Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

La nuit du Moyen âge par Jacques Fréville

Publié le par Jean-Yves Alt

Qui ne s'entiche, aujourd'hui, du Moyen âge ? La mode s'y porte, à coups d'engouements, de snobismes. Et pourtant, Messeigneurs, que de bûchers ardents ! Eussions-nous vécu en ces tristes temps qu'on nous eût consumés, comme une quelconque Jeanne d'Arc.
Il fallait être au moins haut dignitaire ecclésiastique pour échapper à pareil sort.
Je n'en citerai qu'un double exemple, assez connu : Jean, évêque d'Orléans et son frère Raoul, évêque de Tours qui, sur le soir du XIe siècle, organisaient en leur privé, avec diacres et sous-diacres, avec clergeons et thurifaires, certaines petites réunions apparemment peu catholiques. Saint Yves, évêque de Chartres, et franc Tartuffe avant la lettre, en fit l'objet, pour le pape Urbain II, d'un long rapport très ampoulé dont la lecture, aujourd'hui encore, dans le texte latin, demeure piquante. L'évêque Jean, disait en substance le bon apôtre, est surnommé Flora par tous les écoliers de son diocèse, brocardé, chansonné sur les carrefours, telle cette illustre courtisane romaine dont, par la commune renommée, il s'est vu trop justement affubler du sobriquet. Et patati, et patata. Et cætera, et cætera... (Cf. Yves de Chartres, Correspondance, publiée par dom Jean Leclercq, O.S.B. Classiques de l'Histoire de France, éditions des Belles Lettres, 1949).
Heureusement, ce Jean dit Flora et son frère protégeaient la liaison adultère du roi de France Philippe fer et de la belle Bertrade, épouse du comte Foulques le Réchigné, ce qui leur permit d'éviter le pire.
Il n'en fut ainsi que bien rarement. L'immense majorité des « pauvres bougres » (oui, c'est là l'origine du mot, exactement) étaient voués aux flammes sans autre forme de procès. Flagrant délit ? Bons pour le feu. Tel fut le cas, en 1022, pour treize malheureux chanoines orléanais dont nous parlent Adhémar de Chabannes et Raoul Glaber. Ils « se livraient dans l'ombre à des horreurs et à des crimes dont le récit seul serait un péché, tandis qu'en publie ils se donnaient trompeusement pour de véritables chrétiens ». Leur prétendue secte « était d'accord avec celle des Epicuriens pour croire que la débauche n'est pas une faute que sanctionne un châtiment vengeur ».
On les brûla tous ; et, pour faire bon poids, la reine Constance, avec son épingle à cheveux, creva l'œil de l'un d'entre eux : son propre confesseur. Charmante personne ! Elle songeait sans doute, avec horreur, aux comparaisons que l'intéressé devait établir, en son for intime, entre les ébats qu'elle lui déballait et ceux auxquels il s'adonnait... Jalousie bien féminine.
L'art lui-même se trouvait difficilement autorisé à servir de caution pour les « homo-fornications ». (Qu'on veuille bien me pardonner ce barbaro-néologisme !)
Un ornemaniste ayant figuré, sur une corbeille de chapiteau, dans la basilique de Vézelay, au XIIe siècle, Ganymède enlevé par Jupiter, saint Bernard s'emporta, transporté d'ire sacrée, tonna contre un tel sacrilège, mais – fort heureusement – sans obtenir gain de cause. Vous pouvez, chers cousins, admirer encore ce chef-d'œuvre dans la basilique.
Chassés du saint des saints, les sujets « priapiques » se réfugiaient souvent au chevet des églises. Tel est le cas, notamment, à Mauriac (n'en déplaise aux mânes d'un certain François...).
Le choix d'un cul... de four pour y loger quelque attribut phallique n'implique-t-il pas, en soi, de discrètes allusions ?
Parfois, le touriste et l'archéologue, à force d'attention, peuvent discerner de tels motifs dans les hauteurs d'une coupole sur trompe ou pendentifs, comme à Civray.
On en trouve aussi de grandes quantités sur les miséricordes des stalles et sous les... séants des chanoines prébendés.
La littérature du Moyen âge n'est, hélas, pas plus riche que l'art monumental ou mobilier.
Bornons-nous, dans le cadre strict de ce bref exposé, à en fournir deux illustrations, bien différentes : l'une extraite de l'allégorique et lyrique Roman de la Rose (pour sa première partie, due à Guillaume de Lorris, car la seconde n'est déjà plus médiévale dans son esprit), l'autre empruntée à l'une des branches du facétieux Roman de Renart.
Les « commandements d'Amour » qui, dans le Roman de la Rose (vers 2169 et suivants), constituent un véritable « code des bons usages » au temps de saint Louis, disent notamment ceci :
« Cous tes manches, tes cheveux pigne,  
Mes ne te farde ni ne guigne  
Ce n'apartient s'a dames non
Ou à ceux de mauvais renom
Qui amour par male aventure
Ont trouvée contre nature... »
Simples allusions, mais qui prouvent à quel point la chose, alors, se pratiquait couramment. Il semble même que la prostitution masculine était constante, en dépit des tabous, puisque, sur les trottoirs de Paris, au temps du roi saint Louis, certains « mauvais » garçons se fardaient, et guignaient du coin de l'œil les « bons » clients...
Quant au Roman de Renart, voici, dans le manuscrit de Cangé, la horde truculente de paysans burlesques donnant la chasse à l'ours :
« Devant lui vient Hurtevilain
Et Joudoïn Trousseputains
Et Baudoïn Portecivière
Qui fout sa fame par derrières... »
Ce qui démontre, s'il en était besoin, à quel point, même au siècle d'or de la foi la plus rayonnante, au temps des cathédrales et des croisades, les rustres les moins entachés d'afféteries urbaines goûtaient la saveur d'ébats variés.
Maigre gibier, pourtant, que tout cela. Il faut attendre que s'achève la guerre dite « de cent ans » pour que s'ouvre enfin le grand mouvement libéralisateur.
Au cœur de la dévote ville d'Angers, place Sainte-Croix, allez voir la maison du bonhomme Adam, qui date des années 1450. Le maître des lieux – reproduit sur cartes postales – montre son postérieur d'un geste avantageux, et aussi sa triple virilité ce qui me fit écrire, au recto de cette image, pour un ami :
 
