Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

L'homosexualité, c'est l'art pour l'art par Thomas Mann (1925)

Publié le par Jean-Yves Alt

«On peut à bon droit qualifier l'homosexualité d'esthétique érotique. [...] C'est l'amour "libre", en ce qu'il implique la stérilité, une perspective bouchée, une absence de conséquence et de responsabilité. Rien n'en résulte, il ne pose les assises de rien, il est l'art pour l'art, ce qui sur le plan esthétique peut être une attitude très fière et libre, mais sans aucun doute immorale.»

Thomas Mann (1925)

in Sur le mariage / Über die Ehe, éditions Flammarion, 1970, pp. 55-57

Voir les commentaires

Stella Corfou, Beatrix Beck

Publié le par Jean-Yves Alt

Antoine Leroy et Stella Corfou se rencontrent aux Puces Matabois. Il cherche une lampe de caractère, elle est brocanteuse.

De ce hasard naît un amour fulgurant. Le trop sage chef du rayon bagagerie aux Galeries 2000 épouse peu après Gilberte Sanpart dite Stella Corfou, étoile filante, corps fou.

Au coup de foudre succède une passion démesurée, véritable culte d'Antoine pour sa prodigieuse divinité. Comme on entre en religion, il entre de plain-pied dans l'univers extravagant de l'ex-brocanteuse.

D'une beauté extraordinaire, Stella Corfou reste une enfant que la vie en société n'aurait pas disciplinée. Elle n'est pas immorale mais amorale, amie des chats errants et des âmes des morts, écrivain reconnu le temps de la publication de deux livres dont la verdeur est le reflet de sa propre existence : Merde à celui qui le lira et Classée X.

Lassés de la ville, les époux Leroy achètent une caravane et vont vivre leurs tumultueuses amours à l'abri des regards inopportuns. Au fil des jours, leur tendre idylle, pimentée de folie quotidienne, ne s'affadit pas.

Poussant jusqu'au bout sa résolution d'éviter de la vie tout désagrément, Stella Corfou, sentant la vieillesse approcher, convainc son mari d'en finir ensemble avec l'existence et la pesanteur terrestre.

Le suicide rate, mais peu après Antoine meurt d'un cancer. Dès lors, notre héroïne se réfugie dans la démence, s'identifie au défunt et n'a plus qu'une peur : être immortelle.

Ce récit d'une passion absolue est d'autant plus remarquable que Beatrix Beck le livre comme n'étant qu'une aventure plaisante, une farce burlesque.

Les éléments les plus tragiques, la mort, la folie, ne sont que des incidents absurdes dans un monde d'illusions. La dérision sauve du désespoir, l'extravagance permet d'éviter le pathétique. La fuite éperdue dans l'irréalité soustrait Stella Corfou au pressentiment de sa propre vacuité. C'est là le privilège des enfants et des fous, des innocents.

■ Stella Corfou, Beatrix Beck, Éditions Grasset, 1988, ISBN : 2246393817


Du même auteur : La prunelle des yeux - Recensement - Grâce - Un(e)

Voir les commentaires

Jugement dernier par Rogier Van der Weyden

Publié le par Jean-Yves Alt

Le Jugement dernier occupe tout l'intérieur du retable, formant une seule scène qui s'étend sur neuf panneaux.

L'éclairage vient de gauche dans tous les tableaux, comme la lumière réelle dans la chapelle qui devait les recevoir.

L'unité du polyptyque est renforcée par la guirlande de nuées qui s'étend aux neuf panneaux et par le prolongement des draperies de certains personnages d'un panneau à l'autre. (1)

Au centre, dominant tout, le Christ trône sur l'arc-en-ciel. Ses pieds reposent sur un globe d'or ou de bronze orné d'un double galon de perles et de pierreries. Sa tête est nimbée d'une auréole crucifère d'or et de pierres précieuses.

Il est vêtu d'un grand manteau rouge couleur de sang. Son attitude exprime la double adresse aux ressuscités : bénédiction à sa droite, malédiction à sa gauche, encore explicitée par le lys de la miséricorde et le glaive de la justice. Son visage, impassible et strictement frontal, est à la fois celui du Juge inexorable et celui du Rédempteur infiniment bon.

Autour du Christ, mais à une certaine distance, quatre anges volant présentent les instruments de la Passion.

