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Le trentième amour de Marina, Vladimir Sorokine

Publié le par Jean-Yves Alt

Ce roman conte l'histoire d'une jeune lesbienne moscovite qui collectionne les maîtresses.

Déflorée à dix ans par son père, la belle Marina, précoce et sensuelle, constate bien vite qu'elle est incapable de jouir avec un homme. C'est seulement avec Macha, une « vieille » de vingt-trois ans, qu'elle connaît son premier orgasme. Elle a alors seize ans et se révèle définitivement lesbienne.

Par la suite, les conquêtes féminines vont défiler. Il y aura Svéta la juive, « qui sentait fort des aisselles et du sexe » ; Irina, qui aimait tant qu'on lui caresse le sexe et écartait les jambes jusqu'au grand écart ; Vika, qui demandait à Marina de lui mettre le pilon... ainsi de suite jusqu'à Sacha, le vingt-neuvième amour de Marina.

A trente-ans, épicurienne en diable (elle aime faire l'amour et manger du caviar), et socialement marginale : elle enseigne le piano, fréquente les dissidents et les étrangers. Marina est malgré tout insatisfaite. Au plus profond d'une crise métaphysique, tel Claudel derrière un pilier de Notre-Dame, elle a sa « révélation ». Elle rencontre, en effet, Sergueï qui deviendra son trentième et ultime amour.

Ce cadre pur et dur du Parti va, tout à la fois, la faire magistralement jouir et lui communiquer ses certitudes communistes. Marina a enfin un but. Se convertissant en travailleuse stakhanoviste, elle abandonne le piano pour l'usine et devient une parfaite jeune fille soviétique.

Telle est la fable que conte, avec humour et désenchantement, Vladimir Sorokine.

■ Le trentième amour de Marina, Vladimir Sorokine, traduit du russe par Catherine Terrier. Editions Lieu Commun, 1987, ISBN : 2867050901

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La Matriarche, Christian Harrel-Courtès

Publié le par Jean-Yves Alt

Sur fond de guerre d'Espagne et de Front populaire, une famille se déchire. Avec humour et émotion, Christian Harrel-Courtès trace le portrait ravageur de la haute bourgeoisie.

Les Laurent-Savary appartiennent à cette bourgeoisie huppée qui danse sur un volcan à l'aube de la Seconde Guerre mondiale. Jacques, soixante ans, est président d'une banque privée et Isabelle, son épouse de dix ans sa cadette, se consacre à la vie mondaine et aux bonnes œuvres, ainsi qu'il sied à l'époque aux femmes de ce milieu. Ils ont trois enfants : Bernard, diplomate en poste au Chili, Patrice, décorateur à la mode que son homosexualité a éloigné du giron familial et Liliane, mère de famille mariée à un aristocrate versé dans les affaires.

Tout ce « grand » monde mène une existence luxueuse, sans autre souci que le soin d'entretenir son rang et ses relations. .

Mais la façade se lézarde peu à peu. Non contents de devoir supporter – certes de loin – les mœurs, à leurs yeux dépravées, de Patrice qui mène une vie de bohème en compagnie de son petit ami Sergio, le couple Laurent-Savary doit faire face aux incartades de leur fille qui a pris un amant. Le spectre du divorce n'est pas loin et cette perspective hante la vie d'Isabelle, dont les principes religieux et mondains, inextricablement mêlés, ne sauraient s'accommoder d'un tel manque aux convenances. La pauvre femme passe de l'irritation au désespoir quand la crise familiale s'enfle : son mari la quitte et se réconcilie avec le fils prodigue, sa fille n'en fait qu'à sa tête et, comble de l'horreur, elle devient la risée de ses relations.