 
« Voici cinq siècles qu'à tous ses concitoyens
Le bonhomme Adam, quoi qu'on dise ou fasse,
Démontre qu'il existe, en amour, deux moyens
D'être heureux : côté pile, et côté face. »
Avec le règne de Louis XI – roi cafard, pourtant, s'il en fut en France – le temps des tartufferies pudibondes était fini.
Peste soit de la nuit du Moyen âge !
Votre cousin de Béotie,
Arcadie n°301, Jacques Fréville, janvier 1979

 

Voir les commentaires

« Babet ou la bouquetière » ou l'abbé, l'ambassadeur, le Ministre, le Cardinal de Bernis (1715-1794) par Pierre Nouveau

Publié le par Jean-Yves Alt

Quel service aux yeux de la postérité Voltaire a-t-il rendu à François-Joachim de Pierre de Bernis en l'affublant d'au moins trois sobriquets ? Quand il s'adressait à lui, c'était « la belle Babet » ; à d'autres, « la grosse et brillante Babet », et pour tous, « Babet la bouquetière », par allusion à la présence, vers les années 1742-1743, à la porte de l'Opéra, à Paris, d'une grosse et fraîche fleuriste : Babette. Ces termes contiennent-ils une indication sur les mœurs de l'abbé ?

Bernis (né à Saint-Marcel-d'Ardèche) était abbé dès l'âge de douze ans, ce qui ne lui donnait aucune position sociale, et pas davantage un bénéfice. Vers les années 1735, il écrit de petits vers, légers, galants, dans le goût du temps ; il est à la mode : on apprécie son esprit, sa finesse, ses madrigaux. Il est « le Chevalier du Parnasse », comme il se qualifie lui-même. C'est l'époque de la célèbre – et pour une fois absolument authentique – anecdote : Bernis, lassé de sa pauvreté, obtient non sans mal une audience du tout puissant et sévère cardinal-ministre de Fleury. Celui-ci coupe court à la sollicitation d'une abbaye : « Monsieur, tant que je vivrai, vous n'aurez point de bénéfice. — Eh bien, Monseigneur — répond Bernis dans une révérence —, j'attendrai. » Ce mot eut une vogue considérable. Le cardinal lui-même l'ayant trouvé savoureux, fut le premier à le divulguer. Cette réponse fut pour son auteur le sésame des rares salons qui ne lui étaient pas encore ouverts. L'abbé la prit même pour devise.

L'année suivante, dans le salon de Mme Geoffrin, il fait la connaissance de Mme Le Normand d'Etioles, et malgré quelques nuages passagers, leur amitié devait durer jusqu'à la mort de celle qui était devenue la marquise de Pompadour. Bernis était sans doute sincère dans ses affections, même s'il avait mis en pratique les conseils du, Père Castel, mathématicien, à J.-J. Rousseau :

« On ne fait rien à Paris que par les femmes. Ce sont comme des courbes dont les sages sont les asymptotes ; ils s'en approchent sans cesse, mais ils n'y touchent jamais. »

