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A bas le mariage civil ! par Thijs Kleinpaste et Jorrit Nuijens

Publié le par Jean-Yves

A Amsterdam, deux politiciens locaux appellent à la privatisation de l'institution. Selon eux, l'État ne devrait pas se mêler de la sphère privée, ni favoriser fiscalement les gens mariés.

 

Voilà onze ans qu'existe pour les couples du même sexe la possibilité de se marier : c'est ce que l'on appelle communément le mariage homosexuel, ou mariage gay.

 

A BAS MARIAGE CIVIL COURRIER INTERNATIONALCela étant […] personne […] ne semble encore se soucier des inégalités fondamentales qui persistent entre les personnes en couple et les célibataires.

 

D'ailleurs, pourquoi les autorités se mêlent-elles du mariage ? En droit fiscal comme sur le plan du la protection sociale, les autorités établissent une distinction entre, d'une part, les couples mariés […] et, d'autre part, les célibataires ou les couples qui ne jugent pas nécessaire d'officialiser les choses. Ces inégalités sont lourdes de conséquences. […]

 

Le mariage doit redevenir ce qu'il a été : un lien chargé du sens et de symbolisme entre des personnes qui s'aiment. Celles-ci n'ont à rendre de comptes concernant cet amour qu'à leur conjoint […].

 

Onze ans après l'introduction du mariage homosexuel, il est temps de liquider le mariage civil dans son ensemble. Les autorités adopteraient ainsi un rôle neutre, sur les plans juridique, fiscal et moral, vis-à-vis du type d'union (ou de l'absence d'union) que choisissent les gens.

 

Les avantages fiscaux seraient supprimés, le fonctionnaire de l'état civil serait définitivement délivré de son dilemme moral et le mariage deviendrait une option que les gens choisiraient ou non. […]

 

Il sied à un Etat moderne en 2012 de ne plus prendre part à la confirmation symbolique de l'amour que se témoignent les gens. Le régime fiscal n'en sera que meilleur et plus juste.

 

Une politique neutre vis-à-vis de l'état civil est plus équitable vis-à-vis des célibataires et des personnes qui n'optent pas pour le mariage classique parce qu'ils trouvent plus agréable de vivre ensemble autrement.

 

Thijs Kleinpaste et Jorrit Nuijens

(extrait de l'article)

 

Thijs Kleinpaste est conseiller municipal pour le parti D66 de centre gauche et Jorrit Nuijens représente le parti écologiste de gauche GroenLinks dans la circonscription Amsterdam-Centre.

 

Courrier International n°1155/1156, 20 décembre 2012, pp. 18-19

(Numéro double : « Mariage non merci ! »)

 


Sur le même sujet : Accorder les différents contrats d'unions entre les êtres à nos désirs

 

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Conjurer la mort par Albrecht Bouts

Publié le par Jean-Yves

Le Christ peine à maintenir les yeux grands ouverts. Avec la couronne d'épines et le manteau rouge dont l'affublèrent les soldats, il figure un roi de dérision. Le sang coule sur son front et les larmes sur ses joues.

 

La main gauche, dressée et démonstrative, présente une large plaie, tandis que la droite bénit : ce n’est donc pas un seul portrait de souffrance qu'a réalisé le peintre mais aussi celui d'une gloire.

 

Bouche entrouverte, le Christ regarde celui qui est venu prier devant ce tableau de dévotion. Dernier regard sur le monde terrestre. Comment ne pas lire dans la tristesse de son visage, la manifestation d'un adieu ?




 

Albrecht Bouts (1473/1549) – Christ de douleur – vers 1500

Huile sur bois, 35cm x 23cm, Musée des Beaux Arts de Lyon

 

Cette tristesse rappelle aussi les tortures que les hommes lui ont infligées. Et, puisque Christ s'est fait homme, ce tableau nous supplie de ne pas infliger des actes similaires à nos semblables.

 

Un tableau pour conjurer la violence des hommes.

 

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Opus Pistorum, Henry Miller

Publié le par Jean-Yves

1941. Sans le sou. Interdit aux USA. Miller accepte de raconter, pour un dollar la page, ses aventures érotiques parisiennes. Tapé en quatre exemplaires, l'Opus Pistorum («œuvre de Miller», le latin pistor, meunier, traduisant l'anglais Miller) circule sous le manteau à Hollywood.