Rogier Van der Weyden – Le polyptyque du Jugement Dernier – 1446/1452

Huile sur le bois, 215cm x 560cm, Musée de l'Hôtel Dieu, Beaune

En dessous du Christ, dans un axe vertical très strict, saint Michel pèse les vertus et les vices de l'humanité. Le mal, plus lourd, pèse sur les consciences entraînant les damnés dans la chute en enfer. Le bien qui élève l'âme, conduit les élus vers la porte du paradis, où un personnage ailé les fait monter vers la béatitude de l'amour de Dieu. L'archange, en vêtements liturgiques, reproduit, dans les grandes lignes, l'attitude du Christ. Il est entouré lui aussi de quatre anges, ceux qui sont chargés de sonner la trompette pour l'appel des morts.

Dans la même nuée lumineuse que le Christ, mais placés beaucoup plus bas, les deux intercesseurs (Marie et saint Jean-Baptiste) s'agenouillent, mains jointes et visages levés vers le Juge. Derrière eux, en deux groupes qui tendent à former un vaste demi-cercle, les douze apôtres siègent comme assesseurs. Ils n'ont pas d'attributs.

Toujours sur le fond d'or délimité par la guirlande de nuages qui entoure les personnages célestes intercèdent aussi, mains jointes, à genoux ou s'agenouillant, quatre saints, du côté du ciel : un pape, un évêque, un roi, un vieillard ; trois saintes, du côté de l'enfer, dont l'une est couronnée.

En bas, de la croûte terrestre, les morts se lèvent. La division verticale au centre de la composition commande toutes leurs attitudes. Dans les plateaux de la balance, les petites figures masculines contrastent violemment, l'une s'agenouillant le visage radieux, l'autre détournant la tête, les cheveux hérissés d'horreur, la bouche ouverte en un cri de désespoir. Aux pieds de l'archange, côté « vertus » se trouve un homme, côté « vices » se trouve une femme.

Sur terre, à la droite du Christ, les élus sortent du sol, joignent les mains, s'agenouillent, se relèvent lentement et s'avancent vers la porte d'or du paradis. Les fleurs, sous leurs pas, sont de plus en plus nombreuses. L'ange qui symbolise l'Amour les invite à gravir les marches vers le monde céleste.

À la gauche du Christ, les damnés, accablés sous le poids de leurs fautes, tentent de se lever, sans parvenir à se redresser, et dans une fuite accélérée s'agglomèrent pour la chute finale dans les flammes de l'enfer : sous leurs pas, un sol de plus en plus aride et crevassé. Un arc-en-ciel, sinistre contrepartie du premier, éclaire de lueurs blafardes les approches de l'enfer.

Les circonstances de temps sont à peine suggérées. Le ciel, très sombre sur le haut du panneau central comme sur les deux panneaux extrêmes, semble suggérer la nuit tandis qu'une aurore paraît monter de l'horizon derrière saint Michel.


(1) De plus, par deux fois, des ressuscités figurent à cheval sur deux panneaux différents.


D'après Nicole Veronée-Verhaegen in « Le Polyptyque du Jugement dernier, Rogier Van der Weyden », un dossier établi par Hortense Lyon, éditions CNDP, 2007, ISBN : 224001752X, page 21

Voir les commentaires

L'homosexualité de l'homme, Dr Hans Giese (1957)

Publié le par Jean-Yves Alt

Dans la préface qu'il a écrite pour l'ouvrage de Giese, « L'homosexualité de l'homme, » le Dr Angelo Hesnard, président de la Société française de Psychanalyse et qui, en 1929 publia La psychologie homosexuelle, reconnaît que la pédérastie est demeurée « un problème humain sans solution, tant dans la recherche compréhensive que dans l'attitude du milieu social à son égard ». Et il loue le Dr Giese « d'affranchir le problème de ses stigmates cliniques » en le faisant déboucher sur le plan humaniste d'une philosophie concrète de l'être-au-monde.

