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Textes retrouvés, Pierre Herbart

Publié le par Jean-Yves Alt

Pierre Herbart s'est éteint dans la misère, hémiplégique, le 3 août 1974, à l'âge de 71 ans. Ami de Jean Cocteau, qu'il rencontra en 1924, et d'André Gide, à partir de 1929, il entra en quelque sorte dans la "famille" de ce dernier en épousant en 1931 Elisabeth van Rysselberghe. Le divorce sera prononcé quelques années avant sa mort, en 1968. Résistant pendant la seconde guerre mondiale, il participe en 1944 à la fondation de France-Soir. L'année suivante, il collabore à Combat avant de créer l'hebdomadaire Terre des Hommes qui n'aura, en dépit de sa tenue littéraire, que quelques semaines d'existence. Compagnon de route du Parti Communiste, il travaille en 1935 à Moscou pour Littérature Internationale. À cette occasion il accompagne Gide et ses amis dans leur voyage à travers l'URSS.

« Textes retrouvés » est un petit recueil de textes datant de 1930, retrouvés chez Roger Lenhardt par Maurice Imbert. Une trentaine de récits, des textes sur Eugène Dabit, André Gide, Roger Martin du Gard et Albert Camus, deux témoignages sur l'auteur ainsi qu'une note biographique fournie complètent l'ouvrage.

Les 31 récits très courts tracent un portrait saisissant de Pierre Herbart autour de sa vingt-septième année. Très influencés par le surréalisme, ils sont la traduction angoissante et fantasmatique de rêves et d'obsessions morbides. Le suicide, le meurtre, la souffrance sont constamment mis en scène avec une froideur et un onirisme qui confinent parfois à la représentation de la folie. Fasciné par la mort, dont un revolver semble être l'instrument privilégié, l'auteur se cloître dans l'écriture pour fuir la solitude qui le perturbe.

Dans une lettre à Jean Cocteau datée de 1929 et reproduite dans ce livre, Pierre Herbart livre une clef essentielle pour comprendre ces textes torturés et hallucinatoires : ils sont écrits pendant une période tragique de désintoxication de l'opium – « je crève » (p. 111), confie Herbart.

Dans le récit « Ravachol », Pierre Herbart évoque avec tendresse la figure solitaire et originale de son père.

« Histoire d'un meurtre » est le seul texte du livre en rapport avec l'homosexualité de l'auteur ; il décrit un viol à la limite du rêve et de la réalité.

« Amour », de par sa concision et sa force, figure également parmi les plus beaux récits de ce livre.

Le portrait d'Eugène Dabit touche par sa sensibilité et son attention pour celui qui possédait « un sens aigu, presque animal, de la vie » (p. 69). Herbart apprit véritablement à connaître l'auteur d'Hôtel du Nord durant le voyage qu'ils effectuèrent ensemble avec Gide en URSS en 1936. Ce « fut pour Dabit une dure leçon et un amer désenchantement » (p. 71). Il devait trouver la mort à Sébastopol le 21 août de la même année, des suites d'une scarlatine.

Pierre Herbart évoque aussi une succession de souvenirs d'André Gide, cette « amitié de vingt ans avec le plus irremplaçable des êtres » (p. 74). Il admirait en lui la « force d'anarchie » (p. 75) que l'auteur de Corydon insuffla dans son œuvre, mais plus encore dans sa vie. Le caractère marginal de leurs mœurs montre assez « l'importance des passions interdites dans la fécondation d'un artiste » (p. 75).

Le témoignage de M. St-Clair, qui n'est autre que Mme Maria van Rysselberghe, belle-mère d'André Gide et auteur des Cahiers de la petite dame, dresse le portrait d'une personnalité forte et originale, toute en excès et en opposition.