Quant à cette dernière recommandation, rien ne prouve que Bernis l'ait ou non suivie. Sa plume alerte est mise au service de son amie de manière singulière et délicate : c'est lui en effet qui inspire ou même rédige les réponses aux billets que Louis XV fait parvenir quotidiennement à la favorite. De là naît une estime que le roi ne sait trop comment marquer. Mais cela ne crée pas un état, pas même l'élection fin 1744 à l'Académie Française, ni les chambres dans les combles des Tuileries que le roi a fini par lui concéder. Là comme ailleurs, il sait créer une atmosphère raffinée, au point que Voltaire écrivait à d'Argental :

« Je voudrais occuper l'appartement où la belle Babet avait ses guirlandes et ses bouquets de fleurs. »

C'est encore l'époque où, à trente ans, il est « bien joufflu, bien frais, bien poupin », selon Marmontel ; où sa face rose, imberbe et souriante fait dire à Voltaire :

« Je me souviens toujours de vos grâces, de votre belle physionomie, de votre esprit. »

C'est encore le temps où il publie des Chansons, mais ce sont ses derniers vers.

Il s'est fait finalement réflexion qu'un état stable s'imposait à un homme de son âge, pour lui et surtout pour sa famille, fière mais impécunieuse. Dans ce but, il prouve ses quartiers de noblesse au chapitre des chanoines de Lyon, dont il devient membre, et renonce alors à assister aux spectacles et à écrire des vers ; ces deux sacrifices ont dû beaucoup lui coûter : « Je suis né sensible à l'excès », dit-il dans ses Mémoires. En 1751, il est nommé ambassadeur à Venise où il reste trois ans ; il y défraie la chronique... par son absence de liaison féminine, en dépit de ce que prétend Casanova (et quelques précautions qu'il eût prises, la chose aurait été connue : ses gondoliers étaient achetés par les Inquisiteurs d'Etat !). Ensuite, son passage au « Ministère » — c'est-à-dire aux fonctions de Premier Ministre sans en avoir le titre — et le cumul avec les Affaires Etrangères ruine sa santé, et occasionne une brouille avec Mme de Pompadour. Fait cardinal, il ne prend la prêtrise que six mois après (juillet 1759).

On lui prête des écrits graveleux ; Fréron, par exemple, depuis dix ans, fait allusion à des contes scurriles que Bernis aurait édités à la suite des siens (comme ce récit du « chevalier qui faisait parler les c.ns et les c.ls », source possible des Bijoux indiscrets de Diderot. Une édition frauduleuse de ses prétendues œuvres, avec des estampes, est publiée à Lyon ornée d'un frontispice le représentant en déesse mythologique (et quoiqu'il pût obtenir des poursuites, il ne s'abaissa jamais au niveau de ses détracteurs). Nommé Archevêque d'Albi en 1754, il exerce pendant cinq ans, puis est envoyé à Rome comme Ambassadeur de France auprès du Saint-Siège.

Convaincu de représenter à Rome le plus grand roi de la Chrétienté, il mène un train de vie fastueux (non pour lui-même : ses goûts et sa goutte lui imposent un régime de légumes bouillis). Il déploie son sens exquis des nuances, ce « quelque chose de féminin qui enveloppait et séduisait, à la fois patelin et souple », selon d'Argenson. Il tient table ouverte, et pendant le conclave de 1774, qui devait élire Pie VI, sa cellule était le centre des conversations : les cardinaux étaient attirés par les friandises, gaufres, sucreries, glaces, qu'il leur offrait.

C'est là aussi qu'il commence à dicter ses Mémoires, dont il dit :

« Ce serait ici la place de l'histoire de mes erreurs ; mais la peinture en serait peut-être plus dangereuse qu'utile. »

Aussi bien ce texte est-il d'une extrême discrétion sur ses sentiments profonds. De même, aucune de ses lettres ne laisse apparaître un indice sur ses inclinations. Même à Mme de Pompadour, qui l'appelait son « pigeon pattu », il ne paraît avoir jamais fait de confidences. Pourtant son insistance à bien marquer ses amitiés féminines devrait nous retenir. Il écrit (le 12 septembre 1746) à sa nouvelle belle-sœur :

« J'ai dit à tout le monde, ma chère sœur, que vous m'aviez écrit la première. Je ne suis pas fâché que l'on sache qu'une jolie femme m'a fait des avances. »

A Rome, c'est une amitié profonde et sans faille qu'il voue à la princesse italienne de Santa-Croce (puis après la mort de celle-ci, et à partir de 1790, à la duchesse de Polignac, émigrée). Il se lia très rapidement avec le représentant du roi d'Espagne, le très fin don José Nicolas, chevalier d'Azara, dont le goût pour les beaux-arts lui avait fait entreprendre des fouilles et fréquenter les artistes :

« Il régnait entre eux une intimité assez semblable à celle de deux époux bien assortis. Le chevalier d'Azara avait apporté dans cette union l'énergie, la raison calme, la sagesse inaltérable, la fermeté qui appartiennent plus particulièrement au sexe fort ; Bernis, les grâces, la douceur, la facilité de caractère, toutes les qualités et même quelques-uns des défauts qu'on se plaît à trouver dans le sexe aimable » (1).