Hans Giese tout en soulignant que le phénomène homosexuel constitue « le talon d'Achille de la science sexologique », commence par constater le « véritable cul-de-sac » dans lesquelles se sont engagées les diverses disciplines en voulant découvrir les causes de l'homosexualité. Cul-de-sac pour la psychanalyse, mais aussi pour la génétique et l'endocrinologie. De sorte qu'il serait temps d'élaborer une « sociologie du phénomène, de découvrir, sa structure anthropologique et de reconnaître l'importance de la décision personnelle et du développement du style, en cette matière comme en toutes les autres ». Giese situe ainsi ses recherches dans les perspectives de la phénoménologie et de la philosophie existentielle qui caractérisent son époque.

Le matériel ayant servi de base à ses études est moins étendu que celui de Kinsey, de sorte qu'il demeure sans valeur au point de vue statistique. Mais tel n'était pas le but, l'investigation se proposant bien plus la profondeur que l'étendue. Néanmoins, ce matériel n'est pas négligeable, et fut constitué de deux façons : d'une part, par les entretiens de l'auteur avec des homosexuels venus le consulter pour des raisons médicales (131 cas en six ans), d'autre part, par 401 réponses obtenues à un questionnaire adressé à 5000 homosexuels de Francfort.

Plus de la moitié des sujets analysés par Giese avaient pratiqué la cohabitation hétérosexuelle. Un tiers environ était disposé à un traitement, soit qu'ils souhaitassent des enfants et un foyer (15 %), soit qu'ils désirassent retrouver la paix intérieure (13 %), ou encore pour des raisons religieuses et morales. Les deux autres tiers ne désiraient aucun traitement. La plupart de ceux-ci considéraient que l'homosexualité répondait à leur nature profonde, quelques-uns faisaient état de leur aversion pour la femme (8 d'autres de leur âge trop avancé, de la supériorité de la beauté masculine, ou d'une cure déjà tentée et demeurée sans résultats.

Après avoir observé que les condamnations judiciaires demeurent sans effet sur le désir de traitement, Giese considéra que, parmi les variantes de l'homosexualité, il fallait distinguer les manières dont un partenaire est choisi. Il nota trois comportements principaux : la continence, l'homosexualité libre, les liaisons homosexuelles fixes.

D'après lui, la continence peut être absolue ou partielle. Dans le premier cas, il s'agit souvent de prêtres ou de pasteurs dont le ministère constitue une sorte d'acceptation de leur particularité par la société. Celle-ci reconnaît ainsi la valeur de leur sacrifice. Ce n'est pas que ces prêtres soient exempts de problèmes sexuels, et Giese cite le cas de l'un d'eux qui avouait voir le Christ sous l'aspect d'un beau jeune homme et éprouver envers lui des sensations voluptueuses. Mais cette continence est de nature à conférer une certaine supériorité morale et l'autorité sociale. Elle appartient à l'Eros pédagogique et au domaine du sacré.

« Le désespoir qui résulte de la stérilité biologique, crée un monde particulier où viennent prendre racine l'amour porté à la communauté, l'autorité sacerdotale, etc., comme médiation entre l'individu et la société. Dans l'amour porté à d'autres êtres se révèle le phénomène fondamental, que l'on peut supposer une sublimation ou une socialisation. L'utilité sociale ou culturelle de cette intention de l'homosexuel de passer par « une nouvelle naissance » lui permet de se fixer une place, un refuge qui lui appartient en propre. »

Quant à la continence partielle qui est souvent le cas d'homosexuels se comportant de manière exclusivement hétérosexuelle sans pouvoir renoncer à leur homosexualité, ou encore d'homosexuels se contentant de la masturbation, Giese la juge d'une manière moins optimiste. Il cite l'aveu d'un de ses sujets qui ne se décida au mariage que pour échapper à une sorte d'angoisse devant le corps masculin. Et de constater le drame que constituent ces sortes de mariages, « l'atmosphère de la vie conjugale ne pouvant modifier ou supprimer une déviation sexuelle fondamentale, autant que la responsabilité des psychanalystes médiocres qui poussent l'homosexuel vers la femme ». En ce domaine, seule la continence absolue peut être satisfaisante en ce qu'elle est seule à offrir, par l'extase, l'équivalent de l'impulsion orgastique.

