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Un pour marquer la cadence, James Crumley

Publié le par Jean-Yves

De jeunes soldats embarqués dans la guerre du Vietnam : c'est la trame de cette cruelle histoire de violence. Des hommes ont été arrachés à leur adolescence pour le grand jeu de la virilité, loin de leur pays et des femmes... respectables.

 

Un pour marquer la cadence est beaucoup plus qu'un roman d'aventures bien mené mais le constat ému d'une expérience tellement grave qu'elle restera muette quand les garçons seront rendus à la vie civile.

 

Dans le décor d'un pays soumis, le récit devient l'histoire d'un groupe de mecs livrés aux maléfices et aux joies perverses d'un vertige collectif. Slag Krummel arrive à la base près d'Angeles aux Philippines, à la fin de l'été 1962. On lui confie un groupe de dix hommes, dont Joe Morning, un dur-à-cuir, beau, étrange et imprévisible, un tout jeune appelé aux idées gauchistes.

 

Rien ne différencierait Un pour marquer la cadence de la masse des romans de guerre s'il n'était que le récit d'une grande amitié. Mais c'est la légende d'un amour fou qui est ici racontée. Amour impossible entre deux hétérosexuels qui couchent avec des femmes mais ne sont heureux qu'entre eux.

 

Avec ce roman magnifiquement écrit, le lecteur entre dans le vif d'un sujet : l'amour inassouvi entre deux hommes qui oublient dans leur aventure une évidence douloureuse. Ils n'aiment pas réellement les femmes mais cherchent à travers elles l'image de leur virilité qu'ils exhibent ainsi à l'autre mâle.

 

Ce drame ne peut être expulsé par le simple fait de dire : tous les hétéros sont homos ou les hétéros ne veulent pas admettre leur part homosexuelle. C'est un dilemme sans issue que l'armée récupère. Les hommes font la guerre, escaladent des montagnes, se cognent sur des rings, se bousculent sur des stades, s'excitent au spectacle de femmes nues pour le seul regard des autres hommes qu'ils crèvent de vouloir séduire.

 


Le récit est en parfait équilibre entre les scènes de beuverie et de tendresse qui unissent les hommes dans leur intimité physique. Ils boivent ensemble jusqu'à perdre la raison, ils baisent avec des femmes transparentes, parfois s'effondrent sur des femmes massives et maternelles, mais toujours ressoudent le noyau initial des inséparables, corps à dix têtes qui hante les bordels, inlassablement, jusqu'à l'extrême bout de la nuit.

 

C'est la douceur des hommes entre eux. Ils se ramassent ivres morts, couchent et bordent le copain, interposent entre leur désir homosexuel et le corps du camarade une énorme épaisseur d'alcool, d'âpreté physique et verbale.



Ce roman dit l'errance du mâle inutile. Pas de réquisitoire contre ou pour la guerre, pas de brutale prise de position sur la valeur politique de l'engagement militaire, mais le grand désenchantement du soldat qui a peur de la vie adulte, qui signe un pacte avec le danger parce qu'il n'a plus droit à son enfance.

 

Ces hommes ne savent pas s'aimer et ne se l'avouent que face à la mort…

 

■ Editions Gallimard/Folio, 1997, ISBN : 2070401758

 

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Admiration du rite de la confession de l'Eglise catholique par Neil Bissoondath

Publié le par Jean-Yves Alt

Si je comprends bien, il s'agit de révéler ses péchés les plus secrets à une personne qui vous donnera l'absolution, mais qui ne peut rien contre vous. En pratique, c'est comme si vous n'aviez rien dit. Et pourtant, vous avez éprouvé le frisson de l'aveu. C'est là le grand avantage du secret : avoir le plaisir de raconter une histoire divertissante à un inconnu qui ne peut pas vous nuire. Chacun en profite à sa façon. Après tout, maintenant que je vous ai dévoilé mes secrets, les vôtres ne vous semblent-ils pas moins lourds à porter ?