« [La] sévérité [d'Isabelle] à l'égard des mœurs lui était reprochée comme une austérité exagérée, son maintien irréprochable était considéré comme une arrogance outrée, son sens de la famille était tourné en dérision, elle était une mère possessive, abusive, elle n'avait pas su trouver le chemin du cœur de Patrice, son mari s'était lassé de ses exigences et de ses interdits, elle avait rebuté Liliane par ses sermons. »

« Liliane était tout à la fois conventionnelle et contestataire, sincère et fabulatrice, elle aspirait à la liberté mais elle redoutait le scandale, elle se croyait courageuse alors qu'en fait elle se comportait de manière pusillanime, elle se drapait dans un rôle racinien alors qu'elle jouait les héroïnes du théâtre de boulevard ! »

Christian Harrel-Courtès a su recréer un milieu stéréotypé, enfermé dans des conventions et une rigidité morale aujourd'hui désuètes. Au travers du portrait d'Isabelle, étonnante « Mater Dolorosa », il évoque à la perfection « la bataille de la bourgeoisie triomphante contre les forces de libération à tous crins ». Son roman, qui échappe au vaudeville et à la caricature, déploie toutes ses qualités dans la distance, procédé qui produit une ironie mordante.

Un tableau sans complaisance d'un monde qui s'effondre, roman cruel et tendre, vibrant d'humour et d'émotion.

■ La Matriarche, Christian Harrel-Courtès, Editions Jean-Cyrille Godefroy, 1985, ISBN : 2865530507


Du même auteur : L'arche du paradis

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Aimer par Robert Menasse

Publié le par Jean-Yves Alt

« Aimer ce qui est aimable n'est pas de l'amour, c'est un hommage. Mais quand quelqu'un qui a l'habitude de refermer le tube de dentifrice est capable de jeter un regard sentimental sur un tube laissé ouvert et en plus utilisé, en pressant le haut, c'est qu'il aime vraiment la personne qui est dans son lit avec les dents lavées. Cela montre d'ailleurs aussi que l'amour n'a rien à voir avec le sexe, avec le plaisir charnel – qui se lave encore les dents quand c'est la tempête ? »

Robert Menasse

in Don Juan de la Manche ou L'éducation au désir, Traduit de l'allemand (Autriche) par Barbara Fontaine, éditions Verdier, 2011, ISBN : 978-2864326564

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Scandale à Berlin : l'ami de Guillaume II accusé d'homosexualité (article de Bernard Boringe)

Publié le par Jean-Yves Alt

Est-ce sa rupture avec un ami, le prince d'Eulenburg, « mon meilleur ami», accusé d'homosexualité, qui poussa Guillaume II vers un pangermanisme violent ? Au début du siècle, l'Allemagne apparaissait à l'apogée de sa puissance et connaissait une véritable flambée nationaliste. L'empereur Guillaume II qui avait longtemps affiché des sentiments pacifistes fut conquis par les théories pangermanistes. Cette transformation semble coïncider avec un scandale de mœurs qui jeta l'opprobre sur un de ses amis soupçonné de mœurs contre nature.

Un sexagénaire aux traits tirés, à la barbe grise, est étendu tout habillé sur un lit d'hôpital. Son cœur est fatigué, ses jambes enflées. En ce milieu de juillet 1908, la canicule écrase Berlin et l'atmosphère lui semble presque irrespirable. Assis non loin de lui, un magistrat le presse de questions. Un huissier introduit des témoins, les dépositions se succèdent.

Un procès se déroule, en effet, à l'hôpital de la Charité. Quelques jours plus tôt, l'inculpé a été transporté sur une civière devant le tribunal, mais son état s'étant aggravé, les médecins ont exigé qu'il soit ramené dans sa chambre. La justice, cependant a suivi son cours.

Entre deux interrogatoires, le malheureux ferme les yeux. Qui reconnaîtrait en ce vieil homme brisé le brillant prince d'Eulenburg, l'ami personnel du Kaiser, le représentant d'une illustre famille allemande ? Théoriquement, il est accusé de parjure et de faux témoignage, mais nul n'ignore qu'on lui reproche surtout des mœurs anormales. En ce début du XXe siècle, l'homosexualité, répandue dans l'armée et l'aristocratie, provoque l'indignation des vertueux Allemands. Dans les hautes sphères, délations et scandales se multiplient, éclaboussant souvent des innocents. Une sorte de chasse aux sorcières est ouverte.