 

Une odyssée érotique dans le plus pur style de Miller : avant tout, une interminable orgie hétérosexuelle dont Jean Jeudi est le héros le plus actif. Un héros épique digne des exploits de Roland :

 

« Je vais t'offrir une séance de cul trop vaste pour ton corps, une bite trop grosse pour ta vie et ton expérience. Elle va te pénétrer, te remplir et t'inonder, se répandre jusque dans tes enfants, et les arrière-petits-enfants de tes enfants. Dans dix générations, tes descendants s'éveilleront en sursaut de leur sommeil, la proie d'un rêve qui vivra éternellement dans les cellules et les fibres qui croissent sur le velours de tes reins. »

 

Dans ces longues parties de recto, on n'est que plus sensible à l'hommage que rend le narrateur au confrère du verso :

 

« Ce sacré truc remue. Il est vivant, il se contracte et paraît respirer. Croyez-moi, les trous du cul constituent un sujet absolument fascinant. Vous ne découvrirez peut-être pas le secret de l'univers par cette voie-là, mais c'est foutrement plus passionnant que l'observation de votre propre nombril. »

 

Comment rester de glace ? Certains héros de cet Opus Pistorum ne résisteront pas à l'attrait des fesses... de tout sexe.

 

Les aventures homosexuelles sont rares – trop rares surtout pour ne pas être significatives. Quelques lesbiennes, une messe noire où le chanoine à qui mieux-mieux encule ses enfants de chœur, un charmant éphèbe bisexuel.

 

Pourquoi le narrateur, qui pour une fois n'est pas Miller, mais Alf prend-il la peine de se faire sucer par Peter la veille de son départ pour Paris ? Pourquoi surtout l'Américain qui, pressé par la jolie Toots, préfère « enfiler sa queue dans le cul de l'éphèbe » s'appelle-t-il précisément Henry ?

 

Alors, Henry Miller, l'hypersexualisé, le tombeur de ces dames, que pense-t-il de l'homosexualité ? Réponse détournée :

 

« En homme pratique, Henry est arrivé à cette conclusion que la compagnie de Toots est une sorte d'assurance gratuite contre les désagréments que pourraient lui causer son attirance pour des gens comme Peter. »

 

Désagréments pour Henry... Et pour Miller ?

 

■ Editions La Musardine/Lectures Amoureuses, 1997, ISBN : 2842710088

 

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Le secret d'Antonio, Hélène Paraire

Publié le par Jean-Yves

Après une enfance difficile, Antonio, bientôt 13 ans, et Pascual, 15 ans, semblent aborder la suite de leur vie dans de meilleures conditions. Les deux jeunes orphelins, mexicains d'origine, viennent d'être adoptés par une famille québécoise. Le premier, Antonio, se prostituait alors que le second faisait partie d'un gang de rue.

 

Mais suffit-il, pour échapper à un enfer, de trouver des parents adoptifs ? Si leur nouvelle famille est empreinte de bonne volonté, la vie passée des deux garçons peut s'arranger mal avec des adultes parfois rigides. Antonio sera celui pour qui l'adaptation sera la plus rude. Quel est donc le secret qu'il cache et qui rend son intégration si difficile ?

 

Si ce petit roman est plaisant, il se distingue surtout par un scénario insipide, un suspense mollasson : l'auteure, à travers l'histoire racontée, manque de nombreuses thématiques qui auraient donné une vraie vie à ce récit.

 

De nombreux manques ou incohérences aboutissent à rendre cette histoire non crédible :

 

— Comment comprendre que Pascual, ancien chef de gang dans son pays d'origine, devienne, dès son arrivée au Québec, un élève modèle, volontaire dans toutes les tâches que son nouveau monde lui propose ?

 

« Les vacances de Noël débuteraient dans quelques semaines. Pascual aimait tant l'école que les deux semaines de congé étaient presque une punition pour lui ! Rosie lui avait dit que rien ne l'empêchait d'étudier et de lire à la maison, s'il y tenait tant. » (p. 74)

 

— Comment se fait-il que les parents adoptifs ne s'interrogent pas sur les liens qui pourraient exister entre l'ancienne vie de prostitué d'Antonio et ses difficultés présentes ? Il est impossible de croire que le couple n'a pas réfléchi avant l'adoption aux vies antérieures possibles de leurs deux protégés.

 

— Comment entendre les hésitations d'un Antonio, qui a connu les bas-fonds de la prostitution, face à un Alex dont il est amoureux ?