Trois jours avant sa mort (novembre 1794), après avoir dicté son testament, il regarde toute l'assistance et s'arrête longuement sur le chevalier « tandis qu'une joie inexprimable illumine son visage ». Seul ensuite avec lui pour ses dernières confidences il lui remet les clés de ses tiroirs secrets. C'est le chevalier qui publie, à titre posthume, le poème de la Religion vengée (en 1795), que son ami tenait manuscrit depuis longtemps (2).

Bernis avait donc fait son intime de ce diplomate dont il est dit, dès la mort à Paris en 1804 :

« Quelles qu'aient été ses opinions secrètes, qu'il serait téméraire, même à ses amis, (le qualifier, sa conduite extérieure a constamment été irréprochable » (3).

Faut-il, peut-on, doit-on conclure ? Le mystère demeure, à l'égard de Bernis, et il semble sage, et somme toute délicat, de le respecter.


(1) Serge Dahoui : voir bibliographie, ci-dessous ; pp. 434-435.

(2) Ayant appris que Louis Racine, le fils du dramaturge, préparait un poème intitulé La Religion, Bernis ne voulut plus qu'on parlât du sien, dont quatre chants étaient déjà terminés (1739). Rare marque de délicatesse !

(3) Bourgoing : voir ci-dessous, p. 23. Le même biographe ajoute : « Il (Azara) se lia (à Paris) surtout intimement avec un de nos ministres, dont la société était devenue la plus douce consolation de sa vieillesse (...) La fréquentation assidue d'un homme, qui attachait à la fois son esprit et son cœur, était pour lui un besoin de tous les jours, et il y manquait rarement. »


Bibliographie : Le cadre étroit de ces quelques pages ne peut contenir qu'un aperçu et non une étude poussée. On se référera pour de plus amples informations aux ouvrages suivants :

— Bernis : Mémoires, publiés par Frédéric Masson (1878)

— Baron F.J. Bourgoing : Notice historique sur le chevalier d'Azara, Arragonais (sic) — (1804)

— Jean Orieux : Voltaire, ou la Royauté de l'Esprit (1967)

— et surtout, à la somme biographique passionnante de Serge Dahoui : Bernis, ou la Royauté du Charme (1972)

Arcadie n°301, Pierre Nouveau, janvier 1979

Voir les commentaires

Mon regard sur le saint Sébastien de Cima

Publié le par Jean-Yves Alt

Le jeune homme arrêté sur un chemin tranquille pourrait être un jeune athlète. Son visage évoque celui d'un ange. Seule, la flèche (du reste, assez peu visible), plantée dans sa cuisse droite, permet de voir autre chose.

Les bras attachés dans le dos ne montrent aucune tension, la blessure provoquée par l'unique flèche ne saigne pas : le saint non seulement paraît ne pas souffrir, mais il présente, à mes yeux, cette légèreté que je vois dans les petits nuages ainsi que dans le paysage paisible en arrière-plan. La rotonde massive du château Saint-Ange de Rome a perdu de sa robustesse.

Le tragique, la violence ne sont pas présents dans cette peinture. Le peintre semble n'avoir que faire du pathétique. Qu'a-t-il alors voulu montrer derrière cette non-représentation de la douleur ?

Giovanni Battista Cima, dit Cima da Conegliano – Saint Sébastien – 1500/1502

Huile sur bois, 116,5cm × 47cm, musée des Beaux-Arts de Strasbourg

Peut-être l'idée d'une sainteté parfaite, optimale… accomplie.

Voir les commentaires

Pour une addition à la Déclaration des droits de l'Homme par Alain Romée

Publié le par Jean-Yves Alt

Notre revendication est simple.

Ce n'est qu'une question de liberté individuelle, et d'une liberté absolument anodine, ne mettant en cause ni des institutions politiques ni un régime social : quand les hommes de cette planète seront-ils libres d'aimer à leur guise, d'aimer ce qui leur chante et qui il leur plaît et comme il leur plaît ? Qu'est-ce que les Etats, les pouvoirs politiques, et cet immense pouvoir informe qu'est l'opinion publique peuvent bien avoir à voir avec nos amours personnelles, avec nos goûts intimes ? Légiférerait-on pour obliger les alpinistes à préférer la mer ? les mélomanes à préférer la peinture ? Mais la manie moralisatrice en matière de sexe sévit partout – à l'égard d'autrui, bien sûr – et même a largement gagné du terrain dans le monde : car des pays, des continents où les chefs de tribus ou d'empires se sont toujours moqués éperdument des conduites amoureuses de leurs sujets, voici que depuis le début de ce siècle et singulièrement depuis la décolonisation, ils se sont mis à rivaliser de pudibonderie, de moralisme et de puritanisme avec la vieille Europe qui leur avait déjà importé ses méthodes militaires, son goût du lucre, l'alcool et la vérole.