Pareille sublimation demeure exceptionnelle. Aussi bien, Giese passe-t-il à l'étude de l'homosexualité sans liaison régulière et qui, sans doute, est la plus fréquente. C'est dans ce type d'homosexualité qu'il faut ranger tant les liaisons entre adolescents de même âge que celles se nouant entre prisonniers, marins ou prostitués, etc. Ces liaisons ont la particularité de ne pas entraîner de modification de la conscience ni de besoin de répétition. Mais lorsqu'il s'agit de rapports auxquels les circonstances n'obligent pas, la situation est plus grave. Ces rapports n'offrent plus alors aucun caractère personnel. Ils sombrent dans la promiscuité et l'anonymat. Ils se nouent dans les vespasiennes ou les endroits publics. N'importe qui pouvant être remplacé par n'importe qui, pourvu qu'il possède un phallus de choix, l'obsession devient dominante et, finalement, la solitude. Cas pathologiques analogues à ceux des coureurs de jupons et des don Juan insatiables.

Giese reconnaît qu'il existe cependant des liaisons formelles, dont la fidélité, la vie commune, le sens de la durée, sont les traits. Sur 393 cas, Giese en a noté 171 à liaison fixe. Le plus grand nombre y sont engagés depuis un, deux, trois ou quatre ans (118) ; il en mentionne 12 engagés depuis dix-huit ou vingt-cinq ans, un même depuis quarante ans. Quelques-uns ont adopté un enfant, la plupart ont trouvé un intérêt commun en des activités artistiques, les huit-dixièmes trouvent leur union harmonieuse, le plus grand nombre a des rapports sexuels de une et deux fois par mois, et de deux à quatre fois par semaine. Giese constate que les sujets ayant adopté ce mode de liaison fixe présentent moins de tendance aux comportements extrêmes que les autres. Leur désir d'un traitement médical diminue parallèlement à leur réussite. En structurant leurs relations, « ils partagent le monde avec nous, ils font un effort pour s'adapter à nous . Leur système de valeur correspond au nôtre : fidélité, maturité en sont les constituantes ou, tout au moins, les idéaux. Aux pulsions des reproductions non réfléchies de l'hétérosexuel correspondent des expériences spécifiques réfléchies sur le désir de paternité. Celui-ci met en mouvement des activités d'ordre esthétique. Activité charitable, jardins d'enfants, organisations de jeunesse, éducation de sujets choisis par le couple, tels sont quelques-uns des soucis de ces liaisons, auxquels se joignent souvent des intérêts pour le théâtre, le cinéma, la littérature, le goût du collectionneur, voire le Beau en soi. »

Dans cette perspective le prostitué lui-même n'est pas à mépriser, car il peut être celui qui libère des tabous, éveille à la relation.

« Si j'avais pu, dit un des sujets de Giese, j'aurais érigé un monument au garçon qui se vend, comme au plus grand sauveur. »

Giese se pose cependant la question de « l'authenticité des comportements homosexuels ». Leur esthétisme pourrait indiquer que l'individu n'a pas trouvé son propre style et se borne à copier autrui. Le propre de l'esthétique est, en effet, de fournir des « images de la réalité plutôt que la réalité elle-même ». Mais c'est là la « chance culturelle » que l'homosexuel tente de saisir en compensation de sa stérilité physiologique. Son attitude paternelle représente elle-même un comportement esthétique de nature spéciale. Il s'agit d'un véritable substitut de la famille, de la création d'un monde propre, d'un acte culturel créant une paternité « par adoption » dont les modes sont identiques à ceux de la paternité dite « normale ».

On imagine qu'après de telles observations, Giese se soit trouvé dans l'obligation de renoncer aux concepts de perversion ou de maladie. Il leur substitue celui de « déficience » :

« La perversion ne se justifie que là où le déficit est dirigé contre la norme, là où il a, à sa base, des pulsions destructives sous forme de fétichisme, de pratiques coprophiliques, de promiscuité, etc. En manquant sa relation avec la femme, l'homosexuel fait preuve d'une déficience, non d'une perversion. La déficience est un échec demeurant dans l'ordre établi, la perversion une révolte contre l'ordre. »

En fin de compte, Giese considère que l'essentiel est de prendre en mains son destin :

« Celui qui s'en rend responsable n'a plus besoin de médecin. »

Pour Giese, l'homosexuel ne tombe dans la perversion que s'il ne prend pas la responsabilité d'une liaison. Dans ce cas, sa déficience est destructive, dans l'autre, constructive.

