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Erotisme esquissé avec Fragonard

Publié le par Jean-Yves Alt

Suivant les détails où notre regard s'attarde, une œuvre d'art peut sembler innocente ou licencieuse.

Il y a pourtant des peintures, comme celle de Jean Honoré Fragonard où il est difficile de n'en faire qu'une lecture chaste. Comme dans ma chemise brûle.

Tel est encore le cas, avec ce tableau – on croirait une esquisse – qui montre la tendresse d'une jeune fille pour ses deux chiots. La représentation, proche d'une étude, favorise sans doute les ambiguïtés de lecture.

Il y a de la minauderie dans cette jeune fille montrant de la tendresse pour sa nichée de chiens… qui plus est, au bord de la tétée. Comment ne pas la trouver pour le moins coquine dans son déshabillé blanc ?

Jean Honoré Fragonard (1732-1806) – Jeune fille aux petits chiens

Imaginons maintenant que cette représentation ne soit pas une peinture mais une photographie : il est plus que probable que les chiots frottant leurs mamelles contre les seins nus de l'adolescente contribueraient à une lecture scandaleuse de cette nouvelle image.

Tout ceci pour dire que la licence de Fragonard est masquée par son style qui ne fait que suggérer sans passer pour obscène.

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Sur l'égalité des droits

Publié le par Jean-Yves

Certaines instances homosexuelles joueraient-elles, vis-à-vis de l’égalité des droits (1), une forme de totalitarisme ?

 

Le principe d’égalité, que la Constitution française déclare, ne raye en rien toutes les différences qui existent entre chaque être humain.

 

Ce que la Constitution exige, c’est une égalité parmi des individus vivant des situations identiques.

 

Il n’existe pas de meilleures illustrations pour saisir cette idée que d’observer le monde du travail où un salarié – suivant qu’il travaillera pour une TPE, PME, ETI ou GE n’aura pas les mêmes droits.

 

De la même façon, à propos des couples homosexuels par rapport aux couples hétérosexuels, qui sont définis dans des cadres juridiques distincts, il ne peut être question d’inégalité au sens de l’article premier de la Constitution.

 

La réponse du Conseil Constitutionnel (vendredi 29 janvier 2011) à la Question Prioritaire de Constitutionnalité déposée par un couple de femmes pacsées n’est donc pas surprenante.

 


(1) « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. » (extrait de l’article 1er de la Constitution)

 

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La religieuse, Denis Diderot (1796)

Publié le par Jean-Yves

Ce roman peut prétendre s'élever contre le célibat des moniales et les fausses vocations. Il est écrit sous forme de mémoires – adressées au marquis de Croismare – composées par son héroïne, Suzanne Simonin. Entrée de force au couvent, elle y prend le voile sous le nom de Sœur Suzanne.

 

Ses refus devant d'équivoques avances la rendent l'objet de tortueuses vexations contre lesquelles elle va demander la protection des lois.

 

Parce que les gens de l'Encyclopédie croient au « prêtre éclairé », Denis Diderot fait intervenir l'un d'eux, grand vicaire, « ami des lumières », qui fait sortir la pure victime du monastère maudit pour d'ailleurs la transférer dans un autre où elle va tomber de mal en pis.

 

Plaisant beaucoup trop à son abbesse, elle va résister. Dom Morel, autre ecclésiastique, l'aidera dans cette lutte.

 

La coupable Supérieure mourra et la religieuse sans vocation finira par s'enfuir pour vivre de l'honnête métier de blanchisseuse.

 

Que penser d'un pareil roman ? Son auteur voulait-il voir dans tous les couvents que lieux contre nature ? L'œuvre a-t-elle été concertée ? On a soutenu qu'elle était née d'une mystification que Diderot, de connivence avec son ami Grimm, aurait organisée aux dépens du Marquis de Croismare. Elle aurait réussi ; le Marquis aurait cru à l'existence de la malheureuse Sœur Sainte-Suzanne, lui aurait posté des lettres aux bons soins des deux compères qui s'en seraient gaussés et se seraient fort amusés à rédiger les réponses qui convenaient.

 


Ce roman est disponible sur le site de Gallica.