 

« Son cœur était dévasté par un ouragan et ses pensées s'éparpillaient dans une tempête de contradictions. Il avait tenté de mentir à Alex et avait lamentablement échoué, Alex avait deviné. Deviné ce sentiment particulier qui les unissait secrètement. Ils étaient pareils, ça devenait évident. Antonio ne pouvait plus se le nier, il aimait Alex. Mais... mais alors est-ce que ça veut dire que je suis... gai ? pensa le garçon, désemparé. Cette idée le mit mal à l'aise. Lui fit mal, même. S'il fallait que ça se sache à l'école, on se moquerait de lui, on le traiterait de tous les noms, de tous ces mots qui, par leur cruauté, marquaient cruellement une différence... » (pp. 104-105)

 

— Il aurait été intéressant que ce roman propose une réflexion sur la prostitution au carrefour d'un sentiment de terreur et de fascination.

 

— L'homophobie d'Ivan (un autre élève de la classe d'Antonio) est traitée pauvrement. Elle ne révèle même pas la réaction d'Antonio frappé par un destin absurde et injuste : pourquoi moi ?

 

« – Oh, mais que vois-je là ? T'as dessiné ton amoureux ? fit une voix derrière eux. […]

Ivan, le colosse, se tenait devant eux, un sourire mauvais aux lèvres.

– Pauvre con ! riposta Antonio en se ruant sur lui, rouge de fureur. […]

– Je le savais, je vous ai vus l'autre jour, au parc ! T'aimes ça tâter des cuisses, Alex ? Ahahah ! » (pp. 120-121)

 

— Où sont l'indignation, la révolte, le désir de vengeance, etc., que pourrait vivre Antonio ? Au lieu de cela, le jeune garçon fait un faible exposé sur la tolérance où il n'arrive pas même à dire les mots essentiels.

 

« Grâce à lui, j'ai compris que je ne devais pas porter attention aux gens méchants. J'ai compris que des différences, il y en avait partout et qu'il y en aurait tout le temps, peu importe qui on est et d'où on vient. Alors, maintenant, c'est moi qui vous donne un conseil : si un jour vous avez peur, battez-vous ! Mais pas comme je l'ai fait, pas avec vos poings ! Battez-vous avec la fierté d'être ce que vous êtes. Combattez votre peur et vous serez bien. » (p. 185)

 

nullLe lecteur en vient à souhaiter que les réactions vivantes et pertinentes de Pascual, face aux questionnements des parents adoptifs, allègent magiquement les problèmes de son « frère » :

 

« Vous comprenez rien, rien du tout... Vous êtes là, à me faire la morale, alors que c'est Antonio que vous devriez écouter. Vous êtes dans la bonne écurie, mais vous soignez pas le bon cheval... » (p. 162)

 

Alors qu'Antonio pourrait commencer à donner le meilleur de lui-même, ce roman suggère que la vie continue de lui faire endosser un crime qu'il n'a pas commis : celui d'être gay. Une fin décevante où le jeune garçon n'arrive pas même à déclarer son homosexualité.

 

■ Éditions Guérin (Montréal), 186 pages, avril 2012, ISBN : 9782760173224

 


Lire aussi la chronique de Lionel Labosse

 

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Nativité, Maurice Denis

Publié le par Jean-Yves

Une famille est installée au rez-de-chaussée d'une maison. La femme vient d'accoucher. Elle est encore allongée sur un lit de paille près de son fils. Un âne et un bœuf veille derrière eux.

 

Il s'agit d'une nativité malgré des éléments qui indiquent plus la banlieue d'une ville occidentale – aujourd'hui – que le village de Bethléem d'il y a 2000 ans : murs de briques, plaid qui couvre Marie, vêtements des habitants à la fenêtre…

 

Certes la lumière qui éclaire l'enfant et sa mère – dans l'évocation d'un nimbe classique – ne peut venir seulement de la lanterne. Le peintre n'a pas oublié les références aux Écritures : l'étoile, les moutons dans une position de quasi prière et les humbles bergers sont là.

 

Pourtant cette naissance évoque celle de n'importe quel enfant pauvre dans le monde d'aujourd'hui (de l'aujourd'hui du peintre, pour être plus exact).

 

Maurice Denis n'a pas oublié les références picturales de la Renaissance : le rouge autour de l'oreiller rappelle la future Passion du Christ ; le mur en ruine (à droite) remémore la fin du monde ancien.

 

 

Maurice Denis – Nativité – 1894

Huile sur toile, 95cm x 89cm, Musée des Augustins, Toulouse

 

En arrière plan, la ville encore endormie n'a pas encore connaissance de la rédemption qui vient.

 

Maurice Denis a réussi à peindre une insaisissable présence de l'Esprit.

 

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