acquit une et une seconde, offerte par Madame du Coudray, fut mise en réserve à l'Hôtel de Ville (1).


À partir de 1759, munie d'un brevet royal qui l'autorisait à donner des cours dans tout le royaume, la célèbre sage-femme s'engagea, à l'âge de cinquante ans, dans un tour de France obstétrical qui dura vingt-cinq ans. Elle n'avait de cesse d'améliorer ses outils pédagogiques, créant de nouvelles planches illustrées dans son manuel et ajoutant des détails réalistes à son mannequin.



Portrait de Madame Du Coudray


Elle parlait ainsi de l'accouchement : « En attendant le moment de délivrer la femme, on doit la consoler le plus affectueusement possible : son état douloureux y engage ; mais il faut le faire avec un air de gaieté qui ne lui inspire aucune crainte de danger. Il faut éviter tous les chuchotements à l'oreille, qui ne pourraient que l'inquiéter et lui faite craindre des suites fâcheuses. On doit lui parler de Dieu et l'engager à le remercier de l'avoir mise hors de péril. Si elle recourt à des reliques, il faut lui représenter qu'elles seront tout aussi efficaces sur le lit voisin que si on les posait sur elle-même, ce qui pourrait la gêner... »



(1) Le seul exemplaire conservé est exposé au musée d'Histoire de la médecine à Rouen.

Le texte est tiré du magazine « Demain » de la Ville de Clermont-Ferrand n°236, novembre 2007


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Les virginités, Daniel Zimmermann

Publié le par Jean-Yves Alt

C'est l'histoire d'un couple très ordinaire issu du prolétariat, ébloui par les dieux du monde bourgeois. Bob et Sarah travaillent, luttent, se déchirent dans la soumission aux oukases de la réussite.

Les virginités est le roman de toutes les trahisons, parce que ses personnages font le jeu de toutes les conventions. L'homosexualité intervient alors comme la dernière innocence, le territoire de la nostalgie, voire le sens du comportement masculin.

La quarantaine approchant, Bob et Sarah s'accrochent férocement à leur ascension sociale mais rêvent de plus en plus au grand amour dont on leur a rabâché les inestimables délices. Ils feront ce qu'il est convenu de faire. Sarah a des amants qui la distraient de l'esclavage domestique. Quant à Bob…

Bob est un étrange personnage sous ses dehors de bon gros sans talent. Des femmes, il n'a aimé que la sienne jusqu'au jour où il tombe amoureux de Philippe, son collaborateur, un homosexuel doux et tendre.

Bob est-il homo parce que, la quarantaine venue, il a aimé Phil, puis s'est payé quelques gigolos maghrébins ? Bob ne se pose pas la question de l'interdit comme le font ceux qui se découvrent homosexuels dès l'enfance. Pour lui, les garçons sont une bouffée d'oxygène dans une existence confinée aux lois d'un milieu social. Malgré l'apparition de quelques fantasmes équivoques, sa nature s'est longtemps contentée des frontières hétérosexuelles. La harangue qu'il imagine lors de son licenciement est davantage l'expression du fiasco de sa vie que le discours d'un homo soudain décoincé :

« ...un pédé, une pédale, une tapette, une tantouze, une folle, une chochotte, une lope... Bob la revendique haut et fort, son homosexualité. »

Bob est né dans les années trente et il est marié. Il aime les hommes avec la témérité de ceux qui ont oublié de vivre. Il croit que l'homosexualité aurait pu lui donner le bonheur. La question obsédante d'en être ou pas ne le harcèle en rien lorsqu'il fait usage de Karim, prostitué maghrébin, dans la droite ligne de son amour condamné pour Phil.

L'homosexualité donne enfin à Bob l'occasion de se reconnaître dans le plaisir et dans la passion. De la même manière, il n'aura jamais de problème moral vis-à-vis de sa tardive orientation sexuelle, tant elle est rangée dans le domaine des exotismes hors du couple, secrets immenses et pitoyables où l'homosexualité n'est pas plus répréhensible que l'adultère.

Lorsque Bob est amoureux d'un homme, il éprouve autant d'enthousiasme et d'innocence que lors des premières années conjugales. Ce qu'il vénère au fond c'est la fidélité et la tendresse, et ce qu'il redoute ce sont les exploits sexuels que l'on impose aux hommes dans une société machiste. Né dans les années 60, Bob aurait été un excellent homo pantouflard.

Ce n'est pas tant que Bob couche avec un pédé qui est intéressant dans ce roman, c'est qu'après avoir aimé, en tout honneur et virilité, son ami hétéro Stéphane, il aime un homo, retrouve, grâce à lui, son identité et approche enfin l'harmonie du couple tant convoitée. Bob demande à l'amour homosexuel ce qu'il espérait de l'amour hétérosexuel.

En cherchant le bonheur, Bob est né à lui-même.

■ Editions Actes Sud/Babel, 2000, ISBN : 2742726209


Du même auteur : Les Malassis - Nouvelles de la zone interdite

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Psychanalyse de comptoir, à propos du film de François Ozon, « Les Amants criminels » par Carlos Pardo

Publié le par Jean-Yves

La mort et le cul, il n'y a rien d'autre pour un réalisateur, déclare […] François Ozon, auteur des Amants criminels (1999), film inspiré d'un fait divers. Un nouveau meurtre raciste, filmé dans un hilare bain de sang, sert de point de départ à un conte de fées affligeant.



Fuyant son forfait, le jeune couple de meurtriers est vite séquestré, tels Hansel et Gretel, par un ogre des forêts. Enchaînés, affamés, enfermés dans une cave infestée de rats, ces pauvres amants sont menacés par le cannibalisme du kidnappeur. Tout est, ici encore, sexuel. François Ozon se veut le cinéaste de la transgression. Après avoir convoqué Charles Laughton, les frères Grimm et Walt Disney, le réalisateur n'hésite pas à recourir à une psychanalyse de comptoir. L'ogre viole le garçon mais lui révèle ainsi son homosexualité refoulée, cause de sa pulsion meurtrière. A travers une série de flash-back d'une légèreté pachydermique, le spectateur apprend qu'à l'origine du mal se trouve la femme, attirée par le jeune beur qu'elle a préféré tuer.


Carlos Pardo*


■ in « Des films français fascinés par le sordide », Le Monde Diplomatique (extrait), février 2000


* Journaliste et cinéaste


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Un père très maternel… par Rembrandt

Publié le par Jean-Yves

Il y a une multitude de figures paternelles, au gré des éclatements familiaux et des contraintes sociales. Le sens de la paternité, de ce qui la caractérise en propre par rapport à d'autres liens, est devenu flou.



La religion catholique parle de « Dieu-Père ». Bien entendu, il ne s'agit pas d'imaginer Dieu adoptant les figures paternelles parfois hasardeuses que nous connaissons.



J'aime penser derrière cette notion de « Père » à une dimension très maternelle que Rembrandt a excellemment montrée dans sa représentation de la parabole du fils prodigue.





Rembrandt Harmenszoon van Rijn – Le retour du fils prodigue (détail) – 1669

Huile sur toile, 262cm x 206cm, State Hermitage Museum, St. Petersburg


Dans cette scène, le fils est à genoux, et le père pose ses mains sur ses épaules.


La main gauche est forte et virile, une poigne d'homme qui soutient et protège. La main droite, fine et légère, est maternelle : elle caresse et console.



Être fils, c'est me savoir aimé d'un tel amour de père. A qui je peux m'adresser avec toute la confiance d'un enfant.


En lui disant « Papa ».


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