Neil Bissoondath

in Cartes postales de l'enfer, éditions Phébus, 2009, ISBN : 9782752903761, p. 217


Dans ce roman, l'auteur se penche sur l'écheveau des masques ou des mensonges qui tissent la vie de son héros. Alec a fait croire à ses parents qu'il était peintre en bâtiment, alors qu'il est devenu décorateur, et à ses clients qu'il était homo, alors qu'il se paie des call-girls en catimini. Même chose pour la femme qu'il aime, Sumintra, qui, d'un côté, joue la fille respectueuse de parents émigrés, fidèles à leurs coutumes indiennes, et de l'autre, sous le surnom de Sue, apprend à s'émanciper. (Le Nouvel Observateur, Frédéric Vitoux, 30 août 2009, extrait)

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Autoportrait, Jean-Claude Dunyach

Publié le par Jean-Yves

L'auteur, Jean-Claude Dunyach ouvre son ouvrage, composé de neuf récits, sur une phrase choc : « Le jour où Dorian fit don de son pénis au musée de la ville, j'étais seul à l'accompagner. »

 

Le choix du prénom du héros et l'identification du narrateur à l'écrivain ne sont évidemment, dans ce contexte, pas neutres. La nouvelle « Autoportrait », loin de se limiter aux relations homosexuelles sans ambiguïté des deux personnages,Nous parlâmes cette nuit-là pendant des heures. Je reçus de lui plus que je n'aurais jamais osé demander. »), décrit le lent cheminement de Dorian vers le renoncement absolu : le passage de l'humain à la statue. Autrement dit du provisoire au définitif.

 

Cette nouvelle aborde avec intelligence et sensibilité l'angoisse de l'homme face à l'entropie : « Le reste de sa vie ne fut, dès lors, qu'une lutte impitoyable contre la dégradation. » : réflexion sur le temps qui passe et détruit l'image de l'être aimé, peur de voir la chair succomber aux atteintes des années… Pour aboutir à cette chute brillante et inattendue : « De l'autre côté, à l'abri des horloges, les yeux gris de Dorian me regardaient vieillir. »

 

Une autre nouvelle de ce recueil aborde une thématique homosexuelle. « Je joue de la harpe des morts » est l'occasion d'une variation doublement perverse : le thème du double (une ombre qui ressent les impressions de l'original et peut les lui transmettre) se conjugue à celui de la rivalité amoureuse (Volk, voyant ses avances rejetées, trouve un moyen diabolique de punir l'objet de son désir).

 

Une grande littérature de science-fiction...

 

■ Éditions Denoël, Présence du futur, 1986, ISBN : 2207304159

 

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Georges Simenon et la luxure

Publié le par Jean-Yves Alt

Georges Simenon, quand il s'expliquait, ne cachait pas combien il séparait la sexualité de l'amour.

Il avait même commis un «Éloge de la luxure» (texte lu en 1956 à la radio française) :

« J'y disais que la luxure, la sexualité pure, était pour l'homme le moyen de se retremper dans le monde originel [...]. Dans la société compliquée où nous ne sommes que des pions, soulagement d'être nu, de faire certains gestes, sans complication, sans explication, sans sentimentalité. »

Simenon ajoutait :

« J'ai besoin, pour ne pas me sentir prisonnier de la société, de caresser une cuisse au passage, de faire l'amour sans déclaration, de traiter le sexe, d'un instant à l'autre, dans mon bureau, comme on le traite dans la forêt équatoriale ou à Tahiti. J'en parle en connaissance de cause. »

Si Maigret est un grand pudique, Simenon ne voulait pas l'être devant sa vérité. Le sexe, disait-il, est pour lui « l'équilibre rétabli. Les fausses valeurs qui diminuent. Les vraies qui montent ».

in « Quand j'étais vieux », Georges Simenon, éditions Presses de la Cité, 1972

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Baccio Bandinelli, une perfection trop absolue…

Publié le par Jean-Yves Alt

Un jeune homme nu se déhanche en agitant un long ruban auréolant son corps.

La tête et le ruban sont rapidement esquissés pour mettre en valeur les reliefs du corps, auquel le choix de la sanguine donne une couleur chair.

Comme le dessin est assez grand, les yeux de l'observateur peuvent admirer la perfection du dessin.

Le florentin Baccio Bandinelli, qui a grandi à l'ombre de Michel-Ange, a prisé comme le Maître, la pose narcissique et la sensualité déhanchée de son modèle.

Nu vu de dos agitant un ruban – Baccio Bandinelli – vers 1525

Dessin à la sanguine sur papier, hauteur 40cm environ, musée du Louvre, Paris

Bandinelli s'est appliqué à rendre les infimes reliefs des muscles, en utilisant un fin hachurage et une ligne bien marquée pour les contours de la silhouette. La technique est maîtrisée : les hachures, diversement orientées, ne se croisent jamais, évitant ainsi le style marqué du croisillon.

Le dessin a sans doute été réalisé devant le modèle : le volume est réalisé d'une manière tellement parfaite qu'il en est presque scolaire. Il manque le génie de Michel-Ange, qui en travaillant de mémoire, composait d'impossibles torsions des membres ou du corps, conférant à ses anatomies – certes fausses – une harmonie si vivante.

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