Lire aussi la chronique de Lionel Labosse sur son site altersexualite.com


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Le livre d'or du Divan, Hâfiz

Publié le par Jean-Yves

Si Saadi, moraliste, se tient autant que faire se peut sur sa réserve, le maître du ghazal (1) amoureux, Hâfiz (2), lui, ne contraint pas, un siècle plus tard, la plainte de son cœur éperdu, ni le dérèglement, ni l'orage, ni l'aboutissement de ses dévergondages :



« La nuit dernière, ensommeillé, je suis allé à la taverne, ma vieille pelisse souillée, mon tapis tout taché de vin.

En s'approchant et s'excusant, le sâqi m'a dit : "Tu somnoles et tu es sale, ô voyageur, il faut te lever et partir.

Si tu veux revenir ici, dans la vieille taverne en ruines, tu dois tout d'abord te laver, sinon tu pourrais la ternir !

Les douces lèvres des garçons, oublie-les et oublie vos rires, l'essence même de ton âme aux feux des rubis va s'enfuir.

Sois sage, Hâfiz, ta vie s'en va, range tes robes de jeunesse et garde immaculée ta robe. Le temps, tu ne peux le trahir." »

 

 

Les siècles passent, Hâfiz demeure, dont le mausolée (ci-dessus), à Chiraz (Iran), subsiste embaumé des roses que les voyageurs viennent déposer en hommage. Parce que Hâfiz symbolise la poésie et sa brûlure dont le ney, cette flûte roseau écorchée, restitue la violence lorsqu'elle accompagne le chant des plus douloureux ghazals.

 

Quelques lignes ne suffisent pas pour dire ce chantre du vin et de l'échanson (3), de la jeunesse cruelle et douce et des amours mortes. D'un enseignement panthéiste qui réconcilie les plaisirs des sens, la tendresse et les rencontres de l'esprit, « les amours les plus charnelles et les appels intérieurs les plus ardents » comme l'a dit si bien Pierre Seghers (4).

 

Si Hâfiz chante le vin, fille de la vigne, c'est qu'il est le sang de la terre et de la création ; s'il brûle, c'est que le mazdéisme (5) reste vivant en lui ; s'il chante l'Homme c'est qu'il veut connaître les autres et communier avec eux dans le grand Tout. Et s'il vit plus près des tavernes que des mosquées, des beaux échansons, et des musiciennes que des imams, nul doute que la raison se trouve dans le désir de jouir de l'instant et d'apprendre dans et par le quotidien.

 

Hâfiz, poète avant tout, et poète du vin, poète des jardins embaumés et des tavernes, poète d'un mysticisme dévergondé, apparaît à des siècles de distance comme l'un des plus grands poètes de l'amour et particulièrement de l'amour homosexuel.

 

Son traducteur de 1927, Arthur Guy (6, introduction page XXII), notait que dans les ghazals (1) de Hâfiz, les descriptions de la personne aimée sont dépourvues de tout indice qui la représenterait comme une femme tandis que ceux qui la font apparaître comme un jeune garçon sont au contraire abondants.

 

« Avec ses boucles en désordre et le front moite, ivre et rieur, la coupe en main, chantant des vers, beau dans sa robe déchirée dans les narcisses et leur parfum, il est venu tout près de moi s'asseoir hier. Sa bouche était fleur et soupirs. Minuit brillait.

La joue penchée vers mon oreille, sa douce voix me dit alors : « Toi qui m'aimes depuis longtemps, dis-moi, ce soir, tu dormirais ?

L'amant à qui l'on tend la coupe à pareille heure est renégat de son amour s'il refuse : le vin de minuit est sacré !

O dévots, ne nous blâmez pas. Ceux qui boivent jusqu'à la lie vont dans le sens de leurs destins. Le vin, le Seigneur l'a donné.

Celui qu'en ma coupe il versa, je le bus sans qu'il m'en condamne. Etait-ce vin du Paradis ou de la folie, je ne sais.

Rires du vin, boucles mêlées, beauté des belles créatures ont brisé bien des repentirs. Hâfiz sur leur chemin, passait... »

 


 

« Toi, parti loin de mes regards, toi l'en-allé, que Dieu te garde. Tu m'as brûlé l'âme et pourtant, je t'adore, je t'appartiens.

Tant que le pan de mon linceul ne me suivra que sur la terre, ne crois pas que j'enlèverai du pan de ta robe mes mains !

Montre-moi le sillon sacré où parfois ton sourcil se fronce, je te tendrai mes bras dès l'aube, t'enlacerai jusqu'à demain.

