Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Révélation par Otto Dix

Publié le par Jean-Yves Alt

Otto Dix s'est intéressé aux figures hors du commun de la bohème et aux marginaux de la société.

Il fit le portrait, en 1923, du joailler homosexuel Karl Krall, qu'il représenta de manière très ambiguë : en costume, les mains sur les hanches, la taille sanglée, la poitrine, très féminine, bombée.

 

Otto Dix – Portrait de Karl Krall – 1923

De même, le portrait au vitriol de la journaliste Sylvia von Harden, peint en 1926 révèle la forte personnalité du modèle, mais dans des tons sanglants. Là encore, la cigarette, le monocle, le cocktail, soulignent l'indépendance de la femme.

Otto Dix – Portrait de Sylvia von Harden – 1926

Voir les commentaires

Arturo, l'étoile la plus brillante, Reinaldo Arenas

Publié le par Jean-Yves Alt

Nelson Rodriguez Leyva, écrivain cubain, fut déporté dans un camp de concentration réservé aux homosexuels. Après trois ans de travail forcé, il fut réformé pour maladie mentale. En 1971, il tenta avec son ami, âgé de seize ans, de détourner muni d'une grenade, un avion vers la Floride. Il échoua. Nelson Rodriguez et son ami ont été fusillés.

C'est à Nelson Rodriguez, dans la dédicace appelé « Nelson dans les airs » que Reinaldo Arenas aujourd'hui réfugié aux États-Unis dédie son quatrième roman édité en France Arturo, l'étoile la plus brillante.

Arturo est lui aussi enfermé dans un camp de travail pour homosexuels. Dans le livre, le camp est bien là avec ses miradors, ses flics, ses gifles, ses crimes. L'institution carcérale fonctionne bien. Les « folles » jouent le rôle que la répression attendait d'eux. Dans le drame de leur emprisonnement, ces hommes, pour éviter la mort, le pire dans la répression, font « la folle », s'épuisent pour « réduire la dimension de la tragédie, de l'éternelle tragédie de la soumission, de leur éternelle infortune, à la simple stridence d'un chahut... aux battements de cils très marqués, à la grimace, à la parodie ». Folles que les matons se « mettent » dans les coins.

« J'ai vu un lieu suprêmement lointain habité par des éléphants royaux. » C'est la première phrase de ce court récit. Arturo, le héros-narrateur a décidé d'écrire. Contre tous : les flics et ses compagnons de détention. Arturo à qui on refuse du papier, vole les règlements du camp pour écrire en marge.

Le monde imaginé par Arturo est un décor euphorique, pauvre d'être démesuré ; effort impossible par l'imaginaire pour sortir son corps bien réel, lui de l'oppression. Un monde abruti, où l'offense est de chaque instant. Le rêve se mélangera au réel.

Ce récit interdit de dire qu'Arturo a perdu la raison. Arturo est un adolescent. Il sera abattu par ses gardiens.

■ Éditions Mille et une nuits, 2004, ISBN : 2842058666


Du même auteur : Avant la nuit - Le Palais des très blanches mouffettes - La plantation - Le portier

Voir les commentaires

Proust, Jean-Yves Tadié

Publié le par Jean-Yves Alt

Marcel Proust est le plus grand écrivain du XXe siècle. Son œuvre majeure, «A la recherche du temps perdu», à la fois inachevée et posthume, est colossale : trois mille pages. Les articles, critiques, livres, biographies et autres études consacrées depuis 1920 à l'écrivain et à son œuvre sont tout aussi volumineux. Comme l'indique Jean-Yves Tadié, «aucun écrivain du XXe siècle n'a suscité une telle biographie».

C'est pour rendre la mesure, à la fois, de l'œuvre de Marcel Proust et des commentaires qu'elle a suscités que Jean-Yves Tadié donne un dossier où l'érudition le dispute à la clairvoyance. Car dans son esprit, il ne s'agit pas d'établir une nomenclature indigeste des ouvrages de et sur Proust mais bien plutôt de dresser un panorama critique d'une œuvre et de ses commentaires. L'économie du livre permet au lecteur d'appréhender de multiples manières l'œuvre de Proust sans jamais s'égarer dans les méandres de textes aussi nombreux que divers. Après avoir présenté de manière générale, mais sans sacrifier au simplisme, les ressorts de l'écriture proustienne, Jean-Yves Tadié propose une analyse des œuvres principales, manière de « carte aérienne de l'œuvre de Proust », avant de consacrer de longues pages à un bilan critique et de terminer sur des points de repères biographiques et bibliographiques.

Analysant la genèse et la structure de l'œuvre de Marcel Proust, Jean-Yves Tadié n'hésite pas à faire la part des idées reçues et des profondes originalités. Aucun désir chez lui de solliciter l'œuvre pour de brillantes démonstrations comme ce fut souvent le cas. Jean-Yves Tadié est un admirateur incontestable de Proust mais son jugement est sérieux, sans pour cela manquer parfois de singularité. Ainsi, à ceux qui reprochent à Marcel Proust son inintérêt supposé pour l'histoire, l'auteur indique qu'il montre « non les événements historiques eux-mêmes, mais l'action de ceux-ci sur ses personnages », en particulier à propos de l'affaire Dreyfus et de la Première guerre mondiale.

Si « La recherche » est bien un récit à personnages et un récit social, c'est aussi un roman comique (« une immense satire, des autres et de soi ») et tragique, un roman d'aventures autant que poétique, onirique (« une allégorie de la création du monde et de la création littéraire ») et un livre d'images. La dimension érotique, bien sûr, est fondamentale, en particulier dans Sodome et Gomorrhe, Sodome incarnée dans Charlus, « entouré d'un peuple de mauvais garçons » employant, « pour ses plaisirs masochistes, des soldats et des bouchers », et Gomorrhe dans Albertine, Morel faisant la liaison entre les deux. Au plan de l'écriture également, Jean-Yves Tadié montre bien que Proust pratique tous les styles, et pas seulement « la longue phrase analytique ou lyrique à laquelle on identifie le plus souvent son écriture ».