Pour nous en tenir à la France, on sait que le premier Code écrit est celui qui est appelé Code Napoléon (on vivait jusqu'alors sur le Droit romain ou le Droit « coutumier » variable selon les provinces) et que précisément Napoléon refusa de pénaliser l'homosexualité. L'on doit à Pétain, d'abord, puis à un ex député obscur et bon à oublier, les mesures de répression légales dont nous avons été victimes. Sans doute ces dispositions discriminatoires vont-elles disparaître (Votées par le Sénat, en attente devant les Députés), mais tout à côté il subsiste des notions pénales vagues et subjectives telles que celles d' e attentat à la pudeur », d' « outrage à la pudeur » ou aux « bonnes mœurs », dont on peut tirer tout ce qu'on veut. Pudeur et bonnes mœurs sont des idées très floues, variant selon les temps et les pays. A Rome jadis, au Tibet aujourd'hui, les latrines sont ou étaient des lieux de conversation et d'aisances tout à la fois, comme chez nous dans les auberges d'autrefois la table d'hôte permettait de bavarder en commun tout en mangeant. Par contre dans l'Athènes antique, c'est manger dans un lieu public qui était considéré comme répugnant et immoral : nos pique-niques et même nos terrasses de restaurant y eussent été inimaginables. C'eût été l'outrage aux bonnes mœurs de l'époque !

Qui peut savoir, sinon la personne concernée elle-même et elle seule, si sa pudeur a été outragée ou non ? Est-ce qu'un client « outrage » la « pudeur » (!) d'une prostituée dans les taillis du Bois de Boulogne ? On le condamne pourtant sous ce chef d'accusation. A-t-il attenté à la pudeur du policier qui les a surpris, et qui a tout fait pour tout voir ? Outrage-t-on la pudeur d'un voyeur ? Ce serait risible. Mais la Justice n'en rit pas. Encore au début de ce siècle, une femme en pantalon outrageait les bonnes mœurs, et était poursuivie. Laisser voir sa cheville était impudique. Se coiffer « à la garçonne » était signe de mauvaises mœurs. En revanche de quoi l'Etat « tolérait » les maisons de prostitution, que fréquentaient sans honte les notables les plus huppés.

Mais la Justice se régale encore d'autres détournements... du sens des mots. Deux gamins qui se masturbent mutuellement sont punis pour « coups et blessures », alors qu'ils se sont fait « caresses et douceurs ». Tandis que sont admises comme « sans cruauté » les courses de taureaux avec banderilles et mise à mort dans les arènes françaises (sans doute parce que les taureaux sont encore des animaux-machines). Mais on dresse procès-verbal à deux garçons qui dansent ensemble dans un bal public, parce qu'ils portent atteinte à l'ordre social et à la moralité des familles.

Quant à l'opinion publique, quelle Inquisition, quel Tribunal ! Chacun se croit en droit de surveiller, de juger autrui, de condamner. Et je me mêle des affaires de cœur du petit voisin, et je te jette le discrédit sur un homme, sur une femme, parce que je les soupçonne d'être des suppôts des amours interdites – car ici le soupçon équivaut à la certitude. Il y a en tout homme un juge qui sommeille, et d'abord un policier. On épie, on colporte, on blâme, et si possible on punit : on exclut, on diffame, on injurie, et parfois on assassine. En tout cas on fait du mal à qui ne vous a rien fait, on s'en prend à qui n'a fait de tort à personne, on s'érige en justicier, on fait mourir de honte, ou de chagrin – ou de coups. Car de même que la police perd son temps à pourchasser des gens qui ne veulent que goûter les plaisirs de l'amour, et la Justice à les sanctionner, de même l'opinion publique a bien plus de hargne contre des « déviants » sexuels que contre de vrais bandits : les « Mémoires d'un homosexuel » auraient-ils atteint le 1/1000 des « Mémoires de Papillon ? », auraient-ils seulement trouvé un éditeur ? un homosexuel échappé de prison aurait-il eu l'honneur d'être interviewé par Paris-Match ?

Jusqu'à quand, grands Dieux, les amours entre gens du même sexe seront-elles ainsi traitées comme des infamies et des horreurs ? Quand sera-t-il admis que l'amour quel qu'il soit ne regarde que ceux qui l'éprouvent ? et que c'est un sentiment admirable quel qu'en soit l'objet ? que les parents même n'ont pas à se mêler d'interdire à leurs enfants tel ou tel attachement – sauf mises en garde éventuelles dans des cas très rares où le jeune court vraiment un danger, celui par exemple de tomber sous la coupe d'un proxénète, d'un bandit ou d'une secte (mais l'intervention parentale est ici une épée à deux tranchants). Alors si les parents n'ont qu'à se taire, à plus forte raison le voisinage, la collectivité. Quel droit te permet de blâmer cette fille qui se laisser embrasser sur la bouche par ce garçon ? mais quel droit as-tu aussi de vilipender ces deux garçons qui s'embrassent sur la bouche ? Est-ce qu'ils mettent la Société en péril ? Est-ce qu'ils empiètent sur les droits d'autrui ? Il est devenu de mode aujourd'hui de faire feu sur les chapardeurs, et la presse en parle. Mais il y a belle lurette qu'on poignarde au coin des rues les homosexuels qui s'y hasardent la nuit, et c'est si courant qu'on n'en tire même Plus de faits divers : « ils n'ont que ce qu'ils méritent », disent les commères.