■ Textes retrouvés, Pierre Herbart, Éditions Le Promeneur/Le Cabinet des Lettrés, 1999, ISBN : 2070755630


Du même auteur : Le rôdeur - L'âge d'or - Alcyon

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Les exilés de Khorramshahr, Gemma Salem

Publié le par Jean-Yves Alt

1953. Kantor, héros nonchalant et désabusé promène son ennui de vivre dans les misérables ruelles de Khorramshahr, petit port sur le golfe Persique. Ce Franco-Polonais – unique agent d'une compagnie d'assurances suisse devenue presque mythique à force d'éloignement – a cru trouver en Iran une échappatoire à ses incertitudes, mais la mesquinerie et la pesanteur du quotidien n'ont fait qu'ajouter le sordide à sa dérive existentielle.

Kantor rencontre Juliette, la jeune épouse libanaise d'un négociant aux dents longues, Nader. Juliette est mal dans sa peau, elle a beau « grasseyer le français, couper court ses cheveux, manger du bout des lèvres et parler des pigeons de Venise », elle ne parvient pas à s'intégrer au microcosme européen de Khorramshahr qui la rejette comme un corps étranger.

L'amour né entre ces deux êtres n'a pas plus de sens que n'en a leur vie. Kantor « aime à travers Juliette l'idée de l'amour. Pas elle ».

Alors, intervient Edmond Louvain, un jeune Français seul, sans argent, menacé depuis que son amant, le fils du cheik Youssef, s'est suicidé. Il s'accroche à Kantor.

D'abord réticent, voire hostile, Kantor finit par trouver en Edmond un véritable ami. Tous deux songent à quitter l'Iran, mais il est trop tard, leur désir de fuite se désintègre peu à peu pour ne laisser que l'amertume et le sentiment de n'être déjà plus de ce monde.

Gemma Salem, dans ce beau roman, donne vie à l'univers des exilés à la poursuite de leurs chimères.

■ Les exilés de Khorramshahr, Gemma Salem, Éditions Flammarion, 1992, ISBN : 2080648551

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L'homosexualité vue par l'abbé Mugnier

Publié le par Jean-Yves Alt

Concernant l'homosexualité, l'abbé Mugnier (1853-1944) qui n'encourageait pourtant pas les interdits (il était favorable à l'éducation sexuelle), se retrouva enfermé dans les préjugés de son époque :

« Lorrain est toujours fleuri de gardénias, couvert de bagues et puant de parfumerie, avec des ongles peints. »

Quand Jean Lorrain dit préférer l'homme à l'odeur de « pain chaud » contrairement à « la femme [qui] sent mauvais », l’abbé Mugnier se demande s'il ne faut pas y voir un retour « au paganisme ».

in Journal de l’abbé Mugnier (1879/1939), Mercure de France/Le Temps retrouvé, 1985, ISBN : 2715213522, pp. 97 et 105

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Hommage à Sandro Penna

Publié le par Jean-Yves Alt

Sandro Penna est né le e 12 juin 1906 à Pérouse et mort à Rome le 20 janvier 1977. Entre ces deux dates, peu de choses en vérité : une vie d'expédients, une somme de petits métiers, quelques rares amitiés (Umberto Saba, Elsa Morante, Pier Paolo Pasolini, Natalia Ginzburg).

Sandro Penna meurt dans une solitude extrême, pauvre, couché sur son lit autour duquel gravitent des montagnes de papiers, des livres, des dessins, des tableaux, interdisant à quiconque de déplacer le moindre objet. Comme si c'était à son propre corps qu'on attentait, à son paysage intérieur. Parfois il consent à vendre un manuscrit, une édition originale, comme naguère il troquait au marché noir savonnettes et confiture, pour vivre. Sandro Penna aura passé son existence à transparaître, ni négligé, ni méconnu, juste inaperçu.

Issu d'une famille de petits commerçants : « Mon père tenait un commerce de marchandises diverses, une sorte de bazar, juste à un coin du "corso". Je m'y tenais à l'intérieur très souvent, curieux des clients, mais prêt à me réfugier dans la lecture de Rimbaud, après avoir incité quelqu'un à acquérir trois savonnettes à cinq lires plutôt qu'une à deux lires. Dans notre magasin passaient les personnes importantes de Pérouse et les plus fières, celles qui ne faisaient en ville que des haltes écourtées. » (Un peu de fièvre, p. 56)