Philipp-Frédéric Charles Alexandre Botho d'Eulenburg

Toujours naturel, jamais vulgaire. C'est « l'ami du roi »

Né en 1847, le comte Philip d'Eulenburg, que ses amis appelaient affectueusement « Phili », descendait par son père de toute une lignée d'officiers. Il tenait de sa mère, issue elle aussi d'une vieille famille, des goûts artistiques et littéraires. Avec ses livres rares et ses tableaux de prix, son château de Liebenberg, dans le Brandebourg, témoignait des goûts de la famille.

Entré dans l'armée pour satisfaire son père, « Phili » avait vite abandonné l'uniforme pour la diplomatie. En fait, il aimait surtout la musique et la poésie. Les ballades qu'il composait et chantait lui-même remportaient tous les suffrages. Elles lui vaudront le surnom, quelque peu péjoratif, de « comte troubadour ». Ses contes pour enfants, ses nouvelles lui apportaient également de grands succès.

De naturel affable, il connaissait l'art de plaire. A vingt-huit ans, il avait épousé une charmante Suédoise, Augusta de Sandels, qui lui avait donné huit enfants (deux moururent en bas âge). « J'ai rarement vu un aussi joli intérieur que chez Phili, sa femme l'adorait », écrira le chancelier Bülow.

Mais surtout, Eulenburg avait séduit l'empereur Guillaume II. Celui-ci n'était encore que prince héritier lorsqu'il rencontra Philip au cours d'une partie de chasse. Le soir, le comte d'Eulenburg se mit au piano et chanta une de ses romances. Guillaume, enthousiasmé, resta debout à ses côtés, tournant les pages de la partition et chantant à son tour.

Les deux hommes se revirent. Guillaume aimait recevoir chez lui le charmant poète, l'esthète raffiné. Il le présentait ainsi à son entourage :

— Philip d'Eulenburg, mon ami intime, mon meilleur ami.

De son côté, Eulenburg a raconté ses premiers entretiens avec le futur Kaiser : « Il aimait m'accueillir avec des citations de mes vers, lorsque nous nous rencontrions dans la forêt en ces matins de chasse... J'ai connu bien des auditeurs plongés dans l'enchantement, mais je n'ai presque jamais inspiré autant de ravissement qu'au prince Guillaume ! ».

Le ravissement continua lorsqu'en 1888, Guillaume ceignit la couronne impériale, « Lorsque Eulenburg arrivait dans notre foyer à Potsdam, c'était toujours un rayon de soleil dans la vie quotidienne », affirmera plus tard le Kaiser. Profondément cultivé, mais dénué de toute pédanterie, Phili amusait l'assistance par des anecdotes plaisantes. Il maniait l'ironie avec finesse, sans jamais blesser personne. On le savait d'une sensibilité frémissante ; le côté impressionnable de sa nature pouvait s'expliquer par une santé médiocre.

Guillaume II conviait régulièrement son ami aux croisières qu'il effectuait à la belle saison sur les côtes norvégiennes. Pour Philip, c'était là une corvée qu'il n'osait refuser. Il redoutait les lourdes plaisanteries, les fautes de goût des hauts personnages retrouvés à bord du yacht impérial. Mais le Kaiser ne pouvait se passer de sa présence.

Philip joua-t-il un rôle, peu après l'avènement de Guillaume II, dans le renvoi brutal de Bismarck ? Le vieux chancelier le crut ; son fils Herbert rompit alors avec Eulenburg – pourtant un ami de jeunesse – et lui garda une tenace rancune. Philip se rendait bien compte des ressentiments du chancelier disgracié. Il dit un jour à sa femme : « Personne ne savait haïr comme Bismarck. » Autour du vieil homme d'État, tout un clan partageait ses haines.

Le Kaiser, cependant, continuait à multiplier à son ami les témoignages d'estime. A plusieurs reprises, il lui offrit des portefeuilles de ministre, sagement refusés. Il le nomma prince, le décora de l'ordre de l'Aigle noir. En 1893, il lui donna à choisir entre trois ambassades : Londres, Vienne et Paris. Eulenburg préféra Vienne, plus proche de Berlin et où les problèmes diplomatiques semblaient moins difficiles à résoudre.

