Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Recherche identitaire par René de Ceccatty

Publié le par Jean-Yves Alt

« J'écrivais pour refermer ce livre du vécu : les signes de ma sexualité m'importunaient, puisque j'aimais afin de m'en libérer ; mais voici l'ennui : il faut dire, parfois écrire pour suivre le chemin de ce dégagement ; vivre revenait trop souvent à feindre de chercher son lieu dans le labyrinthe des identités sexuelles... »

René de Ceccatty

■ in Jardins et rues des capitales, Editions de la Différence, 1980, ISBN : 2729100806


Du même auteur : Une fin - L'extrémité du monde - L'or et la poussière - Esther - L'étoile rubis - La princesse qui aimait les chenilles - Babel des mers

Voir les commentaires

Face aux paysages avec Caspar David Friedrich

Publié le par Jean-Yves Alt

Dans les paysages de Friedrich, il y a très souvent un ou des personnages que l'artiste a placé au-devant de la scène.

Ce sont des hommes portant un chapeau ou une canne ; ce sont aussi des dames avec chignon et collerette ; ce sont encore des autoportraits du peintre aux cheveux blonds et en redingote de velours.

Toutes ces figures sont de dos : elles sont là à admirer le paysage, comme chaque spectateur de ces tableaux.

Un paysage incommensurable dans lequel il n'est pas question d'aller s'aventurer sinon avec les yeux.

Caspar David Friedrich – Le voyageur contemplant une mer de nuages – vers 1817

Huile sur toile, 98,4cm x 74,8cm, Hambourg, Kunsthalle

Si les hommes de Friedrich semblent fascinés par le spectacle qu'ils observent, c'est aussi parce que le peintre a tout fait – comme un metteur en scène – pour dramatiser le paysage : les brumes le brouillent, les crépuscules le rougeoient…

Caspar David Friedrich – Crépuscule en bord de mer – 1822/1823

Huile sur toile, 135cm x 170cm, Musée de l'Ermitage, Saint-Pétersbourg

Chaque personnage de ses tableaux n'a rien d'un routard de notre siècle qui crapahute pour fuir sa vie matérielle. Non ! c'est un bourgeois, bien mis sur lui, qui s'étourdit d'images, devant l'immensité : incarnation romantique ou souhait inapaisable de force ?

Voir les commentaires

Mon regard sur le saint Sébastien des frères Pollaiolo

Publié le par Jean-Yves Alt

Un adolescent presque nu est lié au sommet d'un tronc d'arbre mort, sa tête, dans le bleu du ciel, touche le bord du tableau. Il a l'air passif, perdu dans ses rêveries, ce qui se passe en dessous de lui ne semble pas l'émouvoir.

Le nombre de flèches est réduit : le martyr n'est plus représenté comme un hérisson mais comme un jeune homme séduisant, presque nu. Le sang coule à peine, aucun bubon, aucune tache noire ne dépare le corps parfait du supplicié au cœur d'un paysage riant.

Des hommes s'agitent et tournent en une sorte de ballet dans lequel le peintre fait jouer les muscles de personnages athlétiques. Quatre d'entre eux tiennent un arc ou une arbalète tendue et visent le corps de l'adolescent, attendant peut-être qu'un des cavaliers en armure à l'arrière-plan donne l'ordre de tirer.

Si le jeune Sébastien apparaît chez Andrea Mantegna, à la même époque, sous les traits d'un athlète antique, viril et robuste, il est représenté chez les frères Pollaiolo, comme un doux éphèbe aux traits un peu efféminés. Tel un héros en route vers les étoiles, il semble indemne, noble et beau malgré les flèches.

Antonio et Piero del Pollaiolo – Le Martyre de saint Sébastien – 1475

Huile sur bois, 292cm x 203cm, Londres, National Gallery

En hommage à l'Antiquité, le peintre a placé à gauche les vestiges d'un arc de triomphe romain au fronton éclaté.

Un des arbalétriers, presque de face, est quasi nu : ses artères sont gonflées, ses muscles tendus, son souffle retenu pour gagner de la force et son sang est monté à la tête avec l'effort physique. Un autre, de dos, juste à côté, porte des vêtements ajustés permettant de bien faire ressortit son corps. Ces deux arbalétriers semblent être une seule et même personne, l'un étant la version habillée de l'autre.

Tous les bourreaux sont vus sous un angle différent comme si les peintres avaient voulu faire une sculpture que les admirateurs pourraient contempler en en faisant le « tour ».

Sébastien a les reins ceints d'un linge transparent et le contraste avec les corps plus mûrs et musclés des archers accentue la délicatesse presque féminine de son corps.

Paradoxalement, cette représentation rapproche le martyr chrétien des idoles païennes dont la légende dit que Sébastien les combattait.