L'examen de l'accueil réservé à Proust par la presse et par les écrivains ne manque pas d'intérêt. Malgré le Goncourt pour « A l'ombre des jeunes filles en fleurs » en 1919, l'écrivain est d'abord accueilli très froidement et ce n'est qu'à la veille de sa mort que Proust « est lu et admis comme un classique ».

Chez les écrivains, tous les cas de figure se retrouvent : l'hostilité de Claudel voisine avec l'amitié de Morand, Cocteau ou Mauriac, les réquisitoires de Bernanos et de Sartre font pendant aux louanges parfois réticentes de Gide et d'Alain. Dans son panorama de la critique proustienne, Jean-Yves Tadié tente une « esquisse de bibliographie commentée » qui ne va pas sans une certaine saveur, en particulier sur l'apport de la psychanalyse à la connaissance de l'œuvre de Proust.

Il est difficile, sinon impossible, de rendre compte avec toute la justice souhaitable d'un livre aussi riche. Pour conclure, il faut saluer la simplicité d'écriture, l'humilité de pensée et la passion que l'auteur communique à chaque page et qui ne peut qu'inciter à replonger dans l'œuvre de Proust.

■ Proust, Jean-Yves Tadié, Editions Belfond/Les dossiers, 1983, ISBN : 2714416292

Voir les commentaires

Les défaitistes, Louis Dumur (1923)

Publié le par Jean-Yves Alt

Dans ce roman, encore une fois l'homosexualité sert de base à des actions moralement condamnables : antipatriotisme, destruction morale et politique de la société.

L'efficacité d'une séduisante espionne – Léopoldine d'Arpajac – dépend essentiellement de son potentiel sexuel. Son lesbianisme, sa liaison sulfureuse avec Mata-Hari et ses intrigues qui servent l'Allemagne par la désorganisation morale de l'arrière, énoncent sa perfidie.

Cette vision de l'homosexualité féminine suggère une arme secrète : l'utilisation du voyeurisme mâle, grâce auquel Léopoldine parvient à soutirer des renseignements.

L'excitation que provoque en lui l'étreinte de deux femmes rend le héros du roman, un Danois gagné à la cause allemande, parfaitement vulnérable aux entreprises de Léopoldine. Cette supériorité que ses pratiques sexuelles lui donnent sur les hommes, la jeune espionne l'emploie à des manipulations criminelles.

Toutefois, une dimension mystérieuse baigne la profondeur de cette liaison lesbienne. L'énigme qu'elle pose éclate dans une scène étrange. Au moment même de l'exécution de Mata-Hari, Léopoldine s'identifie à sa maîtresse au cours d'une crise de somnambulisme télépathique. Les implications de cet ésotérisme irrésistible sont aussi claires que pompeuses : la lesbienne est la proie de forces déchaînées qui l'amènent à commettre inconsciemment des crimes. Elle peut plaider une certaine innocence morale, car elle est victime d'une implacable fatalité.

L'homosexualité apparaît ainsi comme le ressort involontaire et terrible d'une existence vouée à la déraison et à la destruction de l'ordre social.

■ Les défaitistes, Louis Dumur, Éditions Albin Michel, 1923


Du même auteur : Nach Paris !

Voir les commentaires

Nach Paris !, Louis Dumur (1919)

Publié le par Jean-Yves Alt

Le héros de « Nach Paris ! », un officier allemand, raconte les atrocités dont il a été témoin au début de la guerre. À l'époque, la France a besoin d'une Allemagne à genoux. Il faut donc que l'ennemi soit coupable, et coupable des pires infamies pour lui imposer l'occupation de la Rhénanie et d'énormes indemnités de guerre.

Alors, le « boche » doit se montrer cruel, criminel, chargé des pires défauts. Et pourquoi pas un zeste d'homosexualité pour compléter le tableau ! La peinture que Louis Dumur (écrivain suisse) porte sur la haute société militaire allemande correspond parfaitement aux mythes colportés par la propagande française avant-guerre.

Le colonel von Steinitz, le lieutenant von Bückling, l'aspirant von Waldtkatzenbach appartiennent à la meilleure aristocratie prussienne. Mais ils sont aussi maniérés, élégants et lâches.

Le colonel von Steinitz « se cantonnait dans une réserve hautaine, dont il ne se départait qu'à l'égard du joli lieutenant von Bückling. Mais la faveur marquée qu'il lui témoignait ne procédait pas de sympathies d'ordre militaire, et les confidences dont il l'honorait n'avaient rien de stratégique ».

Mais loin d'être punie par la morale militaire, cette homosexualité des officiers allemands leur permet au contraire de la détourner à leur profit. C'est par l'entremise du lieutenant von Bückling qu'un officier criminel, le capitaine Kœnig, obtient l'indulgence de son supérieur. L'homosexualité reste donc un facteur de désagrégation de la discipline, force principale des armées. Elle affaiblit nécessairement la valeur et le prestige des guerriers allemands.

Le roman de Dumur, où la morale helvétique doit rester sauve, rapporte plus loin le châtiment reçu par von Bückling. Au cours d'une retraite, il est empalé par une baïonnette française.

Toute déviation comporte sa propre ruine : la mort de l'homosexuel « par où il a péché » révèle-t-elle un fantasme personnel de l'auteur ?

■ Nach Paris !, Louis Dumur, Éditions Albin Michel, 1919


Du même auteur : Les défaitistes

Voir les commentaires

<< < 1 2 3 > >>