Bien que comblé, Philip jugeait avec clairvoyance les défauts du « pauvre et cher empereur ». Il connaissait sa versatilité, son incommensurable vanité, son goût immodéré, pour les manifestations grandioses et les proclamations ampoulées. « Il, (le Kaiser) aime la gloire, il est ambitieux et jaloux. Pour lui faire adopter une idée, il faut que cette idée ait l'air de venir de lui », expliquait l'ambassadeur à un proche.

On reprochera beaucoup à Eulenburg d'avoir trop flatté l'Empereur. Le vieux Bismarck, évidemment partial, s'offusquait déjà des « yeux adorateurs » avec lesquels le favori regardait son maître. Philip n'était évidemment pas homme à risquer son crédit pour tenter d'imposer une opinion. Cependant, il lui arrivait de dire quelques vérités au Kaiser. Il connaissait l'art d'envelopper ses critiques de considérations flatteuses. Guillaume remerciait son ami de sa sincérité : « Si tu ne me parlais à cœur ouvert, qui donc le ferait ?

En 1902, la santé chancelante de Philip l'obligea à abandonner son poste à Vienne. Il souffrait de bronchite, de rhumatismes articulaires, mais surtout ses tendances à la neurasthénie augmentaient. Guillaume II lui garda son amitié. Il continua à l'inviter sur son yacht et s'invita lui-même aux chasses de Liebenberg.

A cette époque, les complications internationales amenèrent de grands remous en Allemagne. En 1904, Berlin vit d'un très mauvais œil le rapprochement franco-anglais. Bien que petit-fils de la reine Victoria, Guillaume détestait le roi Edouard VII, son oncle. L'Entente cordiale ne pouvait lui plaire.

Les visées de la France sur le Maroc exaspéraient d'autre part les bellicistes allemands, à la tête desquels se trouvait le chef d'état-major Schlieffen et surtout le baron de Holstein, directeur politique des Affaires étrangères, en fait chef occulte du ministère depuis 1890. Ce personnage puissant et ténébreux nourrissait des sentiments passionnément gallophobes.

Pour couper court aux ambitions françaises, le gouvernement allemand – en particulier le chancelier Bernard de Bülow – poussa Guillaume II, qui n'y tenait guère, à se rendre à Tanger pour une spectaculaire démonstration de force. L'attitude menaçante de l'Allemagne dans l'affaire marocaine amena à Paris la démission forcée de notre ministre Delcassé, mais à la conférence internationale d'Algésiras, la France, soutenue par l'Angleterre, résista aux pressions allemandes.

Cette conférence fut jugée outre-Rhin comme un échec : l'acte final avait en effet reconnu « les intérêts spéciaux de la France au Maroc », et l'alliance franco-anglaise s'était resserrée.

Les Allemands bellicistes accusèrent alors Eulenburg d'avoir usé de son influence sur le Kaiser pour le pousser dans la voie de la conciliation. Eulenburg n'était pas particulièrement francophile, mais l'idée d'une guerre en Europe lui faisait horreur. Il essayait de réagir contre ce qu'il appelait « le monstrueux atavisme prussien Hohenzollern ». Partisan des compromis, il se faisait traiter d'« aristocrate sans ressort ». On lui reprochait en outre son goût pour le mysticisme et l'insolite. Le bruit courait qu'il avait mis Guillaume en contact avec un médium.

Parmi les personnages les plus hostiles au châtelain de Liebenberg se trouvait le conseiller Holstein qui, pourtant, s'était longtemps targué d'amitié pour Philip.

Fourbe, soupçonneux, susceptible, l'Éminence grise de la Wilhelmstrasse était un homme dangereux. Bismarck l'appelait « le serpent » ; Hohenlohe le comparait à une araignée. Pour le chancelier Bülow, « c'était un vrai Prussien » ; l'idée que la situation de la Prusse pouvait être amoindrie l'agitait jusqu'au plus profond de son être ». L'affaire marocaine ulcéra son chauvinisme exalté. Il trouva en Eulenburg un bouc émissaire.

