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Solstice, Joyce-Carol Oates

Publié le par Jean-Yves Alt

Une jeune enseignante américaine, après un divorce très pénible, choisit de vivre totalement retirée en-dehors de son travail. Mais son patelin perdu ne l'est pas autant qu'elle le croit, puisque dans le voisinage vit la veuve d'un célèbre sculpteur, qui fait irruption un jour chez elle sous l'aspect d'une cavalière malpropre et sans-gêne.

La solitaire est fascinée immédiatement par cette femme qui est peintre et dont elle pressent le génie encore peu reconnu, ainsi que l'intense personnalité.

L'amour de Monica et de Sharon se vivra longtemps sur le mode platonique, mais n'en sera pas moins passionné et dérangeant. La peintre entraîne son amie dans des aventures douteuses comme la fréquentation de boîtes de routiers où elles se plaisent, sous de fausses identités, à allumer les hommes ; ce qui manque de tourner très mal.

Mais après une dépression nerveuse de la veuve Morton, son amie décide de rompre. Elles se retrouvent pourtant, et lorsque leur lien prend une forme plus proche de la sexualité, après une exposition triomphale de la peintre, c'est au tour de la plus jeune de tomber malade au point de se laisser presque mourir.

L'artiste qui la sauve in extremis en revenant d'une aventure hétérosexuelle lui transmet un message qui correspond à un serment : elles s'aimeront « très, très longtemps », jusqu'à la mort.

Monica et Sharon ne seront amantes qu'une fois le récit refermé.

■ Solstice, Joyce-Carol Oates, Éditions Stock, Bibliothèque cosmopolite, 1997, ISBN : 2234049121


Du même auteur : Corps – Des gens chics – Haute enfanceSexy

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Quand l'écriture cachait des flagrants délits par Yves Navarre

Publié le par Jean-Yves Alt

« Il faut se méfier des histoires qui ont l'air de n'être que racontées. Elles cachent souvent un flagrant délit. Celui des êtres. Ou d'une société. » (1)

Yves Navarre

Derrière le « flagrant délit » dont parlait Yves Navarre, ne fallait-il pas comprendre la présence d'un conflit ? Conflit entre d'un côté des inculpés (les homosexuels) et de l'autre des juges (la société).


(1) in Portrait de Julien devant la fenêtre, éditions Robert Laffont, 1979, ISBN : 2221002210, p. 169


Quelques ouvrages d'Yves Navarre : Biographie - Ce sont amis que vent emporte - Fête des mères - Hôtel Styx - Le jardin d'acclimatation - Kurwenal ou la part des êtres - L'espérance de beaux voyages - Louise - Le petit galopin de nos corps - Premières pages - Une vie de chat - Romances sans paroles - Les dernières clientes [Théâtre] - Portrait de Julien devant la fenêtre - Le temps voulu

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Quand Balzac illustrait Goya

Publié le par Jean-Yves Alt

« [...] huit ou dix douairières, les unes au chef branlant, les autres desséchées et noires comme des momies toutes encaparaçonnées d'habits plus ou moins fantasques en opposition avec la mode […]. Les peintures les plus bouffonnes ou les plus sérieuses n'ont jamais atteint à la poésie divagante de ces femmes » (1)

Francisco de Goya – Le Temps ou Les Vieilles – 1808/1812

Huile sur toile, musée des Beaux-Arts, Lille

(1) Le cabinet des antiques, Honoré de Balzac, in « La vieille fille et Le cabinet des antiques », éditions Garnier Flammarion, 1987, p. 217

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La vie silencieuse de Marianna Ucria, Dacia Maraini

Publié le par Jean-Yves

Un roman où tous les ingrédients de la fiction sont réunis : un décor superbe, la Sicile, une époque complexe, le début du XVIIIe siècle quand s'insinuent les premières aspirations démocratiques, des personnages hauts en couleur de l'aristocratie et du petit peuple.

 

Mais le coup de maître de l'auteure est d'avoir choisi une héroïne à rebours : Marianna Ucria est muette. Elle perçoit d'autant plus le monde qu'elle n'en communique rien. Elle regarde et respire, interprète, décrypte, assemble et comprend.

 

Bien mieux que ceux qui croient aux phrases du mensonge. Très loin de la langue de bois qui abuse des codes. Marianna ausculte le temps avec la méticulosité des entomologistes qui repèrent dans le vol des insectes la signification suprême de la mort.

 

Ce roman raconte une vie de femme dans un temps où la femme était soumise aux hommes. Entre père et vieux mari, confite aux souffrances de l'enfantement répété, Marianna cherche sa voie. Elle capte l'autre rythme, celui des voyeurs qui absorbent le paysage, volent la vie secrète des étrangers, leurs amours et leurs concupiscences.

 

Ce roman est la fresque somptueuse d'une société égoïste qui se suicide dans le cérémonial de ses fêtes et ne saisit pas les conséquences de sa barbarie, emportée par le rituel de son auto-vénération.

 

La romancière Dacia Maraini a créé l'écriture du silence. Elle réussit une performance : faire parler un personnage deux fois oublié parce qu'atteint de la double infirmité d'être femme et muette.

 

Hommage à l'épopée intérieure d'un individu qui se sauve par les livres. Marianna qui n'a pas voix au chapitre prend luxueusement toute la place d'un livre voué à la nostalgie et à l'espoir.

 

■ traduction de l'italien par Donatella Saulnier, éditions Robert Laffont/Pavillons poche, 2006, ISBN : 222110644X

 

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Définition de l'homosexualité par Jack-Alain Léger

Publié le par Jean-Yves Alt

Dans « Les souliers rouges de la duchesse » (1), Mathias, peintre célèbre domicilié aux Etats-Unis, a terminé un manuscrit sur son sida. Son ami, le narrateur, accélère la publication du livre. L'éditeur, subodorant le succès d'une histoire qui titillera le voyeurisme morbide du lecteur, se précipite sur l'aubaine. Mathias, de plus en plus malade, doit se plier à la promotion quelque peu indécente du livre.

De l'homosexualité, le narrateur donne cette définition :

« Un monde à une seule dimension, plat et fascinant comme un miroir. Le reflet où se noie Narcisse. »

(1) Jack-Alain Léger, éditions François Bourin, 1991, ISBN : 9782876861251

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