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Orageux Soutine

Publié le par Jean-Yves Alt

« Femme en rouge », tel est le nom de ce tableau.

Toutes les formes la constituant semblent en déséquilibre. Les détails ne sont pas affinés ; les lignes sont imprécises.

On devine que le peintre a d'abord voulu jouer avec la couleur. Passion ? Fureur ?

Le regard grimaçant semble marqué d'aliénation. Les mains déformées – par trop de travail, par la maladie ? – évoquent-elles une vie passée difficile ?

Les touches de peinture ne rappellent pas les plis de la robe. Elles sont torturées.

Chaïm Soutine – La femme en rouge – 1923-24

Huile sur toile, 91,4cm x 63,5 cm, Collection E. M. Bakwin, New York

A quoi rêve cette vieille dame ? à sa jeunesse ?

On est bien loin de la simple élégance des femmes de Modigliani, ou la joie de vivre de celles de Renoir.

Tragique angoisse de Soutine : une peinture comme de l'orage.

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L'insolente liberté de Casanova par Félicien Marceau

Publié le par Jean-Yves Alt

En 1765, en Russie, Casanova rencontre le lieutenant Lunin, homosexuel notoire, « blond et joli comme une fille » :

« Intéressé à savoir si je pouvais me maintenir indifférent à sa beauté, il s'empara de moi et, croyant me trouver convaincu qu'il me plaisait, il se mit en devoir de faire son bonheur et le mien. Et cela serait arrivé si la Rivière (une aventurière qui se trouve là), fâchée qu'un garçon en sa présence osât empiéter sur ses droits, ne l'eût pris à travers, et ne l'eût forcé à différer son exploit à un temps plus convenable. Ce combat me fit rire ; mais n'y ayant pas été indifférent, je n'ai pas cru de devoir faire semblant de l'être. J'ai dit à la fille qu'elle n'avait aucun droit de se mêler de nos affaires, ce qui tint lieu à Lunin d'une déclaration de ma part en sa faveur. Lunin fit parade de ses richesses, et même de sa blanche poitrine, et défia la fille à en faire autant, ce qu'elle refusa nous appelant b... ; nous ripostâmes en l'appelant p..., et elle nous laissa. Nous nous donnâmes, le jeune Russe et moi, des marques de la plus tendre amitié, et nous nous la jurâmes éternelle. »

Cette aventure n'est pas exceptionnelle. Casanova, en Turquie, s'abandonne, après un refus de principe, à l'habile Ismail qui a su l'exciter par le spectacle de filles nues, mais inaccessibles. :

« J'ai dû aussi souffrir qu'il me fasse raison. J'aurais eu mauvaise grâce à m'y opposer, et d'ailleurs, je l'aurais payé d'ingratitude, ce dont je n'étais pas capable par caractère », conclut Casanova.

Détail intéressant, car il prouve que Casanova n'en était pas à son coup d'essai : quel hétérosexuel accepterait, en effet, de se laisser prendre « par gratitude » ?

Félicien Marceau signale encore une aventure croustillante : Casanova, profondément épris du castrat Bellino, ne parvient pas à se décider sur son sexe, ce qui vaut des phrases du type :

« Bellino, premier à rompre le silence, me demanda si je l'avais trouvée, bien amoureuse. »

Et de proposer au joli castrat... le mariage ! Rappelons qu'à cette époque, Casanova portait encore l'habit d'abbé... Quel joli couple !

in Une insolente liberté : Les aventures de Casanova, Félicien Marceau, Gallimard, 1983, ISBN : 2070700038

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Les plaisirs à Rome, Jean-Noël Robert

Publié le par Jean-Yves Alt

Que le lecteur ne s'égare pas : il ne s'agit nullement d'un livre léger et troublant, mais d'un travail scientifique mené par un spécialiste de la Rome antique. Ouvrage austère, mais grand public tout de même : les parties sont courtes et très structurées, la langue usuelle... ce qui permet à tout un chacun de mieux découvrir l'ancienne civilisation, où la nôtre plonge ses racines, sous un angle rarement abordé dans les classes secondaires ou en cours de latin.