Sous tes yeux, je voudrais mourir, ô toi mon médecin perfide, je vis dans l'attente de toi, ton patient, ton pauvre incertain.

Cent torrents de pleurs ont coulé de mes yeux jusqu'à ma poitrine, je rêvais aux graines d'amour que j'allais semer dans ton sein.

L'aimé d'amour versa mon sang. Du chagrin d'aimer il me sauve. Je salue ses yeux effilés, ici le poignard de ma fin.

Je suis en larmes ! Où vont mes pleurs quand, de mes yeux, le fleuve roule ? Pourront-ils semer dans ton cœur que l'amour emporte, leurs grains ?

Accueille-moi. Sois généreux. Le feu tenaille, griffe et brûle. Vois, de mes yeux les perles tombent, tombent pour toi, tombent sans fin.

Hâfiz le dit, ô toi l'aimé : toute inconduite est extérieure. Tu t'y es livré, que m'importe ! A toi l'amant. Viens, tout est bien. »

 


 

« Un beau garçon et du vin pur, pièges qui sont tendus ensemble, ils te prendront, tu n'y peux rien, ceux qui se ressemblent s'assemblent !

J'aime le plaisir et l'amour et je me glorifie du vin Dieu, je rends grâce à mes amis : dans Chiraz, ils restent des saints !

Dans les vieux murs où l'on s'en vient, du pas d'un homme respectable, du roi nous sommes serviteurs, nous servons le vin à sa table.

Sans malfaisance ou cruauté, nous, derviches et voyageurs, nous buvons. Ceux qui sont ici ont choisi le chemin des fleurs.

Si les uns s'en vont, si la peur jette les autres dans l'exode, qui honorera notre amour ? L'idole sera sans rhapsode (7).

Assoiffés d'amour dans nos loques, tu nous méprises ? Mais nous sommes l'éclat des Rois, des Chosroès (8), sans armes ni sceptre, des hommes !

Le vent s'en vient, le vent s'en va, le vent indifférent m'emporte. Cent greniers pleins de dévotions sont moins qu'un grain sous notre porte.

Aux buveurs je me suis donné, à la sombre lie des vendanges. J'ai rompu avec le froc bleu, les cœurs éteints. Je te louange.

Ô noble Amour, toi seul es grand ! Verse le feu qui me pénètre. C'est dans l'ardeur de sa passion qu'Hâfiz a reconnu son Maître. »

 

 

Hâfiz et Abou Ishâk Indjou (9)

 


(1) ghazal : mot dérivé d'un original arabe signifiant « échanges amoureux ». C'est une forme lyrique possédant quelques caractéristiques du sonnet européen et contenant, dans son dernier vers, le nom de plume du poète.

(2) Hâfiz ou Hafez : de son vrai nom Khwajeh Chams ad-Din Mohammad Hafez-e Chirazi (en persan : خواجه شمس‌الدین محمد حافظ شیرازی).

(3) échanson : officier qui était chargé de verser à boire au roi ou à un prince.

(4) Hâfiz, Le livre d'or du Divan, préface et adaptation de Pierre Seghers, Edition Robert Laffont, collection Miroir du monde, 1980.

(5) mazdéisme : selon cette religion, deux principes régissent le monde : le Bien et le Mal. L’homme doit lutter, en toute liberté, pour l’un ou l’autre de ces principes. Cependant, la fin des temps verra le triomphe du Bien. À sa mort, l’homme est récompensé selon ses mérites. Ce qui correspond à l’enfer et au paradis n’existera pas éternellement. À la fin des temps se produira une conflagration universelle : le monde sera envahi par un fleuve de feu, puis viendra la résurrection. Le manichéisme et, plus tard, l’hérésie albigeoise présentent des analogies avec le mazdéisme.

(6) Les poèmes érotiques ou Ghazels de Chems Ed Dîn Mohammed Hâfiz, Introduction par Arthur Guy, Edition Librairie Orientaliste Paul Geuthner, Paris, 1927

(7) rhapsode : en Grèce, poète qui allait de ville en ville et chantait des poèmes épiques en s’accompagnant à la lyre.

(8) Chosroès : nom grec équivalant au prénom Khosro ou Khosrow employé dans le monde iranien. Plusieurs Rois Parthes ou Sassanides ont porté ce nom.