On peut réformer le Code, et en extirper les notions arbitraires de pudeur et de bonnes mœurs (si la Magistrature et les Pouvoirs publics le veulent bien...), mais réformer l'opinion est une autre paire de manches. Cependant, dans un pays comme le nôtre, où le mot « liberté » a tant de résonance, ne peut-on, ne pouvons-nous nous battre sur ces deux fronts pour faire admettre que cette Liberté s'applique aussi bien en matière sexuelle qu'en matière civile ? et qu'elle y est encore plus justifiée que dans le domaine économique où elle peut gravement nuire à autrui, causant ruines et chômage. La liberté sexuelle est dans son ensemble une chose inoffensive, et encore bien plus anodine dans l'homosexualité où nulle grossesse n'est à craindre ! Elle ne devrait connaître qu'une limite, celle du viol, parce que justement le viol lèse et blesse sa victime, et qu'il attente précisément à la liberté d'autrui. Mais tout acte sexuel accompli sans contrainte, et du plein gré des partenaires, ne doit relever que de la Liberté individuelle, et à ce titre son exercice doit être reconnu comme un droit au même titre que la liberté d'opinion, la liberté d'expression, la liberté de conscience. Il fait partie des Droits de l'Homme. Et de même qu'en d'autres pays on lutte légitimement et activement pour faire respecter ces droits sur les plans politique, philosophique, religieux, de même ici nous sommes habilités à revendiquer la liberté des goûts, des penchants, des inclinations, du libre choix de l'objet de notre amour. Or la morale actuelle est déjà devenue étrangement permissive, après des siècles de rigorisme, sur le plan des rapports hétérosexuels, et l'on sourit ou ferme les yeux sur des frasques, des adultères, on est indulgent pour les relations préconjugales, on a admis le divorce, la contraception, qui est une libération du sexe, et les échangismes ou les amours de groupe se multiplient. Alors pourquoi pas aussi les rapports entre hommes ou entre femmes ? Mais nous, ce n'est pas seulement la liberté sexuelle physique que nous réclamons, c'est encore et surtout la liberté sentimentale, la liberté du cœur. Certes, c'est l'une et l'autre, mais nos adversaires oublient trop que c'est notre affectivité profonde qui est en jeu, que nos passions résonnent gravement et souvent douloureusement dans nos poitrines, et qu'ainsi la vie des quelques millions d'hommes et de femmes que nous sommes en France est suspendue à ces droits fondamentaux dus à tous.

Il est bien permis d'aimer les blondes, cigarettes ou filles, au gré de chacun, il doit l'être autant d'aimer le gros brun, tabac ou garçon, à notre goût.

Proclamons-le.

Arcadie n°301, Alain Romée (pseudonyme d'André Baudry), janvier 1979

Voir les commentaires

Les homosexuels et la chute de l'Empire romain, ou les délires d'un moine gaulois du Ve siècle par Jean Claude Vilbert

Publié le par Jean-Yves Alt

L'histoire humaine est, hélas, jalonnée de catastrophes diverses : défaites et invasions, famines et épidémies, massacres aux causes variées. Et c'est un réflexe habituel que de chercher des responsables dans les minorités raciales, idéologiques ou autres. Les Juifs en firent souvent l'amère expérience ; ainsi, au XIVe siècle, on les accusa ici ou là d'être à l'origine de la terrible épidémie de peste noire qui ravageait l'Europe : accusés d'empoisonner les fontaines, ils se virent parfois massacrés. En cas de grande calamité publique, malheur à qui est différent, car il pourra jouer le rôle de bouc émissaire.
 