Laissant aux esclaves les travaux ordinaires, les Romains oisifs créèrent un art de vivre qui leur donnait l'illusion du bonheur et le moyen de conjurer l'angoisse du néant et de la mort. L'on sent un a priori moraliste chez l'auteur, qui devient flagrant dans le passage sur l'homosexualité. L'auteur y consacre seulement quelques pages, alors même qu'il concède que ces mœurs étaient courantes. Le ton employé est très moral : « La pratique n'en fit qu'empirer... » « Ce genre de plaisir charnel... », « débauche... ».

Il eût peut-être été préférable d'étudier les plaisirs à Rome en tentant de se dégager d'une culture chrétienne, pour essayer de mieux comprendre la mentalité de cette époque reculée. Remarque justifiée à bien d'autres égards. S'il y avait sous la Rome impériale quelques penseurs qui fustigeaient le plaisir des sens, d'autres le glorifièrent.

■ Les plaisirs à Rome, Jean-Noël Robert, Editions Belles Lettres, 2005, ISBN : 2251338195

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Les noces de haine, Maurice Périsset

Publié le par Jean-Yves Alt

Caroline Maxence Labray est la veuve du fameux producteur de l'entre-deux guerres et la directrice du célèbre théâtre Visconti où elle règne sans partage. Mais la machinerie commence à grincer quand, de productrice, elle devient, à contre-cœur, l'actrice principale d'une intrigue qu'elle a de plus en plus de mal à contrôler.

Caroline Labray est remariée avec Stéphane Gardel, de quinze ans son cadet. Beau comme un dieu. Mais parce qu'il sait ce qui s'est passé, autrefois, dans la vie de sa femme, il peut lui faire beaucoup de mal, l'abattre peut-être. Il va ainsi se transformer en complice d'un lourd secret avec un jeune loup intéressé et une vieille amie/ennemie de son épouse.

Qui trompe qui et pourquoi ? Femme de tête et d'argent, Caroline Labray a oublié le cœur et les sentiments ; habituée à régner sans partage, elle a oublié la révolte. Alors, comme beaucoup de tyrans quand leur pouvoir chavire, elle essaie jusqu'à la fin d'entraîner les autres dans sa chute.

Mais l'amour qui est l'un des personnages de la distribution viendra fausser le scénario que cet esprit pervers avait envisagé. L'amour que sa propre folie ne lui avait pas permis d'entrevoir. L'amour fidélité à Ludovic Faussoy, écrivain médiocrement écarté ; l'amour passion qui lie Stéphane Gardel et Julien Mansard et sur lequel veille la vieille amie, Véronique Châtel, habituée des seconds rôles.

Et si Caroline était – elle aussi – une marionnette dans le jeu cruel dont elle est l'une des vedettes ?

Dans ce roman qui commence par un cauchemar et s'achève par un triomphe, Maurice Périsset entraîne ses lecteurs dans l'univers et les coulisses du théâtre là où l'illusion et le trompe-l’œil règnent en maîtres absolus. Il offre une étude de mœurs sur ces actrices qui, une fois leurs heures de gloire à la scène effacées, ne peuvent les oublier et cherchent par d'autres moyens, à reconquérir leur vieux pouvoir. Sans perdre de vue les seconds rôles qui gagnent très mal leur vie mais qui sont eux aussi sensibles aux mêmes drogues. De plus, il propose une belle histoire sur la fidélité, même d'outre-tombe.

Un polar, au final sans crime, où tout devient clair quand on apprend au dernier chapitre que deux héros s'aiment.

■ Les noces de haine, Maurice Périsset, éditions du Rocher, collection Quai des Orfèvres, 1984, ISBN : 2268003272


Du même auteur : Deux trous rouges au côté droit - Les collines nues - Les tambours du Vendredi Saint - Soleil d'enfer - Le ciel s'est habillé de deuil - Laissez les filles au vestiaire - Corps interdits - Avec vue sur la mort - Les grappes sauvages - Gibier de passage

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