Lire l'article complet de Bernard Boringe paru dans la revue Historia n°407, octobre 1980

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Bad boy, Edmund Schiddel

Publié le par Jean-Yves

Surprenant roman que ce récit écrit par Edmund Schiddel en 1982 juste avant de mourir. Un récit au ton juste pour dire le désespoir américain au travers de l'histoire de Philip Hanway, condamné à vingt et un ans pour avoir assassiné père et mère (Camilla et Theron).

Un psychiatre le pousse à écrire l'histoire de sa vie. Page après page, dans un style désarmant d'innocence et de crudité, il dévoilera donc, du fond de sa cellule, les ressorts les plus secrets de son geste.

Bad boy est une longue histoire même si son héros ne raconte que son enfance et son adolescence.

« Si Camilla et Theron ne s'étaient pas rencontrés, peut-être qu'aujourd'hui ils vivraient. (J'éclate de rire.) Ça rime. J'étais poète sans le savoir. C'est peut-être ça le commencement. » (p. 13)

Philip naît dans une famille riche de New York. Élevé par des domestiques il cherche, à l'extérieur, des jouissances qui remplaceraient les carences affectives du milieu familial. Drogue, sexe et l'amitié d'un compagnon de drague, sont les exutoires qui éloignent Philip de ses parents.

Ambiguïté des rapports masculins

Philip se proclame hétérosexuel et les jours ne sont pas assez longs pour la baise avec les filles. Aucun sentiment dans ces aventures, souvent partagées à trois avec l'ami Renzo. Philip et Renzo entretiennent une forte intimité mais jamais partagée sexuellement.

Pourtant Renzo et Philip couchent avec des hommes... des tantes comme ils disent ; leur virilité n'est pas atteinte. Ils le font pour l'argent, par jeu et par désir, quand les femmes sont rares. Le lieu est la tasse du coin ; les pédés y mènent grande vie. Les mecs qui côtoient ces parages sont traités comme tels : les homos reniflent l'hétéro, lui offrent le traitement de faveur par le truchement d'un trou dans la porte des chiottes où se pratique la fellation.

Il faut mettre en parallèle l'attirance réciproque des deux hommes avec celle de la prison vietnamienne où Philip se branle de concert avec son frère d'infortune (Steve) sans jamais le toucher :

« Je ne sais pas pourquoi, mais ces branlettes du matin prirent l'allure d'un événement, entre nous. On ne se touchait jamais. Je racontais toutes les planches – ce vieux Leonardo était bien utile et je rajoutais ce qui manquait – et ça lui redonnait de l'énergie. Nous n'allions jamais devenir un couple, comme les deux qu'on entendait, sans pouvoir les voir, en bas du couloir ; rien que des potes de branlette. Il me racontait ses rêves de faim et moi les miens. Ce lien qui existait entre nous, nous n'en parlions jamais. » (p. 272)

Philip éprouve une particulière tendresse pour son père, homosexuel notoire. Le père se tient à distance. Le fils reconnaît la séduction, la beauté de papa Theron. Ils se rencontreront, sans se voir, alors qu'ils se sont si peu compris dans le cadre familial :

« — Ta mère voulait à tout prix être là pour t'accueillir, mais elle s'est trouvée coincée à Heathrow. Du brouillard.

J'étais bien content qu'elle ait été coincée. Je ne sais pas pourquoi, mais ça m'a excité les glandes lacrymales ; j'avais les boules. Comme nous marchions vers la Ferrari, je remarquai tout de suite le vide qui se formait immédiatement autour de lui, les gens le laissaient passer, lui cédaient la place. Mais je ne me sentis vraiment de retour que lorsque je me suis effondré sur le siège. Le voyage avait été assez dur, mais à présent il régnait un calme presque magique dans la voiture, avec l'air conditionné et Theron qui m'allumait une cigarette. Un peu comme un mariage entre père et fils. Ça ne durerait pas, ce hiatus qui avait toujours existé entre nous allait se recreuser ; les engueulades, que dis-je, l'Engueulade. » (p. 293)

Ce roman n'est jamais grossier, ni facile : dur, monstrueux mais étrangement pur.

■ Bad boy, Edmund Schiddel, éditions Belfond, 1984, ISBN : 2714416233

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