Il vécut à Pérouse jusqu'à l'âge de vingt-trois ans. De sa ville, il laissa un témoignage, ou plutôt quelques notes, éparses, à l'image de sa poésie, dense et entêtante – une promenade qui est aussi une petite musique, un air de mémoire : « Je devrais parler de mes maisons. Des maisons où je me revois. L'une est au numéro 5 de la Via Vermiglioli. A deux pas du centre de la ville. […] J'habitais sur la petite place que je voyais par certaines fenêtres et la chose la plus importante de cet endroit est le tapage infernal qui venait d'une boutique d'artisans. […] Je me revois ensuite avec d'autres garçons, émerveillés devant l'émerveillement des "Anglais" dans certaines rues qui nous paraissaient à nous tout à fait normales. […] Je ne me souviens plus des noms. Je me souviens de celui de San Francesco, cette merveilleuse église ancienne, que l'on n'ouvrait que sur la demande du visiteur. » (Un peu de fièvre, pp. 53-54)

Il faudra attendre les années 70 pour que sorte la première édition des œuvres complètes de Sandro Penna, couronnées par le prix Fiuggi.

Mais les honneurs n'améliorent pas les conditions de vie de plus en plus déplorables de Sandro Penna : en 1974, un groupe d'intellectuels lance un appel pour venir en aide au poète, malade et indigent. A bout de souffle, il publiera en 1976, Stranezze, avant de s'éteindre un an plus tard.

Peu d'écrits donc. Ainsi, la publication du premier choix de poèmes, en 1936, fut-elle abandonnée, parce qu'on avait enlevé du recueil les textes les plus censurables. Finalement, le livre sortira en 1939, enrichi de nouveaux poèmes. Qu'importe en effet à Sandro Penna d'être ou de ne pas être publié. Sandro Penna préfère l'attente, le silence à la précipitation et donc aux compromis, voire aux compromissions du petit monde littéraire. On ne déroge pas à sa foi dans la liberté, on ne déroge pas à l'exigence de soi, quand bien même le prix à payer serait une vie de désastre et de misères.

Jusqu'au bout, Sandro Penna aura agi selon ses convictions, sa sensibilité, ses désirs, préférant se sacrifier aux regards des autres, à leur violence ou à leur indifférence plutôt que de manquer à ce qu'il crut être sa vérité : il a aimé les garçons. Cette passion lui est vitale : ne pas la reconnaître, ou simplement mentir ; la taire, transiger, c'est du même coup attenter à cet esprit de liberté qu'il revendique. Tout ne fait qu'un, chez Sandro Penna, le mal n'est qu'une variante du bien, l'amour des garçons, le seul parti qui mérite d'être relevé, la seule vérité qui vaille le coup d'être vécue.

Chez Sandro Penna, le poème est possédé par l'instant qu'il révèle : « Ici je brûle ma vie. Parmi les rares / lumières de la venelle apparaît, à présent / un petit berger sur un mulet. Que brûle / tranquille ma vie et ces lumières. » (Une ardente solitude, pp. 32/33)

D'où, comme le fait remarquer le traducteur et présentateur Bernard Simeone, « l'intime contradiction entre la brièveté de la forme et la lenteur de l'image qui domine » (Une ardente solitude, pp. 54/55). Chaque poème est un coup de foudre prolongé, une durée de l'instant.

Sandro Penna n'est pas un être asocial, indifférent aux phénomènes collectifs. Seulement, le poète, à l'instant même où les choses se produisent, se retrouve toujours un peu à l'écart, mais pour mieux recueillir les images : « Qu'il est beau de te suivre / ô jeune homme qui ondoies / sans hâte dans la ville nocturne. / Si tu t'arrêtes au coin d'une rue, / je resterai, loin / de ta paix – ô mon ardente solitude. » (Une ardente solitude, pp. 54/55)

Sandro Penna saisit des morceaux du monde, qu'il rappelle à leur présence, par le souffle poétique : « Le ciel est vide. Mais dans les yeux noirs / de cet enfant moi je prierai mon dieu. / Mais mon dieu s'en va à bicyclette / ou arrose le mur avec désinvolture. » (Une ardente solitude, pp. 26/27)