Aussi Giese conseille-t-il aux médecins de mettre tout leur art au service de l'alternative continence-liaison et d'orienter ainsi l'anomalie dans le sens des possibilités humaines normatives.

■ L'homosexualité de l'homme, Dr Hans Giese, [Der Homosexuelle Mann in der Vell, Dr Hans Giese, Stuttgart, 1957], préface du Dr A. Hesnard, éditions Payot, 1959

Voir les commentaires

La nuit est sale, Dan Kavanagh

Publié le par Jean-Yves Alt

« La nuit est sale » est un sympathique roman du genre policier. Le style anglais de Dan Kavanagh (pseudo de Julian Barnes) est ici particulièrement dynamique.

Nick Duffy mène une enquête passionnante dans le quartier londonien de Soho, livré au racket, à la prostitution et au porno.

Il doit traîter une curieuse histoire de chantage, dont son client Monsieur McKechnie l'a chargé. Duffy traîne aussi derrière lui une réputation de pédé. Pas facile quand il s'agit de s'attaquer au monde qui a tout pouvoir sur la lâcheté, la bêtise et la convoitise humaines.

McKechnie se leva pour serrer la main de Duffy. Il était un peu surpris par la petite taille de l'agent de sécurité mais lui trouva l'air assez costaud. Il avait aussi un peu l'allure d'un pédé, de l'avis de McKechnie. Il se posa des questions sur l'anneau d'or. Était-ce simplement la mode, ou une espèce de signal sexuel ? McKechnie ne savait plus. Autrefois, on savait précisément où on en était ; tous les codes étaient bien établis, on pouvait dire qui faisait ceci et qui ne le faisait pas, qui en était et qui n'en était pas. Il y avait quelques années, on pouvait encore être à peu près sûr de ne pas se tromper absolument ; mais à présent, le seul moyen d'être tout à fait certain, c'était quand on demandait à sa secrétaire de vous nettoyer vos lunettes et qu'elle ôtait son slip pour ça. (p. 55)

« La nuit est sale » évoque l'Angleterre d'avant la clause 28 (loi voulue par Margaret Thatcher interdisant la promotion de l'homosexualité) et son homophobie virulente.

Bisexuel J'aime le poisson autant que la viande » p. 107), plutôt bien dans sa peau, Nick Duffy – fort peu thatchérien – a été écarté de la police par un coup monté qui l'a fait surprendre en flagrant délit de détournement d'un jeune garçon charmant mais malheureusement mineur.

La première fois qu'il alla draguer au Caramel Club il ramena un journaliste poupin à son appartement d'alors, près de Westbourne Grove. Deux soirs pus tard, il alla à l'Alligator et se trouva un étudiant poli tout juste descendu du train d'Oxford. La troisième fois, il retourna au Caramel, but un peu plus que d'habitude et fut soutenu jusque chez lui par un gentil môme noir à peu près de son âge. Dix minutes plus tard, sa porte fut enfoncée par deux flics costauds, le jeune Noir se mit à glapir : « Il m'a payé à boire, il m'a payé à boire » et le plus grand des deux flics empoigna Duffy par son épaule nue, le fit pivoter sur le lit et demanda avec une lourde ironie :

— Excusez-moi monsieur, mais quel âge a votre ami ?

Les vapeurs du whisky se dissipèrent comme si on avait mis en marche un ventilateur et il comprit qu'on l'avait possédé. Le môme était un mouton ; il assura qu'il avait dix-neuf ans. Les policiers prirent son adresse et lui dirent de se tirer. Puis ils emmenèrent Duffy au poste et l'inculpèrent. Quand il leur apprit sa profession, un des agents tourna le dos pendant que l'autre le matraquait dans les reins.

— Sale putain de flic pédé, dit-il. Fumier de pédé, il frappa encore.

Duffy savait qu'il était fini. Il fut suspendu… (p. 67)

Dan Kavanagh dresse un portrait fouillé et contrasté de ce privé pas comme les autres qui trouvera, happy end, le moyen de se venger des flics et autres truands qui lui ont fait bien des misères.

■ La nuit est sale, Dan Kavanagh, Éditions Gallimard, Série Noire, 1981, ISBN : 2070488152


Du même auteur : Tout fout le camp ! - Arrêt de Jeu

Voir les commentaires

<< < 1 2 3 > >>