(9) « Parmi les peintures persanes de nos Musées et Bibliothèques, il en est une qui est au British Museum, et qui représente le poète et le souverain assis par terre à côté l'un de l'autre. Hâfiz est en robe blanche, pieds nus. Il tient sur son genou, dans sa main gauche, un livre qu'il vient de fermer et semble avoir avec son interlocuteur une conversation méditative. Il a la tête nue, de longs cheveux, un beau collier de barbe, la moustache fine, les sourcils allongés, de grands yeux, des mains élégantes, mais l'apparence voûtée que prennent les personnes de haute taille (or Hâfiz était grand, nous le savons par un de ses ghazels) quand elles sont accroupies. L'âge serait proche de la quarantaine. (Abou Ishâk est visiblement, beaucoup plus vieux.) On ne peut pas savoir de quand date cette peinture. Il y a bien, sous le portrait de Hâfiz, une inscription appelant la miséricorde de Dieu sur le poète défunt, mais cette inscription est sans doute postérieure à la peinture. Qui se serait souvenu, après la mort de Hâfiz, du bon Abou Ishâk Indjou pour en rappeler les traits à côté de ceux du poète Il est probable que les deux portraits sont faits d'après les modèles vivants. » Arthur Guy (introduction page XVIII, voir note 6)


Lire aussi : Le Divân, Hâfez de Chiraz par Charles-Henri de Fouchécour, Editions Verdier/Poche, 2006, ISBN : 2864324717

 

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La plus belle fois, qu'on m'a dit, je t'aime : Francis Lalanne (1980)

Publié le par Jean-Yves

La plus belle fois,

Qu'on m'a dit, je t'aime.

C'était un mec,

Qui me l'a dit.

La plus belle fois,

Qu'on m'a dit, je t'aime.

C'était un mec,

Qui me l'a dit.

 

Il m'a pas regardé,

L'air grave et langoureux.

Les pupilles bandées,

Le biceps amoureux.

Il avait pas le regard,

De ceux qu'ont rien dans le cœur.

Comme tous ces p'tits ringards,

Qui joue les grands... tombeurs.

Il m'a regardé simplement,

Avec des yeux qui r'gardent vraiment.

Pas de sourire et pas d'œillade,

Pas de Cinéma et pas d'aubade.

Il m'a dit ça comme quand c'est vrai,

Il m'a dit ça de mon plein gré.

Avec un sourire qui pleur,

Comme quand les cœurs sont pas à l'heure.

J'me suis senti con ce jour là.

De pas savoir répondre à ça

 

La plus belle fois,

Qu'on m'a dit, je t'aime.

C'était un mec,

Qui me l'a dit.

La plus belle fois,

Qu'on m'a dit, je t'aime.

C'était un mec,

Qui me l'a dit.

 

Pendant qu'il me regardait,

Ca flanchait dans mes yeux.

Et plus il me regardait,

Plus mon pouls sonnait creux.

Le cœur comme un marteau,

La tête comme un pourquoi.

J'étais mal dans ma peau,

Pourtant, il y avait pas de quoi.

Pourtant il m'a pas fait du plat,

Comme un mec avec une nana.

J'ai fait celui qui veut rien entendre,

J'ai fait celui qui veut pas comprendre.

Et j'ai bredouillé quelques mots,

Des trucs qui sonnaient un peu faux.

Du style moi aussi je t'aime bien,

Tout le monde ici tous les copains.

J'me suis senti con ce jour là,

De pas être comme lui, d'être comme moi.

 

La plus belle fois,

Qu'on m'a dit, je t'aime.

C'était un mec,

Qui me l'a dit.

La plus belle fois,

Qu'on m'a dit, je t'aime.

C'était un mec,

Qui me l'a dit.

 

Il a souri tout bas,

Juste avant de partir.

On avait lui et moi,

Plus grand chose à se dire.

On s'est revu un jour,

On s'est rien dit du tout.

A chacun son amour,

C'est pas le mien, voila tout.

Aimer les filles, ou les garçons,

Aimer, c'est aimer de toute façon.

Mais...

 

La plus belle fois,

Qu'on m'a dit, je t'aime.

C'était un mec,

Qui me l'a dit.

La plus belle fois,

Qu'on m'a dit, je t'aime.

C'était un mec.

 

 

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