Sur ce tableau, le saint devient une sorte d'Apollon chrétien : il évoque le bel Adonis chéri des dieux ou Cupidon aux flèches d'amour.

Voir les commentaires

Le droit à la différence vu par Jack-Alain Léger

Publié le par Jean-Yves Alt

« […] Cette tarte à la crème écœure à force de tout recouvrir de sa crème : le Même, l'Autre, la Loi. À l'intolérance du Même, ce n'est pas la tolérance du Même pour l'Autre et de l'Autre pour le Même qu'on oppose, mais l'intolérance de l'Autre. Dans le droit à la différence, c'est la différence qui est exaltée, non le droit.

Or, si je me tiens à distance de la scène homosexuelle – du ghetto pédé, allais-je écrire, cédant à mon tour au terrorisme langagier des partisans du droit à la différence, cédant à cette paranoïa qui nous fit tous joyeusement scander en mai 68 « CRS SS » –, et quelles que soient les tentations qu'offre cette scène, quelles que soient les occasions d'aventure dont je me prive ainsi, ce n'est pas que je sois, comme m'en accuserait le militant homo, un homo honteux, ou, dans son jargon : – Une qui s'assume mal ! C'est au contraire parce que je veux pleinement m'assumer ; c'est que, pour parler la langue de bois soixante-huitarde, je veux vivre ma différence ; c'est-à-dire, en langue classique, vivre avec mes contradictions, vivre dans les contradictions.

Pour cette raison, je refuse le militantisme, la platitude de ses slogans, la pauvreté de ses ambitions. Tout comme je refuse de m'assimiler entièrement au peuple de Sodome et d'y perdre mon identité. Le militantisme m'est suspect : dans son indiscrétion, je vois une atteinte à la vie privée ; l'intolérance n'est pas loin. Je suis en somme un pédé de la diaspora : homme d'abord et par ailleurs homo. Non pas homo tout court.

Rejeté du Même, je ne veux pas pour autant n'être que l'Autre. En un vivant paradoxe, je veux être le même et l'autre. Car je veux habiter un monde d'êtres singuliers et secrets ; car je veux me sentir à la fois solidaire et solitaire. Car je veux ne parler qu'en mon nom.

Et si la dignité du pédé était aussi bien dans sa honte que sa fierté ? Ou, pour mieux dire : si elle était dans sa honte et sa fierté ? Si elle était dans ce déchirement ?

Plutôt que le droit à la différence, ne faudrait-il pas revendiquer le droit de se masquer à demi — le droit au loup ?

Il va de soi par ailleurs, mais autant parer d'avance à une inutile polémique avec des militants de mauvaise foi, il va de soi que je m'oppose à la répression ouverte comme à l'oppression insidieuse qui frappent l'homosexualité, il va de soi que je m'élève contre toute espèce d'intolérance envers les déviants, il va de soi que je fais même mien le slogan :

« Out of the closets ! Down in the streets ! »

Que j'aie pris le risque de publier ce livre-ci en témoigne assez. »

in Autoportrait au loup, Jack-Alain Léger, Editions Flammarion, 1982, ISBN : 2080644874, pp.188/190

Voir les commentaires

Van Dyck ou l'impossible impassibilité de l'être

Publié le par Jean-Yves Alt

Figé ? Immobile ? Il s'agit bien sûr d'un portrait peint. Nous ne sommes ni devant un miroir, ni au cinéma. Et pourtant.

Sous le pinceau d'Antoon Van Dyck (1599-1641), Virginio Cesarini semble tellement vivant : il est représenté dans une curieuse position, à demi retourné sur son siège. Comme brusquement interpellé par un mystérieux interlocuteur placé en dehors du cadre.

Qui appelle donc ce jeune aristocrate romain en costume de jésuite ? La Mort sans doute.

Van Dyck a représenté Virginio Cesarini avec un corps frêle et des joues maigres. Membre de l'élite savante de son temps, ami et éditeur de Galilée, très lié au futur pape Urbain VIII, cette belle tête qui allie la foi, les arts et la science était promise à un brillant avenir.

Anthony Van Dyck – Portrait de l'écrivain Virginio Cesarini – 1623

Huile sur toile, 104cm x 86cm, Musée de l'Ermitage de Saint-Petersbourg

Malheureusement poitrinaire, Virginio Cesarini s'éteignit à 28 ans. Van Dyck le rend dans sa fragilité et sa fugacité, comme épuisé par les veilles d'étude et miné déjà par la maladie. Ce faisant, il s'impose comme un grand peintre capteur de moments transitoires.

D'après Le Figaro, extrait de l'article « Les dix tableaux qu'il faut avoir vus », Valérie Duponchelle, Adrien Goetz, Eric Bietry Rivierre, 10 novembre 2008

Voir les commentaires

1 2 > >>