L'une des plus grandes catastrophes de tous les temps s'abattit sur l'Occident à partir du début du Ve siècle de notre ère : le déferlement des grandes invasions barbares. Des villes incendiées, des campagnes ravagées, des populations détruites ou captives, tel est le tableau qui les contemporains ont dressé du passage des hordes germaniques. Au milieu du Ve siècle, un moine gaulois nommé Salvien écrivit un livre, Le gouvernement de Dieu, où il se proposait de donner la signification religieuse de l'effroyable événement (1). Il avait fui sa ville de Trèves lors de l'invasion et s'était installé à Marseille. C'était un esprit primaire et fanatique, et il ne faut pas chercher dans son livre les profondes réflexions que la catastrophe avait inspirées à saint Augustin. Son explication était rudimentaire : Dieu avait permis ces terribles événements pour punir les contemporains de leurs péchés, et surtout de leurs péchés sexuels, qui obsédaient ce puritain exacerbé. Ce qu'il décrivait était fort banal : des gens vivaient en concubinage, entretenaient des maîtresses, fréquentaient des prostituées, commettaient des adultères. En fait, la société romaine du temps n'était pas spécialement corrompue : la liberté sexuelle était certainement moindre que dans les siècles précédents. Mais notre Salvien considérait la très relative liberté des mœurs de l'époque comme digne de tous les châtiments ; peu lui importait que l'invasion fît des victimes chez les plus innocents, les enfants en particulier, tous étaient collectivement coupables de laisser se perpétrer des comportements qui, de notre point de vue, sont de tous les temps et d'une importance fort relative.
 
Un tragique événement avait beaucoup frappé les contemporains : un des peuples barbares les plus féroces et les plus résolus, les Vandales, avait envahi l'une des régions les plus riches et prospères de l'Empire, l'Afrique du Nord, et la capitale, Carthage, seconde ville d'Occident, était tombée en 439. Bien entendu, Salvien avait une explication toute prête : Dieu punissait les Africains à cause de leur corruption sexuelle. L'Afrique, à l'entendre, n'était qu'une « maison de vices », un gigantesque lupanar, surpassant de loin sur ce plan tous les autres pays : « Le vice de l'impureté est chez eux si général que quiconque y cesserait d'être impudique ne semblerait plus être africain ! » A l'entendre, « tous les habitants de Carthage puaient l'ordure de la débauche ». En fait, il voulait simplement dire que la prostitution était prospère dans la métropole africaine et que de nombreuses hétaïres y proposaient leurs charmes aux passants. Toutefois, la vraie cause de la colère divine n'était pas là, mais dans le goût prononcé des Africains pour l'homosexualité. Salvien semblait bien renseigné, probablement par des moines carthaginois réfugiés en Provence. Il note avec indignation que les autorités officielles toléraient parfaitement ces pratiques, ce qui montre que la loi de Théodose punissant du bûcher la prostitution masculine était fort mal appliquée. De fait, gouverneurs et magistrats fermaient les yeux, non seulement sur des pratiques homosexuelles discrètes, mais sur leur étalage publie et sans vergogne :
 
« Et ainsi, comme si cela n'avait pas été assez abominable de voir les seuls auteurs de ces méfaits souillés par ce vice, une profession publique en faisait le crime de toute la ville. La ville entière voyait cela et elle le supportait. Les juges le voyaient et ils ne bougeaient pas, le peuple de voyait et il applaudissait. »
 
On rencontrait dans les rues des « folles » qui « changeaient en une contenance féminine, non seulement leurs habitudes et leur nature, mais encore leurs regards, leur démarche, leur extérieur et tout ce qui caractère le sexe et les apparences d'un homme ». Certains s'habillaient en femme. Il est certain que Salvien fait ici allusion à des prostitués masculins travestis : « Les hommes portaient des vêtements féminins, prenaient mieux que des femmes une démarche ondulante [...] se couvraient la tête de voiles et de rubans féminins, et cela publiquement, dans une cité romaine ! »
 
Toutefois, notre Salvien en convenait, ceci n'était le fait que d'un nombre infime de gens. Pourquoi, dès lors, punir toute une grande ville ? C'est que ces prostitués avaient de nombreux clients et jouissaient de la tolérance universelle. Le moine marseillais savait fort bien que l'homosexualité ne se confond pas avec le transsexualisme et que la tolérance dont elle faisait l'objet en Afrique lui donnait bien d'autres occasions, moins voyantes, de se manifester.
 
Au passage, Salvien remarque que tout cela n'était nullement nouveau chez les Romains : « Depuis longtemps, les Romains se formaient une telle idée de ces mœurs qu'ils les regardaient comme une vertu plutôt que comme un vice, et qu'ils croyaient faire preuve d'un courage viril plus grand lorsqu'ils avaient dompté des hommes par l'infamie de rapports contre nature. » Il évoque l'usage, dans l'armée romaine des anciens temps si renommée pour sa valeur, d'attribuer de jeunes valets d'armes destinés à leur plaisir à des soldats particulièrement courageux. C'est un précieux témoignage sur le caractère viril et militaire de l'homosexualité dans certaines sociétés, Rome, mais aussi Sparte ou l'ancien Japon. Et nous voyons aussi, grâce à ces invectives, qu'après un siècle d'Empire chrétien, la tolérance de fait dont bénéficiait l'homosexualité dans l'Empire romain existait toujours en Afrique.
 