Cette démarche en direction du monde est encore plus sensible dans ses textes en prose. On y retrouve les lieux chers au poète, lieux de rencontres (cinémas, stades, restaurants, hôtels) où se nouent les images convoquées par la suite dans sa poésie. Ainsi, ces voyages en tram : « La matinée n'était pas trop grise et annonçait pour plus tard peut-être la chaleur d'un peu de soleil. Je pris un tram qui devait me conduire à un nouveau stade, qui surgissait dans une étendue de campagne, près du fleuve. […] Dès que je fus dedans, je demandais à un ouvrier des détails sur l'endroit où je me rendais. D'après le ton assuré et animé de ses réponses, je pensais qu'il s'intéressait plus à l'itinéraire qu'à moi-même. » (Un peu de fièvre, p. 43)

On le voit, l'accord du monde et de l'instant se réalise dans l'écriture par l'entremise des garçons et plus encore par les désirs qu'ils suscitent. Ce que Sandro Penna recherche avant tout, ce n'est pas tant le corps enfantin que l'enfance elle-même : sa violence et sa cruauté, ses règles d'amitié, son incapacité à réfléchir son corps ailleurs que dans l'instant, ce qui demeure d'enfance dans un corps masculin, et l'éclat des yeux : « Giulietto sortit. Mario eut le sentiment d'une délivrance. C'est pourtant lui qui l'avait appelé. Mais il savait maintenant qu'il ne le désirait plus. […] Il pensa se coucher tout de suite. Mais il y avait une nouveauté. Quoi ? Comme le deuil d'une joie. […] Il retira la serviette du lit. Mouillée encore : c'était de Giulietto sans doute. Que c'était animal, que c'était stupide. Il s'était mis à se masturber ; tout seul. Par mépris, Mario avait saisi la lampe pour éclairer pleinement un geste dont il pensait devoir être honteux. Il y avait quatre ans qu'il connaissait Giulietto : c'était alors un merveilleux garçon de quinze ans. […] Le temps passa [...] : il était déjà un peu plus homme. Et Mario n'avait plus éprouvé que l'intérêt curieux d'assister à cette métamorphose. Il n'avait que le souvenir ébloui de la douceur de ses seize ans. Maintenant, il en avait bien dix-neuf. Il était toujours élancé, enfantin, mais plus sérieux : plus loin de l'idéal de Mario. » (Un peu de fièvre, pp. 133/134)

L'homosexualité de Penna n'est pas un prétexte à la définition d'une stratégie créatrice, ni l'expression esthétique créatrice, ni l'expression esthétique d'un Mal, à la Thomas Mann : elle fait corps avec l'écrit, elle est tout entière l'écrit.

L'instant poétique prend possession du monde, par l'orgasme : « Pique légère sur le bien, sur le mal / leur douce hâte de jouir. » (Une ardente solitude, pp. 34/35) Pour que le désir jaillisse, que la parole se fixe, il faut que les courbes du corps s'accordent aux volutes de l'âme.

Les poèmes de Sandro Penna apparaissent, par la répétition incessante du thème des amours garçonnières, comme l'addition d'une histoire d'amour. Chaque poème se présente comme un billet écrit avec fébrilité qui relève de l'existence même du corps : « L'enfant qui écoute dans les livres / des chants d'amours perdues / n'y comprend rien. Il regarde / regarde une vitre sur le toit/ miroiter fort/ dans le crépuscule enflammé... / Et il se penche sur sa chair, comme / sur un blanc cahier. » (Une ardente solitude, pp. 94/95)

L'amour des garçons signifie l'instant, à la différence du ventre des femmes qui impose l'idée d'une gestation. Le poème donne une durée – une vie, et donc une présence – à cet instant.

La rupture, qui ne signifie pas une perte d'amour, mais une baisse d'intensité dans le rapport, une routine, participe à cette idée du temps : de même que le poème tentait de donner à la brièveté une espèce de lenteur, de même la séparation consommée, « Penna domine lumineusement sa souffrance : il n'est au fond aucune différence entre le temps qui précède la perte et celui qui l'englobe » (préface de Bernard Simeone, Une ardente solitude, p. 9), puisque le propre du poète est de vivre sans arrêt dans l'instant et sa réalité.

