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Chant funèbre par Federico Garcia Lorca

Publié le par Jean-Yves Alt

En août 1934, dans les arènes de Manzanares, le torero Ignacio Sanchez Mejias meurt d'une mauvaise blessure à l'aine à l'issue d'une corrida. C'est pour Lorca une immense douleur. Des sentiments certainement plus forts que ceux de l'amitié rattachaient le poète au matador. Le « Chant funèbre » qu'il lui dédie est l'un des plus beaux morceaux de la poésie contemporaine :

« Par les degrés déjà monte Ignacio,

 

Toute sa mort est dans son dos.

Il est en quête de l'aurore et l'aurore n'était pas là,

Il cherche son profil précis et le songe le désoriente.

Il cherchait son corps sans défaut

Et rencontra son sang ouvert... »

Et plus loin :

« Ô Murs blancs de l'Espagne

 

Et toros noirs de peine !

Ô Le sang dur d'Ignacio et le rossignol de ses veines !

Non, le sang, je ne veux pas le voir !... »

Plus qu'un chant, c'est un cri de révolte et d'amour, amour terrible et brûlé qui dit son nom par sa violence même. Dans chaque vers le cœur est mis à nu et saigne comme saigne le cœur du Seigneur, transpercé de glaives, dans les églises d'Andalousie.


 

Lire aussi du même auteur : Chanson de la petite folle - Ode à Walt Whitman - A cinq heures de l'après-midi

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Sang réservé, suivi de Désordre, Thomas Mann

Publié le par Jean-Yves

Deux histoires d'amour bien différentes… et différentes également des histoires classiques. Les deux sujets traités sont l'inceste et la jalousie de père à fille. Ces deux nouvelles sont parmi les plus connues de l'auteur de « Mort à Venise » et de « la Montagne magique ».



C'est bien le génie propre à un grand écrivain qui est reconnaissable dans chacun de ces récits. Il n'est pas difficile d'imaginer ce que n'importe quel écrivaillon aurait pu tirer du premier de ces sujets : celui de l'amour incestueux des deux jumeaux Siegmund et Sieglind. Il en aurait volontairement accentué le côté sordide pour provoquer chez le lecteur une émotion de type primaire.

 

Rien de tel chez Thomas Mann. Par petites touches délicates, il sait très bien dire la situation et, avec une habilité diabolique, transforme le lecteur en complice des deux amants consanguins. De sorte qu'à la fin, loin d'être choqué de cette union incestueuse, le lecteur a envie de sourire avec eux du « bon tour » qu'ils viennent de jouer à... Pour en savoir davantage, il vous faudra lire cette nouvelle.

 

Il y a bien d'autres choses à découvrir et à apprécier dans « Sang réservé » où se trouve dépeinte, en toile de fond lointaine certes, et pourtant combien visible, toute une société. Celle de la grande bourgeoisie juive du début du siècle détenant les nouvelles clés de la richesse et du pouvoir et, par ce fait, courtisée par la caste dont elle est en train de prendre la place : l'aristocratie. Où l'on s'aperçoit que l'intrigue est tissée sur trame sociologique bien tendue et que le sang réservé dont il est question n'est pas seulement celui que partagent le frère et la sœur, mais également celui du « peuple élu », menacé de contamination par l'union avec un « goy ».



■ Editions Le Livre de Poche, 2005, ISBN : 2253099368




Du même auteur : Journal [1918-1921, 1933-1939] - Tonio Kröger - Le mirage

 

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Quand Balzac illustrait Girodet

Publié le par Jean-Yves


« Victurnien s'asseyait, prenait un air mélancolique et rêveur, il se laissait questionner en faisant des minauderies. […] Victurnien était arrivé soudain à la finesse des voluptueux ». (1)


Anne-Louis Girodet – Le Sommeil d'Endymion – 1792

Huile sur toile, 198cm x 261cm, musée du Louvre


(1) Le cabinet des antiques, Honoré de Balzac, in « La vieille fille et Le cabinet des antiques », éditions Garnier Flammarion, 1987, p. 234/235

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Pasolini : une conscience publique par Philippe Gavi

Publié le par Jean-Yves

« Pasolini est une des rares personnes à avoir su inventer une nouvelle manière de fonctionner de l'intellectuel engagé. L'engagement ne porte plus vraiment sur la cause ou le parti que l'on soutient, il est dans le mode d'intervention publique. Chaque article est un coup bien ajusté, minutieusement préparé, prenant de plein fouet la question d'actualité qui agite tout le monde et la retournant de telle sorte qu'elle provoque un vrai débat sur le fond, une discussion d'idées.

 

Et, cela, toujours avec une tendresse extraordinaire, un respect de la parole de l'autre, une écoute qui, n'étant généralement pas partagée ; ceux qui polémiquent avec lui cherchant presque toujours, pour convaincre, à déformer ce qu'il a dit, ou à alléguer ce qu'il n'a pas dit, oblige à cette petite révolution qu'est la réflexion. Là où il y a une subjectivité qui se nie et veut se donner comme principe établi, Pier Paolo Pasolini invoque les principes, il avance des arguments rigoureux. Là où il y rigueur et principes, il invoque la subjectivité et la dialectique. Il est l'homme qui dit TOUT ce qu'il pense, l'homme de la transparence, de l'athéisme politique. Grâce à quoi, il était devenu une sorte de conscience publique pour les Italiens, provoquant notamment chez les jeunes communistes avec qui il ne cessait de discuter de fertiles remous. »

 

Philippe Gavi

 

in préface des Écrits corsaires (Scripti corsari, 1973-1975), Pier Paolo Pasolini, Éditions Flammarion/Champs Contre-Champs, 1993, ISBN : 2080815059

 


Lire encore : Pier Paolo Pasolini, une biographie de Nico Naldini

 

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Du miel pour les ours, Anthony Burgess

Publié le par Jean-Yves

Je mets au défi quiconque de terminer ce livre sans avoir, une fois au moins, éclaté de rire : un rire irrépressible, tonique et libérateur, marque des lectures roboratives.

 

L'épopée tragicomique de cet antiquaire londonien dans l'Union Soviétique de M. Khrouchtchev (le roman date du début des années 60) où il pense s'enrichir par le marché noir, verra sa confrontation avec les situations les plus rocambolesques, pour ne pas dire farfelues (enlèvement de sa femme américaine par une doctoresse soviétique et lesbienne, soulographies méritoires, tentative de passage à l'occident d'un contestataire vêtu en femme...) jusqu'à l'écroulement total de ses paisibles certitudes morales et intellectuelles – y compris sur sa propre sexualité.

 

Évidemment, Burgess brocarde le système soviétique, présenté comme une sinistre machine surréaliste, inhumaine mais il affiche aussi une admiration sans borne pour l'homme russe, pour son sens de la chaleur humaine, son humour et son âme d'enfant, indéfectible. Ce grand rire ravageur se teinte alors de chaleureuse sympathie, et, au-delà des schémas et des slogans doctrinaux, c'est l'homme tout simplement qui l'émerveille, encore et malgré tout.

 

Ceux qui auront la chance d'avoir quelques connaissances de la musique soviétique, distilleront avec un plaisir infini les allusions de l'auteur – qui est aussi compositeur – sur la vie musicale de ce pays.

 

Un livre admirable, chargé d'humour et d'amour.



■ Éditions Le Serpent à plumes/Motifs, 2002, ISBN : 2842613295

 


Du même auteur : Monsieur Enderby

 

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