Si Salvien se déchaîne avec une fureur délirante contre ses concitoyens Romains, Gaulois, Africains, tous pourris et corrompus, il déborde d'admiration et d'indulgence envers les barbares ; pour lui, ces farouches Germains sont de petits saints, bons époux, bons pères, d'une rectitude morale à toute épreuve. Ils sont donc prédestinés pour être les instruments de la justice divine contre l'Empire. Leur victoire est la récompense providentielle de leur vertu. Le roi des Vandales, Genséric, a même édicté une loi obligeant les prostituées africaines à se marier et à devenir vertueuses. Quant aux viri molles, aux hommes efféminés, « il les a fait disparaître de toute l'Afrique ». Furent-ils tués ou, comme un historien moderne l'a supposé, déportés dans le Sahara, on ne sait. Ainsi, pour Salvien, l'Afrique a succombé devant les Vandales à cause de la pratique de l'homosexualité, les barbares l'ont emporté grâce à leur pureté morale et, tout particulièrement, de leur aversion pour ces mœurs.
 
L'historien doit constater que les arguments de Salvien relèvent d'un délire pathologique. Pourtant, des modernes l'ont suivi et des historiens allemands ont vu naïvement chez leurs ancêtres des dragons de vertu amenés à nettoyer les écuries d'Augias d'un Empire romain pourri jusqu'à la moelle. Or, on doit constater que l'Empire tardif (chrétien ne l'oublions pas), était beaucoup plus strict quant à la morale sexuelle que le Haut-Empire. La défaite romaine est due à des causes multiples, dont une grave faiblesse militaire, aboutissant à une impuissance devant les raz de marée successifs des grandes invasions. La morale sexuelle n'a rien à voir là-dedans. Quant à la vision idéale des barbares, elle est inacceptable : les envahisseurs n'avaient rien de ces « bons sauvages » décrits par Salvien. D'innombrables sources nous décrivent au contraire l'horreur des invasions, les incendies, les pillages, les massacres, les asservissements, les viols perpétrés par les barbares. Il semble qu'aux yeux de Salvien, tout cela n'était que peccadilles : peu importait que les Germains eussent accompli des massacres, puisqu'ils ignoraient – selon lui, mais c'est loin d'être sûr – la prostitution et l'homosexualité.
 
La démarche de Salvien est tristement caractéristique d'une attitude, hélas, trop fréquente, celle qui consiste à désigner à la vindicte publique d'innocents non-conformistes, stupidement déclarés responsables d'une calamité : ici les homosexuels, considérés comme la cause de la colère divine qui livra l'Afrique aux Vandales, telle une nouvelle Sodome vouée au feu du ciel. Et quel étrange christianisme professait cet homme, dont le puritanisme exigeait que tant d'innocents, hommes femmes et enfants, fussent assassinés ou dépouillés de tout, ce moine qui approuvait comme des instruments de Dieu les auteurs de ces horreurs !
 
Un tel délire, malheureusement, n'est pas propre à l'époque de Salvien. D'innombrables voix s'élevèrent, après la défaite française de 1940, pour affirmer que notre pays payait sa frivolité et son manque de morale sexuelle ; c'est le fond de bien des discours de Pétain et des hommes de Vichy. De nombreux évêques prêchèrent dans ce sens et virent le salut non dans la résistance, mais dans l'ordre moral. Un sinistre sous-entendu animait ces prudes déclarations : les nazis étaient vus comme vertueux et dignes d'éloges. Si la France était punie pour ses péchés, c'était que l'Allemagne hitlérienne était récompensée pour sa rectitude morale, qui lui faisait, par exemple, envoyer les homosexuels, en compagnie des juifs, dans les camps de la mort. Pour ces émules (inconscients) de Salvien, les abominations meurtrières perpétrées par les nazis n'étaient rien auprès des manquements à l'ordre puritain qui constituait leur seul et chétif idéal humain. A bien des reprises, au cours de l'histoire, les homosexuels ont ainsi servi de boucs émissaires. Pour citer un autre exemple, Gorki n'avait-il pas déclaré, en U.R.S.S., que, si on les tuait tous, on extirperait définitivement le fascisme et la pourriture bourgeoise ? Cet écrivain manifestait ici une convergence troublante entre le bolchevisme et le nazisme. Constatons-le, à toutes les époques et sous tous les régimes, le combat pour la reconnaissance des droits de la minorité homosexuelle ne fait qu'un avec le combat pour la liberté et la dignité de la personne humaine.
 
(1) Il existe une édition récente de ce texte, due à G. Lagarrigue, dans le tome 220 de la collection Sources Chrétiennes (éd. du Cerf, Paris, 1975). J'ai utilisé la traduction qu'on y trouve.
 
Arcadie n°301, Jean Claude Vilbert, janvier 1979

Voir les commentaires

<< < 1 2 3 > >>