Ainsi, la fin de cette histoire d'amour entre Mario et Giulietto : « Lui qui ne croyait pas à l'amour au sens d'affection, de fidélité, de sérénité. Mais il continuait à ne sentir en lui aucun désir. D'où venait cette envie de pleurer, de le reposséder, de le déposséder tout de suite, demain. Mais sans violence, sans amertume. Il se sentait mieux que d'habitude. C'était donc vrai : il existe un autre amour, un amour qui n'est pas sensuel. En s'endormant, Mario ne savait pas s'il devait croire à une forme nouvelle de bonheur. » (Un peu de fièvre, p. 135)

Pier Paolo Pasolini rageait que Sandro Penna n'ait pas obtenu le Nobel. Il faut dire : la clarté et l'exigence ne sont pas des critères suffisants pour les bons jurys de la morale bourgeoise.


Bibliographie :

- Une ardente solitude, La Différence, Orphée, 1989, ISBN : 2729103643

- Un peu de fièvre, Grasset, Cahiers rouges, 1996, ISBN : 2246506212

- Poésies, Grasset, Cahiers rouges, 1999, ISBN : 2246550718

- Sandro Penna : Autobiographie au magnétophone, Revue Hétérographe n°1 & 2, Lausanne, éditions D’en Bas, 2009

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La blessure et la mort de Federico Garcia Lorca

Publié le par Jean-Yves Alt

Ce poème de Federico Garcia Lorca sur la disparition de son ami torero Ignacio Sanchez Mejias est scandé par : « A las cinco de la tarde » (à cinq heures de l'après-midi), heure du « rendez-vous » d'Ignacio, montant les gradins à la rencontre de l'ange du trépas.

A cinq heures de l'après-midi.
Il était cinq heures précises de l'après-midi
Un enfant apporta le drap blanc
à cinq heures de l'après-midi.
La chaux déjà prête dans un panier
cinq heures de l'après-midi.
Le reste n'était que mort et rien que mort
à cinq heures de l'après-midi.

Le vent a emporté les cotons
à cinq heures de l'après-midi.
Et l'oxyde a semé du verre et du nickel
à cinq heures de l'après-midi.
Voici que luttent la colombe et le léopard
à cinq heures de l'après-midi.
Et une cuisse avec une corne attristée
à cinq heures de l'après-midi.
Le glas a commencé à sonner
à cinq heures de l'après-midi.
Les cloches d'arsenic et la fumée
à cinq heures de l'après-midi.
Aux coins des rues des groupes de silence
à cinq heures de l'après-midi.
Et le taureau seul le coeur fier !
à cinq heures de l'après-midi.
Quand est arrivée la sueur de neige
à cinq heures de l'après-midi.
Quand l'arène s'est couvent d'iode
à cinq heures de l'après-midi.
La mort pondit ses oeufs dans la blessure
à cinq heures de l'après-midi.

à cinq heures de l'après-midi.
à cinq heures précises de l'après-midi.
Le lit est un cercueil sur roues
à cinq heures de l'après-midi.
Flûtes et os sonnent à son oreille
à cinq heures de l'après-midi.
Déjà le taureau mugissait à son front
à cinq heures de l'après-midi.
La chambre s'irisait d'agonie
à cinq heures de l'après-midi.
Voici qu'au loin arrive la gangrène
à cinq heures de l'après-midi.
Trompe d'iris dans les vertes aines
à cinq heures de l'après-midi.
Les blessures brûlaient comme des soleils
à cinq heures de l'après -midi.
Et la foule brisait les fenêtres
à cinq heures de l'après-midi.
A cinq heures de l'après-midi.
Ah ! Ces terribles cinq heures de l'après-midi !
Il était cinq heures à toutes les horloges !
Il était cinq sombres heures de l'après-midi !

Federico Garcia Lorca


Lire aussi du même auteur : Chanson de la petite folle - Ode à Walt Whitman - Chant funèbre par Federico Garcia Lorca

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